CULTURE
NIGÉRIA – Burna Boy, entre musique enflammée et panafricanisme
Jusqu’où iront les ambitions de la superstar nigériane ? Article réalisé par notre collaborateur BAMBA SIAKA DOH OUATTARA.
“Twice as Tall…”! Avec ce crépitant brûlot sorti en 2020, la star nigériane de l’afro-fusion, Burna Boy se positionne comme l’une des valeurs sûres de la musique africaine. Sur ce nouvel album, le chanteur ferme la bouche de ses détracteurs et glisse un peu plus politiquement sur les chemins des icônes panafricaines.
Des détracteurs, il en compte beaucoup, que ce soit à l’international, où les Grammy Awards (2020) avaient jugé bon de ne pas lui décerner le prix, malgré ses ventes hallucinantes et son nombre impressionnant de streaming, ou dans son propre pays où certains lui reprochent de tailler ses tubes sur les dancefloors “Way to big…” et de ne pas marcher véritablement sur la voie tracée par son idole Fela Kuti. Des fans, sur les réseaux sociaux, ont trouvé son dernier album un peu trop timoré et moins contestataire que le précédent ‘‘African Geant’’. Paradoxalement, chacun de ses tweets sont retweetés par des millions de fans dans les minutes qui suivent sa publication. Mais les ambitions de l’artiste sont pharaoniques : conquérir la scène internationale. Justement il sonne le glas de la revanche lors de la 63e cérémonie des Grammys en 2021; l’artiste remporte le trophée, tant attendu, qui lui avait filé entre les mains, en 2020, au profit de la célébrissime art internationale béninoise Angélique Kidjo, une autre superstar africaine, pour son album “African Geant”. Le jury qualifiera Burna Boy de “force musicale internationale”. Son dernier album, streamé plus de 5 millions de fois en 1 heure, s’est hissé à la première place des ventes en Afrique (40.000 exemplaires vendus dès le premier jour et plus de 10 Millions d’euro pour les droits de commercialisation avec Uba Pacific!).

Depuis le début de sa carrière, Burna Boy n’a jamais cessé de reprocher aux dirigeants africains leurs pusillanimités devant les occidentaux et de critiquer la façon barbare avec laquelle ils répriment les différentes manifestations dans leurs pays respectifs. Il s’est violemment opposé à la violence aux récentes violations policières au Nigéria. Cette manifestation, réprimée dans le sang, avait abouti à la coupure de Twitter dans tout le pays. Il n’a pas manqué de s’en prendre dans une de ses chansons qui a pour titre “Dangote” qui s’adresse au président nigérian, paroles de chanson à l’appui : “Dangoté, Dangoté/ Dangoté trouve toujours de l’argent/ Je ne sais pas/ Qui suis-je/ Je vais te montrer ma couleur”.

Dans ses chansons au vitriol, il incite la jeunesse africaine à la combativité, au dépassement de soi, à l’abnégation dans le travail. Une de ses chansons s’intitule “23” en référence au dossard que portait de Michael Jordan quand il était dans les Chicago Bulls. Comme pour dire que si chaque africain applique l’abnégation et le courage de Jordan dans sa vie, l’Afrique sera sur la bonne voie. Qu’il est beau le parallèle! Personne n’est hors de son champ de tir.
Burna Boy, de son vrai nom Damini Ebunoluwa Ogulu n’a que 31 ans. Comme quoi, “aux âmes bien nées, valeurs n’attend point le nombre des années”. Malgré son jeune âge, il est considéré aujourd’hui comme l’un des porte-voix assermentés des revendications culturelles et identitaires de la jeunesse africaine.

En Octobre 2020, pendant les manifestations contre la brutalité d’une unité spéciale de la police (SARS), dans plusieurs villes du Nigéria, il monte au créneau et dégage même un fonds qui servira à prendre en charge les blessés des manifestations. Ses prises de position contre les injustices, ses chansons anticolonialistes et son rêve de voir une Afrique unie et financièrement indépendante font de lui une figure africaine très importante. Héritier de Fela Kuti, il rêve d’une Afrique qui a son mot à dire sur l’échiquier international. Il n’hésite pas à s’attaquer violemment à nos dirigeants africains qui ne semblent avoir d’autres soucis que de rentrer dans les bonnes grâces de leurs homologues occidentaux. Pathétique.
Burna Boy, par ses chansons accrocheuses, ses punchlines qui font mouche, est pressenti comme le nouveau Fela Kuti nigérian. La côte de popularité de ce hitmaker va crescendo à chaque single ou album. Il arrive à provoquer chez les jeunes un certain éveil national. Son engagement va-t-il prendre un virage politique dans les années à venir à l’instar de son idole? Wait and see.

CINÉMA
SÉNÉGAL – Cannes : Mia Guissé célèbre Coumba Gawlo comme ambassadrice
a présence de Coumba Gawlo au Festival de Cannes dépasse le simple cadre d’une apparition sur tapis rouge. Elle s’inscrit, aux yeux de Mia Guissé, dans une logique plus profonde de représentation culturelle et d’affirmation identitaire.
En réaction à cette participation, Mia Guissé a choisi d’adopter une lecture valorisante, mettant en avant la portée symbolique de cette visibilité internationale. Dans son message, elle souligne moins l’événement en lui-même que ce qu’il incarne : une vitrine du Sénégal à l’échelle mondiale, portée par une artiste dont le parcours fait désormais figure de référence.
Une présence interprétée comme un acte de représentation
Loin de réduire cette apparition à une exposition médiatique, Mia Guissé y voit un acte de projection culturelle. Elle décrit Coumba Gawlo comme une incarnation de l’élégance et de la beauté noire, mais surtout comme une ambassadrice d’un héritage artistique sénégalais sur une scène internationale prestigieuse.
Cette lecture repositionne le rôle des artistes dans des espaces comme Cannes : au-delà du spectacle, ils deviennent des vecteurs d’image et d’influence, capables de traduire une identité nationale à travers leur posture et leur trajectoire.
Une reconnaissance intergénérationnelle assumée
Le message de Mia Guissé s’inscrit également dans une logique de transmission. En saluant le parcours de Coumba Gawlo, qu’elle qualifie de « légende vivante », elle met en lumière une continuité entre générations d’artistes sénégalaises.
Cette reconnaissance dépasse l’hommage ponctuel : elle traduit une volonté de valoriser des trajectoires inspirantes, perçues comme des repères dans un environnement artistique en constante évolution. Le succès individuel devient alors un levier collectif, nourrissant l’ambition des nouvelles figures de la scène musicale.
CULTURE
SÉNÉGAL – Deux jours de célébration intellectuelle et culturelle au Musée des Civilisations Noires
Les 13 et 14 mai 2026, Musée des Civilisations Noires a accueilli deux journées intenses mêlant culture, réflexion intellectuelle et affirmation de souveraineté. Hautes personnalités, universitaires, artistes et acteurs culturels se sont réunis dans une ambiance à la fois solennelle et festive autour d’un objectif commun : repenser l’Afrique à travers ses propres références.
Le premier jour a été marqué par le lancement officiel d’une maison d’édition ainsi qu’un concert exceptionnel de Woz Kaly. Artiste multidimensionnel, chanteur, auteur et interprète engagé, Woz Kaly est reconnu pour son univers mêlant afro-fusion, reggae, jazz et sonorités traditionnelles africaines. À travers ses textes et ses performances, il porte depuis plusieurs années un discours profondément ancré dans les questions de conscience africaine, de mémoire et de souveraineté culturelle. Sa prestation live, notamment autour du titre « Yéwou Rôti », a donné une dimension populaire et émotionnelle à cette première journée, faisant vibrer un public composé de jeunes, d’intellectuels et d’acteurs culturels.
La journée du 14 mai était quant à elle consacrée à la présentation du quatrième livre du Premier ministre Ousmane Sonko. Une œuvre largement inspirée de la pensée de Frantz Fanon et des enjeux contemporains liés à la souveraineté africaine, à la dépendance économique et à la décolonisation des imaginaires. Figure politique emblématique du Sénégal contemporain, Ousmane Sonko est présenté par plusieurs intervenants comme l’incarnation d’un tournant politique majeur. Panafricaniste assumé, il s’inscrit dans une filiation intellectuelle revendiquée, inspirée notamment par Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop et Thomas Sankara.

Les participants sont également revenus sur le discours prononcé par Ousmane Sonko le 17 décembre 2025 autour de Fanon, considéré comme un moment important dans la construction de sa pensée politique et panafricaniste. À travers ce nouvel ouvrage, le chef du gouvernement convoque Fanon non comme une simple figure historique, mais comme une méthode d’analyse des réalités africaines contemporaines : domination économique, souveraineté inachevée, dépendance structurelle et nécessité d’une émancipation intellectuelle du continent.
Plusieurs figures majeures se sont succédé au pupitre, notamment Mohamed Abdallah Ly, directeur du musée, Mame Awa Diouf, présentatrice et facilitatrice, le professeur Ibrahima Wane, PCA du musée, ainsi que Oumar Dia, représentant du Premier ministre durant ces deux journées. Tous ont insisté sur la nécessité de replacer la culture au centre des dynamiques de souveraineté et de développement.
L’un des moments marquants de ces rencontres reste l’intervention du journaliste et chroniqueur de Xaalat TV, Boury Diakhaté, connu pour avoir joué un rôle important d’informateur et de relais médiatique durant la crise politique de 2021 jusqu’à l’accession du PASTEF au pouvoir. Face au public, il a déclaré : « Ousmane Sonko a lu Fanon, a compris Fanon et a pratiqué Fanon. » Une phrase forte qui a largement résonné dans l’assistance et qui résume l’orientation intellectuelle donnée à cette rencontre.
Autre intervention remarquée : celle de Mme Adji Codou Fall, qui a choisi de s’exprimer entièrement en wolof, dans une volonté assumée de valoriser les langues nationales comme vecteurs de transmission du savoir. Elle a rappelé que le Sénégal est à la fois « le pays de Senghor et celui de Cheikh Anta Diop », appelant à traduire davantage d’ouvrages en wolof et dans les langues africaines afin de rendre la pensée accessible au plus grand nombre. Bien que le Premier ministre n’ait pas assisté personnellement à l’événement, Oumar Dia a relayé sa vision durant les deux journées, revenant notamment sur les grandes lignes doctrinales du discours du 17 décembre 2025.
Au-delà des conférences et des discours, ces deux journées auront surtout porté une idée forte : celle d’une Afrique qui cherche désormais à penser son avenir avec ses propres références, ses propres langues et ses propres héritiers.
CULTURE
SENEGAL – Mao Sidibé célèbre le succès de « OYA » aux Raaya Awards
L’artiste Mao Sidibé a exprimé sa reconnaissance après la double distinction obtenue par son projet « OYA » lors des Raaya Musique Awards 2025. À travers un message publié sur ses réseaux sociaux, il a confirmé avoir remporté les prix du Meilleur clip vidéo et du Clip le plus instructif de l’année, saluant une étape importante dans son parcours artistique.
Dans cette publication, l’artiste adopte un ton empreint de gratitude, rendant grâce à Dieu tout en dédiant ces trophées à l’ensemble des personnes ayant contribué à la réalisation du projet. Il met particulièrement en avant ses collaborateurs, citant MaoProd, Defmaa Def et École des Sables, soulignant ainsi le caractère collectif et multidisciplinaire de « OYA ».
Au-delà de la récompense elle-même, cette double distinction vient renforcer la visibilité du projet, qui semble s’inscrire dans une démarche artistique à la fois créative et pédagogique, comme en témoigne le prix du clip « le plus instructif ». Elle met également en lumière la collaboration entre différents acteurs du secteur culturel sénégalais, allant de la production à la formation artistique.
La réaction de Mao Sidibé confirme donc l’attribution de ces deux prix et insiste sur la dimension humaine du projet. En revanche, peu d’éléments sont donnés sur l’impact global de ces distinctions ou sur la réception du clip au-delà de cette reconnaissance officielle.
Avec « OYA », Mao Sidibé consolide néanmoins sa présence sur la scène artistique et illustre une dynamique où création, transmission et collaboration occupent une place centrale.
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