ECONOMIE
DJIBOUTI – Le pays inaugure son premier parc éolien
Le parc éolien Red Sea Power (RSP), à proximité de la baie de Ghoubet, fournira 60 mégawatts d’énergie propre, augmentant de 50 % la capacité globale et évitant annuellement 252 500 tonnes d’émissions de CO².
La centrale de 60 MW vient augmenter de 50 % la capacité énergétique et permet d’éviter l’émission de 252 500 tonnes de CO2. Une capacité supplémentaire de 45 MW est prévue par les partenaires d’investissement AFC. En soutien aux ODD des Nations unies, l’installation est synonyme de sécurité et d’indépendance énergétique, de substitution aux importations, d’industrialisation, de création d’emplois et de stabilité économique. Le président Ismaïl Omar Guelleh procédera dimanche 10 septembre 2023 à l’inauguration historique du tout premier parc éolien de Djibouti, incarnant ainsi son ambition annoncée de faire du pays le premier d’Afrique à s’appuyer exclusivement sur des sources renouvelables pour son électricité d’ici 2035.
Le parc éolien Red Sea Power (RSP), à proximité de la baie de Ghoubet, fournira 60 mégawatts d’énergie propre, augmentant de 50 % la capacité globale et évitant annuellement 252 500 tonnes d’émissions de CO² soit l’équivalent de plus 55 000 bus. Le projet, premier investissement international notable dans le secteur énergétique à Djibouti d’un montant de 122 millions USD, crée le premier producteur indépendant d’électricité (IPP) du pays et servira de modèle aux futurs investissements privés.
Une capacité supplémentaire de 45 MW d’énergie renouvelable est déjà attendue par le consortium d’investisseurs dirigé par RSP et composé du fournisseur de solutions d’infrastructures Africa Finance Corporation (AFC) en tant que développeur principal ; de la banque néerlandaise de développement entrepreneurial FMO ; du gestionnaire de fonds de financements mixtes Climate Fund Managers (CFM) ; et de Great Horn Investment Holding (GHIH), une société d’investissement détenue par une unité de l’Autorité des Ports et des Zones Franches de Djibouti et du Fonds Souverain de Djibouti.
Jusqu’à aujourd’hui, Djibouti dépendait entièrement d’une électricité produite à partir de combustibles fossiles importés, ainsi que de l’électricité produite à l’hydrogène importée de l’Éthiopie voisine. Moins de la moitié des 123 MW de la capacité nationale installée est opérationnelle en raison de l’ancienneté des centrales au diesel.
La nouvelle centrale éolienne stimulera l’industrialisation, la création d’emplois et la stabilité économique alors que Djibouti cherche à tirer parti de sa position stratégique en tant que plaque tournante mondiale du transbordement.
Avec son vaste littoral et ses installations portuaires positionnées stratégiquement le long de la mer Rouge et du golfe d’Aden, Djibouti a un rôle central à jouer sur le marché mondiale de l’énergie. Le pays dispose de suffisamment de ressources éoliennes, solaires et géothermiques pour tripler sa capacité actuelle et dépasser les 300 MW. Le pays accueille également la plus forte concentration au monde de bases militaires étrangères en raison de sa situation géographique à l’entrée du détroit de Bab el-Mandab, le corridor emprunté par 30 % du commerce mondial. Le nouveau parc éolien de Djibouti fournit une opportunité pour ces bases et d’autres entreprises actuellement hors réseau de se décarboner et de remplacer leur électricité produite principalement par du diesel par une énergie propre.
Tirant parti de ses ports maritimes pour diversifier l’économie, Djibouti a entrepris de construire une zone industrielle en 2017, suscitant au passage des discussions préliminaires sur le renforcement des capacités énergétiques. Le consortium du parc éolien a été créé en 2018 et a par la suite fourni un prêt-relais par capitaux propres via AFC, FMO, le Fonds Climate Investor One de CFM, et GHIH, qui ont permis au projet de boucler son financement en un temps record (22 mois). Les travaux ont débuté en janvier 2020 et se sont poursuivies à un rythme soutenu malgré les défis d’approvisionnement mondiaux causés par les confinements de la période Covid.
Le parc éolien s’étend sur 387 hectares, soit l’équivalent de plus de 700 terrains de football. Les 17 turbines Siemens du site produisent chacune 3,4 MW, desservies par une sous-station de 220 mégavolts ampères (MVA) et reliées par une ligne de transmission aérienne de 5
km au gestionnaire de réseau local et aux installations d’entreposage.
L’électricité produite sera vendue dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité à long terme à Electricité de Djibouti (EDD), l’entreprise publique nationale. Utilisant le projet comme modèle pour les futures IPP, le gouvernement de Djibouti travaille déjà sur plusieurs autres centrales en vue d’accroître la capacité géothermique et solaire.
Le projet est l’illustration même de l’utilisation de financements innovants par capitaux propres pour accélérer l’impact du développement via la réduction des risques, tout en mettant en avant la viabilité commerciale des projets de transformation en Afrique, en mutualisant des sources variées de capitaux et en permettant la reproduction de projets similaires à des coûts de financement réduits.
Samaila Zubairu, président et CEO d’Africa Finance Corporation : « Nous félicitons le président Ismaïl Omar Guelleh et les Djiboutiens ainsi que nos partenaires pour cette étape importante vers l’amélioration de l’accès à l’énergie à Djibouti grâce à l’énergie éolienne renouvelable. La solution de prêt-relais par capitaux propres que nous avons déployée a atténué les risques de construction et d’achèvement, démontrant
clairement les capacités d’AFC axées sur les solutions, la réduction des risques et l’exécution, ainsi que l’introduction d’une méthode pragmatique pour accélérer la clôture financière des projets en Afrique. »
« Djibouti dispose d’abondantes ressources renouvelables pour une production d’énergie durable et propre », déclare Aboubaker Omar Hadi, président de Great Horn Investment Holding (GHIH). « Notre objectif est d’être le premier pays d’Afrique à utiliser 100 % d’énergie verte d’ici 2035. L’investissement dans les infrastructures d’énergie renouvelable est la clé de nos ambitions, et l’inauguration du parc éolien révolutionnaire Red Sea Power est une étape importante. Une solution énergétique fiable et rentable est essentielle pour stimuler la croissance des infrastructures de Djibouti. Avec le développement de projets de zones franches industrielles, nous estimons que le pays devrait faire face à une demande de 3 700 MW au cours de la prochaine décennie. Il est essentiel d’exploiter des ressources renouvelables telles que l’énergie solaire, géothermique, éolienne et marémotrice pour répondre à cette demande. »
« L’inauguration d’aujourd’hui marque un bond en avant pour combler le déficit énergétique et assurer la souveraineté énergétique de Djibouti, en soutenant le développement socio-économique à long terme du pays », déclare Michael Jongeneel, CEO de FMO.
En plus des impacts socio-économiques du projet, l’innovation dans la structure transactionnelle elle-même, a le potentiel de créer des retombées systémiques en encourageant les investissements dans la région. La structure transactionnelle a considérablement réduit le risque lié à l’investissement. Les obligations de paiement d’EDD en vertu de l’accord d’achat d’électricité (PPA) sont adossées à une garantie gouvernementale, et les obligations du gouvernement sont à leur tour soutenues par la couverture du risque politique fournie par l’Agence
multilatérale de garantie des investissements (MIGA) de la Banque mondiale.
« Cela témoigne des avantages du financement mixte », ajoute Andrew Johnstone, CEO de Climate Fund Managers. « Des opérations révolutionnaires comme celle-ci sont extrêmement difficiles à financer par un financement de projet traditionnel étant donné que ce domaine restait inexploré et qu’il n’existe donc pas de précédent, rendant presque impossible pour les prêteurs et les partenaires de capitaux propres d’assumer un tel risque. Le financement mixte combine à la fois des capitaux concessionnels et commerciaux, permettant aux investisseurs d’assumer une part plus importante du risque et fournissant une source unique de financement, du développement jusqu’à l’exploitation. Dans le cas présent, nous pensons que le projet n’aurait tout simplement pas été possible sans une approche mixte. »
François Maze, CEO de Red Sea Power : « L’accès à l’électricité est essentiel à la croissance des entreprises, à la création d’emplois, à l’éducation, aux soins de santé, aux services sociaux et aux infrastructures. Dans un pays actuellement entièrement desservi par les importations de combustibles fossiles et d’électricité, des solutions d’énergie renouvelable à grande échelle sont requises de toute urgence pour accroître la résilience au changement climatique. L’inauguration d’aujourd’hui est une étape importante dans l’objectif de Djibouti de compter exclusivement sur des sources d’énergie renouvelables à l’horizon 2035. Nous sommes fiers de participer à cette transition et remercions tous nos partenaires pour leur soutien au cours des cinq dernières années afin de concrétiser notre ambition. »
En plus du nouveau parc éolien, les partenaires de Red Sea Power ont construit une usine de dessalement à énergie solaire qui a également été inaugurée aujourd’hui. L’usine fournira de l’eau potable aux villages environnants. Certaines régions de Djibouti connaissent actuellement une crise majeure de l’eau, 20 % des zones rurales n’ayant pas accès à l’eau potable. De nombreux foyers n’ont pas suffisamment d’eau pour répondre à leurs besoins de base, en particulier pendant la saison sèche, ce qui entraîne une perte généralisée des moyens de subsistance et des revenus.
L’usine de dessalement prend l’eau directement dans la mer à l’aide d’un processus de prétraitement qui élimine le sel pour produire de l’eau potable. Elle fournira à 800 habitants de deux villages à proximité du parc un accès à 40 litres par jour, ce qui réduira le risque de maladies d’origine hydrique et augmentera le temps d’éducation des enfants, qui sont souvent envoyés chercher de l’eau. RSP livre 80 000 litres d’eau par semaine depuis 2020 en tant que solution provisoire pendant la construction de l’usine. L’objectif est que le parc éolien alimente à l’avenir de plus grandes usines de dessalement.
Un autre volet du projet est de contribuer à la conservation de la biodiversité locale via l’observation des oiseaux migrateurs et résidents afin d’évaluer tout changement dans leur nombre ou comportement, y compris les espèces menacées comme le vautour égyptien (Neophron Percnopterus). Bien que Djibouti joue un rôle crucial en tant que corridor migratoire et que les parcs éoliens présentent généralement un risque de collision pour les oiseaux, la situation géographique du projet sous les hautes montagnes du nord-est en fait un site idéal pour exploiter l’énergie éolienne tout en ayant des répercussions minimes sur les populations aviaires.
ECONOMIE
MAROC – Mohamed Hakim Belkadi : Penser le Maroc de 2030 comme le prototype du Maroc de 2050
Architecte, urbaniste et expert judiciaire, Mohamed Hakim Belkadi vient d’être nommé Global SDG Advisor auprès d’UNAccc World. À travers la Théorie de l’Intrication Systémique Urbaine (TISU®), qu’il a développée, il propose une nouvelle manière de concevoir les territoires : non plus comme une juxtaposition de secteurs, mais comme des systèmes dont l’eau, l’énergie, la mobilité, l’économie et l’urbanisation sont profondément interdépendantes. À l’approche de la Coupe du monde 2030, il invite le Maroc à inscrire ses grands investissements dans une vision allant bien au-delà de l’événement.
Diplômé de l’École d’architecture de Strasbourg et expert judiciaire près des juridictions de Casablanca, Mohamed Hakim Belkadi a construit son parcours à la croisée de plusieurs disciplines : l’architecture, l’urbanisme, l’aménagement territorial, l’expertise et, plus récemment, l’intelligence artificielle appliquée aux systèmes urbains. Au fil de son expérience, il a acquis une conviction : aucun projet territorial ne peut plus être étudié isolément. Une nouvelle route ne transforme pas seulement les déplacements. Elle agit également sur le foncier, l’immobilier, les flux économiques, les besoins énergétiques, la consommation d’eau et le développement de nouvelles zones urbaines. De ce constat est née la Théorie de l’Intrication Systémique Urbaine, ou TISU®, une méthode destinée à analyser les interactions qui façonnent un territoire et à anticiper les conséquences parfois invisibles d’une décision publique.

Une nomination placée sous le signe de la responsabilité
La nomination de Mohamed Hakim Belkadi comme Global SDG Advisor auprès d’UNAccc World vient donner une nouvelle dimension à ses travaux. L’architecte la considère moins comme une consécration personnelle que comme une responsabilité. Sa mission consistera notamment à apporter une lecture systémique des Objectifs de développement durable, à identifier les liens entre les politiques publiques et à rapprocher les ambitions internationales des réalités territoriales. Les 17 Objectifs de développement durable sont généralement présentés séparément. Pourtant, leur mise en œuvre révèle de multiples dépendances. L’accès à l’eau influence l’agriculture, la santé, l’urbanisation et l’économie. L’énergie intervient dans le fonctionnement des infrastructures, des transports, des industries et des systèmes de dessalement. Quant à la qualité des institutions, elle détermine la capacité d’un pays à coordonner l’ensemble de ces politiques. « Il ne s’agit pas de remplacer les institutions ou les décideurs, mais de leur donner une capacité supplémentaire : voir plus tôt, comprendre plus largement et décider avec une meilleure connaissance des conséquences possibles », explique Mohamed Hakim Belkadi. Sa nomination ouvre également la TISU® à la discussion internationale. Mais son concepteur refuse d’y voir l’aboutissement de son travail. Une théorie territoriale, rappelle-t-il, n’acquiert une véritable valeur que lorsqu’elle est confrontée au réel, testée, discutée et améliorée.
Les ODD envisagés comme un réseau
Dans le contexte marocain, Mohamed Hakim Belkadi identifie plusieurs Objectifs de développement durable jouant un rôle déterminant : l’accès à l’eau, l’énergie, les infrastructures et l’innovation, les villes durables, l’action climatique, ainsi que la gouvernance et la solidité des institutions. Il ne souhaite cependant pas établir une hiérarchie rigide entre les 17 objectifs. « Je les considère comme un réseau », précise-t-il. Certains objectifs constituent néanmoins ce qu’il appelle des « infrastructures de résilience ». Leur fragilisation peut en effet déstabiliser l’ensemble du système territorial. Une pénurie d’eau peut affecter l’agriculture, la production industrielle, l’emploi et l’attractivité de certains territoires. Une rupture énergétique peut interrompre les transports, les services urbains ou le fonctionnement d’équipements stratégiques. La priorité ne consiste donc pas seulement à atteindre chaque objectif séparément, mais à comprendre leurs effets réciproques et leurs capacités à s’amplifier.
Le territoire, un système d’interactions
La notion d’« intrication territoriale » se trouve au cœur de la TISU®. Elle désigne les interactions permanentes entre les différents éléments d’un territoire. Lorsqu’une décision est prise dans un secteur, elle peut produire des effets immédiats ou différés dans plusieurs autres domaines. La création d’une infrastructure de transport peut, par exemple, accroître la valeur des terrains environnants, attirer de nouveaux habitants, modifier les flux commerciaux et augmenter les besoins en eau et en énergie. À l’inverse, une tension sur la ressource hydrique peut entraîner une baisse de la production agricole, une diminution des revenus, une évolution des flux logistiques et, à terme, une transformation des trajectoires d’urbanisation. La difficulté réside dans le décalage entre le fonctionnement réel des territoires et l’organisation des administrations. Ces dernières sont le plus souvent structurées par secteurs, tandis que les territoires ne connaissent pas de frontière entre l’eau, l’énergie, la mobilité, l’économie ou l’urbanisme.

La TISU® propose ainsi de représenter le territoire comme un ensemble de nœuds, de flux, de dépendances, de rétroactions et de vulnérabilités. Avant toute décision, il faudrait pouvoir déterminer les secteurs qu’elle affectera, la vitesse de propagation de ses effets et les conséquences d’éventuelles perturbations simultanées.
Le Cortex Territorial®, un outil pour anticiper
Pour rendre cette approche opérationnelle, Mohamed Hakim Belkadi propose la création d’un Cortex Territorial®. Celui-ci ne serait ni un simple logiciel ni un tableau de bord, mais une véritable « infrastructure cognitive territoriale ». Son rôle serait de recueillir, structurer et croiser des données provenant de plusieurs secteurs : eau, énergie, transports, foncier, urbanisation, infrastructures, environnement, économie ou risques climatiques. La valeur de cet outil ne résiderait pas uniquement dans la quantité de données disponibles, mais dans sa capacité à faire apparaître leurs relations. Une baisse des réserves d’eau pourrait, par exemple, fragiliser l’agriculture, diminuer les revenus, perturber les flux logistiques et exercer de nouvelles pressions sur certaines zones urbaines.
Le Cortex Territorial® chercherait à repérer ces chaînes de conséquences avant qu’elles ne se transforment en crises. Son fonctionnement nécessiterait une gouvernance interinstitutionnelle réunissant, selon le territoire concerné, les administrations centrales, les collectivités, les établissements publics, les opérateurs d’infrastructures critiques, les acteurs économiques, les universités et les centres de recherche. Cette coopération ne signifierait toutefois pas que chaque acteur aurait accès à toutes les informations. Les droits d’accès devraient être précisément encadrés selon les responsabilités de chaque institution.
Casablanca–Benslimane comme laboratoire
La région Casablanca–Benslimane pourrait constituer un terrain d’expérimentation privilégié pour la TISU®. Elle concentre en effet des activités urbaines, industrielles, agricoles, logistiques, énergétiques et environnementales. L’analyse devrait notamment porter sur les ressources et les consommations d’eau, les réseaux énergétiques, les mobilités quotidiennes, les flux logistiques, les infrastructures industrielles et portuaires, l’évolution du foncier, les zones agricoles, les espaces environnementaux sensibles et les risques climatiques. L’objectif serait d’observer les interactions entre ces données. Où l’urbanisation progresse-t-elle par rapport aux capacités des réseaux d’eau et d’énergie ? Quels secteurs économiques seraient les plus fragilisés par une rupture d’approvisionnement ? Certaines infrastructures concentrent-elles trop de dépendances ? Quels projets risquent d’enfermer le territoire dans des choix difficiles à modifier à long terme ? Pour Mohamed Hakim Belkadi, Casablanca–Benslimane pourrait ainsi devenir un laboratoire marocain de l’intelligence territoriale systémique.
Une intelligence artificielle qui éclaire sans décider
Dans le modèle TISU-AI, l’intelligence artificielle n’est pas présentée comme le cœur de la théorie, mais comme son « accélérateur computationnel ». La TISU® apporte la grille de lecture. L’IA permet, quant à elle, d’analyser une quantité de données et de relations qu’un être humain ne pourrait traiter simultanément. Elle peut participer à la structuration des informations, détecter des anomalies et des signaux faibles, identifier certaines corrélations et simuler différents scénarios. L’objectif n’est pas de demander à une machine quelle décision doit être prise. Il s’agit plutôt de déterminer quels scénarios sont envisageables, quelles pourraient être leurs conséquences, quels risques ils comportent et quelles décisions permettraient de préserver le plus grand nombre d’options pour l’avenir. « L’IA ne doit pas devenir une boîte noire qui décide à la place du décideur. Elle doit rester un système d’aide à la décision explicable, traçable et contrôlable », insiste l’architecte. La responsabilité finale doit ainsi demeurer humaine, politique et institutionnelle.
La souveraineté des données, enjeu stratégique
L’utilisation de données territoriales sensibles soulève nécessairement des questions de souveraineté, de confidentialité et de cybersécurité. Mohamed Hakim Belkadi considère la donnée territoriale comme une infrastructure stratégique. Il faut donc pouvoir déterminer qui la produit, qui la détient, qui peut y accéder, dans quel objectif et pendant combien de temps. Le système devrait reposer sur une segmentation des données, des habilitations précisément définies, le chiffrement des informations, la traçabilité des accès et la séparation des environnements sensibles. Le Cortex Territorial® ne devrait surtout pas devenir un point unique de défaillance. Une architecture excessivement centralisée pourrait permettre à une cyberattaque de perturber plusieurs infrastructures critiques en même temps. Mohamed Hakim Belkadi défend donc une organisation distribuée et résiliente. La souveraineté numérique ne consiste pas uniquement à conserver les données au Maroc. Elle implique également de maîtriser leur cycle de vie, leur architecture, leurs usages, les modèles d’intelligence artificielle qui les exploitent et les décisions qui peuvent en découler.
Apprendre aussi des erreurs
Autre proposition importante : la création d’un Registre des Échecs TISU®. Contrairement à ce que son nom pourrait suggérer, cet outil n’aurait pas pour vocation de rechercher ou de sanctionner des responsables. Il constituerait une mémoire institutionnelle des projets, des décisions, des prévisions erronées, des hypothèses démenties par les faits et des signaux d’alerte insuffisamment pris en compte. « Un système qui ne mémorise que ses réussites ne devient jamais véritablement intelligent », observe Mohamed Hakim Belkadi. Ce registre permettrait de comparer les prévisions aux conséquences réellement observées, d’améliorer les modèles et d’éviter que plusieurs générations administratives ne reproduisent les mêmes erreurs. Cette mémoire constituerait ainsi une forme de « capital cognitif territorial ».
Anticiper la propagation des crises
La TISU® pourrait également servir à analyser la propagation d’une crise touchant une infrastructure stratégique comme le complexe portuaire de Tanger Med. En cas de panne énergétique, il ne suffirait pas d’étudier uniquement le fonctionnement du port. Il faudrait examiner l’ensemble de ses dépendances : les chaînes logistiques, les entreprises, les réseaux routiers et ferroviaires, les transporteurs, les industries et leurs approvisionnements. Une perturbation locale peut ainsi provoquer une succession d’effets en cascade à l’échelle du territoire et de l’économie. La même logique s’applique aux cyberattaques. Une intrusion peut commencer dans un système informatique apparemment secondaire avant d’atteindre une infrastructure critique à travers les réseaux, les prestataires ou les chaînes opérationnelles. L’analyse systémique chercherait donc à identifier les points de départ possibles, les chemins de propagation, la vitesse de diffusion de la crise, les mécanismes capables de l’absorber et les points sur lesquels intervenir pour la contenir.
L’eau, l’énergie et le climat au cœur des vulnérabilités
Mohamed Hakim Belkadi identifie trois vulnérabilités prioritaires pour le Maroc : la sécurité hydrique, les infrastructures critiques et l’urbanisation face au changement climatique. L’eau conditionne la vie des populations, mais aussi l’agriculture, l’industrie, l’énergie et la préservation de l’environnement. Les infrastructures critiques assurent, de leur côté, la continuité des activités économiques et des services essentiels. Quant aux villes, elles concentrent les habitants, les investissements, les activités et, par conséquent, les risques. La menace s’accroît lorsque ces vulnérabilités se combinent. Une sécheresse peut augmenter les besoins énergétiques nécessaires au traitement, au transport ou au dessalement de l’eau. Une panne électrique peut ensuite perturber les installations hydriques. Parallèlement, une urbanisation rapide augmente la demande en eau, en énergie et en mobilité. Si le Maroc a progressé dans la prise en compte de la relation entre eau et énergie, Mohamed Hakim Belkadi estime qu’un changement de paradigme reste nécessaire. Les deux domaines sont encore trop souvent abordés comme des politiques séparées, alors qu’ils forment une véritable boucle d’interdépendance.
Coupe du monde 2030 : une occasion historique, mais aussi un défi
La Coupe du monde 2030 accélère les investissements marocains dans les transports, le tourisme, les infrastructures et les équipements urbains. Pour Mohamed Hakim Belkadi, cette dynamique représente une occasion exceptionnelle de moderniser le pays et de renforcer son attractivité. Elle comporte cependant un risque : que la vitesse d’exécution dépasse la capacité d’anticiper les conséquences à long terme. Une route influence durablement l’urbanisation. Un stade transforme les flux de personnes. Un aéroport renforce l’attractivité d’une région. Une zone touristique génère de nouveaux besoins en eau, en énergie, en transports et en logements. La véritable question est donc de savoir ce que deviendront ces investissements en 2040, 2050 ou 2060. « Il faut accélérer l’exécution, mais ralentir les décisions qui risquent de verrouiller le futur », résume-t-il. Cette prudence ne signifie pas qu’il faille multiplier les procédures ou retarder les chantiers. Au contraire, l’utilisation de la donnée, de la modélisation et de l’intelligence artificielle pourrait réduire le temps nécessaire pour parvenir à une décision réellement éclairée.
Faire de 2030 le prototype du Maroc de 2050
Pour Mohamed Hakim Belkadi, l’année 2030 ne doit pas être envisagée comme une destination, mais comme un laboratoire. Les infrastructures construites à l’occasion de la Coupe du monde doivent constituer les premières briques d’un système territorial capable de fonctionner pendant plusieurs décennies. Les nouveaux quartiers, les équipements publics, les réseaux énergétiques, les solutions de mobilité et les dispositifs de gestion de l’eau devront être observés, mesurés et améliorés. « 2030 doit être l’expérience, 2040 la consolidation et 2050 la maturité du système », affirme-t-il. Cette vision permettrait au Maroc de sortir d’une planification centrée sur le prochain grand projet pour construire une véritable continuité entre plusieurs horizons.
Vers un État territorial augmenté
À l’horizon 2040, Mohamed Hakim Belkadi imagine un État marocain capable non seulement de gérer, mais aussi de prévoir, de simuler et d’apprendre. Chaque territoire pourrait disposer d’une représentation numérique dynamique de ses ressources, de ses infrastructures, de ses flux et de ses vulnérabilités. Les décisions les plus importantes pourraient être testées virtuellement avant leur mise en œuvre. L’eau, l’énergie, la mobilité, l’urbanisation et l’environnement seraient analysés simultanément. L’État conserverait aussi la mémoire de ses décisions, de ses hypothèses, de ses réussites et de ses erreurs afin de développer des politiques publiques véritablement apprenantes. Il ne s’agirait cependant pas de bâtir un État automatisé, gouverné par des algorithmes, mais un « État augmenté », dans lequel l’intelligence artificielle renforcerait la capacité de compréhension des décideurs sans supprimer leur responsabilité.
Grâce à son expérience des grands projets, à ses infrastructures et aux défis auxquels il est confronté, le Maroc pourrait devenir un laboratoire africain de la planification territoriale systémique. Les modèles qui y seraient expérimentés pourraient ensuite être adaptés à d’autres pays du continent confrontés au stress hydrique, à l’urbanisation rapide, à la transition énergétique et au changement climatique. Mohamed Hakim Belkadi résume sa vision en une phrase : « Le Maroc de demain ne sera pas seulement celui qui construira les infrastructures du futur ; ce sera celui qui saura comprendre les interactions entre ses territoires, anticiper leurs transformations et apprendre de ses propres décisions. » Pour le concepteur de la TISU®, l’enjeu dépasse donc largement la préparation d’un événement sportif. Il s’agit de profiter de l’élan de 2030 pour préparer une nouvelle génération de gouvernance territoriale, plus éclairée, plus souveraine et plus résiliente.
BANQUE
NIGERIA – Dangote prépare une introduction en Bourse historique à près de 1,6 milliard de dollars
La raffinerie Dangote se rapproche d’une opération financière historique sur le marché nigérian. Le groupe a officiellement engagé le processus de son introduction en Bourse avec la signature, lundi, des documents nécessaires en présence de ses conseillers et des différents intervenants chargés de l’opération.
Prévue entre le 14 septembre et le 13 octobre, l’offre publique doit porter sur 4,1 milliards d’actions proposées à 525 nairas l’unité. Sur la base de cette offre initiale, la transaction pourrait générer environ 2 150 milliards de nairas, soit près de 1,6 milliard de dollars.
Le groupe pourrait toutefois augmenter le volume proposé si la demande des investisseurs dépasse les prévisions. Jusqu’à 30 % d’actions supplémentaires pourraient ainsi être mises sur le marché, sous réserve de l’autorisation des autorités compétentes. Une telle opération placerait cette introduction parmi les plus importantes jamais enregistrées sur le continent africain.
Au-delà de son poids financier, cette entrée en Bourse constitue un moment stratégique pour la raffinerie et pour la place financière nigériane. Implantée à proximité de Lagos, l’installation représente un investissement estimé à environ 20 milliards de dollars. Avec une capacité actuelle pouvant atteindre 700 000 barils de pétrole par jour, elle s’est imposée comme un acteur majeur du secteur énergétique national.
Son fonctionnement a progressivement modifié l’approvisionnement en carburants du Nigeria, en permettant au premier producteur de pétrole d’Afrique de réduire sa dépendance aux importations de produits raffinés. Une partie de sa production est également destinée aux marchés extérieurs. La raffinerie exporte notamment du kérosène vers plusieurs destinations africaines ainsi que vers certains marchés européens.
L’opération boursière doit également accompagner une nouvelle phase de développement industriel. Dangote prévoit d’augmenter considérablement les capacités du site afin de parvenir, à terme, à une production de 1,4 million de barils par jour. Cette expansion nécessitera d’importants financements, alors que la société bénéficie déjà d’un engagement d’investissement de 400 millions de dollars.
Derrière ce projet se trouve le groupe fondé par Aliko Dangote, figure majeure du patronat nigérian et considéré comme l’homme le plus riche d’Afrique. Son conglomérat possède des activités dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment le ciment et le sucre, avant de s’imposer également dans l’industrie pétrolière.
Lors de la cérémonie marquant la signature des documents de l’opération, Aliko Dangote a réaffirmé ses ambitions pour son complexe industriel. Le milliardaire nigérian entend poursuivre son expansion et vise à terme un objectif particulièrement ambitieux : faire de la raffinerie Dangote la plus grande installation de raffinage pétrolier au monde.
AGRICULTURE
CÔTE D’IVOIRE – Le prix du cacao reste à 1 200 FCFA, les producteurs déçus
La Côte d’Ivoire maintient le prix du cacao à 1 200 francs CFA le kilogramme pour la nouvelle campagne principale. Le gouvernement a choisi de reconduire le même tarif que celui appliqué lors de la campagne intermédiaire de mars, une décision qui ne répond pas aux attentes de nombreux producteurs.
Le prix bord champ concerne le cacao répondant aux normes de qualité, notamment en matière de fermentation, de séchage et de tri. Cette annonce intervient alors que la filière traverse une période particulièrement délicate, marquée par les fluctuations du marché et les difficultés économiques rencontrées par les planteurs.
Chez certains producteurs, l’absence de revalorisation est accueillie avec déception. Après les évolutions des cours internationaux et les charges qui pèsent sur les exploitations, plusieurs acteurs de la filière espéraient une augmentation significative du revenu versé aux producteurs.
Thibaut Yoro, producteur de cacao et responsable syndical agricole, affirme que les planteurs espéraient un prix compris entre 1 800 et 2 000 francs CFA le kilogramme. « C’était l’espoir. Malheureusement, il est toujours maintenu à 1 200 », déplore-t-il.
Les organisations professionnelles affichent toutefois des réactions plus nuancées. Obed Blonde Doua, vice-président de l’Organisation interprofessionnelle agricole, estime que les producteurs auraient préféré un tarif pouvant atteindre 1 500 francs CFA le kilogramme, tout en prenant acte de la décision annoncée par les autorités.
Le choix du gouvernement intervient dans une filière stratégique pour l’économie ivoirienne. Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire dépend largement de cette activité, qui fait vivre directement ou indirectement des millions de personnes.
La détermination du prix bord champ constitue donc un exercice particulièrement sensible pour les autorités. Il s’agit de garantir une rémunération suffisante aux producteurs tout en tenant compte des réalités du marché international et des équilibres économiques de l’ensemble de la chaîne cacao.
Avec le maintien du prix à 1 200 francs CFA, le gouvernement privilégie ainsi la stabilité du tarif, mais prend le risque de décevoir une partie des planteurs qui espéraient bénéficier davantage des conditions du marché.
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