AFRIQUE
TCHAD – Huit opposants condamnés, la tension politique monte
Au Tchad, la pression judiciaire contre l’opposition franchit un nouveau cap. Huit figures de l’opposition ont été condamnées à huit ans de prison, selon leur avocat, à l’issue d’un procès dénoncé comme politique par leurs soutiens.
Arrêtés à N’Djamena quelques jours avant une marche de protestation interdite, les accusés — membres d’un mouvement ayant contesté l’élection du président Mahamat Idriss Déby — étaient poursuivis pour « association de malfaiteurs, rébellion et détention illégale d’armes de guerre ». Leur avocat, Moussa Adoum, a rejeté en bloc ces accusations, évoquant des « infractions inexistantes » et annonçant un recours en appel.
Ces condamnations s’inscrivent dans un contexte politique tendu depuis l’arrivée au pouvoir de Mahamat Déby en 2021, après la mort de son père Idriss Déby Itno. Depuis, plusieurs figures de l’opposition ont été poursuivies ou emprisonnées.
Le cas de Succès Masra illustre cette dynamique. Ancien Premier ministre et principal opposant, il a été condamné en mai 2025 à 20 ans de prison pour « incitation à la haine », un verdict critiqué par Human Rights Watch qui y voit un procès à motivation politique.
La situation s’est encore tendue avec la dissolution du GCAP, décidée par la Cour suprême. Cette coalition, qui regroupait plusieurs partis et acteurs de la société civile, appelait au boycott de l’élection présidentielle de 2024 et dénonçait un « climat de terreur » marqué par intimidations et restrictions des libertés publiques.
En toile de fond, une réforme constitutionnelle adoptée récemment permet désormais au président d’exercer des mandats illimités de sept ans. Une mesure vivement critiquée par l’opposition, qui y voit une dérive autoritaire susceptible d’ancrer durablement le pouvoir en place.
AFRIQUE
OUGANDA – Victoire sanitaire : Kampala met fin à la flambée d’Ebola
L’Ouganda a officiellement déclaré, mardi, la fin de son épidémie d’Ebola, après 42 jours consécutifs sans nouveau cas, conformément aux protocoles établis par l’Organisation mondiale de la santé. Cette annonce intervient un mois après la guérison du dernier patient, sorti d’hôpital le 16 juin.
Déclarée le 15 mai, l’épidémie avait enregistré 20 cas confirmés et deux décès. Selon le ministère ougandais de la Santé, la majorité des cas étaient importés de la République démocratique du Congo, quinze patients ayant traversé la frontière pour se faire soigner avant que leur infection ne soit détectée. Cinq professionnels de santé ougandais avaient ensuite été contaminés.
Les autorités sanitaires assurent avoir retracé l’ensemble des chaînes de transmission. Les personnes contacts ont été suivies jusqu’à la fin de leur période d’incubation, sans qu’aucun cas inexpliqué de transmission communautaire ne soit identifié.
Les analyses génomiques ont confirmé que cette flambée était liée à la souche Bundibugyo, une variante du virus Ebola pour laquelle aucun vaccin ni traitement homologué n’est actuellement disponible.
Malgré cette déclaration officielle, Kampala insiste sur le maintien d’un niveau d’alerte élevé. Le risque de réintroduction du virus demeure important en raison de la progression de l’épidémie dans l’est de la RDC, notamment dans les zones frontalières.
Les autorités ont annoncé le renforcement de la surveillance dans les districts frontaliers, avec le déploiement d’équipes d’intervention rapide et de dispositifs de dépistage.
L’Ouganda met également en avant sa coopération avec la RDC pour contenir la propagation du virus. Les deux pays ont conclu un accord visant à coordonner leur réponse sanitaire. Kampala a notamment installé des laboratoires mobiles et des unités de traitement d’une capacité de 80 lits dans les localités d’Aru et de Kasenyi, dans le nord-est congolais.
Cette mobilisation s’explique par l’ampleur de la crise en RDC, où l’épidémie a déjà atteint des proportions majeures, avec plusieurs milliers de cas et plus d’un millier de décès recensés en quelques mois.
Face à la menace, l’Ouganda avait rapidement pris des mesures strictes : limitation des contacts physiques, report de grands rassemblements et suspension temporaire des liaisons avec la RDC.
Désormais, l’objectif affiché par Kampala est clair : empêcher toute nouvelle importation du virus tout en soutenant les efforts régionaux de riposte.
AFRIQUE
ALGÉRIE – Une femme élue pour la première fois à la tête du Parlement
L’Assemblée populaire nationale (APN) a franchi un cap historique mardi soir en élisant, pour la première fois depuis sa création, une femme à sa présidence. La députée d’Alger Khalida Boufedeche, membre du Front de libération nationale (FLN), a été portée à la tête de la chambre basse du Parlement, accédant ainsi au rang de quatrième personnage de l’État.
Médecin allergologue de formation, Khalida Boufedeche est également membre du comité central du FLN, formation historique de l’indépendance et pilier du paysage politique algérien. Son parcours politique s’est d’abord construit à l’échelle locale, notamment dans la commune de Bordj El Bahri, avant de s’étendre à l’assemblée de la wilaya d’Alger puis à l’APN.
Son élection intervient dans la foulée des législatives du 2 juillet, remportées par le FLN avec 91 sièges sur les 407 que compte l’Assemblée. Le scrutin a toutefois été marqué par une participation historiquement basse, avec seulement 21,24 % des électeurs ayant pris part au vote.
Trois candidats étaient en lice pour la présidence de l’APN, dont un représentant du Mouvement de la société pour la paix (MSP), principale formation islamiste au Parlement, et un élu du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), formation laïque.
Dans la nouvelle configuration parlementaire, le FLN conserve sa position dominante, devant le Rassemblement national démocratique (RND) avec 74 sièges, tandis que le Front El Moustakbal en détient 56.
Si cette nomination constitue une avancée institutionnelle majeure, elle intervient dans un contexte paradoxal de recul significatif de la présence des femmes au Parlement. À l’issue des dernières législatives, seules 25 femmes ont été élues, soit 6,14 % des députés, alors qu’elles représentent près de la moitié de la population algérienne.
Ce chiffre marque une nette régression par rapport aux précédentes législatures : l’APN comptait 38 femmes en 2021 et jusqu’à 118 en 2017, à une époque où un système de quotas favorisait leur représentation.
Dans son discours inaugural, Khalida Boufedeche a salué une étape « historique », estimant que son élection reflète les transformations en cours en Algérie et la volonté de renforcer les institutions, l’État de droit et la promotion des compétences nationales.
AFRIQUE
RD CONGO – Troisième mandat : la polémique enfle autour de Tshisekedi
La Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo a validé, mardi, une loi encadrant l’organisation des référendums, une décision qui suscite une vive controverse dans le pays. Pour l’opposition, ce texte pourrait ouvrir la voie à une révision constitutionnelle permettant un éventuel troisième mandat du président Félix Tshisekedi.
Âgé de 63 ans, Félix Tshisekedi est au pouvoir depuis 2019. Son second mandat, théoriquement le dernier selon la Constitution actuelle, doit s’achever en 2028. Le texte fondamental congolais stipule en effet que le nombre et la durée des mandats présidentiels ne peuvent être modifiés.
Malgré ces dispositions, la haute juridiction a jugé conforme à la Constitution le projet de loi adopté en juin par le Parlement, dominé par la majorité présidentielle. Selon son président, Dieudonné Kamuleta Badibanga, le texte respecte les principes constitutionnels en vigueur.
La loi introduit toutefois des mécanismes sensibles. Elle autorise notamment, en cas de « dysfonctionnement majeur » des institutions, la mise en place d’une assemblée constituante suivie d’un référendum, un processus qui pourrait potentiellement aboutir à une révision constitutionnelle.
Les juges ont néanmoins exprimé des réserves sur certaines dispositions, en particulier celle qui permettrait au chef de l’État d’organiser un référendum sur toute question jugée d’importance « fondamentale ».
Bien que Félix Tshisekedi ait officiellement nié toute intention de briguer un troisième mandat, ses déclarations passées alimentent les inquiétudes. En mai dernier, il avait affirmé : « Si le peuple souhaite que j’effectue un troisième mandat, j’accepterai. »
L’opposition, déjà fragilisée depuis la réélection du président en 2023, s’est mobilisée contre toute tentative de modification de la Constitution. Une manifestation prévue pour dénoncer cette réforme a toutefois été reportée, après l’annonce d’un dialogue national par le gouvernement, dont les contours restent encore flous.
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