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ELECTIONS LEGISLATIVES : Emmanuel Desfourneaux met les pendules à l’heure.

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L’ancien président Abdoulaye Wade est en tête de liste pour les élections législatives du 30 juillet 2017 prochain, suite au divorce de son parti avec Manko Taxawu Sénégal, faute de ne pas trouver un même candidat pour la coalition, Emmanuel Desfourneaux réagit.

Je m’exprime rarement sur la famille Wade, devenue depuis l’accession de Macky Sall au pouvoir le souffre-douleur de la majorité présidentielle et de sa constellation de courtisans comprenant les nouveaux transhumants ! Les mange-mille, qu’ils soient journalistes, politiques, hauts fonctionnaires, crachent leur venin, sur commande.

Depuis que l’idée de faire de Me Abdoulaye Wade le chef de file du Pds pour les prochaines élections législatives circule, la supposée dévolution monarchique en faveur de son fils est relancée dans le débat politique. On prêterait l’intention à Me Wade, une fois que son parti obtiendrait la majorité, de faire voter une loi d’amnistie en faveur de son fils. Ce serait la seule préoccupation de l’ancien Président !

Je ne crois pas à ce scénario crée de toute pièce par les mange-mille du Palais. Si le Pds gouverne, il serait plutôt invité à s’inspirer de la nouvelle loi française sur la moralisation de la vie politique. En France aussi, de nombreux politiques ont associé leur famille à la gestion de leur mandat : Pénélope, Claude… Aujourd’hui, l’opinion publique rejette cette pratique.

« Pour le cas de Karim Wade, l’ancien Président, l’éternel opposant, est suffisamment averti pour ne pas présenter une loi d’amnistie par son groupe parlementaire. En réalité, la seule voie à suivre et la plus respectueuse de l’esprit des institutions sénégalaises est l’introduction d’une demande en révision du procès de Karim Wade. ».

Au Sénégal, on observe le même mouvement d’humeur. On vote pour un homme, non pas pour sa famille ! Alioune agace jusque dans son propre camps ! Les oncles et beaux-frères du Président sont surveillés comme le lait sur le feu ! Alors si le Pds et ses alliés accédaient au pouvoir, ils devront légiférer pour entériner ce changement des mentalités : suppression des caisses noires, garantir l’indépendance de la justice, limiter le nombre de mandats, et interdire tout mandat électif à un membre familial du Président (c’est une règle stricte, voire liberticide, mais c’est à ce prix que l’on regagnera la confiance des jeunes sénégalais pour la politique).

Pour le cas de Karim Wade, l’ancien Président, l’éternel opposant, est suffisamment averti pour ne pas présenter une loi d’amnistie par son groupe parlementaire. En réalité, la seule voie à suivre et la plus respectueuse de l’esprit des institutions sénégalaises est l’introduction d’une demande en révision du procès de Karim Wade. Les observateurs ont admis que de nombreuses violations aux droits de la défense ont été commises. Mais il faudra aussi au préalable pour que le verdict issu de cette révision soit accepté par le peuple, repenser la magistrature, à l’image d’un parquet américain totalement indépendant par rapport à l’exécutif et avec la fin d’un conseil supérieur de la magistrature trop relié au Président. Et sur ce point, le chemin est long tant le mélange des genres est grandissant au Sénégal. Les discussions de libération conditionnelle entre Khalifa Sall et le pouvoir, portant entre autres sur son retrait aux élections législatives, l’attesteraient tristement !

La réactivation du dossier Fesman, 5 ans après l’accession au pouvoir du nouveau régime, est aussi révélateur de cette collusion entre politique et judiciaire, et chantage et amnistie. Et que dire de la grâce présidentielle de Karim Wade qui ressemble plus à une disgrâce présidentielle avec interdiction de revenir sur le territoire sénégalais avec l’épée de damoclès pesant sur le remboursement de la peine pécuniaire ! Tout cela n’est pas bon pour la démocratie.

Il est temps de poser de nouvelles règles pour faire de la politique sénégalaise un instrument au seul service de l’intérêt général et du développement du pays.

Emmanuel Desfourneaux : actuellement Directeur général ICAEP (Institut de la Culture Afro-européenne à Paris) et Fondateur de cette Ong partenaire officiel de l’Unesco.

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