CULTURE
SÉNÉGAL – Le président Bassirou Diomaye Faye ouvre le Forum national sur le livre et la lecture : « Le livre libère, inspire et façonne les peuples »
Le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a présidé ce jeudi matin la cérémonie d’ouverture du Forum national sur le livre et la lecture, un rendez-vous majeur dédié à la refondation de la politique culturelle et à la relance du secteur du livre au Sénégal.
Ce forum, véritable laboratoire d’idées, réunit écrivains, éditeurs, bibliothécaires, enseignants, chercheurs et professionnels du monde littéraire autour d’une même ambition : faire du livre et de la lecture des leviers de transformation culturelle et éducative pour le pays.

Dans son allocution, le Chef de l’État a insisté sur la puissance émancipatrice du livre, soulignant qu’il « libère, inspire et façonne les aspirations des peuples ainsi que les idéaux des Nations ». Évoquant un souvenir personnel, il a confié avec émotion : « J’ai aimé la lecture car j’ai toujours vu mon père lire. »

Une déclaration empreinte d’humanité qui rappelle le rôle fondamental de la famille dans la transmission du goût du savoir.
Le Président Bassirou Diomaye Faye a enfin réaffirmé la détermination de l’État à faire du livre un instrument central de la construction d’un Sénégal souverain, juste et prospère, fidèle à l’idéal d’une nation éclairée par la connaissance.

Voici l’intégralité du Discours du Président de la République à la cérémonie d’ouverture officielle du forum national sur le livre et la lecture :
Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement,
Monsieur le Ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme,
Monsieur le Secrétaire d’État chargé de la Culture, des Industries créatives et au Patrimoine historique,
Excellences, Mesdames, Messieurs les représentants du Corps diplomatique,
Mesdames, Messieurs les représentants des Institutions internationales,
Mesdames, Messieurs les acteurs de la chaîne du livre,
Mesdames, Messieurs les représentants de la communauté littéraire et artistique,
Mesdames, Messieurs les experts,
Chers élèves, chères étudiantes, chers étudiants,
Chers invités,
Mesdames, Messieurs,
Le livre.
Ce mot seul évoque la lumière que l’homme arrache aux ténèbres de l’ignorance pour bâtir sa liberté.
Le livre abolit le temps, raccourcit les distances, traverse les civilisations, relie les consciences.
Le Sénégal souverain, juste, prospère et ancré dans des valeurs fortes que nous voulons se construira avec des identités retrouvées, des âmes élevées et des esprits libres.
L’école de cette liberté, c’est le livre.
C’est pourquoi, je me réjouis de me retrouver aujourd’hui au milieu de ceux qui, à travers leurs œuvres, leurs métiers et leurs passions, donnent au savoir une voix, à la mémoire une forme et à l’espérance un visage.
Je vous salue, artisans du verbe et de l’esprit, vous qui faites vivre le miracle silencieux de la lecture. Vous êtes les bâtisseurs invisibles de notre humanité commune. Écrivains, éditeurs, diffuseurs, imprimeurs, critiques littéraires, chercheurs, bibliothécaires, libraires, lecteurs, vous contribuez tous, chacun à son niveau, à bâtir, à enrichir, à valoriser le patrimoine littéraire et culturel de notre pays, à forger son identité, à diffuser nos cultures et l’âme de notre peuple à travers le monde.

En vérité, il n’est pas de civilisation sans récit, pas de nation sans mémoire, pas de progrès sans lecture.
Le livre, c’est la main tendue de l’esprit vers ce qui le dépasse. Il transforme le savoir en sagesse, la parole en héritage, l’imaginaire en puissance d’avenir.
Dans chaque livre, il y a un fragment d’éternité, une parcelle de l’âme humaine, un éclat de ce que nous avons de meilleur : la faculté de comprendre, de rêver, d’espérer encore.
Mesdames, Messieurs,
Avant toute politique, avant toute réforme, avant toute transformation, il faut un imaginaire.
Et cet imaginaire, ce sont les écrivains qui le façonnent.
L’écrivain n’est pas seulement un orfèvre de la langue ; il en est le démiurge. Il la modèle, la tord, la magnifie, non pour l’ornement, mais pour lui rendre sa force d’éveil.
Dans ses mains, la langue cesse d’être un simple instrument : elle devient un organisme vivant, un souffle qui façonne les consciences.

Chaque mot qu’il choisit est un acte de résistance contre l’ignorance et la part sombre du monde, une manière de refuser l’oubli et de rappeler que la parole demeure la première victoire de l’esprit sur le chaos.
Car la littérature n’explique pas le monde : elle le transfigure. Elle en révèle les zones muettes, les blessures enfouies, les espérances inavouées.
Elle rend visible ce que le regard distrait ne voit plus, et habitable ce que la peur ou le silence avaient déserté.
Ainsi, par le travail de nos écrivains, l’esprit sénégalais s’est fait pont entre les âmes et les continents. Leurs œuvres, écrites ici, mais inspirées par l’universel, font résonner le nom du Sénégal dans les cercles du savoir, dans les écoles et les universités du monde entier, dans les foyers les plus lointains et les consciences les plus réceptives à l’Autre.

Et grâce au miracle de la traduction — ce pont de douceur qui permet aux cultures de se parler sans s’effacer —, leurs voix franchissent les frontières pour rappeler à l’humanité que, sous la diversité des langues, il n’existe qu’un seul langage : celui du cœur et de l’esprit.
Mais au-delà du créateur de beauté, l’écrivain est un citoyen éveillé, un être de lucidité et de courage. Il observe les dynamiques sociales, interroge les désordres du présent, dénonce l’injustice, révèle les blessures secrètes du peuple, et les transforme en matière d’espérance.
Il ne prêche pas, il éclaire. Il ne condamne pas, il comprend. Et c’est en cela qu’il participe à la construction de la cité : non comme tribun, mais comme veilleur.
Dans la solitude de son écriture, il dialogue avec l’Histoire. Il se souvient de ceux qui furent et pressent ceux qui viendront. Car l’écrivain ne parle jamais pour aujourd’hui seulement : il parle pour l’éternité du présent, du passé et du futur.
Sa parole traverse le temps comme une lampe que d’autres reprendront quand la nuit se fera plus épaisse.

Notre littérature sénégalaise et africaine illustre admirablement cette vocation.
De Bakary Diallo à Léopold Sédar Senghor, de Birago Diop à Ousmane Sembène, d’Abdoulaye Sadji à Aminata Sow Fall, de Cheikh Hamidou Kane à Mariama Bâ, de Ken Bugul à Boubacar Boris Diop, jusqu’à Fatoumata Ba Diallo et beaucoup d’autres, nos écrivains ont façonné la conscience de générations entières.
Ils ont révélé l’Afrique à elle-même et au monde, sans servilité ni orgueil, mais avec la dignité tranquille de ceux qui savent que la parole est un acte de foi. Par eux, nos sociétés ont appris à se regarder sans complaisance ni haine, mais avec lucidité.
À travers leurs œuvres, nous avons mieux compris notre propre histoire, de la période coloniale aux convulsions du monde contemporain. Ils ont donné des visages aux souffrances muettes, une voix aux silences oubliés.
Et dans leurs pages, l’amour, l’amitié, la fraternité, la solidarité reprennent sens : ils ne sont plus des valeurs abstraites, mais des forces vivantes qui réparent les fractures du monde.
Mesdames, Messieurs,
L’histoire, la sociologie, la psychologie des autres peuples nous deviennent familières comme si nous avions vécu dans ces pays étrangers, à des époques différentes, connu intimement ces populations lointaines.
Quelle belle image de la tolérance religieuse en Afrique de l’Ouest offerte par Amadou Hampaté Bâ dans Vie et enseignements de Tierno Bokar, le sage de Bandiagara !
Quelle peinture si juste de l’univers oppressant des villes africaines modernes dans Ville cruelle d’Eza Boto !
Imagine-t-on un témoignage aussi puissant sur l’amour pour la mère et la douleur de la perte que L’Arbre s’est penché de Mariama Ndoye ?
Et la liste n’est pas exhaustive.
Notre rapport au livre est ainsi frappé d’une part, du sceau de l’intimité, et, d’autre part, de celui de l’altérité, lorsque nous dialoguons indirectement, à travers des histoires à caractère universel, avec une infinité de lecteurs réels et potentiels par-delà le temps et l’espace.
Mesdames, Messieurs,
Les écrivains et les acteurs de la chaîne du livre méritent toute notre reconnaissance. Ils sont les dépositaires d’une mission essentielle : tenir éveillée la conscience nationale, entretenir la flamme du savoir, préserver la dignité de l’esprit. C’est pourquoi j’ai toujours estimé qu’ils doivent être des acteurs à part entière dans la dynamique de transformation systémique de notre pays. Car on ne transforme pas durablement une nation sans transformer d’abord son imaginaire, sans élever ses lectures, sans nourrir sa pensée.
Je veux, à ce titre, saluer le travail admirable accompli par les femmes et les hommes du sous-secteur du livre et de la lecture. Leur engagement, souvent silencieux, témoigne d’un sens rare du service public de la culture, d’un patriotisme éclairé et d’une citoyenneté assumée.
À travers leurs initiatives, ils entretiennent ce lien vital entre le savoir et la société, entre la mémoire et l’avenir.
Je voudrais réserver une attention spécifique à la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar et au Salon national du Livre. Deux événements majeurs qui ont entretenu le statut de Dakar comme plateforme majeure de l’animation autour du livre et de l’édition dans notre espace sous régional. Ma volonté et celle de mon Gouvernement est claire et je voudrais la réitérer ici : engager avec tous les professionnels les ajustements nécessaires et réinventer ces précieux moments de respiration intellectuelle aux passionnés du livre de l’Afrique et du monde. En un mot, promouvoir un modèle qui se combinerait à la Biennale des Arts africains pour reconstituer le hub culturel tant escompté par la communauté des créateurs de notre pays.

Le dynamisme du sous-secteur, mais également la diversité et la complexité des défis auxquels il est confronté depuis de nombreuses années, exigent toutefois que des inflexions majeures soient opérées, que des réformes soient engagées.
J’ai donc estimé qu’il était nécessaire de réunir toutes les parties prenantes autour d’un moment de réflexion sur les problèmes du sous-secteur du livre et de la lecture, lequel devra aboutir à des solutions concrètes.
Je voudrais saluer la mobilisation de tous les acteurs ici présents, ainsi que leur contribution éminente à la réussite de ce Forum.
Cet événement inédit est d’abord le vôtre. Il sera à la mesure de votre engagement, de votre imagination, de votre sens du collectif.
Mesdames, Messieurs,
Si j’ai voulu que se tienne ce Forum national sur le livre et la lecture, c’est d’abord par reconnaissance : reconnaissance du travail remarquable des hommes et des femmes de lettres, reconnaissance de la vitalité de la création sénégalaise, reconnaissance du rôle structurant des associations d’écrivains et des organisations professionnelles dans la construction d’un Sénégal de savoir et de culture.
Je les considère comme de véritables partenaires de service public, appelés à accompagner la mise en œuvre des politiques culturelles prévues dans l’Agenda national de Transformation à l’horizon 2050.
Cette rencontre doit donc être un moment fondateur, celui d’un dialogue sincère et d’un pacte renouvelé entre l’État et les acteurs du livre.
Nous devons réfléchir ensemble à des solutions concrètes, durables, équitables.
Je vous invite, en conséquence, à porter votre réflexion sur, entre autres sujets :
– le développement d’une politique innovante de modernisation des bibliothèques et salles de lecture dans les établissements scolaires, universitaires et d’enseignement supérieur, à la lumière des opportunités et innovations favorisant l’essor du livre numérique ;
– la structuration et le financement de l’ensemble du sous-secteur pour en faire un vecteur de développement économique et social, dans le cadre de notre action relative aux industries culturelles et créatives ;
– le défi de la numérisation et de l’intelligence artificielle.
J’attache, par ailleurs, une importance particulière à la publication d’ouvrages qui reflètent nos identités, notamment ceux écrits dans nos langues nationales. Car la souveraineté culturelle et intellectuelle à laquelle nous aspirons passe aussi par la reconquête de notre parole propre.
Écrire dans nos langues, c’est transmettre notre vision du monde ; c’est dire au monde que nous pensons en sénégalais, sans cesser d’appartenir à l’universel.
Mesdames et Messieurs,
Le Forum national sur le livre et la lecture représente donc un cadre privilégié d’échanges, de partage, de concertation, de proposition et d’action. Je vous engage tous et toutes à en faire un moment marquant de notre politique culturelle.
C’est aussi à cette condition que nous demeurerons fidèles à la mémoire de personnalités disparues qui, pendant de si nombreuses années, ont consenti tous les sacrifices, avec générosité, engagement et dévouement, pour que le livre et la lecture rayonnent au firmament de l’esprit sénégalais.
Qu’ils reposent en paix et que le Seigneur rétribue abondamment leurs bonnes actions.
Pour conclure, je voudrais, en ma qualité de Premier Protecteur des Arts et des Lettres du Sénégal, renouveler ma disponibilité à accompagner le secteur culturel dans son ensemble et le sous-secteur du livre et de la lecture en particulier et souhaiter plein succès à vos travaux.
Sur ces mots, je déclare ouvert le Forum national sur le livre et la lecture et vous remercie de votre attention.
CULTURE
RD CONGO – DRC Fashion Week : La SAPE conquiert Kinshasa et réinvente l’élégance congolaise
La sixième édition de la DRC Fashion Week a transformé Kinshasa en véritable capitale de l’élégance congolaise en mettant à l’honneur la SAPE, mouvement culturel emblématique partagé par la République démocratique du Congo et la République du Congo. Créateurs, mannequins et passionnés de mode ont investi les podiums pour revisiter un patrimoine vestimentaire devenu au fil des décennies un marqueur fort de l’identité congolaise.
À travers les différentes collections présentées, les stylistes ont proposé une lecture contemporaine de l’univers des « ambianceurs et personnes élégantes ». Costumes structurés, associations de couleurs audacieuses, accessoires raffinés et silhouettes inspirées du dandysme ont rythmé les présentations, avec une volonté commune : inscrire l’héritage de la SAPE dans les tendances actuelles tout en préservant son identité.
Parmi les temps forts de cette édition, la collection de Kevin Toundwa a particulièrement retenu l’attention. Le créateur a choisi de rendre hommage à plusieurs grandes figures associées à la culture vestimentaire et musicale congolaise, notamment Papa Wemba et Rafa Bounzeki. À travers cette démarche, il entend rappeler l’influence de ces personnalités sur plusieurs générations et transmettre leur héritage à une nouvelle génération de créateurs.
La manifestation a également servi de trait d’union entre Kinshasa et Brazzaville. De part et d’autre du fleuve Congo, la SAPE constitue un élément important du patrimoine culturel et populaire. Sa présence au cœur de la Fashion Week illustre ainsi les passerelles qui existent entre les deux capitales et la capacité de la mode à renforcer les échanges culturels.
Pour les professionnels du secteur, cette dynamique dépasse largement la question de l’apparence. La SAPE représente également un espace d’expression, de créativité et d’affirmation identitaire. En la faisant entrer dans un événement consacré à la mode contemporaine, les organisateurs cherchent à démontrer que ce patrimoine peut encore nourrir l’innovation et favoriser l’émergence de nouvelles signatures artistiques.
La DRC Fashion Week poursuit par ailleurs son ambition de devenir une plateforme de promotion des talents congolais. Après avoir exploré lors de précédentes éditions l’artisanat et la diversité culturelle du pays, l’événement s’est cette fois appuyé sur la SAPE pour mettre en lumière les créateurs, les mannequins et les entrepreneurs qui participent à la structuration de la filière.
Car derrière les défilés et les créations, l’industrie de la mode congolaise reste confrontée à des défis importants. Le financement des jeunes marques, l’accès aux matières premières, la formation spécialisée et l’ouverture vers les marchés internationaux figurent parmi les principaux enjeux auxquels les professionnels doivent répondre.
En plaçant la SAPE au centre de cette sixième édition, la DRC Fashion Week entend donc transformer un héritage culturel en opportunité économique. La manifestation veut favoriser les collaborations entre mode, musique et culture, tout en offrant davantage de visibilité aux talents locaux. À Kinshasa, l’élégance devient ainsi un outil de transmission, mais aussi un vecteur de créativité, d’entrepreneuriat et de rayonnement culturel.
CULTURE
TUNISIE – Patrimoine mondial : Sidi Bou Saïd décroche la consécration de l’Unesco
Sidi Bou Saïd confirme son statut de joyau touristique tunisien. Depuis son inscription récente au patrimoine mondial de l’Unesco, le célèbre village perché au nord de Tunis connaît un regain d’intérêt auprès des visiteurs, venus découvrir ou redécouvrir un site dont la réputation dépasse depuis longtemps les frontières de la Tunisie.
Avec ses maisons blanchies à la chaux, ses portes et fenêtres bleues, ses passages étroits et sa vue spectaculaire sur la Méditerranée, Sidi Bou Saïd offre un décor devenu emblématique du pays. Dans les ruelles, les touristes se succèdent entre les boutiques d’artisanat, les ateliers d’artistes et les commerces proposant céramiques, tableaux et autres objets inspirés du patrimoine local.

Pour les habitants, cette reconnaissance internationale vient confirmer une évidence : leur village possède une identité exceptionnelle. Aymen Ghamrasni, passionné par l’histoire de Sidi Bou Saïd, souligne l’attachement des résidents à ce cadre unique, où le patrimoine fait partie intégrante de la vie quotidienne. Même une pause autour d’un bambalouni, célèbre beignet traditionnel tunisien, devient ici une expérience associée à l’identité du lieu.
La notoriété du village séduit également une clientèle internationale. Des visiteurs venus du Moyen-Orient notamment voient désormais Sidi Bou Saïd comme une étape incontournable lors d’un séjour en Tunisie. Son architecture caractéristique, dominée par le bleu et le blanc, ainsi que son environnement méditerranéen contribuent largement à son attractivité.

Derrière cette identité architecturale se trouve également une histoire spirituelle ancienne. La localité porte le nom d’Abou Saïd al-Baji, figure soufie du XIIIe siècle, dont le sanctuaire demeure l’un des marqueurs historiques du village. La dimension religieuse, l’architecture traditionnelle et le paysage méditerranéen se combinent ainsi pour donner au site son caractère singulier.
L’entrée sur la Liste du patrimoine mondial représente cependant bien davantage qu’un label touristique. Cette reconnaissance implique une responsabilité accrue pour les autorités tunisiennes en matière de conservation. Les sites inscrits par l’Unesco sont considérés comme présentant une valeur universelle exceptionnelle et peuvent bénéficier de dispositifs d’accompagnement, notamment dans les domaines de la préservation, de la formation et de l’expertise technique.

La décision a été prise lors de la session du Comité du patrimoine mondial organisée à Busan, en Corée du Sud. Plusieurs autres lieux remarquables ont également rejoint la Liste, parmi lesquels les anciennes capitales japonaises d’Asuka et de Fujiwara. Le paysage migratoire de Boma-Badingilo, au Soudan du Sud, a lui aussi été distingué. Cette dernière inscription constitue une première pour le pays au patrimoine mondial.
Pour la Tunisie, la consécration de Sidi Bou Saïd vient donc renforcer la visibilité internationale d’une destination déjà incontournable. Mais cette nouvelle reconnaissance s’accompagne d’un défi majeur : préserver l’authenticité du village face à l’augmentation de sa fréquentation, protéger son architecture et son environnement et permettre aux générations futures de bénéficier à leur tour de ce patrimoine exceptionnel.
CULTURE
SÉNÉGAL – Positive Black Soul célèbre 37 ans de hip-hop au Grand Théâtre de Dakar
Trente-sept ans après ses débuts, Positive Black Soul (PBS) a retrouvé son public sur la scène du Grand Théâtre de Dakar pour célébrer une histoire qui dépasse largement celle d’un groupe de musique. Le duo formé par Didier Awadi et Duggy Tee, pionnier du hip-hop sénégalais, a offert une soirée anniversaire mêlant spectacle son et lumière, hommages et collaborations entre plusieurs générations d’artistes. Dès leur entrée sur scène, les deux membres de PBS donnent le ton. Le public, venu célébrer près de quatre décennies de carrière, accueille le groupe avec enthousiasme. Dans la salle, les souvenirs des premières années du rap sénégalais côtoient les sonorités de la nouvelle génération.
De la SICAP aux grandes scènes
Fondé en 1989, Positive Black Soul s’est imposé comme l’un des groupes fondateurs du hip-hop sénégalais. À une époque où le rap reste encore un mouvement émergent, Didier Awadi et Duggy Tee participent à son implantation dans le paysage culturel du pays. Le groupe ne tarde pas à dépasser les frontières sénégalaises. Avec ses textes engagés, son identité panafricaine et ses collaborations internationales, PBS contribue à faire connaître une autre voix de l’Afrique sur la scène hip-hop. Son album « New York-Paris-Dakar » participe notamment à cette ouverture internationale et accompagne l’émergence d’une génération d’artistes sénégalais qui vont à leur tour porter le rap au-delà des frontières. Mais la longévité de PBS tient aussi à sa capacité à rester connecté aux réalités de son époque. Pendant près de quatre décennies, le groupe a abordé des questions liées à la société, à la jeunesse, à l’identité, à la citoyenneté et à l’Afrique.
L’ancienne école réunie autour de PBS
Pour ses 37 ans, Positive Black Soul a choisi de revenir sur cette histoire en réunissant plusieurs figures du mouvement. Matador, Simon et Xuman, représentants de l’ancienne école, ont ainsi été honorés sur scène. Leur présence rappelle les premières années d’un mouvement qui a profondément transformé la scène musicale sénégalaise. À travers eux, PBS rend hommage à toute une génération qui a contribué à faire du hip-hop un espace d’expression, de revendication et de création. Mais la soirée n’était pas tournée uniquement vers le passé. Elle a également donné une place importante aux artistes de la nouvelle génération.
Une rencontre entre les générations
Parmi les invités, VJ a partagé la scène avec PBS autour d’une nouvelle interprétation du célèbre titre « Capsi ». Une séquence symbolique : un classique du groupe revisité par l’un des représentants de la nouvelle génération. Ngaaka Blindé a lui aussi participé à la fête dans un show partagé avec Positive Black Soul. La soirée a également réuni plusieurs grandes figures de la musique sénégalaise. Wally B. Seck a fait une apparition remarquée et rendu un hommage émouvant à sa mère, feu Diaga, donnant à la soirée une tonalité plus intime. La légende Baaba Maal a livré un show inédit, tandis qu’Ismaïla Lô, autre figure majeure de la musique sénégalaise, a retrouvé son public au Grand Théâtre. Autre moment fort : Viviane Chidid, la reine du Jolof Band, a enflammé la scène devant un public conquis. La prestation de Carlou D et Duggy Tee a, elle aussi, compté parmi les séquences marquantes de cette soirée anniversaire.
Une célébration qui dépasse le rap
Au fil des prestations, le Grand Théâtre s’est transformé en lieu de rencontre entre plusieurs générations de la musique sénégalaise. Des pionniers du hip-hop aux artistes de la scène contemporaine, chacun est venu apporter sa contribution à cette célébration. Cette diversité témoigne de l’empreinte laissée par Positive Black Soul sur la culture sénégalaise. Le groupe n’a pas seulement participé à l’histoire du rap : il a accompagné son évolution et contribué à faire de cette musique un phénomène culturel majeur. Lors de la préparation de cet anniversaire, Didier Awadi et Duggy Tee avaient d’ailleurs insisté sur l’importance de la transmission et sur la nécessité, pour les nouvelles générations, de connaître leur histoire tout en construisant leur propre identité.
Une reconnaissance nationale
Cette célébration intervient également après la reconnaissance officielle du travail des deux artistes. Didier Awadi a été élevé au grade d’Officier de l’Ordre national du Lion, tandis que Duggy Tee a été fait Chevalier de l’Ordre national du Mérite. Des distinctions qui viennent saluer plusieurs décennies de contribution à la culture sénégalaise. Pour les deux artistes, ces récompenses s’inscrivent dans une histoire collective : celle d’un mouvement porté par une génération de jeunes qui, à la fin des années 1980, a choisi le hip-hop comme moyen d’expression.
37 ans et toujours debout
Au Grand Théâtre de Dakar, Positive Black Soul n’a donc pas seulement célébré un anniversaire. Le duo a revisité 37 années de musique, d’engagement et de transmission. De Matador, Simon et Xuman à VJ et Ngaaka Blindé, de Wally B. Seck à Baaba Maal, Ismaïla Lô, Viviane Chidid et Carlou D, la soirée a surtout raconté une histoire de rencontres. Une histoire commencée en 1989 dans les quartiers de Dakar et qui, près de quatre décennies plus tard, continue de résonner sur les grandes scènes.
À 37 ans, Positive Black Soul appartient désormais à l’histoire du hip-hop africain. Mais au vu de l’énergie du public du Grand Théâtre, cette histoire est loin d’être terminée.
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