AFRIQUE
RD CONGO – Création d’une garde paramilitaire pour sécuriser les mines
La République démocratique du Congo a annoncé la création d’une nouvelle garde paramilitaire dédiée à la sécurisation de ses vastes sites miniers stratégiques. Cette décision intervient dans un contexte de forte instabilité persistante dans l’Est du pays et de concurrence internationale autour des ressources critiques.
Une force armée dédiée aux mines stratégiques
Selon l’Inspection générale des mines, cette unité sera progressivement déployée avec un premier contingent estimé entre 2 500 et 3 000 agents, opérationnel d’ici décembre après six mois de formation en coordination avec l’armée. À terme, la structure devrait atteindre plus de 20 000 membres répartis sur les 22 provinces minières du pays d’ici fin 2028.
Sécurisation des minerais critiques
La mission de cette force inclura : la protection des sites miniers; l’escorte des convois de minerais ; la sécurisation des corridors d’exportation ;la protection des investissements étrangers
Elle reprend ainsi certaines fonctions jusque-là assurées par les forces militaires régulières.
Un programme financé par des partenaires internationaux
Ce dispositif, estimé à 100 millions de dollars, est financé via des partenariats impliquant les États-Unis et les Émirats arabes unis. L’objectif affiché est de renforcer la confiance des investisseurs et de consolider le contrôle de l’État sur la production minière.
Le coltan au cœur des enjeux mondiaux
La République démocratique du Congo est un acteur majeur de la chaîne mondiale des minerais stratégiques, notamment le coltan, utilisé pour le tantale, indispensable à la fabrication de smartphones, d’ordinateurs et de composants aéronautiques. Selon les données de l’U.S. Geological Survey, le pays représentait environ 40 % de la production mondiale de coltan en 2023.
Une économie minière fragilisée par les conflits
Depuis plusieurs décennies, l’Est de la RDC reste marqué par la présence de nombreux groupes armés et des réseaux de trafic de minerais. Des zones riches comme Rubaya sont régulièrement citées dans les rapports internationaux comme étant partiellement sous contrôle de factions rebelles.
Dimension géopolitique croissante
Cette initiative s’inscrit aussi dans une dynamique internationale où les puissances cherchent à sécuriser l’accès aux minerais critiques, dans un contexte de rivalité stratégique, notamment face à la domination chinoise sur certaines chaînes d’approvisionnement. Un partenariat minier avait déjà été signé entre la RDC et les États-Unis, ouvrant la voie à des investissements occidentaux dans le secteur.
Un processus de paix encore fragile
Malgré un accord de paix signé entre Kinshasa et Kigali sous médiation internationale, les combats persistent dans plusieurs zones de l’Est. Les négociations avec le mouvement rebelle M23 restent en cours, sans stabilisation durable du terrain à ce stade.
AFRIQUE
MALI – Les motos dans le viseur de la junte face à la menace djihadiste
Au Mali, les autorités militaires au pouvoir franchissent une nouvelle étape dans leur stratégie de lutte contre l’insécurité. Par décret, elles ont décidé d’interdire l’usage des motos d’une certaine puissance en dehors des centres urbains, une mesure directement liée aux modes opératoires des groupes armés actifs dans le pays.
Selon le texte officiel, la circulation des motos d’une cylindrée égale ou supérieure à 125 cm³ est désormais suspendue sur l’ensemble du territoire, à l’exception de Bamako, des capitales régionales et de certaines agglomérations.
Cette décision intervient dans un contexte marqué par une insurrection djihadiste persistante, qui fragilise le pays sahélien depuis plusieurs années. Dans de vastes zones rurales, les motos sont devenues un outil stratégique pour les groupes armés, leur permettant de se déplacer rapidement, d’échapper aux forces de sécurité et de mener des attaques éclairs.
En ciblant ce moyen de transport, les autorités cherchent à limiter la mobilité de ces groupes et à réduire leur capacité d’action. Mais la mesure ne se limite pas à la circulation : elle s’accompagne également d’une interdiction nationale de l’importation, de la vente, du transit et même de la distribution gratuite de ces motos, ainsi que de leurs accessoires.
Si cette stratégie s’inscrit dans une logique sécuritaire, elle soulève néanmoins des interrogations quant à ses répercussions sur les populations civiles. Dans de nombreuses régions du Mali, la moto constitue en effet un moyen de transport essentiel, notamment dans les zones rurales où les infrastructures sont limitées.
Entre impératif de sécurité et contraintes socio-économiques, cette décision illustre les dilemmes auxquels sont confrontées les autorités maliennes dans leur lutte contre une menace diffuse et mobile. Reste à savoir si cette restriction permettra réellement de freiner les groupes armés, ou si elle accentuera les difficultés du quotidien pour une population déjà éprouvée par la crise.
AFRIQUE
SÉNÉGAL – Centenaire de Wade : Le président Diomaye Faye prône l’unité dans un climat tendu
Le président Bassirou Diomaye Faye a présidé la cérémonie marquant le centenaire de Abdoulaye Wade, dans un contexte politique particulièrement sensible. Derrière l’hommage rendu à une figure majeure de l’ héritage politique nationale, le discours du chef de l’État a pris des allures de réponse indirecte aux critiques émanant de Pastef, qui l’accuse de « trahison » après son refus d’intégrer le nouveau gouvernement.
Devant une délégation du Parti démocratique sénégalais (PDS), reçue en amont de la cérémonie, le président a salué l’héritage politique de Wade, tout en insistant sur les valeurs de coexistence démocratique. « On peut s’opposer sans se déchirer et se succéder sans se détruire », a-t-il déclaré, appelant à dépasser les clivages politiques au nom de la stabilité nationale.
Dans un contexte marqué par la recomposition du paysage politique, consécutive à la formation d’un nouveau gouvernement boycotté par Ousmane Sonko et ses partisans, le chef de l’État a également défendu une posture de retenue et de responsabilité. « La patience est une forme de courage », a-t-il affirmé, dans une déclaration interprétée comme un message à ses opposants.
En évoquant la figure de Abdoulaye Wade, décrit comme « un homme de combat, sans rancune et jamais prisonnier du pouvoir », Bassirou Diomaye Faye a tenté de projeter une vision de la politique fondée sur le dépassement des intérêts partisans. Il a notamment insisté sur la nécessité de ne pas sacrifier « la primauté de la patrie » au profit des fidélités politiques, une position qui fait écho au choix de certains responsables de rester au sein de l’exécutif.
AFRIQUE
KENYA – Tensions autour d’un centre de quarantaine controversé lié à Ebola
Le gouvernement du Kenya maintient son projet de centre de quarantaine destiné à accueillir des ressortissants américains exposés au virus Ebola, malgré une contestation populaire grandissante et une décision de justice suspendant son ouverture.
Devant le Parlement, le ministre de la Santé, Aden Duale, a défendu ce dispositif en précisant qu’il s’inscrit dans un réseau national de 23 structures de quarantaine et d’isolement. Situé sur la base aérienne de Laikipia, le centre, selon lui, n’est pas exclusivement destiné aux étrangers, mais fait partie d’une stratégie globale de prévention sanitaire.
Cependant, cette position n’a pas apaisé les inquiétudes. Selon Reuters, une vingtaine de vols transportant du matériel médical américain ainsi que du personnel spécialisé ont atterri au Kenya entre le 23 et le 31 mai, alimentant les soupçons d’une implication étrangère plus importante que celle officiellement présentée.
Sur le plan judiciaire, la Haute Cour kényane, saisie par une organisation de défense des droits constitutionnels, a ordonné la suspension de l’ouverture du centre dans l’attente d’un examen approfondi du dossier. Une décision qui met en évidence les tensions entre impératifs de santé publique et respect du cadre légal.
Sur le terrain, la contestation a pris une tournure dramatique. À Nanyuki, près du site concerné, des manifestations ont éclaté, entraînant la mort de deux personnes par balles, selon des organisations de défense des droits humains.
Au cœur de la colère populaire : la crainte d’une introduction du virus dans un pays qui n’a enregistré aucun cas d’Ebola, alors que l’épidémie progresse dans la région. En République démocratique du Congo et en Ouganda, l’Organisation mondiale de la santé a recensé 330 cas confirmés, 116 cas suspects et 49 décès.
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