AFRIQUE
MAROC – Élections du 23 septembre : chômage, inégalités et défiance au cœur du scrutin
La campagne pour les élections législatives du 23 septembre s’ouvre jeudi au Maroc dans un climat politique marqué par de fortes attentes sociales et une défiance persistante envers les formations traditionnelles. Au pouvoir depuis 2021, la coalition conduite par le Rassemblement national des indépendants (RNI) entend conserver sa première place, alors que le chômage des jeunes, les inégalités et les disparités territoriales devraient occuper une place centrale dans les débats.
Les partis politiques ont commencé à déployer leurs stratégies de campagne, notamment sur les réseaux sociaux, afin de mobiliser les électeurs et de présenter leurs programmes. Mais derrière les promesses électorales, les principales formations devront surtout convaincre une population confrontée à des difficultés économiques et à un sentiment croissant de décalage entre les politiques publiques et les réalités vécues dans certaines régions.
La question des inégalités constitue l’un des principaux enjeux du scrutin. Le roi Mohammed VI a lui-même alerté sur le risque d’un développement à deux vitesses du pays. Le sujet a notamment ressurgi fin juillet avec l’arrivée massive de migrants, pour la plupart marocains, vers l’enclave espagnole de Ceuta. Cet épisode a ravivé les interrogations sur les perspectives offertes à une partie de la jeunesse marocaine.
Le mécontentement de cette frange de la population s’était déjà exprimé à travers les mobilisations du collectif GenZ 212. Le premier anniversaire de ce mouvement doit d’ailleurs intervenir quelques jours seulement après les élections, donnant une dimension particulière au scrutin.
La participation des jeunes constitue justement l’un des grands défis du vote. Les 18-24 ans ne représentent qu’une faible proportion des électeurs inscrits, tandis qu’environ 16 millions de Marocains, dont près de la moitié sont des femmes, sont appelés à se rendre aux urnes le 23 septembre.
Dans l’opposition, le Parti de la justice et du développement (PJD) tente de revenir sur le devant de la scène après sa déroute lors des élections de 2021. La formation islamiste conservatrice, dirigée par l’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, entend notamment placer la lutte contre la corruption au centre de son discours.
À mesure que le scrutin approche, les promesses économiques et sociales se multiplient. Certaines formations avancent des engagements financiers importants, sans toujours détailler précisément les mécanismes qui permettraient de les financer. Cette tendance alimente les critiques d’observateurs qui regrettent l’absence d’un véritable débat de fond sur les choix économiques et sociaux du royaume.
Pour le RNI, l’enjeu est avant tout de défendre le bilan de cinq années passées aux commandes du gouvernement. La formation arrivée en tête des législatives de 2021 vise une nouvelle victoire et souhaite préserver sa capacité à diriger l’exécutif. Le retrait d’Aziz Akhannouch de la direction du parti ne change pas l’objectif électoral de la formation, qui doit désormais convaincre sur son bilan.
Le Parti authenticité et modernité (PAM) apparaît comme l’un de ses principaux concurrents. Parmi ses personnalités les plus en vue figure Fouzi Lekjaa, ministre chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football. Son influence politique s’est notamment renforcée avec la montée en puissance du Maroc sur la scène sportive internationale et la préparation de la Coupe du monde 2030, que le royaume organisera avec l’Espagne et le Portugal.
L’Istiqlal, autre formation majeure de la vie politique marocaine, entend également jouer les premiers rôles. Fort d’un important réseau territorial, le parti ambitionne de s’imposer dans une compétition où le duel entre le RNI et le PAM domine actuellement les projections et les commentaires politiques.
Le fonctionnement institutionnel marocain donne au scrutin une importance particulière. Le chef du gouvernement est nommé par le roi parmi les membres du parti arrivé en tête des élections législatives. Il dispose ensuite d’un mandat de cinq ans pour former et conduire son gouvernement.
AFRIQUE
GUINÉE-BISSAU – Les militaires bloquent le retour d’Umaro Sissoco Embaló
Le retour d’Umaro Sissoco Embaló en Guinée-Bissau est désormais compromis. Le haut commandement militaire, qui dirige la transition depuis le renversement de l’ancien président en novembre 2025, a annoncé que les conditions de sécurité nécessaires n’étaient pas réunies pour permettre son retour dans le pays.
Exilé au Maroc depuis son départ du pouvoir, Embaló avait annoncé son intention de rentrer à Bissau le dimanche 4 octobre. Il avait également fait savoir qu’il comptait se présenter à l’élection présidentielle fixée au 6 décembre prochain. Le dirigeant déchu avait appelé à ce que son retour se déroule dans un climat pacifique et dans le respect de la stabilité du pays.
Dans un communiqué, les autorités militaires justifient leur décision par des considérations liées à la sécurité nationale, à la préservation de l’ordre public et à la prévention de toute situation susceptible de compromettre la stabilité sociale. Les autorités maintiennent par ailleurs les restrictions imposées aux manifestations et aux rassemblements politiques pendant la période de transition.
Umaro Sissoco Embaló avait été renversé le 26 novembre 2025, quelques jours après l’élection présidentielle et législative dont le processus avait été interrompu avant l’annonce des résultats. L’armée avait alors pris le contrôle du pays et installé le général Horta Inta-A à la tête de la transition.
Depuis son exil, l’ancien président affirme vouloir participer au prochain scrutin pour tenter de retrouver la direction du pays. Il a également demandé que sa candidature soit examinée de manière impartiale et indépendante par les autorités compétentes.
Le calendrier électoral prévoit désormais des élections présidentielle et législatives le 6 décembre, avec l’objectif affiché par les autorités de transition de restaurer un pouvoir civil. Mais le contexte reste particulièrement tendu. La décision concernant Embaló intervient après plusieurs jours de crispation politique à Bissau et alors que les autorités militaires continuent de limiter les activités politiques publiques.
La situation est d’autant plus sensible que la Guinée-Bissau connaît une longue histoire d’instabilité politique depuis son indépendance en 1974. Le pays a été marqué par plusieurs coups d’État et tentatives de renversement du pouvoir. La nouvelle interdiction visant l’ancien président ouvre ainsi une nouvelle séquence de tensions à l’approche du scrutin de décembre.
AFRIQUE
GUINÉE – Sidya Touré sera finalement inhumé à Abidjan
L’ancien Premier ministre guinéen Sidya Touré sera inhumé en Côte d’Ivoire, pays où il avait trouvé refuge après son départ de Guinée et où il a passé les dernières années de sa vie. Décédé le 25 septembre 2026 à Paris, à l’âge de 81 ans, l’ancien chef du gouvernement doit voir sa dépouille rapatriée à Abidjan ce vendredi 2 octobre.
La famille du défunt a choisi la capitale économique ivoirienne pour organiser ses obsèques, après plusieurs années d’exil. Sidya Touré vivait en Côte d’Ivoire depuis son départ de Guinée, en 2022, dans le contexte politique consécutif au coup d’État de septembre 2021. Son choix d’y être inhumé s’inscrit également dans l’histoire personnelle et professionnelle qu’il entretenait avec ce pays.
Le programme communiqué par plusieurs sources prévoit des journées de condoléances à Abidjan avant les cérémonies religieuses. L’inhumation est annoncée pour le vendredi 9 octobre au cimetière de Williamsville, après une levée du corps et une prière mortuaire à la Grande Mosquée de la Riviera Golf.
Le choix d’Abidjan intervient alors que les relations entre Sidya Touré et les autorités guinéennes s’étaient fortement dégradées au cours de ses dernières années. Un responsable de son ancienne formation politique, l’Union des forces républicaines (UFR), parti dissous en mars 2026, a estimé qu’un retour de la dépouille en Guinée était difficilement envisageable, en évoquant les tensions accumulées avec le pouvoir.
Sidya Touré avait notamment quitté la Guinée après l’arrivée des militaires au pouvoir en septembre 2021. Il n’était plus retourné dans son pays depuis son installation en Côte d’Ivoire. Des sources proches de la famille ont également évoqué l’absence de domicile familial à Conakry parmi les éléments ayant pesé dans le choix d’Abidjan.
Né en Côte d’Ivoire, Sidya Touré y avait également construit une partie importante de sa carrière administrative. Avant de devenir une figure centrale de la politique guinéenne, il avait notamment été directeur de cabinet d’Alassane Ouattara lorsque celui-ci occupait les fonctions de Premier ministre ivoirien. Les deux hommes avaient ainsi noué des liens professionnels et politiques de longue date.
En Guinée, Sidya Touré avait dirigé le gouvernement de 1996 à 1999 sous la présidence de Lansana Conté. Après son passage à la Primature, il s’était imposé comme l’un des principaux responsables de l’opposition. Il avait participé aux élections présidentielles de 2010 et de 2015 et dirigé pendant plusieurs années l’Union des forces républicaines.
Sa disparition à Paris met fin à plusieurs décennies d’engagement dans la vie publique guinéenne. Ses obsèques se dérouleront entre la France, où un premier hommage a été organisé, et la Côte d’Ivoire, où il doit désormais reposer.
AFRIQUE
ÉGYPTE – Le Caire expulse un diplomate éthiopien après une mesure similaire d’Addis-Abeba
L’Égypte et l’Éthiopie connaissent une nouvelle escalade diplomatique. Le Caire a déclaré persona non grata un conseiller de l’ambassade d’Éthiopie et lui a accordé un délai de 48 heures pour quitter le territoire égyptien. Cette décision intervient en réponse à l’expulsion, la veille, d’un membre du personnel diplomatique égyptien par Addis-Abeba.
Une source égyptienne citée par la presse officielle a qualifié la décision éthiopienne de « regrettable et injustifiée ». Le Caire affirme rejeter toute ingérence dans les affaires intérieures des autres États et considère que les autorités éthiopiennes cherchent à attribuer leurs crises internes à des acteurs extérieurs.
Cette nouvelle confrontation intervient dans un contexte de tensions croissantes dans la Corne de l’Afrique. Addis-Abeba accuse notamment l’Égypte, le Soudan et l’Érythrée de soutenir une coalition d’opposition dirigée par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), engagée dans de nouveaux combats contre les forces gouvernementales éthiopiennes. Les trois pays concernés rejettent ces accusations.
La reprise des affrontements dans le nord de l’Éthiopie fait craindre une nouvelle dégradation de la situation sécuritaire, après la guerre du Tigré de 2020 à 2022, qui avait fait des centaines de milliers de victimes selon différentes estimations. Les combats actuels interviennent alors que les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont également fortement détériorées.
Jeudi, l’Éthiopie a annoncé la fermeture de son ambassade en Érythrée et déclaré dix diplomates érythréens persona non grata, leur donnant 48 heures pour quitter le pays. Asmara a réagi en annonçant la rupture de ses relations diplomatiques avec son voisin.
La crise éthiopienne intervient également sur fond de différend ancien entre Addis-Abeba et Le Caire autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), construit sur le Nil Bleu. L’Égypte estime que la gestion des eaux du barrage pourrait affecter ses ressources hydriques, tandis que l’Éthiopie considère le projet comme essentiel à son développement énergétique.
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