AFRIQUE DE L’EST
ETHIOPIE – Le Premier ministre Abiy Ahmed appelle à une mobilisation nationale contre les rebelles
Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a lancé un appel solennel ce mardi 10 août 2021 à l’encontre de ses compatriotes. Il invite « tous les Ethiopiens aptes et majeurs » à rejoindre les forces armées. Objectif : lutter contre les rebelles tigréens.
Face à l’avancée des rebelles dans le Tigré, le chef du gouvernement éthiopien, Abiy Ahmed, a exigé une mobilisation à la hauteur de la situation. Un appel que le chef de l’État a lancé ce mardi 10 août. Il a exhorté ses concitoyens à s’engager dans cette lutte.
Le conflit a duré neuf mois et s’est désormais étendu ces dernières semaines à deux régions voisines du nord du pays. Le cessez-le-feu unilatéral qui avait été décrété fin juin 2021 est définitivement enterré. « C’est maintenant le moment pour tous les Ethiopiens aptes et majeurs de rejoindre les forces de défense, les forces spéciales et milices et de montrer leur patriotisme », a déclaré le président éthiopien, ,prix Nobel de la paix 2019 dans un communiqué.
A rappeler que la guerre du Tigré est un conflit armé qui oppose le gouvernement fédéral éthiopien au gouvernement régional du Tigré depuis le 4 novembre 2020. Le conflit est issu de la rébellion du Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) à l’encontre du gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed dont la volonté est de mettre fin courant 2019 au système politique ethnocentré en vigueur depuis 1994.
AFRIQUE
OUGANDA – Le président Yoweri Museveni promulgue une loi controversée contre l’influence étrangère
Le président ougandais Yoweri Museveni a promulgué une loi controversée sur la « protection de la souveraineté », marquant une nouvelle étape dans sa volonté affichée de limiter l’influence étrangère en Ouganda.
Adopté par le Parlement le 5 mai, le texte érige en infraction pénale la promotion des « intérêts d’un étranger au détriment des intérêts de l’Ouganda ». Il interdit également à toute personne ou organisation agissant pour le compte d’intérêts étrangers d’élaborer ou de mettre en œuvre des politiques sans l’autorisation préalable du gouvernement. Les contrevenants s’exposent à des sanctions pouvant aller jusqu’à dix ans de prison, assorties de lourdes amendes.
Une loi aux contours jugés flous
Plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent une formulation jugée vague et potentiellement dangereuse. Selon elles, ce cadre juridique pourrait permettre de criminaliser une large palette d’activités, y compris certaines formes d’opposition politique ou de plaidoyer citoyen.
Le gouvernement, de son côté, rejette ces critiques et accuse ses détracteurs d’exagérer l’impact du texte. Le président Museveni, au pouvoir depuis 1986, dénonce régulièrement ce qu’il considère comme des ingérences étrangères, accusant notamment certains opposants de bénéficier de financements extérieurs.
Pressions économiques et ajustements
Face aux inquiétudes exprimées par les partenaires économiques et financiers, plusieurs dispositions initiales ont été assouplies avant la promulgation. La version originale prévoyait notamment d’obliger tout citoyen ougandais recevant des fonds de l’étranger à s’enregistrer comme « agent étranger » et à déclarer systématiquement les montants perçus.
Cette mesure a été revue : elle ne s’applique désormais qu’aux individus recevant des financements à des fins politiques liées à des intérêts étrangers. Un ajustement visant à préserver les flux financiers essentiels pour l’économie nationale. Les transferts d’argent de la diaspora constituent en effet une source majeure de devises pour l’Ouganda. Une restriction trop stricte aurait pu fragiliser cet équilibre.
Inquiétudes des institutions internationales
Le gouverneur de la Banque centrale, Michael Atingi-Ego, avait tiré la sonnette d’alarme, estimant que la loi pourrait réduire significativement les entrées de capitaux et mettre en péril les réserves de change, évoquant même une « catastrophe économique ».
De son côté, la Banque mondiale avait également exprimé ses réserves concernant la version initiale du texte, soulignant le risque de voir criminalisées des activités de développement pourtant courantes. À ce stade, ni la Banque centrale ni la Banque mondiale ne se sont exprimées publiquement sur la version finale adoptée, laissant planer des incertitudes sur les conséquences réelles de cette réforme.
AFRIQUE
KENYA – Morts et tensions lors des manifestations contre la hausse du carburant
Au moins quatre personnes ont perdu la vie et plus de trente autres ont été blessées lundi au Kenya, lors de violentes manifestations sur fond de grève des transports publics et de contestation contre la hausse des prix du carburant.
L’information a été confirmée par le ministre de l’Intérieur, Kipchumba Murkomen, qui n’a toutefois pas précisé les circonstances exactes des décès ni les lieux où ils se sont produits. Une enquête a été ouverte pour déterminer si les victimes étaient des civils ou impliquées dans des actes de violence. Le ministre a également dénoncé la présence d’« éléments criminels » ayant profité des troubles pour s’attaquer à des biens publics et privés.
Au total, 348 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre, tandis que les principales routes bloquées ont été progressivement dégagées par la police.
Paralysie à Nairobi
Dans la capitale Nairobi, la situation a été particulièrement tendue. Dès les premières heures de la journée, des manifestants ont érigé des barricades et allumé des feux de pneus dans plusieurs quartiers périphériques. Certains ont tenté d’empêcher la circulation des véhicules, y compris les motos-taxis « boda boda ».
La grève des « matatu » — ces minibus privés qui assurent l’essentiel du transport urbain — a fortement perturbé la mobilité. Des milliers de travailleurs ont été contraints de parcourir à pied plusieurs kilomètres pour rejoindre leur lieu de travail, illustrant l’ampleur de la paralysie.
Une colère liée à la hausse des carburants
À l’origine de cette mobilisation : une nouvelle augmentation des prix du carburant annoncée le 14 mai par le gouvernement. Selon les dernières révisions, le prix du diesel a bondi de 23,5 %, tandis que celui de l’essence a augmenté de 8 %.
Cette hausse intervient dans un contexte international tendu, marqué notamment par les perturbations dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle des hydrocarbures mondiaux. Fortement dépendant des importations en provenance du Golfe, le Kenya subit directement les répercussions de cette situation.
Depuis le début des tensions au Moyen-Orient, les prix à la pompe ont connu une hausse cumulée significative : +20 % pour l’essence et +45,8 % pour le diesel.
Impact économique redouté
La Chambre nationale de commerce et d’industrie du Kenya met en garde contre des effets en cascade sur l’ensemble de l’économie. Le diesel, en particulier, est un pilier des secteurs du transport, de l’agriculture, de la logistique et de la construction. Une augmentation de son coût pourrait entraîner une hausse généralisée des prix des biens et services.
Malgré la colère sociale, le gouvernement défend sa position. Le ministre du Trésor et de la Planification économique, John Mbadi, a qualifié la grève d’« injustifiée », tout en reconnaissant la pression liée à la conjoncture internationale. « C’est une guerre que nous n’avons pas provoquée », a-t-il déclaré, pointant les facteurs externes à l’origine de la flambée des prix.
AFRIQUE DE L’EST
ÉTHIOPIE – À Addis-Abeba, le président Emmanuel Macron change de ton sur l’Afrique
En clôture d’une tournée africaine à forte portée politique, le président français Emmanuel Macron a affiché à Addis-Abeba une inflexion notable du discours de Paris sur les questions de sécurité et de gouvernance en Afrique. Au siège de l’Union africaine, le chef de l’État a clairement plaidé pour un renforcement du leadership africain dans la gestion des crises du continent.
Devant les responsables internationaux, dont Antonio Guterres et le président de la Commission de l’UA Mahmoud Ali Youssouf, Macron a insisté sur un principe désormais central dans l’approche française : confier aux institutions africaines la responsabilité première des solutions aux défis africains. Une posture qui s’inscrit dans un contexte de redéfinition des relations entre la France et ses partenaires africains.
Cette prise de position intervient au terme d’une séquence diplomatique entamée en Égypte, puis poursuivie au Kenya lors du sommet « Africa Forward ». À Addis-Abeba, l’accent a été mis sur les mécanismes de financement de la paix, considérés comme un levier essentiel pour renforcer l’autonomie stratégique du continent.
Dans cette optique, Emmanuel Macron a annoncé l’organisation prochaine, à Paris, d’une conférence internationale dédiée au financement du Fonds de paix de l’Union africaine. L’objectif affiché est double : élargir la base des contributeurs et attirer davantage de capitaux, publics comme privés, afin de soutenir les opérations de maintien de la paix pilotées par l’UA.
Longtemps resté en sommeil, ce fonds connaît une dynamique de relance depuis quelques années, mais demeure dépendant d’engagements extérieurs. Paris entend ainsi jouer un rôle de facilitateur dans la mobilisation de ressources, tout en encourageant une plus grande appropriation africaine des dispositifs de sécurité.
Le président français a également remis sur la table la question de l’application effective de la résolution 2719 des Nations unies, qui prévoit un mécanisme de financement plus structuré pour les opérations de paix de l’Union africaine. Une avancée jugée cruciale pour stabiliser durablement les zones de conflit.
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