AFRIQUE
AFRIQUE DU SUD – Le départ des travailleurs étrangers inquiète les économistes
La montée des manifestations anti-migrants en Afrique du Sud dépasse désormais le simple cadre politique pour devenir une préoccupation économique majeure. Alors que des milliers de ressortissants étrangers quittent le pays par crainte de violences, des experts alertent sur les conséquences d’un exode durable de cette main-d’œuvre sur des secteurs essentiels.
Dans un contexte marqué par un chômage avoisinant les 33 %, une insécurité persistante et une croissance économique fragile, la contestation s’est intensifiée ces dernières semaines. Une mobilisation nationale organisée fin juin a cristallisé les tensions. Si les rassemblements sont restés globalement pacifiques, ils ont néanmoins entraîné des départs massifs : des dizaines de milliers de Zimbabwéens et de Malawites ont déjà regagné leur pays, tandis que des Nigérians ont également été rapatriés. Dans certaines zones, des initiatives locales auraient même conduit à des expulsions ciblées de migrants.
Cette situation inquiète particulièrement les économistes. Les travailleurs étrangers occupent en effet des postes dans des secteurs en manque chronique de main-d’œuvre, tels que l’agriculture, la construction, la restauration ou encore la logistique. Leur départ pourrait créer des déséquilibres importants. Selon plusieurs analyses, ces migrants contribuent non seulement à combler des besoins structurels, mais aussi à dynamiser l’économie à travers l’entrepreneuriat et la concurrence.
Avec environ 2,6 millions de migrants recensés, soit près de 5 % de la population, leur poids économique est loin d’être marginal. Certaines estimations attribuent à cette population près de 9 % du produit intérieur brut du pays, une contribution qui pourrait être sous-évaluée en raison de l’importance de l’économie informelle.
Les « spaza shops », petites épiceries de quartier souvent tenues par des étrangers, illustrent cette interdépendance. Ces commerces jouent un rôle clé dans les circuits d’approvisionnement locaux. Les récentes tensions ont déjà perturbé ces activités, impactant indirectement de grandes entreprises de distribution et leurs services logistiques.
Contrairement à certaines idées reçues, plusieurs études internationales soulignent que la présence de migrants ne réduit pas les opportunités d’emploi pour les nationaux, mais peut au contraire les stimuler en favorisant l’activité économique globale.
Dans un climat économique déjà sous pression, avec une croissance revue à la baisse et un chômage massif, les spécialistes redoutent qu’un départ massif des travailleurs étrangers n’entraîne des pénuries de main-d’œuvre, des retards dans les chantiers, une baisse de la production agricole et une désorganisation des chaînes d’approvisionnement.
Au-delà des frontières sud-africaines, les effets pourraient également se faire sentir dans toute la région. Le pays constitue une source majeure de transferts financiers vers plusieurs États voisins, notamment le Zimbabwe, le Mozambique ou encore le Malawi. Une diminution de ces flux pourrait fragiliser davantage des économies déjà dépendantes de ces envois de fonds.
Face à cette situation, les tensions sociales et économiques apparaissent désormais étroitement liées, faisant planer le risque d’une instabilité plus large si aucune réponse durable n’est apportée.
AFRIQUE
COMORES – Métiers interdits aux étrangers : la communauté malgache s’inquiète
Aux Comores, une nouvelle loi suscite l’inquiétude parmi les ressortissants étrangers exerçant dans le petit commerce. Adopté en juillet, le texte prévoit de réserver certaines activités professionnelles aux citoyens comoriens, une mesure qui menace notamment les commerçants malgaches installés dans les marchés de l’archipel.
À Volo Volo, principal marché de la capitale, plusieurs vendeurs étrangers redoutent désormais pour leur activité et leurs revenus. Parmi eux, Larissa Razafitiana, 37 ans, commercialise des chaussures et utilise une partie de ses revenus pour soutenir sa famille restée à Madagascar. Chaque mois, elle parvient à lui envoyer entre 50 et 100 euros.
L’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation alimente cependant son inquiétude. « J’ai vraiment très peur », confie-t-elle, expliquant être venue aux Comores dans l’espoir de travailler et d’aider ses proches. Elle dénonce également les difficultés rencontrées par certains Malgaches pour obtenir ou renouveler leur statut professionnel.
Le texte n’est pas encore appliqué, mais ses conséquences pourraient être importantes. Selon les estimations avancées dans le pays, près de 20 000 ressortissants malgaches vivent aux Comores et pourraient être concernés par les nouvelles restrictions visant certaines activités commerciales.
Les autorités et leurs soutiens défendent néanmoins une mesure destinée, selon eux, à favoriser l’activité économique des Comoriens. Hamidou Mhoma, vice-président de la Nouvelle OPACO, rejette notamment les accusations de discrimination ou de xénophobie. Il présente la réforme comme une politique de « justice sociale » et estime que les investisseurs étrangers doivent prioritairement intervenir dans des secteurs où le pays manque de capitaux ou de compétences.
AFRIQUE
ÉTHIOPIE – Le Premier ministre poursuit son mandat dans un climat sécuritaire explosif
Abiy Ahmed entame une nouvelle étape à la tête du gouvernement éthiopien après la victoire de son Parti de la prospérité aux élections législatives de juin. Le Premier ministre conserve ainsi les commandes de l’exécutif alors que le pays est confronté à une nouvelle montée des tensions dans plusieurs régions du nord.
Âgé de 50 ans, Abiy Ahmed dirige l’Éthiopie depuis 2018. Sa reconduction intervient dans une période particulièrement délicate, marquée par la reprise des affrontements depuis le 23 septembre dans les régions du Tigré, de l’Afar et de l’Amhara.
Ces nouvelles violences ravivent le spectre du conflit qui avait opposé, entre 2020 et 2022, les forces fédérales éthiopiennes et leurs alliés aux combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). La reprise des tensions fait craindre une nouvelle dégradation de la situation sécuritaire dans le nord du pays.
Dans ce contexte, les forces armées éthiopiennes ont repris le contrôle de Mékélé, capitale du Tigré, sans affrontements majeurs, avec l’appui de la Force de paix du Tigré, une faction dissidente du TPLF.
La reconduction d’Abiy Ahmed intervient donc alors que son gouvernement doit simultanément consolider son pouvoir politique et gérer une situation sécuritaire particulièrement fragile. La stabilisation du nord du pays devrait figurer parmi les principaux défis de son nouveau mandat.
AFRIQUE
SÉNÉGAL – Fortes pluies : Le gouvernement déclenche un plan d’urgence
Le gouvernement sénégalais renforce son dispositif face aux fortes pluies enregistrées ce week-end et aux risques d’inondations qui persistent dans plusieurs zones. Le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lo a réuni en urgence, ce lundi matin à la Primature, plusieurs membres du gouvernement ainsi que les responsables des services impliqués dans la gestion de la situation.
À l’issue de cette réunion, le chef du gouvernement a annoncé l’activation du plan d’urgence régional, alors que de nouvelles précipitations sont attendues lundi, mardi et mercredi. Les autorités entendent particulièrement surveiller les axes routiers, les zones de captage ainsi que les secteurs susceptibles de connaître des perturbations dans l’approvisionnement en eau et en électricité.
Le dispositif prévoit également l’intensification des opérations de dégagement dans les secteurs touchés afin de rétablir progressivement la circulation. Un mécanisme d’alerte et d’information des populations doit parallèlement être renforcé pour permettre une meilleure anticipation des risques.
La prise en charge des populations sinistrées constitue également une priorité. Le Premier ministre a demandé au ministère chargé de la Famille et des Solidarités de mettre en œuvre les mesures d’assistance nécessaires. Des opérations de distribution d’eau et de denrées alimentaires doivent débuter dès lundi dans les zones les plus affectées.
La situation fait également peser des incertitudes sur la rentrée scolaire. Le ministre de l’Éducation nationale a été chargé de procéder à une évaluation dans la région de Dakar. Un report pourrait être envisagé dans certaines zones si les eaux ne se retirent pas suffisamment pour garantir des conditions normales de reprise des cours.
Pour assurer un suivi permanent, un comité de veille sera mis en place aux côtés de l’état-major. Il devra surveiller l’évolution des intempéries et permettre aux autorités d’intervenir rapidement en cas de nouvelle dégradation.
Ahmadou Alhaminou Lo a enfin présenté ses condoléances aux familles endeuillées et réaffirmé la volonté de l’État d’accompagner les populations affectées par les intempéries.
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