AFRIQUE DU NORD
ALGÉRIE – Le frère cadet de l’ex-Président Bouteflika condamné à deux ans de prison
La justice algérienne a infligé une peine de deux ans d’emprisonnement à l’encontre du frère de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika , décédé le 17 Septembre pour « entrave au bon déroulement de la justice ».
Saïd, frère cadet du défunt ancien président Abdelaziz Bouteflika, a écopé mardi soir de deux ans de prison ferme pour entrave au bon déroulement de la justice, a indiqué l’agence officielle APS.
Devant le tribunal criminel de Dar El Beida, à l’est d’Alger, le parquet avait requis sept ans ferme.
Il était poursuivi avec d’autres anciens responsables pour « incitation à falsification de documents officiels », « abus de fonction », « entrave à la justice », « incitation à la partialité de la justice » et « outrage à magistrat ».
Cité dans d’autres affaires en cours d’instruction, il devrait rester en prison même en ayant déjà purgé la peine des deux ans qui lui a été infligée mardi.
Plusieurs proches du défunt président Abdelaziz Bouteflika, poussé à la démission forcée début avril 2019, sous la pression des manifestations du Hirak et de l’armée, ont été condamnés ou placés en détention par la justice notamment pour des faits de corruption.
Source : Kaoci
AFRIQUE
ÉGYPTE – Le Caire expulse un diplomate éthiopien après une mesure similaire d’Addis-Abeba
L’Égypte et l’Éthiopie connaissent une nouvelle escalade diplomatique. Le Caire a déclaré persona non grata un conseiller de l’ambassade d’Éthiopie et lui a accordé un délai de 48 heures pour quitter le territoire égyptien. Cette décision intervient en réponse à l’expulsion, la veille, d’un membre du personnel diplomatique égyptien par Addis-Abeba.
Une source égyptienne citée par la presse officielle a qualifié la décision éthiopienne de « regrettable et injustifiée ». Le Caire affirme rejeter toute ingérence dans les affaires intérieures des autres États et considère que les autorités éthiopiennes cherchent à attribuer leurs crises internes à des acteurs extérieurs.
Cette nouvelle confrontation intervient dans un contexte de tensions croissantes dans la Corne de l’Afrique. Addis-Abeba accuse notamment l’Égypte, le Soudan et l’Érythrée de soutenir une coalition d’opposition dirigée par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), engagée dans de nouveaux combats contre les forces gouvernementales éthiopiennes. Les trois pays concernés rejettent ces accusations.
La reprise des affrontements dans le nord de l’Éthiopie fait craindre une nouvelle dégradation de la situation sécuritaire, après la guerre du Tigré de 2020 à 2022, qui avait fait des centaines de milliers de victimes selon différentes estimations. Les combats actuels interviennent alors que les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont également fortement détériorées.
Jeudi, l’Éthiopie a annoncé la fermeture de son ambassade en Érythrée et déclaré dix diplomates érythréens persona non grata, leur donnant 48 heures pour quitter le pays. Asmara a réagi en annonçant la rupture de ses relations diplomatiques avec son voisin.
La crise éthiopienne intervient également sur fond de différend ancien entre Addis-Abeba et Le Caire autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), construit sur le Nil Bleu. L’Égypte estime que la gestion des eaux du barrage pourrait affecter ses ressources hydriques, tandis que l’Éthiopie considère le projet comme essentiel à son développement énergétique.
AFRIQUE
MAROC – Amnesty International accuse les services de renseignement d’un vaste dispositif de surveillance
Amnesty International met en cause les services de renseignement marocains dans un nouveau rapport consacré aux méthodes de surveillance visant, selon l’organisation, des journalistes, des défenseurs des droits humains et d’autres acteurs de la société civile.
Dans cette enquête intitulée « On commence par le verdict ». Au cœur de l’appareil de surveillance marocain, l’ONG affirme avoir documenté un système combinant des technologies de cybersurveillance et des méthodes plus traditionnelles, comme les écoutes, les filatures ou encore l’installation de dispositifs permettant d’enregistrer des conversations.
Pour étayer ses conclusions, Amnesty dit s’appuyer sur plusieurs sources, notamment le témoignage d’un ancien membre de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), présenté sous le pseudonyme de « Safir ». L’organisation indique également avoir analysé des données issues de la criminalistique numérique, des documents ayant fuité et recueilli les témoignages de dix personnes présentées comme ayant été ciblées.
L’ONG affirme notamment que le logiciel espion Pegasus, développé par l’entreprise israélienne NSO Group, aurait été utilisé par la DGST. Selon Amnesty, son déploiement au Maroc aurait commencé en 2017 et aurait permis de cibler des journalistes et des militants jusqu’en 2021. D’autres solutions technologiques provenant de sociétés israéliennes, européennes et américaines auraient également été utilisées.
Le rapport décrit plusieurs techniques d’intrusion dans les appareils électroniques. Certaines nécessiteraient une intervention de la victime, tandis que d’autres, dites « zéro clic », permettraient d’infecter un téléphone sans action de son propriétaire. Amnesty évoque aussi des attaques passant par les infrastructures des opérateurs télécoms ainsi que l’utilisation de téléphones déjà compromis.
L’organisation affirme par ailleurs que des dispositifs d’écoute auraient été installés dans différents lieux privés et que des données de géolocalisation auraient permis de suivre les déplacements de certaines personnes. Le témoignage de l’ancien agent évoque également la compromission de cybercafés à l’aide du logiciel Remote Control System (RCS), qui aurait permis d’accéder aux communications et aux fichiers stockés sur des ordinateurs.
Amnesty affirme avoir identifié les propriétaires de 103 numéros marocains apparaissant parmi les cibles potentielles de Pegasus entre septembre et décembre 2017. Selon son analyse, 65 de ces numéros seraient liés à des membres de la société civile, dont 34 défenseurs des droits humains, 22 journalistes ou professionnels des médias, cinq avocats et quatre universitaires. Vingt-cinq autres seraient associés à des responsables politiques ou à des membres des autorités.
Le rapport cite notamment le journaliste Omar Radi ainsi que le militant Fouad Abdelmoumni. Amnesty affirme que ce dernier aurait notamment été surveillé et qu’une vidéo enregistrée dans son domicile aurait ensuite circulé sur WhatsApp.
Selon l’organisation, les informations recueillies grâce à ces opérations de surveillance auraient également pu être utilisées dans des campagnes visant à discréditer certains militants dans des médias considérés comme proches du pouvoir. Amnesty estime que ces pratiques peuvent favoriser un climat d’autocensure au sein de la société civile.
L’ONG affirme également que certaines capacités de surveillance auraient pu être utilisées au-delà du territoire marocain, permettant de suivre les communications ou les déplacements de personnes vivant à l’étranger.
Les autorités marocaines rejettent depuis plusieurs années les accusations relatives à l’utilisation de logiciels espions contre leurs citoyens et affirment respecter la confidentialité des communications. Amnesty indique avoir adressé des demandes aux autorités marocaines quatre semaines avant la publication de son rapport, sans obtenir de réponse.
Plusieurs entreprises mentionnées dans l’enquête ont également été sollicitées. Verint a déclaré avoir quitté ce secteur en 2021, tandis que Memento Labs affirme ne disposer d’aucun contrat actuellement avec une entité marocaine. Les autres sociétés contactées n’auraient pas répondu aux sollicitations de l’organisation.
Amnesty International demande désormais aux autorités marocaines de mettre fin à ce qu’elle qualifie de pratiques de surveillance illégale et de mettre en place une enquête indépendante sur les activités attribuées à la DGST. L’organisation appelle également les pays exportateurs de technologies de surveillance à renforcer les mécanismes de contrôle afin d’empêcher leur utilisation à des fins contraires aux droits fondamentaux.
AFRIQUE
MAROC – Fatima Zahra El Mansouri devient la première femme à diriger le gouvernement
Fatima Zahra El Mansouri entre dans l’histoire politique du Maroc en devenant la première femme appelée à diriger le gouvernement du royaume. Sa nomination intervient après la victoire du Parti Authenticité et Modernité (PAM), arrivé en tête des élections législatives avec 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants.
Le roi Mohammed VI a officiellement chargé la responsable politique de former le prochain gouvernement. Cette décision constitue une première au Maroc et fait d’El Mansouri la deuxième femme à prendre la tête d’un gouvernement dans le monde arabe, après la Tunisienne Najla Bouden.
Âgée de 50 ans, Fatima Zahra El Mansouri possède déjà une longue expérience politique. Avocate de formation, elle a étudié à l’Université Mohammed V de Rabat avant de poursuivre son cursus en France puis aux États-Unis, où elle s’est spécialisée dans le droit des affaires et le droit des sociétés.
Son entrée en politique intervient avec la création du PAM en 2008. Un an plus tard, elle devient maire de Marrakech, une fonction qu’elle retrouvera après les élections locales de 2021. Elle s’impose progressivement comme l’une des principales figures féminines de la scène politique marocaine.
Entre 2021 et 2026, elle a également occupé le portefeuille de ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville au sein du gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch. En février 2024, elle devient coordinatrice de la coalition dirigeante du PAM, formation qui fonctionne depuis cette date avec une direction collégiale plutôt qu’autour d’un secrétaire général unique.
Avant sa désignation, son nom était notamment opposé à celui de Fouzi Lekjaa, autre personnalité influente du PAM et président de la Fédération royale marocaine de football. Après les élections, El Mansouri avait indiqué que le choix final appartenait au roi.
La Constitution marocaine prévoit que le souverain nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. Avec ses 97 sièges, le PAM reste toutefois loin de la majorité absolue fixée à 198 élus. La nouvelle cheffe du gouvernement devra donc négocier avec d’autres formations pour constituer une majorité parlementaire.
La composition de cette future coalition demeure incertaine. Le PAM entretient notamment des rapports difficiles avec le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui dirigeait la précédente coalition gouvernementale dans laquelle le parti occupait une position de partenaire minoritaire.
Dans l’opposition, le Parti de la justice et du développement (PJD) a effectué un net retour électoral en obtenant 54 sièges, contre 13 lors du précédent scrutin. Porté notamment par le retour de son dirigeant Abdelilah Benkirane, ancien chef du gouvernement, le parti islamiste a annoncé qu’il entendait rester dans l’opposition et excluait une alliance avec le PAM.
La nomination de Fatima Zahra El Mansouri intervient également dans un contexte où les questions liées à la place des femmes dans la société marocaine continuent de faire débat. La nouvelle responsable du gouvernement s’est toutefois rarement exprimée publiquement sur les questions d’égalité entre les sexes au cours de sa carrière.
Interrogée avant sa nomination sur les éventuels aménagements que pourrait nécessiter la présence d’une femme aux côtés du roi lors de certaines cérémonies religieuses, notamment les prières du vendredi et de l’Aïd, El Mansouri avait choisi de mettre en avant le rôle du souverain. Elle avait notamment présenté Mohammed VI comme « le plus grand défenseur des femmes » au Maroc.
La nouvelle cheffe du gouvernement avait également rejeté l’étiquette de « femme de fer » qui lui était parfois attribuée. « Je ne suis ni une femme d’acier ni une femme de fer… Je suis une militante libre », déclarait-elle en 2021.
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