AFRIQUE DE L’EST
ETHIOPIE : Abiy Ahmed reçoit le Prix Nobel de la paix.
Le comité Nobel norvégien dirigé par Berit Reiss Andersen a récompensé du Prix nobel de la paix le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed ce vendredi 11 octobre 2019. Ce dernier s’est notamment distingué par son implication dans la résolution du conflit frontalier avec l’Érythrée.
Élu premier ministre éthiopien au mois de mars 2018, Abiy Ahmed, un ancien militaire, a posé des actes forts visant à consolider la démocratie dans son pays. Il a libéré certains prisonniers politiques, levé l’état d’urgence et donné à la presse plus de liberté. Ce qui lui a valu cette distinction instaurée depuis 1901 et qui récompense la personne ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples. Abiy Ahmed succède au médecin congolais Denis Mukwege qui avaient assisté et soigné des femmes victimes de mutilation.
Cette année, les candidats à cette récompense honorifique étaient au nombre de 301 parmi lesquels 223 personnalités et 78 organisations. Abiy Ahmed devient ainsi le 24ème africain à recevoir cette récompense. Son prix lui sera remis le 10 décembre 2019 à l’hôtel de ville d’Oslo, capitale de la Norvège.
AFRIQUE
OUGANDA – Un plan d’urgence alimentaire déployé face à la sécheresse au Karamoja
Face à une crise alimentaire grandissante, les autorités ougandaises ont annoncé la mise en place d’un plan d’urgence destiné à la sous-région du Karamoja, durement touchée par une sécheresse persistante.
Au total, plus de 9 400 tonnes de vivres seront distribuées sur une période de deux mois. Cette aide vise à soutenir plus de 313 000 ménages répartis dans 480 paroisses des neuf districts que compte cette région du nord-est du pays. Les bénéficiaires recevront principalement de la farine de maïs et des haricots secs, des denrées de base essentielles à leur alimentation.
La situation est jugée alarmante. La sécheresse prolongée a entraîné une chute significative des récoltes, l’épuisement des stocks alimentaires et une hausse inquiétante du risque de famine. Selon les autorités, au moins 19 personnes ont déjà perdu la vie en raison de la pénurie alimentaire enregistrée au début du mois.
Le gouvernement attribue cette crise aux effets du changement climatique, qui accentue la fréquence et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes. Pour y faire face, une enveloppe de 50 milliards de shillings ougandais, soit environ 13,5 millions de dollars, a été débloquée.
Validé par le Conseil des ministres, ce financement doit permettre non seulement d’assurer la distribution de l’aide alimentaire, mais aussi de soutenir d’autres interventions d’urgence dans les zones les plus affectées.
AFRIQUE
KENYA – La montée inquiétante des « goons » à l’approche des élections
Au Kenya, la montée en puissance des « goons », ces groupes de voyous recrutés par des acteurs politiques, inquiète de plus en plus les observateurs. À l’approche des élections, ce phénomène illustre une dérive préoccupante mêlant pauvreté, rivalités politiques et défaillances institutionnelles.
Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, ces individus sont mobilisés pour mener des actions de répression informelle : dispersion de manifestations, intimidation d’opposants ou attaques ciblées contre des militants. Pour Demas Kiprono, responsable de la Commission internationale des juristes au Kenya, cette situation est aggravée par l’inaction des forces de l’ordre, accusées de fermer les yeux sur ces pratiques.
Recrutés pour des sommes dérisoires — parfois l’équivalent de 4 dollars par jour — ces « hommes de main » opèrent souvent en groupes structurés. Une étude menée par un cabinet basé à Nairobi met en évidence une véritable tarification de ces services, variant selon le niveau des commanditaires politiques.
Derrière ce phénomène se cachent des trajectoires individuelles marquées par la précarité. Comme Marius, 27 ans, qui dit avoir rejoint ces réseaux dès l’adolescence faute de perspectives. Originaire d’un quartier défavorisé de Nairobi, il évoque un quotidien sans alternatives dans un pays où une large partie de la population vit sous le seuil de pauvreté. Malgré une certaine fierté affichée, son témoignage révèle aussi regrets et désillusions.
Les accusations de collusion entre voyous et forces de sécurité renforcent les inquiétudes. Plusieurs incidents récents, documentés par des témoins et des images, suggèrent une coopération tacite lors de manifestations, avec des violences visant des civils et des militants.
Si la police kényane rejette ces accusations et promet des enquêtes, les analystes estiment que le phénomène est profondément enraciné. Le recours à ces groupes serait notamment lié à un manque de confiance dans les institutions sécuritaires, poussant certains responsables politiques à s’entourer de leurs propres dispositifs de coercition.
Historiquement, cette pratique remonte aux années 1990, période marquée par des violences politiques instrumentalisées. Aujourd’hui encore, elle semble se perpétuer, alimentée par le chômage massif des jeunes et une compétition électorale intense.
Dans une économie où des centaines de milliers de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail sans perspectives suffisantes, ces réseaux apparaissent comme une source de revenus, aussi précaire que dangereuse. Certains, comme Daniel, diplômé mais sans emploi, reconnaissent avoir basculé dans ces activités par nécessité, malgré les conséquences morales.
À l’approche des prochaines échéances électorales, les organisations de la société civile redoutent une escalade de la violence. Pour elles, sans réforme profonde du système politique et sécuritaire, le risque d’élections contestées et instables reste élevé.
AFRIQUE
TANZANIE – Arrestations massives avant des manifestations contestataires
En Tanzanie, les autorités ont procédé à l’arrestation de dizaines de personnes à la veille de manifestations antigouvernementales annoncées, dans un climat de tensions politiques croissantes autour des revendications démocratiques.
Le porte-parole de l’armée, Sylvester Mangure, a averti contre toute tentative de rassemblement, rappelant l’interdiction récente des activités politiques publiques décidée par le gouvernement. Il a également accusé des individus non identifiés de mobiliser des jeunes en leur faisant croire à un soutien de l’armée aux manifestations, une allégation fermement démentie par les autorités militaires.
À l’origine de ces appels à manifester, des groupes de jeunes militants ont fixé la date de mardi, coïncidant avec le 72e anniversaire du parti au pouvoir, pour exiger des réformes démocratiques et la libération de Tundu Lissu. Ce dernier est détenu pour trahison après avoir plaidé en faveur de réformes électorales en amont des dernières législatives.
La situation politique reste marquée par les suites de l’élection présidentielle d’octobre, remportée par Samia Suluhu Hassan avec 97 % des suffrages dans un contexte controversé, caractérisé par le boycott de l’opposition, notamment du Chadema et de l’ACT Wazalendo.
Selon une commission officielle, plus de 500 personnes ont perdu la vie lors de trois jours de manifestations violentes ayant contesté le processus électoral. Un bilan contesté par les organisations de défense des droits humains et les opposants, qui évoquent un nombre de victimes plus élevé.
Dans la capitale économique Dar es Salaam, les forces de sécurité ont renforcé leur présence, multipliant patrouilles et contrôles sur les principaux axes et lieux publics. Si les autorités n’établissent pas de lien direct avec les manifestations prévues, leurs détracteurs y voient une stratégie de dissuasion.
Parallèlement, la ville s’apprête à accueillir la 50e édition de la Foire commerciale internationale de Dar es Salaam, connue sous le nom de SabaSaba, l’un des rendez-vous économiques majeurs du pays.
Le porte-parole de la police, David Misime, a indiqué que les opérations de sécurité avaient été intensifiées pour contrer ce que les autorités qualifient de mobilisations illégales, souvent organisées via les réseaux sociaux. Il a prévenu que toute participation à des troubles serait sévèrement sanctionnée.
De son côté, le Premier ministre Mwigulu Nchemba a confirmé des arrestations liées à des activités de recrutement de manifestants, sans en préciser le nombre.
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