AFRIQUE
GAMBIE – Retour annoncé de Yahya Jammeh : Banjul promet justice et rejette toute immunité
L’annonce du retour prochain de l’ancien président Yahya Jammeh continue de susciter de vives réactions à Banjul. Après plusieurs années d’exil en Guinée équatoriale, l’ex-dirigeant gambien a déclaré vouloir rentrer au pays, provoquant une onde de choc politique.
Dans un communiqué officiel, le gouvernement du président Adama Barrow reconnaît que tout citoyen gambien, y compris M. Jammeh, a le droit de rentrer dans son pays. Cependant, il rappelle avec fermeté que ce droit n’exonère personne des poursuites pour crimes graves.
« Ce droit ne protège personne de la responsabilité des crimes graves présumés, en particulier ceux établis par des preuves crédibles et documentées par le travail de la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC) », précise le communiqué.
La TRRC a en effet mis en cause Yahya Jammeh dans de graves violations des droits humains commises durant ses 22 ans de règne : meurtres, tortures, disparitions forcées, violences sexuelles et autres abus systématiques.
Le gouvernement annonce que des procédures judiciaires seront déclenchées dès son retour, conformément à la législation nationale :
« Quand M. Jammeh reviendra, des procédures judiciaires solides seront activées… Cela comprendra une enquête, une arrestation et des poursuites, avec la garantie d’une procédure régulière et d’un procès équitable. »
Banjul a également démenti toute existence d’un accord d’immunité. Selon les autorités, aucun protocole d’accord signé ne protège Yahya Jammeh de poursuites.
« Le seul document existant était une déclaration conjointe non signée de l’Union africaine, de la CEDEAO et des Nations Unies, destinée à faciliter une transition pacifique, mais elle ne conférait aucune immunité », souligne le texte.
Enfin, le gouvernement a tenu à rassurer les victimes du régime de l’ancien président et leurs familles :
« La mise en œuvre des recommandations de la TRRC, telles qu’approuvées dans le Livre blanc, reflète notre engagement durable envers la justice, la responsabilité et la non-répétition », conclut le communiqué.
AFRIQUE
LIBYE – Le gouverneur de la Banque centrale annonce sa démission sur fond de tensions politiques
Naji Issa, gouverneur de la Banque centrale de Libye (CBL), a annoncé sa démission auprès des deux principales institutions législatives rivales du pays. Dans des courriers datés du 9 août, dont il a confirmé l’authenticité à Reuters, le responsable affirme ne plus être en mesure de poursuivre sa mission, sans toutefois dévoiler les raisons de son départ.
Naji Issa a adressé deux lettres distinctes aux présidents de la Chambre des représentants, basée dans l’est du pays, et du Haut Conseil d’État, installé à l’ouest. Il y évoque des motifs « sensibles », sans apporter davantage de précisions. Contacté par Reuters, le gouverneur a confirmé l’authenticité des documents, tout en maintenant le silence sur les circonstances de sa décision.
Appel à maintenir ses fonctions
La perspective de son départ intervient alors que la Banque centrale occupe une place stratégique dans l’équilibre institutionnel libyen. Le président du Haut Conseil d’État, Mohamed Takala, a demandé à Naji Issa de rester temporairement en fonction, le temps que les autorités examinent sa démission.
Selon lui, ce maintien serait nécessaire pour préserver « la stabilité financière, économique et politique » du pays et permettre aux institutions compétentes de prendre une décision conformément aux procédures légales. La Chambre des représentants n’avait pas encore officiellement répondu à cette demande lundi soir.
Une institution au cœur du bras de fer libyen
Cette démission intervient dans un contexte politique toujours marqué par la division de la Libye. Depuis 2014, le pays reste partagé entre des autorités rivales installées à l’ouest et à l’est, une situation héritée des années de chaos ayant suivi la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. À Tripoli, le gouvernement reconnu par les Nations unies est dirigé par le Premier ministre Abdulhamid Dbeibah. Dans l’est, une administration concurrente bénéficie notamment de l’appui du maréchal Khalifa Haftar. Les deux camps se disputent le contrôle des institutions nationales et des ressources publiques, notamment les revenus issus du pétrole.
Naji Issa, un compromis entre les deux camps
Naji Issa avait été nommé à la tête de la Banque centrale en 2024 dans le cadre d’un compromis entre les deux chambres législatives. Sa nomination avait pour objectif de mettre fin à une crise institutionnelle autour de la direction de la CBL. Il avait succédé à Seddik al-Kabir, dont la gestion de la banque et des ressources publiques était fortement contestée par les autorités de Tripoli. La crise avait atteint son paroxysme en août 2024, lorsque des factions de l’ouest avaient tenté de remplacer al-Kabir par une nouvelle direction.En réaction, les autorités de l’est avaient ordonné l’arrêt de la production et des exportations de pétrole, provoquant une chute importante de l’activité du secteur. La production libyenne était alors tombée à environ 600 000 barils par jour, selon la National Oil Corporation.
Le pétrole au cœur des équilibres
L’épisode avait démontré à quel point les rivalités institutionnelles peuvent affecter directement l’économie libyenne. Les hydrocarbures constituent la principale source de revenus de l’État, tandis qu’une grande partie des infrastructures et des gisements pétroliers se situe dans des zones contrôlées par les forces proches de Khalifa Haftar. La nomination de Naji Issa et de son vice-gouverneur, Miree al-Barasee, avait donc été perçue comme une tentative de rétablir un équilibre au sein de la Banque centrale et d’éviter une nouvelle confrontation susceptible de perturber la production pétrolière.
Une nouvelle incertitude pour la Banque centrale
L’annonce de cette démission risque désormais de raviver les tensions autour de la gouvernance de l’institution monétaire. À ce stade, aucune décision officielle concernant la succession de Naji Issa n’a été annoncée.
Son départ intervient surtout à un moment où le contrôle de la Banque centrale demeure intimement lié à la lutte d’influence entre les autorités de l’est et de l’ouest. La désignation de son successeur pourrait ainsi devenir un nouveau test pour la fragile coopération entre les deux camps.
AFRIQUE
BÉNIN – Patrice Talon élu président du Sénat
Au Bénin, Patrice Talon signe son retour sur la scène politique, deux mois après avoir quitté la présidence. L’ancien chef de l’État a été élu, jeudi, à la tête du Sénat pour un mandat de cinq ans, à l’issue d’un vote à huis clos organisé une semaine après la mise en place de cette nouvelle institution.
Le Sénat béninois a été instauré dans le cadre de la révision constitutionnelle de 2025. Cette nouvelle chambre vise à renforcer la régulation de la vie politique, consolider l’unité nationale et accompagner le développement du pays.
Elle se compose de 25 membres, majoritairement désignés par le président de la République, Romuald Wadagni, auxquels s’ajoutent des membres de droit.
Parmi ces membres de droit figurent plusieurs anciens présidents du Bénin, notamment Nicéphore Soglo (1991-1996), aujourd’hui âgé de 91 ans, ainsi que Thomas Boni Yayi (2006-2016).
Patrice Talon, qui a dirigé le pays de 2016 à 2026, rejoint ainsi cette assemblée avant d’en prendre la présidence, marquant un retour rapide aux responsabilités institutionnelles.
Cette élection intervient dans un contexte de recomposition institutionnelle au Bénin. Avec la création du Sénat, les autorités entendent instaurer un nouvel équilibre des pouvoirs et renforcer les mécanismes de gouvernance.
AFRIQUE
NIGÉRIA – 308 otages libérés lors d’une opération record
Le Nigeria a annoncé la libération de 308 personnes victimes d’enlèvements, dans ce que la présidence présente comme la plus vaste opération de sauvetage menée en une seule journée dans le pays.
Les otages ont été retrouvés dans la forêt du parc national du lac Kainji, située dans l’ouest du pays. Parmi eux figurent 163 habitants du village de Woro, dans l’État de Kwara, ainsi que 145 personnes enlevées dans l’État du Niger.
Le village de Woro avait déjà été frappé par une attaque particulièrement meurtrière en février, attribuée à des groupes djihadistes présumés. Plus de 150 personnes y avaient été tuées, tandis que de nombreux habitants avaient été enlevés.
Pour mener à bien cette opération, les autorités nigérianes ont mobilisé plusieurs forces : l’armée, la police, les services de renseignement ainsi que le Centre national de lutte contre le terrorisme. Cette coordination a permis de localiser et de libérer les otages dans une zone forestière réputée difficile d’accès.
Malgré cette réussite, le Nigeria reste confronté à une recrudescence des enlèvements contre rançon, en particulier dans les régions du nord et du centre.
Les attaques se poursuivent en effet : récemment, au moins 52 personnes, dont des enfants, ont été enlevées dans l’État de Zamfara, illustrant la persistance de l’insécurité dans le pays.
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