AFRIQUE
SOMALIE – Inondations : Près de 874 000 personnes menacées de déplacement
Près de 874 000 personnes pourraient être contraintes de quitter leur domicile en Somalie au cours des trois prochains mois en raison de fortes précipitations et de la montée des eaux. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) alerte sur les risques de déplacements massifs alors que le pays se prépare à une saison des pluies qui pourrait être particulièrement intense.
Selon Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies, les prévisions du Conseil danois pour les réfugiés et de l’OIM indiquent que les inondations pourraient être responsables de 92 % des déplacements anticipés. Cette situation serait aggravée par des précipitations supérieures aux normales saisonnières, dans un contexte marqué par le renforcement du phénomène climatique El Niño.
Face à cette menace, l’OIM travaille avec les autorités somaliennes pour améliorer les dispositifs d’alerte précoce et renforcer les préparatifs en vue d’éventuelles interventions d’urgence. L’objectif est de permettre aux populations exposées d’être averties à temps et de limiter les conséquences humaines des crues.
Cependant, les ressources financières disponibles restent largement insuffisantes. À ce stade, seulement 14 % des 16,6 millions de dollars nécessaires pour anticiper et gérer les conséquences des phénomènes liés à El Niño ont été mobilisés, selon les informations communiquées par les Nations unies.
Les organisations humanitaires intensifient leurs préparatifs et s’appuient notamment sur les enseignements tirés des inondations dévastatrices de 2023. Malgré ces efforts, leur capacité d’intervention est fragilisée par d’importantes réductions budgétaires qui ont entraîné une diminution significative des opérations humanitaires.
Alors que la saison des pluies approche, le manque de financement constitue un obstacle majeur à la prévention des risques et à l’assistance aux populations vulnérables. Les prochains mois seront déterminants pour limiter les déplacements forcés et répondre aux besoins des communautés susceptibles d’être touchées.
AFRIQUE
ALGÉRIE – Niamey et Alger resserrent leurs liens dans un Sahel sous tension
Les relations entre l’Algérie et le Niger poursuivent leur rapprochement, notamment sur le plan sécuritaire. Le 21 octobre, le ministre nigérien de la Défense, Salifou Modi, a été reçu à Alger, où il a signé avec son homologue algérien un protocole d’accord destiné à consolider la coopération militaire entre les deux pays.
Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique diplomatique renforcée depuis la réconciliation entre le président nigérien Abdourahamane Tiani et son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, au début de l’année. En l’espace d’un mois, les responsables militaires des deux États se sont rencontrés à deux reprises, illustrant l’intensification de leurs échanges dans un contexte régional marqué par des enjeux sécuritaires persistants.
Au cours de sa visite, Salifou Modi s’est entretenu avec le chef d’état-major de l’armée algérienne, Saïd Chengriha, avant d’être reçu par le président Abdelmadjid Tebboune. Les deux parties ont officialisé un accord de coopération militaire dont les modalités précises n’ont pas été rendues publiques. Les autorités mettent toutefois en avant les objectifs de stabilité, de solidarité et de coordination régionales.
Ce rapprochement intervient dans un contexte politique sensible au Niger. Le 29 août dernier, une mutinerie a été signalée à Niamey, alors que le pouvoir du président Abdourahamane Tiani faisait face à des tensions. Dans les jours qui ont suivi, l’Algérie a dépêché quatre avions de chasse au Niger, selon les informations rapportées. Ces appareils auraient atterri dans la capitale nigérienne après les événements et seraient toujours stationnés à l’aéroport de Niamey.
La présence de ces avions illustre le soutien sécuritaire apporté par Alger à son voisin sahélien. Elle témoigne également de l’importance stratégique que l’Algérie accorde à la stabilité de son environnement régional, alors que les questions de défense et de sécurité occupent une place centrale dans les relations entre les pays du Sahel et leurs voisins.
Si les détails opérationnels du nouvel accord restent inconnus, sa signature confirme la volonté des deux gouvernements de développer leur coopération militaire. Ce partenariat pourrait prendre une importance particulière dans un contexte où les enjeux de sécurité, la stabilité politique et les alliances régionales continuent de façonner les relations entre Alger et Niamey.
AFRIQUE
RD CONGO – Matata Ponyo temporise face à la prise d’armes annoncée par Joseph Kabila
Dix jours après l’annonce de Joseph Kabila de prendre la tête de la rébellion armée dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), l’opposition non armée n’a toujours pas affiché de position officielle commune. Matata Ponyo Mapon, ancien Premier ministre sous la présidence de Kabila, explique que la coalition C64 entend harmoniser sa réponse lors d’une réunion prévue à Rome, en Italie, au début de la semaine prochaine.
Dans un entretien accordé à RFI depuis Londres, l’ancien chef du gouvernement affirme que son parti, Leadership et gouvernance pour le développement (LGD), respectera la décision collective de la coalition. Il rejette toutefois l’idée selon laquelle les membres du regroupement seraient embarrassés par l’initiative de l’ancien président. À ses yeux, la cohésion du groupe impose de se concerter avant toute prise de parole officielle.
Matata Ponyo rappelle que la C64 a été constituée pour défendre l’ordre constitutionnel et les principes démocratiques en RDC. Il estime que le débat politique doit également porter sur la gouvernance du pays, les conditions dans lesquelles se sont déroulées les élections de 2023 et les difficultés liées au respect de l’État de droit. Il affirme avoir lui-même été victime d’un système judiciaire qu’il juge inéquitable, après sa condamnation à dix ans de prison, qui l’a conduit à vivre en exil.
Interrogé sur une éventuelle contradiction entre les objectifs de la coalition et la décision de Joseph Kabila de s’engager dans une lutte armée, l’ancien Premier ministre appelle à examiner les causes profondes de la crise congolaise. Il replace la création de la C64 dans le contexte des inquiétudes de l’opposition face à une éventuelle révision de la Constitution voulue, selon lui, par le pouvoir en place. Il évoque également la condamnation à mort de Joseph Kabila, qu’il considère comme contraire aux principes constitutionnels.
Concernant le dialogue national réclamé depuis plusieurs mois par la coalition, Matata Ponyo affirme que la position de la C64 reste celle d’une concertation globale et inclusive. Il estime que toutes les parties concernées doivent pouvoir participer aux discussions, y compris celles impliquées dans les tensions politiques et sécuritaires. Il rappelle que cette approche est également défendue, selon lui, par les Églises catholique et protestante, choisies comme médiatrices, ainsi que par plusieurs dirigeants africains, notamment le président angolais João Lourenço.
L’ancien chef du gouvernement critique par ailleurs la décision du ministère congolais de l’Intérieur, datée du 15 octobre, qui interdit les activités politiques de treize partis, dont le LGD et le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), associé à Joseph Kabila. Matata Ponyo affirme que son parti a saisi formellement le ministre de la Justice pour contester cette mesure. Il la considère comme une décision politique plutôt que juridique et demande son réexamen.
Selon lui, ces restrictions risquent d’aggraver les tensions au moment où les acteurs politiques sont appelés à privilégier le dialogue. Il estime qu’il est contradictoire de réclamer une désescalade tout en adoptant des mesures susceptibles de renforcer les divisions.
Enfin, Matata Ponyo exclut pour l’instant un retour en RDC tant qu’il estime que les conditions de sécurité et l’État de droit ne sont pas garantis. Il affirme que son exil répond à des préoccupations liées à sa sécurité personnelle et dit vouloir préserver sa vie afin de pouvoir, à terme, contribuer au développement du pays.
La réunion de Rome des cinq principaux dirigeants de la C64 devrait permettre de préciser la position du regroupement face à l’initiative de Joseph Kabila et aux tensions politiques qui traversent la RDC.
AFRIQUE
CÔTE D’IVOIRE – Tidjane Thiam face à un nouveau tournant judiciaire
L’audience consacrée à la contestation de la réélection de Tidjane Thiam à la présidence du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), initialement prévue le jeudi 22 octobre, a été reportée au 19 novembre. Ce renvoi doit permettre de réunir les trois procédures judiciaires engagées dans ce dossier et d’accorder à la défense un délai supplémentaire pour répondre aux nouvelles assignations.
À l’origine du litige, deux militants du PDCI-RDA demandent l’annulation des résolutions adoptées lors du congrès extraordinaire de 2025, qui avait reconduit Tidjane Thiam à la tête de la formation politique. Ils estiment que certaines dispositions des statuts du parti n’ont pas été respectées et réclament, en conséquence, la désignation d’un président par intérim.
Une troisième démarche judiciaire est également venue élargir le dossier. Introduite par le biais d’une assignation en intervention forcée, elle vise à faire intervenir directement Tidjane Thiam dans une procédure jusque-là engagée contre le parti. Selon un avocat du PDCI-RDA, le vice-président Georges Philippe Ezaley est lui aussi concerné par cette initiative.
Élu à la tête du PDCI-RDA le 22 décembre 2023, à l’issue d’un congrès extraordinaire organisé à Yamoussoukro, Tidjane Thiam avait alors renoué avec la vie politique ivoirienne après plus de deux décennies passées dans la haute finance internationale, notamment à la direction du Crédit Suisse.
Depuis son retour sur la scène politique, le dirigeant fait face à plusieurs contentieux judiciaires. Sa situation a notamment été marquée par le rejet de sa candidature à l’élection présidentielle par le Conseil constitutionnel, dans un contexte de contestations liées à sa radiation du fichier électoral et aux questions relatives à sa renonciation à la nationalité française.
Le report de l’audience au 19 novembre constitue une nouvelle étape dans ce dossier, dont l’issue pourrait peser sur la gouvernance interne du PDCI-RDA et sur la position politique de son président. Les différentes procédures devront désormais être examinées dans le cadre du calendrier judiciaire retenu.
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