AFRIQUE DE L’EST
SOMALIE – Série noire à Mogadiscio : Al-shebab multiplie les attaques
Les islamistes radicaux al-Shebab ont revendiqué un attentat suicide dimanche 18 mai 2025, contre une caserne de Mogadiscio, la capitale somalienne, qui a fait plusieurs morts. Ce mardi 20 Mai 2025, plusieurs tirs de mortier ont atteint le quartier d’Halane, près de l’aéroport très tôt ce matin, une attaque revendiquée dans la foulée par le groupe terroriste Al-Shabab.
Au moins 5 mortiers ont touché le quartier d’Halane, vers 5h ce mardi, a confirmé une source sécuritaire européenne dans la région. Des témoins qui se trouvaient à l’aéroport international Aden Adde ont affirmé avoir vu plusieurs tirs et entendu des déflagrations.
Très vite, le groupe al-Shebab a revendiqué cette attaque à travers un de ses sites internet. Il a qualifié le quartier d’Halane de « centre de commandement » de ses ennemis.
Situé près de l’aéroport, Halane est un quartier hautement sécurisé. Il accueille les bureaux et résidences des personnels des missions des Nations unies, de l’Union africaine, de diverses ONG et des ambassades.
Cette nouvelle attaque est intervenue deux jours après qu’un kamikaze s’est fait exploser près de la base militaire de Damaanyo, à Mogadiscio, tuant au moins 13 recrues. Un attentat condamné lundi par les États de la Ligue arabe et l’Union européenne.
Depuis plusieurs mois, les shebabs mènent une violente offensive dans les États du centre de la Somalie, qui jouxtent la capitale. D’après l’Institut américain d’étude sur la guerre, ils ont lancé deux fois plus d’attaques par mois, en 2025, que l’année précédente.
Source : RFI, Gaëlle Laleix
AFRIQUE
OUGANDA – Succession du roi Oyo : le choix du nouveau monarque provoque la colère de la famille
La succession au trône du royaume traditionnel de Tooro s’annonce déjà controversée après la désignation d’Edward Rukidi Kijanangoma comme prochain souverain. Présentateur et rédacteur en chef à la chaîne publique Uganda Broadcasting Corporation, il a été choisi mercredi par le comité chargé de déterminer le successeur du roi Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV, décédé le mois dernier à l’âge de 34 ans.
Cousin du défunt monarque, Edward Rukidi Kijanangoma devrait être officiellement couronné dans les prochains jours. Sa désignation intervient alors que le royaume se prépare aux funérailles du roi Oyo, prévues samedi dans une localité située près de la frontière avec la République démocratique du Congo. Des dizaines de milliers de personnes sont attendues pour rendre hommage au souverain.
Oyo avait accédé au trône en 1995, à seulement trois ans. Son accession précoce lui avait valu le titre de plus jeune roi du monde. Durant son règne, il est devenu une figure emblématique du royaume de Tooro, l’un des cinq royaumes traditionnels reconnus par l’État ougandais, mais dépourvus de pouvoir souverain.
La question de sa succession divise désormais une partie de la famille royale. Célibataire au moment de sa mort, Oyo aurait laissé un enfant présenté comme son héritier. Le président ougandais Yoweri Museveni avait lui-même affirmé l’existence de cet héritier, né hors mariage. Toutefois, le comité de sélection du royaume n’a pas retenu cette option et a privilégié Edward Rukidi Kijanangoma.
Ce choix est loin de faire l’unanimité. Ruth Komuntale, sœur du défunt roi, a publiquement exprimé sa déception et redoute que la décision ne provoque de nouvelles tensions au sein de la famille royale. Elle affirme par ailleurs que le testament de son frère mentionnait explicitement l’existence d’un héritier au trône. L’identité de cet enfant n’a cependant jamais été rendue publique.
La reine Best Kemigisa, mère du roi Oyo, conteste elle aussi le processus de succession. Elle dénonce l’influence qu’aurait exercée un groupe de membres du clan sur la désignation du nouveau souverain. Selon elle, des militaires ont également été déployés autour du palais royal, une situation qu’elle assimile à une forme d’assignation à résidence pour sa famille.
La reine a appelé les autorités militaires ainsi que le président Yoweri Museveni à intervenir afin de permettre à la famille du défunt roi de vivre son deuil dans des conditions qu’elle juge dignes et apaisées.
La désignation d’Edward Rukidi Kijanangoma pourrait néanmoins répondre à une volonté de préserver la continuité de la monarchie traditionnelle. Figure connue du grand public grâce à son activité dans les médias, le futur souverain apparaît comme un choix susceptible de rassurer les traditionalistes opposés à l’arrivée d’un enfant sur le trône.
La controverse intervient alors que l’Ouganda s’apprête à organiser les funérailles du roi Oyo, dont la dépouille avait reçu un hommage national à son retour dans le pays. Le jeune monarque doit être inhumé le 12 septembre, dans un contexte où les interrogations sur sa succession restent toujours sans réponse définitive.
AFRIQUE
KENYA – Commerces étrangers fermés : Nairobi prend des mesures pour éviter une flambée de violences
Nairobi tente de désamorcer les tensions provoquées par les mesures visant les commerces exploités par des étrangers en situation irrégulière. Le gouvernement kényan a annoncé une mesure temporaire permettant aux ressortissants des pays d’Afrique de l’Est concernés par une situation administrative irrégulière de bénéficier d’une protection durant leur période d’enregistrement auprès de leurs ambassades.
Cette décision intervient après l’afflux de centaines de ressortissants burundais devant l’ambassade de leur pays à Nairobi. Plusieurs d’entre eux cherchaient à obtenir les documents nécessaires afin de pouvoir regagner volontairement le Burundi, dans un contexte marqué par une montée des inquiétudes autour de la présence de commerçants étrangers au Kenya.
La situation s’est tendue après l’annonce du gouvernement de William Ruto ordonnant la fermeture, à compter de lundi, des petits commerces exploités par des ressortissants étrangers ne disposant pas de permis de travail. Cette mesure a suscité des réactions parmi les communautés étrangères, notamment burundaise, dont certains membres affirment avoir été victimes de menaces et de comportements hostiles.
Le Kenya constitue depuis plusieurs années une destination importante pour les ressortissants des pays membres de la Communauté d’Afrique de l’Est. Le principe de libre circulation au sein de l’EAC facilite notamment les déplacements et les activités économiques des citoyens de la région. Les données des Nations unies estiment à environ 16 000 le nombre de Burundais vivant au Kenya, une partie importante étant engagée dans de petites activités commerciales.
Face aux risques de tensions supplémentaires, les autorités kényanes ont demandé aux ressortissants est-africains dépourvus de documents en règle de se rapprocher de leurs représentations diplomatiques afin de se faire enregistrer. Pendant cette période, le gouvernement assure que les personnes concernées ne seront pas considérées comme étant en situation irrégulière sur le territoire.
Nairobi présente cette mesure comme un dispositif destiné à permettre aux migrants concernés de régulariser leur situation ou de préparer leur départ dans un cadre sécurisé. Les autorités indiquent également que cette période doit leur garantir un accès aux services essentiels, notamment aux soins de santé, aux services bancaires et aux mécanismes de protection juridique.
Le gouvernement a par ailleurs demandé aux forces de sécurité et aux autorités locales d’éviter les contrôles arbitraires et tout traitement discriminatoire visant les ressortissants des pays voisins. Un avertissement a également été lancé contre les personnes qui chercheraient à instrumentaliser cette situation pour attiser des sentiments xénophobes ou provoquer des violences.
Après plusieurs signalements faisant état d’actes hostiles, le secrétaire d’État adjoint aux Affaires étrangères, Korir Sing’Oei, s’est rendu à l’ambassade du Burundi à Nairobi. Il a présenté des excuses aux ressortissants burundais et annoncé un renforcement de la présence policière dans les secteurs où des incidents ont été signalés.
Les autorités kényanes cherchent ainsi à éviter que l’application des nouvelles restrictions sur les commerces étrangers ne dégénère en crise communautaire. Le gouvernement rappelle notamment les liens historiques entre les populations de la région et affirme vouloir permettre aux personnes souhaitant quitter le Kenya de le faire volontairement et dans des conditions sécurisées.
AFRIQUE
SOUDAN – L’appui étranger alimente l’escalade militaire et aggrave le calvaire des civils
La guerre qui ravage le Soudan depuis avril 2023 ne se joue plus uniquement entre les forces nationales engagées sur le terrain. D’après un nouveau rapport de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits des Nations unies, l’intervention de réseaux étrangers contribue à renforcer les capacités militaires des protagonistes et à prolonger un conflit dont les populations civiles supportent l’essentiel du coût humain.
Les enquêteurs de l’ONU ont notamment documenté la circulation de combattants étrangers, d’armes et de technologies militaires au bénéfice des différentes parties. Ces soutiens extérieurs auraient permis aux forces en présence d’accroître leurs moyens opérationnels et de conduire des attaques à une échelle et à une distance toujours plus importantes.
Le conflit oppose depuis plus de trois ans les Forces armées soudanaises (FAS) aux Forces de soutien rapide (FSR), deux camps dont les affrontements ont plongé le pays dans une crise humanitaire majeure. Selon la mission onusienne, l’implication croissante d’acteurs étrangers complexifie davantage la guerre en fournissant aux belligérants des ressources supplémentaires pour poursuivre les hostilités.
Concernant les FSR, les enquêteurs ont identifié plusieurs réseaux transnationaux soupçonnés d’avoir participé au recrutement, à l’entraînement et au transport de combattants étrangers. Ces circuits impliqueraient notamment des structures et intermédiaires opérant depuis les Émirats arabes unis, la Colombie et le Tchad.
Le rapport évoque en particulier la présence potentielle de centaines, voire de milliers d’anciens militaires colombiens recrutés pour prendre part aux combats aux côtés des paramilitaires, notamment dans les régions du Darfour et du Kordofan. Certains auraient disposé d’une expérience militaire leur permettant de participer à des opérations utilisant des drones, de l’artillerie et des équipements sophistiqués.
Pour les enquêteurs, le phénomène ne se limite pas au recrutement de combattants. Des sociétés privées, des intermédiaires et des réseaux logistiques auraient également joué un rôle dans l’acheminement de personnel, d’armes et de matériels militaires à travers plusieurs pays de la région. Ces circuits auraient contribué à contourner les mécanismes destinés à empêcher l’approvisionnement des forces engagées dans le conflit.
L’armée soudanaise aurait elle aussi bénéficié de technologies militaires provenant de l’étranger. La mission estime notamment disposer d’éléments permettant de penser que des drones fournis depuis l’extérieur ont été employés par les forces gouvernementales lors d’opérations ayant affecté des zones civiles et des infrastructures essentielles.
L’utilisation croissante de drones a profondément modifié la conduite des hostilités. Selon les enquêteurs, ces appareils permettent désormais aux belligérants de mener des frappes à des distances considérables, dépassant largement les zones directement situées autour des lignes de front. Cette évolution accroît mécaniquement le risque que les combats atteignent des populations jusque-là éloignées des principaux théâtres d’affrontement.
Le bilan pour les civils est particulièrement préoccupant. Des habitations, des établissements de santé, des écoles, des marchés ainsi que des sites accueillant des personnes déplacées ont été exposés aux violences. Pour la mission de l’ONU, le renforcement technologique et matériel des parties au conflit ne fait donc pas que prolonger la guerre : il augmente également les moyens dont disposent les belligérants pour frapper des zones où vivent des populations vulnérables.
Face à cette situation, les enquêteurs appellent les États susceptibles d’être impliqués dans ces circuits à prendre des mesures contre les réseaux de recrutement, de financement et d’approvisionnement. Ils recommandent également des investigations visant les individus et les entités qui faciliteraient ces transferts, ainsi qu’une suspension des livraisons militaires lorsqu’il existe un risque sérieux que ces équipements soient utilisés pour commettre de graves violations du droit international.
La mission souhaite par ailleurs que le Conseil de sécurité des Nations unies élargisse l’embargo sur les armes à l’ensemble du territoire soudanais. Actuellement limité au Darfour, ce dispositif pourrait, selon les enquêteurs, être renforcé afin de réduire l’afflux d’armes et de matériels militaires vers les différents protagonistes.
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