AFRIQUE
SOUDAN DU SUD – Le gouvernement affirme que le pays n’est « pas en guerre »
Le gouvernement du Soudan du Sud a assuré mardi que le pays n’était « pas en guerre », malgré plusieurs jours de violents affrontements contre des forces rebelles qui ont provoqué le déplacement de plus de 180 000 personnes.
Les combats ont débuté fin décembre dans l’État de Jonglei, au nord de la capitale Juba, dans le cadre des tensions persistantes entre les forces loyales au président Salva Kiir et celles affiliées à son rival historique, Riek Machar.
« L’opération de sécurité en cours dans le nord de Jonglei est une action légale et nécessaire pour stopper l’avancée des forces rebelles, rétablir l’ordre public et protéger les civils », a déclaré le ministre de l’Information, Ateny Wek Ateny, devant la presse à Juba. « Le pays n’est pas en guerre. Il s’agit simplement de contenir les forces d’opposition », a-t-il ajouté.
Plus jeune État du monde depuis son indépendance en 2011, le Soudan du Sud reste fragilisé par des années de conflit, une pauvreté endémique et une corruption largement dénoncée. Salva Kiir et Riek Machar se sont affrontés dans une guerre civile meurtrière entre 2013 et 2018. L’accord de paix signé à l’issue de ce conflit s’est progressivement affaibli au cours de l’année écoulée. « L’accord de paix n’a pas échoué », a toutefois insisté M. Ateny, alors que Riek Machar a été écarté du gouvernement de coalition et fait actuellement l’objet de poursuites pour « crimes contre l’humanité ».
Depuis fin décembre, les forces de l’opposition ont pris le contrôle de certaines zones de Jonglei, entraînant une riposte militaire du gouvernement. Des témoins et plusieurs ONG, citées par l’AFP, font état de bombardements aériens menés de manière indiscriminée sur des zones civiles, notamment à l’aide de bombes barils.
Une vidéo montrant le général Johnson Olony appelant ses troupes à « n’épargner aucune vie » à Jonglei a également circulé. Le porte-parole du gouvernement a évoqué un possible « lapsus » de l’officier.
Selon l’agence humanitaire des Nations unies OCHA, plus de 180 000 personnes ont été déplacées dans l’État de Jonglei. L’accès humanitaire demeure difficile, plusieurs ONG, dont Médecins sans frontières, faisant état de graves difficultés d’approvisionnement ayant entraîné des pénuries qualifiées de « catastrophiques ».
Dans un communiqué publié la semaine dernière, Barney Afako, membre de la Commission des droits de l’homme des Nations unies au Soudan du Sud, a mis en garde contre une détérioration plus large de la situation : « Ce qui se passe à Jonglei ne relève pas d’un simple incident sécuritaire, mais d’une escalade dangereuse qui touche également d’autres régions du pays. »
AFRIQUE
ALGÉRIE – Alger frappe fort : L’ambassadeur Emirati sommé de quitter le pays sous 48 heures
Les relations entre Alger et Abou Dhabi franchissent un nouveau seuil de tension. L’Algérie a annoncé, jeudi 10 septembre, la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, après plusieurs années de désaccords et d’accusations réciproques sur des questions nationales et régionales.
La décision, annoncée par la télévision publique algérienne, intervient après l’échec des démarches engagées pour préserver les liens entre les deux pays. Alger estime avoir épuisé les différents moyens permettant d’éviter une rupture et a accordé un délai de 48 heures à l’ambassadeur émirati pour se conformer à cette décision.
Depuis plusieurs années, les rapports entre les deux capitales se sont progressivement détériorés. Les autorités algériennes accusent notamment les Émirats d’interférer dans les affaires intérieures du pays et de mener une politique jugée déstabilisatrice dans plusieurs crises régionales.
Le président Abdelmadjid Tebboune avait déjà exprimé publiquement ses critiques à l’égard de la politique menée par Abou Dhabi. En juillet, lors d’une interview télévisée, il avait estimé que l’action des Émirats avait eu un impact particulièrement négatif sur la région, allant jusqu’à leur reprocher d’être associés à des situations de conflit et de violence au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Le chef de l’État algérien avait également appelé les autorités émiraties à ne pas intervenir dans des dossiers susceptibles d’affecter directement la stabilité de l’Algérie. À cette occasion, il avait laissé entendre qu’une rupture des relations pouvait déjà être envisagée, mais qu’Alger avait privilégié jusque-là la préservation des équilibres au sein du monde arabe.
Avec cette annonce, la crise diplomatique entre les deux pays entre désormais dans une nouvelle phase. La rupture officielle marque l’aboutissement de tensions accumulées au fil des dernières années et pourrait avoir des répercussions sur les relations politiques et régionales entre Alger et les États du Golfe.
AFRIQUE
MAROC – Élections du 23 septembre : chômage, inégalités et défiance au cœur du scrutin
La campagne pour les élections législatives du 23 septembre s’ouvre jeudi au Maroc dans un climat politique marqué par de fortes attentes sociales et une défiance persistante envers les formations traditionnelles. Au pouvoir depuis 2021, la coalition conduite par le Rassemblement national des indépendants (RNI) entend conserver sa première place, alors que le chômage des jeunes, les inégalités et les disparités territoriales devraient occuper une place centrale dans les débats.
Les partis politiques ont commencé à déployer leurs stratégies de campagne, notamment sur les réseaux sociaux, afin de mobiliser les électeurs et de présenter leurs programmes. Mais derrière les promesses électorales, les principales formations devront surtout convaincre une population confrontée à des difficultés économiques et à un sentiment croissant de décalage entre les politiques publiques et les réalités vécues dans certaines régions.
La question des inégalités constitue l’un des principaux enjeux du scrutin. Le roi Mohammed VI a lui-même alerté sur le risque d’un développement à deux vitesses du pays. Le sujet a notamment ressurgi fin juillet avec l’arrivée massive de migrants, pour la plupart marocains, vers l’enclave espagnole de Ceuta. Cet épisode a ravivé les interrogations sur les perspectives offertes à une partie de la jeunesse marocaine.
Le mécontentement de cette frange de la population s’était déjà exprimé à travers les mobilisations du collectif GenZ 212. Le premier anniversaire de ce mouvement doit d’ailleurs intervenir quelques jours seulement après les élections, donnant une dimension particulière au scrutin.
La participation des jeunes constitue justement l’un des grands défis du vote. Les 18-24 ans ne représentent qu’une faible proportion des électeurs inscrits, tandis qu’environ 16 millions de Marocains, dont près de la moitié sont des femmes, sont appelés à se rendre aux urnes le 23 septembre.
Dans l’opposition, le Parti de la justice et du développement (PJD) tente de revenir sur le devant de la scène après sa déroute lors des élections de 2021. La formation islamiste conservatrice, dirigée par l’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, entend notamment placer la lutte contre la corruption au centre de son discours.
À mesure que le scrutin approche, les promesses économiques et sociales se multiplient. Certaines formations avancent des engagements financiers importants, sans toujours détailler précisément les mécanismes qui permettraient de les financer. Cette tendance alimente les critiques d’observateurs qui regrettent l’absence d’un véritable débat de fond sur les choix économiques et sociaux du royaume.
Pour le RNI, l’enjeu est avant tout de défendre le bilan de cinq années passées aux commandes du gouvernement. La formation arrivée en tête des législatives de 2021 vise une nouvelle victoire et souhaite préserver sa capacité à diriger l’exécutif. Le retrait d’Aziz Akhannouch de la direction du parti ne change pas l’objectif électoral de la formation, qui doit désormais convaincre sur son bilan.
Le Parti authenticité et modernité (PAM) apparaît comme l’un de ses principaux concurrents. Parmi ses personnalités les plus en vue figure Fouzi Lekjaa, ministre chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football. Son influence politique s’est notamment renforcée avec la montée en puissance du Maroc sur la scène sportive internationale et la préparation de la Coupe du monde 2030, que le royaume organisera avec l’Espagne et le Portugal.
L’Istiqlal, autre formation majeure de la vie politique marocaine, entend également jouer les premiers rôles. Fort d’un important réseau territorial, le parti ambitionne de s’imposer dans une compétition où le duel entre le RNI et le PAM domine actuellement les projections et les commentaires politiques.
Le fonctionnement institutionnel marocain donne au scrutin une importance particulière. Le chef du gouvernement est nommé par le roi parmi les membres du parti arrivé en tête des élections législatives. Il dispose ensuite d’un mandat de cinq ans pour former et conduire son gouvernement.
AFRIQUE
NIGERIA – Présidentielle 2027 : Peter Obi promet de s’attaquer frontalement à la corruption
À quelques mois de la présidentielle de janvier 2027, Peter Obi veut imposer son propre récit face au pouvoir de Bola Tinubu. Le candidat de l’opposition place la lutte contre la corruption, la réduction des dépenses de l’État et la création d’emplois au cœur de son projet, avec une promesse centrale : dégager davantage de ressources publiques pour répondre aux difficultés économiques et sociales qui frappent le pays.
L’ancien gouverneur de l’État d’Anambra estime que le fonctionnement actuel de l’administration coûte trop cher au Nigeria et laisse une part importante des ressources publiques se perdre dans le gaspillage et la corruption. Pour lui, une réduction du train de vie de l’État permettrait de réorienter les moyens vers des secteurs qu’il considère prioritaires, notamment la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté.
Peter Obi veut également faire de la question économique un élément central de la réponse aux problèmes de sécurité. Selon lui, la pauvreté et le manque d’opportunités professionnelles alimentent une partie de la criminalité. Il défend donc une stratégie fondée sur l’augmentation de la productivité et le développement de l’emploi, particulièrement dans le secteur manufacturier.
Cette industrie a considérablement perdu du poids dans l’économie nigériane au cours des dernières décennies. Dans le même temps, le pays demeure confronté à une situation sécuritaire complexe, marquée par la présence de groupes jihadistes, de gangs criminels, de violences séparatistes ainsi que de conflits entre agriculteurs et éleveurs.
Pour Peter Obi, une politique de sécurité efficace ne peut ainsi être limitée aux opérations des forces de défense et de sécurité. Elle doit également s’attaquer aux facteurs économiques susceptibles de favoriser le recrutement ou l’extension des réseaux criminels. Son raisonnement est simple : réduire la pauvreté et créer des emplois permettrait de réduire progressivement le nombre de personnes susceptibles de basculer dans la criminalité.
Sur le plan institutionnel, le candidat de l’opposition défend par ailleurs une réforme du système policier. Il propose la création de forces de police placées au niveau des États et des municipalités, afin de rapprocher les services de sécurité des populations. Selon lui, les autorités locales disposent d’une connaissance plus fine des territoires et des réseaux criminels qui y opèrent.
Cette proposition présente des similitudes avec une réforme également soutenue par Bola Tinubu, candidat à sa propre succession. Peter Obi cherche toutefois à se démarquer du président sortant sur la question de la gouvernance et notamment sur la gestion du secteur pétrolier, qu’il considère comme un terrain majeur de lutte contre la corruption.
Le pouvoir d’achat devrait également peser lourd dans la campagne. La suppression de la subvention sur l’essence décidée par l’administration Tinubu a fortement contribué à la hausse du coût de la vie et à la pression exercée sur les ménages. Le président justifie cette décision par le coût devenu insoutenable du dispositif précédent.
Peter Obi défend une autre approche. Il estime qu’une lutte plus efficace contre les détournements et les pratiques frauduleuses dans le secteur pétrolier pourrait contribuer à alléger la pression sur les prix, sans nécessairement revenir au système de subvention supprimé par le gouvernement.
Le contexte social reste particulièrement difficile. Le Fonds monétaire international estime qu’une large majorité de la population nigériane vit sous le seuil de pauvreté, tandis que les difficultés économiques se conjuguent à une insécurité persistante dans plusieurs régions du pays.
Mais pour Peter Obi, le principal défi sera aussi politique. Le parti au pouvoir, le Congrès des progressistes (APC), dispose d’un appareil électoral beaucoup plus puissant et contrôle la grande majorité des postes de gouverneur. L’opposition reste, elle, confrontée au risque d’une nouvelle dispersion des voix.
Lors de la présidentielle de 2023, Peter Obi, Atiku Abubakar et Rabiu Kwankwaso avaient chacun capté une partie de l’électorat opposé au pouvoir, permettant à Bola Tinubu de s’imposer avec 36,6 % des suffrages. Pour le candidat du NDC, cette configuration ne condamne toutefois pas sa candidature à un simple rôle d’arbitre.
Il entend convaincre les électeurs de faire un choix clair parmi les principales figures de l’opposition. Une ambition qui devra également composer avec les conditions de sécurité durant la campagne. Peter Obi a récemment dénoncé le blocage de son convoi dans l’État de Benue, une région régulièrement confrontée aux violences.
L’opposant redoute que l’insécurité et les pratiques d’intimidation ne réduisent encore davantage la participation électorale. Avec seulement 27 % de participation lors du précédent scrutin présidentiel, la mobilisation des électeurs constituera un autre enjeu majeur de la présidentielle de 2027.
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