AFRIQUE
MAROC /ESPAGNE – Une nouvelle vague migratoire meurtrière
Au moins 18 migrants ont perdu la vie en tentant de rejoindre à la nage l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc, alors qu’un important afflux migratoire se poursuit aux abords de la frontière.
Depuis plusieurs jours, plus de 1 500 personnes sont parvenues à entrer dans cette enclave, marquant la plus forte vague migratoire depuis la crise de 2021, au cours de laquelle plus de 10 000 migrants avaient franchi la frontière en seulement deux jours. Ce nouvel afflux aurait été alimenté par des rumeurs faisant état d’une ouverture du poste-frontière.
Sur la côte marocaine, à proximité de Fnideq, de nombreux candidats à l’exil, dont des mineurs, ont convergé vers la zone frontalière, à pied ou à bord de véhicules, contournant parfois les dispositifs de sécurité.
Certains témoignages illustrent la détresse et les espoirs qui motivent ces tentatives. Fatima Zahra, une travailleuse de Tanger, explique avoir pris la route après avoir entendu parler d’une supposée ouverture. De son côté, Abdelhakim, 32 ans, raconte avoir parcouru plusieurs kilomètres avant d’être emporté par les vagues, assisté impuissant à la mort de deux jeunes, puis renoncé à poursuivre.
Selon les autorités espagnoles, les 18 décès enregistrés sont dus à des noyades. Sur place, des scènes poignantes ont été observées, avec des migrants, adultes et enfants, arrivant trempés sur les rivages, tandis que des effets personnels abandonnés jonchaient la plage.
Le président de Ceuta, Juan Vivas, a indiqué que les structures d’accueil sont désormais saturées face à l’arrivée quotidienne de centaines de migrants.
Face à cette situation, l’Espagne a décidé de renforcer son dispositif sécuritaire en déployant des militaires en appui à la Garde civile. Des renforts supplémentaires, ainsi que des moyens maritimes et des équipes de plongeurs, ont été mobilisés.
Par ailleurs, Madrid a annoncé, en coordination avec Rabat, des mesures visant à renvoyer vers le Maroc les personnes entrées irrégulièrement sur son territoire.
Cette crise migratoire a rapidement pris une dimension politique en Europe. La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, ainsi que son ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, ont évoqué la possibilité de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, dénonçant une gestion jugée insuffisante des flux migratoires.
Des propos vivement rejetés par Madrid. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Luis Albares, a appelé à privilégier la solidarité européenne plutôt que les déclarations à visée politique.
AFRIQUE
OUGANDA – Succession du roi Oyo : le choix du nouveau monarque provoque la colère de la famille
La succession au trône du royaume traditionnel de Tooro s’annonce déjà controversée après la désignation d’Edward Rukidi Kijanangoma comme prochain souverain. Présentateur et rédacteur en chef à la chaîne publique Uganda Broadcasting Corporation, il a été choisi mercredi par le comité chargé de déterminer le successeur du roi Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV, décédé le mois dernier à l’âge de 34 ans.
Cousin du défunt monarque, Edward Rukidi Kijanangoma devrait être officiellement couronné dans les prochains jours. Sa désignation intervient alors que le royaume se prépare aux funérailles du roi Oyo, prévues samedi dans une localité située près de la frontière avec la République démocratique du Congo. Des dizaines de milliers de personnes sont attendues pour rendre hommage au souverain.
Oyo avait accédé au trône en 1995, à seulement trois ans. Son accession précoce lui avait valu le titre de plus jeune roi du monde. Durant son règne, il est devenu une figure emblématique du royaume de Tooro, l’un des cinq royaumes traditionnels reconnus par l’État ougandais, mais dépourvus de pouvoir souverain.
La question de sa succession divise désormais une partie de la famille royale. Célibataire au moment de sa mort, Oyo aurait laissé un enfant présenté comme son héritier. Le président ougandais Yoweri Museveni avait lui-même affirmé l’existence de cet héritier, né hors mariage. Toutefois, le comité de sélection du royaume n’a pas retenu cette option et a privilégié Edward Rukidi Kijanangoma.
Ce choix est loin de faire l’unanimité. Ruth Komuntale, sœur du défunt roi, a publiquement exprimé sa déception et redoute que la décision ne provoque de nouvelles tensions au sein de la famille royale. Elle affirme par ailleurs que le testament de son frère mentionnait explicitement l’existence d’un héritier au trône. L’identité de cet enfant n’a cependant jamais été rendue publique.
La reine Best Kemigisa, mère du roi Oyo, conteste elle aussi le processus de succession. Elle dénonce l’influence qu’aurait exercée un groupe de membres du clan sur la désignation du nouveau souverain. Selon elle, des militaires ont également été déployés autour du palais royal, une situation qu’elle assimile à une forme d’assignation à résidence pour sa famille.
La reine a appelé les autorités militaires ainsi que le président Yoweri Museveni à intervenir afin de permettre à la famille du défunt roi de vivre son deuil dans des conditions qu’elle juge dignes et apaisées.
La désignation d’Edward Rukidi Kijanangoma pourrait néanmoins répondre à une volonté de préserver la continuité de la monarchie traditionnelle. Figure connue du grand public grâce à son activité dans les médias, le futur souverain apparaît comme un choix susceptible de rassurer les traditionalistes opposés à l’arrivée d’un enfant sur le trône.
La controverse intervient alors que l’Ouganda s’apprête à organiser les funérailles du roi Oyo, dont la dépouille avait reçu un hommage national à son retour dans le pays. Le jeune monarque doit être inhumé le 12 septembre, dans un contexte où les interrogations sur sa succession restent toujours sans réponse définitive.
AFRIQUE
SÉNÉGAL – Finances publiques : Ahmadou Al Aminou Lô assume le virage économique du gouvernement
Le débat sur le rôle du Fonds monétaire international (FMI) s’est invité au cœur de l’Assemblée nationale sénégalaise. Lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a défendu le partenariat conclu avec l’institution financière internationale, présenté par le gouvernement comme un levier nécessaire pour remettre les finances publiques sur les rails.
Cette prise de position intervient quelques jours après la conclusion d’un accord de 2,2 milliards de dollars sur une période de 36 mois entre le Sénégal et le FMI. Devant les députés, le chef du gouvernement a exposé les grandes orientations économiques censées accompagner ce programme, notamment une meilleure sélection des investissements publics, une maîtrise accrue des dépenses et un renforcement des recettes de l’État.
Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô entend également instaurer une gestion plus stricte de la dette publique. Pour le gouvernement, cette nouvelle orientation doit permettre de restaurer progressivement les équilibres budgétaires et de créer les conditions d’une stabilisation durable des finances nationales.
Mais la défense du partenariat avec le FMI a rapidement provoqué une controverse politique. Le député de Pastef Guy Marius Sagna a vivement contesté cette orientation, estimant qu’elle s’éloigne des engagements de souveraineté économique défendus par la majorité au pouvoir. Depuis la tribune de l’Assemblée nationale, il a dénoncé ce qu’il considère comme une mise sous influence du Sénégal par l’institution de Bretton Woods, visant directement le Premier ministre.
Cette passe d’armes intervient alors que l’exécutif est confronté à une situation financière particulièrement délicate. Les autorités cherchent à rétablir la crédibilité des comptes publics après la mise au jour d’importantes irrégularités concernant les exercices précédents. Dans le même temps, Dakar doit préserver la confiance de ses partenaires financiers et convaincre sur sa capacité à engager un redressement durable.
Le Premier ministre a également profité de son intervention pour aborder plusieurs questions de société. Il a notamment condamné les discours hostiles aux étrangers et appelé à préserver le respect dû aux ressortissants étrangers vivant sur le territoire sénégalais. Il a toutefois rappelé que ceux-ci restent soumis aux lois et règlements en vigueur dans le pays.
Sur la question de l’homosexualité, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a réaffirmé la position du gouvernement, qui demeure opposé à toute légalisation. Le Premier ministre a assuré que cette ligne ne connaissait aucun changement.
AFRIQUE
TUNISIE – Mohamed Yousfi en détention : Les journalistes exigent sa libération
La mobilisation monte chez les journalistes tunisiens après le placement en détention provisoire de Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du média Alqatiba. Plusieurs dizaines de professionnels des médias se sont rassemblés mardi à Tunis pour dénoncer son arrestation et réclamer sa libération.
Le journaliste a été interpellé vendredi alors qu’il se rendait à une interview dans une radio. Il est poursuivi dans le cadre d’une enquête portant sur des faits présumés de criminalité financière. Les autorités lui reprochent notamment d’avoir bénéficié de financements suspects en provenance de l’étranger, en s’appuyant sur des dispositions relevant de la législation antiterroriste et de la lutte contre l’enrichissement illicite.
La défense conteste ces accusations. Son avocate, Hela Ben Salem, estime qu’aucun élément matériel permettant d’établir des actes répréhensibles n’a été présenté à ce stade du dossier. Elle dénonce ainsi une procédure qui, selon elle, ne repose sur aucune preuve concrète.
L’inquiétude porte également sur l’état de santé du journaliste. Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) affirme que celui-ci s’est dégradé depuis son arrestation, alors que Mohamed Yousfi venait de subir une intervention chirurgicale pour une appendicite. Selon le syndicat, ses avocats ont même dû suspendre un interrogatoire afin de lui administrer ses médicaments alors qu’il souffrait fortement.
La situation suscite également la réaction de Reporters sans frontières (RSF), qui demande la libération immédiate du rédacteur en chef d’Alqatiba. L’organisation considère qu’aucun élément communiqué dans cette affaire ne permettrait de justifier son maintien en détention.
Pour le président du SNJT, Zied Dabbar, le cas de Mohamed Yousfi dépasse le seul cadre judiciaire et s’inscrit dans un climat plus général de pression sur la profession. Le syndicat estime que le recours à des poursuites pénales contre des journalistes pour des faits liés à leur activité risque de fragiliser davantage l’exercice du métier.
Cette affaire intervient dans un contexte politique particulièrement tendu en Tunisie. Depuis le tournant engagé par le président Kaïs Saïed en 2021, plusieurs organisations de défense des libertés publiques dénoncent un recul de l’espace démocratique et une multiplication des procédures judiciaires visant des journalistes, des avocats, des opposants politiques et des militants.
La loi adoptée en 2022 pour sanctionner notamment la diffusion de fausses informations est régulièrement critiquée par les organisations de défense de la liberté de la presse. Pour les journalistes mobilisés mardi à Tunis, l’affaire Mohamed Yousfi constitue ainsi un nouveau test pour l’indépendance des médias et la protection de la liberté d’expression dans le pays.
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