AFRIQUE
SOUDAN DU SUD – Joseph Lagu, héros de l’indépendance, s’éteint à 94 ans
Le Soudan du Sud a décrété un deuil national après la disparition de Joseph Lagu, survenue mardi à l’âge de 94 ans. Figure historique de la lutte pour l’émancipation du pays, cet ancien chef rebelle a consacré une grande partie de sa vie au combat contre le pouvoir central soudanais. Il restera notamment connu pour avoir affirmé avoir commencé cette lutte avec une simple machette pour seule arme.
Devenu indépendant en 2011, après plusieurs décennies de conflit avec le Soudan, le plus jeune État du monde rend hommage à l’un des hommes qui ont marqué les premières heures de sa résistance armée. Joseph Lagu fut, en 1963, l’un des fondateurs du mouvement Anyanya, première organisation armée à s’opposer au gouvernement soudanais. Parmi les combattants placés sous son commandement figurait notamment Salva Kiir, aujourd’hui président du Soudan du Sud.
À l’annonce de son décès, le chef de l’État a appelé la population à honorer non seulement la mémoire du disparu, mais aussi l’ensemble de son parcours. Salva Kiir a souligné que Joseph Lagu avait vécu suffisamment longtemps pour assister à la naissance du pays pour lequel il s’était battu.
Le rôle de l’ancien chef rebelle ne s’est pas limité au terrain militaire. En 1972, il participa aux négociations qui mirent fin à la première guerre civile soudanaise, un conflit meurtrier auquel sont attribuées environ 500 000 victimes. Cet accord avait permis au Sud d’obtenir un statut d’autonomie régionale au sein du Soudan.
Joseph Lagu poursuivit ensuite sa carrière dans les institutions politiques et diplomatiques. Il occupa notamment le poste de deuxième vice-président du Soudan avant de représenter ce pays auprès des Nations unies en qualité de représentant permanent. Salva Kiir a salué la mémoire d’un militaire, diplomate et homme d’État dont l’engagement a profondément marqué l’histoire sud-soudanaise.
Le deuil national restera en vigueur jusqu’aux funérailles, dont la date n’a pas encore été annoncée.
Dans un entretien accordé à l’Agence France-Presse en 2011, peu avant le référendum qui devait conduire à l’indépendance du Soudan du Sud, Joseph Lagu était revenu sur les débuts difficiles de la rébellion. Il racontait que les premiers combattants disposaient de moyens extrêmement limités, avec seulement quelques fusils pour lancer leur mouvement. Lui-même, disait-il, n’avait qu’une machette.
Malgré cette faiblesse matérielle, les insurgés étaient convaincus de la légitimité de leur cause. Joseph Lagu avait expliqué avoir reçu une première livraison d’armes en provenance du Congo, avant de bénéficier du soutien d’Israël. Cette coopération s’inscrivait notamment dans le contexte des tensions régionales consécutives à la guerre des Six Jours de 1967, au cours de laquelle le Soudan avait soutenu l’Égypte.
L’ancien dirigeant avait également raconté comment il avait sollicité l’aide du gouvernement israélien dans une lettre adressée au Premier ministre de l’époque. Il avait alors présenté la lutte des rebelles sud-soudanais comme un moyen d’affaiblir les forces soudanaises susceptibles de soutenir l’Égypte.
AFRIQUE
TANZANIE – Tundu Lissu entame une grève de la faim pour obtenir le droit de voir ses avocats en privé
Le principal opposant tanzanien, Tundu Lissu, a entamé une grève de la faim lundi afin de contraindre les autorités pénitentiaires à respecter son droit de s’entretenir confidentiellement avec ses avocats. Le dirigeant du parti Chadema, actuellement détenu dans l’attente du verdict de son procès pour trahison, dénonce le refus des autorités de lui garantir ces échanges, selon sa formation politique.
Dans un communiqué, Chadema affirme que la Haute Cour de Tanzanie a reconnu, la semaine dernière, une violation du droit constitutionnel de son chef à consulter ses conseils juridiques en privé. Le parti accuse toutefois les autorités pénitentiaires de ne pas appliquer cette décision. Samedi, il avait déjà dénoncé ce qu’il considère comme un refus de se conformer à la décision judiciaire.
Figure majeure de l’opposition, Tundu Lissu critique depuis de nombreuses années le Chama Cha Mapinduzi (CCM), parti au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1961. Son incarcération intervient dans le cadre d’une procédure pour trahison, une accusation passible de la peine capitale en Tanzanie.
Le responsable politique, âgé de 58 ans, a été arrêté en avril 2025. Les autorités lui reprochent d’avoir encouragé la population à boycotter les élections organisées cette année-là. Depuis son arrestation, il demeure en détention dans l’attente de la décision de justice.
Son procès suscite de vives critiques de la part de l’opposition et de plusieurs organisations de défense des droits humains. Ces acteurs contestent les conditions dans lesquelles la procédure se déroule et dénoncent ce qu’ils considèrent comme une affaire à caractère politique. Les accusations portées contre l’opposant restent toutefois soumises à l’appréciation de la justice.
Le parcours de Tundu Lissu est également marqué par une tentative d’assassinat à laquelle il a survécu en 2017. Après plusieurs années passées en exil, il était rentré en Tanzanie en 2023 pour reprendre son engagement politique.
Le verdict de son procès pour trahison est attendu le 6 novembre. D’ici là, la grève de la faim engagée par le dirigeant de Chadema ajoute une nouvelle dimension à une affaire qui concentre les inquiétudes sur les droits de la défense, les libertés politiques et le traitement réservé à l’opposition en Tanzanie.
AFRIQUE
ÉGYPTE – Lina Attalah arrêtée : La justice ordonne la fermeture du média indépendant Mada Masr
La répression contre les médias indépendants se durcit en Égypte. Lina Attalah, directrice de Mada Masr, l’un des principaux médias indépendants du pays, a été interpellée mardi après une décision judiciaire ordonnant la fermeture du site et lui infligeant une amende pour exercice sans licence, selon des informations publiées par sa rédaction.
Le tribunal des délits mineurs a prononcé sa décision au terme d’une seule audience. La journaliste a été condamnée à payer une somme d’environ 850 euros, tandis que le média s’est vu ordonner de cesser ses activités. Mada Masr dénonce une procédure expéditive qui s’est achevée par l’intervention des forces de sécurité au sein même du palais de justice.
D’après le média, des agents ont encerclé Lina Attalah, l’ont soulevée du sol puis évacuée de la salle d’audience. Elle serait restée en détention après son arrestation.
Présent sur place, Hossam Bahgat, directeur de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), a indiqué que le jugement avait été annoncé dans un climat particulièrement tendu, alors que les avocats de la défense protestaient contre la décision du tribunal.
Cette affaire suscite de nouvelles inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains, qui y voient une intensification des pressions exercées contre la presse indépendante en Égypte. Elle intervient quelques semaines après l’arrestation de journalistes de Matsadaash, une plateforme spécialisée dans la vérification des informations. Ces derniers sont accusés par les autorités de diffuser de « fausses informations » et d’entretenir des liens avec les Frères musulmans, des accusations régulièrement utilisées dans les procédures visant des médias considérés comme critiques envers le pouvoir.
Le dossier de Lina Attalah s’inscrit dans une longue série de procédures judiciaires. Selon Mada Masr, il s’agit de la sixième affaire engagée contre la journaliste et son média en six ans. Les précédentes démarches n’avaient toutefois pas conduit à un procès.
L’Égypte fait régulièrement l’objet de critiques internationales concernant les restrictions imposées à la liberté de la presse. Selon un décompte de l’EIPR, 26 journalistes sont actuellement détenus dans le pays en lien avec leur activité professionnelle.
AFRIQUE
RD CONGO – Félix Tshisekedi accuse Joseph Kabila d’agir pour le compte du Rwanda
Les tensions entre le président congolais Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila prennent une nouvelle dimension. Lors d’une intervention devant les députés, dont des extraits ont été diffusés mardi sur le réseau social X par la présidence congolaise, le chef de l’État a qualifié l’ancien président de « pantin du Rwanda », l’accusant de servir les intérêts de Kigali dans le conflit qui secoue l’est de la République démocratique du Congo.
Le 12 octobre, Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation, un nouveau mouvement politico-militaire qui englobe notamment l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le Mouvement du 23 mars (M23). Cette évolution a ravivé les accusations de Félix Tshisekedi, qui estime que l’ancien chef de l’État est désormais impliqué directement dans une offensive soutenue, selon lui, par le président rwandais Paul Kagame.
Face aux députés nationaux et aux sénateurs de l’Union sacrée de la Nation, le Président Félix-Antoine Tshisekedi a évoqué la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC et les efforts pour défendre l’intégrité territoriale du pays. Voici l’essentiel de son message. https://t.co/vz3WDZfn3q
— Présidence RDC 🇨🇩 (@Presidence_RDC) October 27, 2026
Devant les parlementaires, le président congolais a affirmé que Joseph Kabila aurait été encouragé à sortir de sa réserve pour donner une apparence congolaise à une initiative qu’il attribue au Rwanda. Félix Tshisekedi a notamment soutenu que cette stratégie viserait à présenter le conflit comme une affaire intérieure à la RDC, alors que Kigali fait face à des sanctions et à de nouvelles menaces de sanctions.
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte de relations particulièrement tendues entre Kinshasa et Kigali, les autorités congolaises reprochant régulièrement au Rwanda son implication dans les violences qui touchent l’est du pays. Les allégations formulées par Félix Tshisekedi à l’encontre de Joseph Kabila restent toutefois à distinguer des faits établis indépendamment.
De son côté, le Front pour la refondation de la nation affiche ouvertement son opposition au pouvoir en place. Le mouvement entend mettre fin au régime de Kinshasa, qu’il décrit comme tyrannique. Cette orientation marque une nouvelle étape dans la confrontation politique et sécuritaire autour de l’avenir de la RDC.
Dans un entretien accordé à une chaîne en ligne proche de la rébellion, Joseph Kabila a, pour sa part, soulevé une question qui résume sa position sur la crise congolaise : le pays a-t-il besoin d’une élection ou d’une révolution ? Cette interrogation intervient alors que les affrontements dans l’est du territoire et les rivalités politiques continuent de peser sur les perspectives de stabilité du pays.
-
A LA UNE1 mois .SÉNÉGAL – De Pikine à Londres, SOLMA veut faire défiler le Sénégal sur la scène internationale
-
AFRIQUE3 mois .CAMEROUN – L’absence prolongée de Paul Biya alimente interrogations et tensions politiques
-
EUROPE3 mois .FRANCE – Paris : Lancement du Haut conseil de la diplomatie africaine et appel à l’unité des Africains
-
AFRIQUE3 mois .BURKINA FASO – Ibrahim Traoré dément toute rivalité au sommet de l’État
-
AFRIQUE3 mois .CÔTE D’VOIRE – Six responsables du PDCI libérés après neuf mois de détention
-
AFRIQUE1 mois .GUINÉE – Mamadi Doumbouya à Abidjan : La sécurité et le renseignement au cœur des discussions avec Alassane Ouattara
-
CULTURE3 mois .SÉNÉGAL – Viviane Chidid annonce un concert exceptionnel pour ses 26 ans de carrière
-
AFRIQUE3 mois .CÔTE D’IVOIRE /MAURITANIE – Alassane Ouattara et Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani renforcent leur coopération


