AFRIQUE
SÉNÉGAL – Face aux coupures, Abdourahmane Diouf détaille les chantiers de la souveraineté énergétique
Après les perturbations électriques de septembre, le ministre de l’Énergie et du Pétrole a présenté lors d’un déjeuner presse, jeudi 1er octobre 2026 à Dakar, les priorités du gouvernement : sécuriser l’approvisionnement, réduire les coûts de production et étendre l’accès à l’électricité. Le défi consiste à convertir les ressources pétrolières et gazières du pays en bénéfices concrets pour les ménages et les entreprises.
Produire du pétrole et du gaz, mais aussi garantir une électricité disponible et accessible : c’est autour de cette ambition qu’El Hadji Abdourahmane Diouf a échangé avec les journalistes au Musée des Civilisations noires. Consacré aux « Enjeux, réformes et perspectives du secteur de l’Énergie et des Hydrocarbures », ce petit-déjeuner de presse réunissait notamment les responsables de Senelec, de Petrosen, de la Société africaine de raffinage et du Réseau gazier du Sénégal.
Des capacités installées qui ne suffisent pas à éviter les coupures
La rencontre intervenait après un mois de septembre marqué par dix-huit jours de perturbations du réseau électrique. Selon le ministre, cette crise résulte de difficultés conjoncturelles et structurelles : pannes d’équipements, contraintes d’approvisionnement et retard de certaines infrastructures gazières. En attendant leur disponibilité, Senelec continue de recourir au gazole, plus coûteux que le gaz attendu, a-t-il expliqué. Les chiffres présentés illustrent la pression sur le système. D’après Abdourahmane Diouf, la demande électrique progresse de plus de 12 %, tandis que la pointe de consommation a atteint 1 700 mégawatts en août. Le parc de production dépasse pourtant 2 300 mégawatts de capacités installées. Cet écart rappelle que la puissance théorique des centrales ne garantit pas leur disponibilité : leur fonctionnement dépend aussi du combustible, de l’état des équipements et de la capacité des réseaux à acheminer l’électricité.
Près de 400 milliards de FCFA pour élargir l’accès
Au-delà de la continuité du service, le gouvernement maintient son objectif d’accès universel à l’électricité à l’horizon 2029. Le ministre a annoncé un programme de près de 400 milliards de francs CFA destiné à électrifier 6 471 localités, alors que le taux national d’accès se situe autour de 86 %, selon les données qu’il a présentées. L’enjeu est territorial autant qu’économique. Le raccordement des localités encore privées de courant doit faciliter le fonctionnement des écoles, des structures sanitaires et des activités productives. Cette extension devra toutefois s’accompagner d’un service suffisamment fiable pour répondre aux besoins des nouveaux usagers.
Acheminer le gaz vers les centrales et les industries
Pour réduire durablement les coûts, les autorités misent notamment sur l’utilisation du gaz national. Le Réseau gazier du Sénégal prévoit environ 340 kilomètres de gazoducs pour alimenter les centrales électriques et les industries, a indiqué Abdourahmane Diouf. Le gouvernement entend également renforcer la production, moderniser les réseaux et développer le stockage ainsi que les énergies renouvelables. La baisse des coûts de production constitue ainsi un levier central de la stratégie annoncée. Elle doit permettre de soutenir la compétitivité économique tout en limitant la pression sur les finances publiques. Les annonces rapportées ne permettent cependant pas de fixer une date ni un montant précis de réduction des factures des consommateurs.
Une gouvernance à réorganiser
Le ministre a également annoncé la préparation d’une loi de programmation énergétique pour 2027-2031. Celle-ci doit organiser les investissements et les priorités sur plusieurs années, avec des objectifs, des financements, des échéances et des responsabilités définis. Un Code général des hydrocarbures est aussi en préparation pour couvrir l’ensemble des activités, de l’exploration à la commercialisation. Sur le plan institutionnel, Senelec doit évoluer vers une organisation structurée autour de ses métiers, tandis que Petrosen est appelée à devenir un groupe énergétique national intégré. La fusion de l’Agence nationale pour les énergies renouvelables et de l’Agence pour l’économie et la maîtrise de l’énergie figure également parmi les transformations annoncées.
Pour les usagers, ces réformes seront surtout jugées à leurs effets : moins de coupures, davantage de localités raccordées et une énergie financièrement accessible. C’est sur ces résultats que se mesurera la capacité du Sénégal à transformer ses ressources en souveraineté énergétique.
AFRIQUE
SÉNÉGAL – « Premier cobaye » : Sonko s’oppose au mécanisme du G20 pour la dette
Le recours envisagé par le Sénégal au mécanisme du G20 pour restructurer sa dette publique suscite des réserves au sommet de l’État. Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et ancien Premier ministre, critique cette orientation et prévient que son groupe parlementaire pourrait refuser d’adopter le projet de loi de finances si l’exécutif maintient cette option.
À Dakar, le débat porte sur l’utilisation d’une version renforcée du Cadre commun du G20, un dispositif mis en place en 2020 pour faciliter la restructuration de la dette des pays confrontés à de graves difficultés financières. Ce mécanisme fait cependant l’objet de critiques en raison de la lenteur des négociations et des divergences entre les créanciers sur la répartition des efforts nécessaires.
Pour Ousmane Sonko, le Sénégal n’aurait pas besoin de recourir à un tel dispositif pour procéder à un simple reprofilage de sa dette. Il soutient que les créanciers ont déjà écarté toute réduction des montants dus et s’interroge sur l’intérêt de placer le pays dans un mécanisme dont les conséquences restent incertaines.
« Le Sénégal n’avait pas besoin d’être le premier cobaye », a-t-il déclaré, exprimant ses inquiétudes face à une initiative dont le pays pourrait devenir le premier terrain d’application, alors que ses finances publiques sont soumises à de fortes tensions.
Le responsable politique a également brandi la menace d’un rejet du projet de loi de finances. Il assure ne pas vouloir entraver le fonctionnement des institutions, mais estime que la responsabilité d’un éventuel blocage incomberait à l’exécutif si celui-ci persistait dans sa stratégie.
La situation budgétaire du Sénégal reste particulièrement préoccupante. À la fin de l’année 2024, la dette publique était estimée à 132 % du produit intérieur brut (PIB), selon les données évoquées dans le dossier. Une partie de cette dette n’avait pas été correctement déclarée sous la présidence de Macky Sall, au pouvoir de 2012 à 2024.
Dans ce contexte, Dakar avait annoncé, le 1er septembre, un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue d’un programme d’aide de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Cette initiative vise à assainir les finances publiques et à accompagner le redressement budgétaire du pays.
AFRIQUE
GHANA – Esclavage et mémoire : Trois jours de commémoration au musée Nkyinkyim
Au Ghana, des membres de la diaspora africaine se sont retrouvés au musée Nkyinkyim, à Nuhalenya, près d’Ada, pour trois jours de commémoration dédiés à leurs ancêtres. Des Afro-Américains et des descendants de communautés africaines établies à travers le monde ont participé à cette cérémonie consacrée à la mémoire de celles et ceux dont les noms et les parcours ont été effacés par le temps et les conséquences de l’esclavage.
Pour de nombreux participants, ce déplacement constitue une démarche profondément personnelle. Il s’agit de renouer avec leurs racines, de mieux comprendre leur histoire familiale et de retrouver un lien avec le continent africain, rompu par la traite transatlantique des esclaves.
Les cérémonies ont été marquées par des libations, des offrandes, des chants, des percussions et des danses en hommage aux générations disparues. Au musée Nkyinkyim, la mémoire ne se limite pas à la conservation du passé : elle se transmet à travers des rituels et des moments de partage qui permettent aux visiteurs de renouer avec leur héritage culturel.
« Cette initiative vient de nous et est portée par nous. Nous allons à la rencontre de la diaspora, sans attendre que quelqu’un d’autre organise ces événements à notre place », explique Kwame Akoto-Bamfo, fondateur du musée Nkyinkyim.
À travers cette rencontre, les organisateurs souhaitent offrir un cadre de réflexion sur les conséquences de l’esclavage et de la colonisation sur les identités africaines et celles de leurs descendants. L’événement permet également aux visiteurs de redécouvrir certaines traditions et d’approfondir leur connaissance des liens historiques qui les unissent au continent.
Subrina Starke, cofondatrice de Diasporan WelHouse, souligne l’importance de poursuivre les recherches sur les communautés issues de la diaspora. « Nous voulons aussi faire des recherches sur l’histoire du peuple du Suriname, mais également sur celle des autres communautés de la diaspora », précise-t-elle.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où le Ghana défend la nécessité d’une justice réparatrice pour répondre aux conséquences durables de l’esclavage. Pour les participants, cette revendication dépasse les discussions diplomatiques et les débats internationaux. Elle renvoie aussi à la reconnaissance des souffrances endurées par leurs ancêtres, à la transmission de leur mémoire et à la réparation des traumatismes hérités de cette histoire.
« Je pense que des réparations doivent nous être accordées à tous les niveaux, pour les traumatismes et les souffrances infligés à nos peuples », affirme Efua Irene Agyeman Hin, également cofondatrice de Diasporan WelHouse.
Pour certains visiteurs, la redécouverte des pratiques ancestrales représente déjà une étape vers la reconstruction identitaire et l’apaisement des blessures historiques. En renouant avec les traditions africaines, ils cherchent à se réapproprier une partie de leur histoire longtemps marquée par l’arrachement et la dispersion.
À la clôture de ces trois journées, les chants et les percussions ont laissé place à un message central : préserver la mémoire des ancêtres est indispensable, mais cette démarche reste indissociable de la quête de reconnaissance et de justice pour les peuples affectés par l’esclavage.
AFRIQUE
AFRIQUE DU SUD – Shadrack Sibiya reste en détention après le rejet de sa demande de liberté sous caution
La justice sud-africaine a rejeté mardi la demande de mise en liberté sous caution de Shadrack Sibiya, ancien chef adjoint de la police, poursuivi pour plusieurs infractions à caractère sexuel. Le tribunal de Randburg a estimé qu’aucune circonstance exceptionnelle ne justifiait sa libération et a pris en compte les risques que celle-ci pourrait faire peser sur les témoins, selon les arguments présentés par le parquet.
L’ancien responsable policier est notamment accusé du viol d’une jeune femme de 18 ans, de traite des êtres humains et de manipulation à des fins sexuelles d’une mineure. Arrêté en septembre, il a quitté ses fonctions au début du mois d’octobre. Les autorités policières ont qualifié son départ de révocation disciplinaire infamante.
Cette affaire intervient dans un contexte marqué par d’autres accusations visant l’ancien haut gradé. Son nom apparaît également dans les travaux d’une commission d’enquête judiciaire chargée d’examiner des soupçons de corruption au sein de la police sud-africaine et les liens présumés entre certains de ses membres et des réseaux criminels.
Présidée par le juge à la retraite Mbuyiseni Madlanga, cette commission a notamment entendu des accusations faisant état de relations étroites entre Shadrack Sibiya et des individus soupçonnés d’être liés à ces réseaux. Des allégations portent également sur la réception présumée de sommes d’argent importantes et de cadeaux.
L’Autorité nationale des poursuites (NPA) a salué la décision du tribunal. Son porte-parole, Kaizer Kganyago, a indiqué que les procureurs avaient présenté les arguments nécessaires pour s’opposer à la libération sous caution et que la juridiction leur avait donné raison.
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