AFRIQUE
GAMBIE – Électricité, commerces, hôpitaux : une crise énergétique qui paralyse le pays
La crise de l’électricité continue de perturber fortement la vie quotidienne en Gambie. Depuis juin, les délestages se multiplient et leur durée s’est considérablement allongée ces dernières semaines, au point de provoquer d’importantes difficultés pour les ménages, les commerces et plusieurs secteurs essentiels.
À Tanji, certaines coupures ont duré entre 12 et 48 heures. Dans plusieurs quartiers, les habitants ont passé des nuits entières sans éclairage et ont dû trouver des solutions de fortune pour préserver leurs denrées alimentaires ou maintenir leurs téléphones chargés. L’approvisionnement en eau a également été interrompu pendant plusieurs heures dans certaines zones.
La situation a également eu des répercussions sur les activités économiques. Les vendeurs de poisson figurent parmi les professionnels les plus durement touchés. Sans réfrigérateurs fonctionnels, la conservation des produits devient difficile et le recours aux blocs de glace représente un coût supplémentaire. Dans le même temps, la fréquentation des commerces a fortement diminué en raison de l’absence d’électricité.
Les petites activités dépendantes du courant électrique sont elles aussi affectées. Des opérateurs de moulins, des artisans et d’autres travailleurs ont été contraints de réduire ou d’adapter leurs activités. Certains utilisent désormais des équipements fonctionnant sans électricité afin de continuer à travailler malgré les longues périodes de délestage.
Les conséquences se font également sentir dans les établissements de santé. Des structures médicales ont dû s’appuyer sur des groupes électrogènes pour assurer la continuité de leurs services, avec toutefois des difficultés lorsque ces équipements rencontrent à leur tour des problèmes techniques.
Face à la multiplication des perturbations, la National Water and Electricity Company (NAWEC), principal fournisseur gambien d’électricité, avait évoqué plusieurs facteurs pour expliquer la situation. L’entreprise avait notamment cité l’augmentation de la consommation liée aux fortes températures, des difficultés concernant les importations d’électricité ainsi qu’un incident technique.
La question financière constitue également un élément important. Le président Adama Barrow avait reconnu en juin l’existence d’arriérés dus à la Senelec, la compagnie publique d’électricité du Sénégal. Ces difficultés financières compliquent les efforts visant à garantir un approvisionnement régulier en énergie.
L’exaspération de la population a débouché la semaine dernière sur deux nuits de manifestations spontanées. Des routes ont été bloquées dans certains secteurs et des protestataires ont demandé le départ du chef de l’État, dans un contexte marqué par une forte dégradation des conditions de vie liées aux coupures.
Cette crise intervient à quelques mois de l’élection présidentielle prévue le 5 décembre. Alors que la pression monte, Adama Barrow a promis une amélioration de l’approvisionnement électrique d’ici la fin du mois d’octobre.
D’ici là, les habitants et les acteurs économiques restent confrontés à une situation qui affecte aussi bien leurs activités professionnelles que leur quotidien, tandis que les autorités sont attendues sur des solutions permettant de stabiliser durablement le réseau électrique.
AFRIQUE
TANZANIE – Tundu Lissu entame une grève de la faim pour obtenir le droit de voir ses avocats en privé
Le principal opposant tanzanien, Tundu Lissu, a entamé une grève de la faim lundi afin de contraindre les autorités pénitentiaires à respecter son droit de s’entretenir confidentiellement avec ses avocats. Le dirigeant du parti Chadema, actuellement détenu dans l’attente du verdict de son procès pour trahison, dénonce le refus des autorités de lui garantir ces échanges, selon sa formation politique.
Dans un communiqué, Chadema affirme que la Haute Cour de Tanzanie a reconnu, la semaine dernière, une violation du droit constitutionnel de son chef à consulter ses conseils juridiques en privé. Le parti accuse toutefois les autorités pénitentiaires de ne pas appliquer cette décision. Samedi, il avait déjà dénoncé ce qu’il considère comme un refus de se conformer à la décision judiciaire.
Figure majeure de l’opposition, Tundu Lissu critique depuis de nombreuses années le Chama Cha Mapinduzi (CCM), parti au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1961. Son incarcération intervient dans le cadre d’une procédure pour trahison, une accusation passible de la peine capitale en Tanzanie.
Le responsable politique, âgé de 58 ans, a été arrêté en avril 2025. Les autorités lui reprochent d’avoir encouragé la population à boycotter les élections organisées cette année-là. Depuis son arrestation, il demeure en détention dans l’attente de la décision de justice.
Son procès suscite de vives critiques de la part de l’opposition et de plusieurs organisations de défense des droits humains. Ces acteurs contestent les conditions dans lesquelles la procédure se déroule et dénoncent ce qu’ils considèrent comme une affaire à caractère politique. Les accusations portées contre l’opposant restent toutefois soumises à l’appréciation de la justice.
Le parcours de Tundu Lissu est également marqué par une tentative d’assassinat à laquelle il a survécu en 2017. Après plusieurs années passées en exil, il était rentré en Tanzanie en 2023 pour reprendre son engagement politique.
Le verdict de son procès pour trahison est attendu le 6 novembre. D’ici là, la grève de la faim engagée par le dirigeant de Chadema ajoute une nouvelle dimension à une affaire qui concentre les inquiétudes sur les droits de la défense, les libertés politiques et le traitement réservé à l’opposition en Tanzanie.
AFRIQUE
ÉGYPTE – Lina Attalah arrêtée : La justice ordonne la fermeture du média indépendant Mada Masr
La répression contre les médias indépendants se durcit en Égypte. Lina Attalah, directrice de Mada Masr, l’un des principaux médias indépendants du pays, a été interpellée mardi après une décision judiciaire ordonnant la fermeture du site et lui infligeant une amende pour exercice sans licence, selon des informations publiées par sa rédaction.
Le tribunal des délits mineurs a prononcé sa décision au terme d’une seule audience. La journaliste a été condamnée à payer une somme d’environ 850 euros, tandis que le média s’est vu ordonner de cesser ses activités. Mada Masr dénonce une procédure expéditive qui s’est achevée par l’intervention des forces de sécurité au sein même du palais de justice.
D’après le média, des agents ont encerclé Lina Attalah, l’ont soulevée du sol puis évacuée de la salle d’audience. Elle serait restée en détention après son arrestation.
Présent sur place, Hossam Bahgat, directeur de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), a indiqué que le jugement avait été annoncé dans un climat particulièrement tendu, alors que les avocats de la défense protestaient contre la décision du tribunal.
Cette affaire suscite de nouvelles inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains, qui y voient une intensification des pressions exercées contre la presse indépendante en Égypte. Elle intervient quelques semaines après l’arrestation de journalistes de Matsadaash, une plateforme spécialisée dans la vérification des informations. Ces derniers sont accusés par les autorités de diffuser de « fausses informations » et d’entretenir des liens avec les Frères musulmans, des accusations régulièrement utilisées dans les procédures visant des médias considérés comme critiques envers le pouvoir.
Le dossier de Lina Attalah s’inscrit dans une longue série de procédures judiciaires. Selon Mada Masr, il s’agit de la sixième affaire engagée contre la journaliste et son média en six ans. Les précédentes démarches n’avaient toutefois pas conduit à un procès.
L’Égypte fait régulièrement l’objet de critiques internationales concernant les restrictions imposées à la liberté de la presse. Selon un décompte de l’EIPR, 26 journalistes sont actuellement détenus dans le pays en lien avec leur activité professionnelle.
AFRIQUE
RD CONGO – Félix Tshisekedi accuse Joseph Kabila d’agir pour le compte du Rwanda
Les tensions entre le président congolais Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila prennent une nouvelle dimension. Lors d’une intervention devant les députés, dont des extraits ont été diffusés mardi sur le réseau social X par la présidence congolaise, le chef de l’État a qualifié l’ancien président de « pantin du Rwanda », l’accusant de servir les intérêts de Kigali dans le conflit qui secoue l’est de la République démocratique du Congo.
Le 12 octobre, Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation, un nouveau mouvement politico-militaire qui englobe notamment l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le Mouvement du 23 mars (M23). Cette évolution a ravivé les accusations de Félix Tshisekedi, qui estime que l’ancien chef de l’État est désormais impliqué directement dans une offensive soutenue, selon lui, par le président rwandais Paul Kagame.
Face aux députés nationaux et aux sénateurs de l’Union sacrée de la Nation, le Président Félix-Antoine Tshisekedi a évoqué la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC et les efforts pour défendre l’intégrité territoriale du pays. Voici l’essentiel de son message. https://t.co/vz3WDZfn3q
— Présidence RDC 🇨🇩 (@Presidence_RDC) October 27, 2026
Devant les parlementaires, le président congolais a affirmé que Joseph Kabila aurait été encouragé à sortir de sa réserve pour donner une apparence congolaise à une initiative qu’il attribue au Rwanda. Félix Tshisekedi a notamment soutenu que cette stratégie viserait à présenter le conflit comme une affaire intérieure à la RDC, alors que Kigali fait face à des sanctions et à de nouvelles menaces de sanctions.
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte de relations particulièrement tendues entre Kinshasa et Kigali, les autorités congolaises reprochant régulièrement au Rwanda son implication dans les violences qui touchent l’est du pays. Les allégations formulées par Félix Tshisekedi à l’encontre de Joseph Kabila restent toutefois à distinguer des faits établis indépendamment.
De son côté, le Front pour la refondation de la nation affiche ouvertement son opposition au pouvoir en place. Le mouvement entend mettre fin au régime de Kinshasa, qu’il décrit comme tyrannique. Cette orientation marque une nouvelle étape dans la confrontation politique et sécuritaire autour de l’avenir de la RDC.
Dans un entretien accordé à une chaîne en ligne proche de la rébellion, Joseph Kabila a, pour sa part, soulevé une question qui résume sa position sur la crise congolaise : le pays a-t-il besoin d’une élection ou d’une révolution ? Cette interrogation intervient alors que les affrontements dans l’est du territoire et les rivalités politiques continuent de peser sur les perspectives de stabilité du pays.
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