Home CHRONIQUES SENEGAL : Une nouvelle terre d’insurrection intellectuelle africaine ?

SENEGAL : Une nouvelle terre d’insurrection intellectuelle africaine ?

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Le Monde Afrique, le Point Afrique et bien d’autres magazines sont devenus des relais de la pensée africaine montante dans l’aire culturel francophone. Nous assistons depuis quelques années en terre africaine à l’émergence de ce qui a précédé notre révolution française : le siècle des lumières !

Ces intellectuels francophones condamnent, pour reprendre les derniers propos de Achille Mbembé, « l’idéologie du développement et les discours sur la pauvreté et l’assistance aux prismes desquels beaucoup lisent l’Afrique ont ouvert la voie à un terrible appauvrissement anthropologique, voire ontologique, des Africains ».
Dans le sillage de leurs aînés, ses néo-penseurs africains appellent à la conscientisation, voire à l’insurrection par l’éducation. Ils proposent de suivre une nouvelle voie, qu’ils auront librement choisie comme le soutient Felwine Sarr. Ils refusent les offres alléchantes faites par la France pour réfléchir à une nouvelle ère de la Francophonie (Alain Mabanckou). Ils sont rejoints par certains présidents qui, comme eux, refusent de plus en plus, cette démarche d’assistanat préjudiciable à la renaissance africaine. On pense au Président ghanéen, Nana Akufo-Addo.

Les ONG sont montrées du doigt par ces intellectuels puisque certaines d’entre elles portent en elles cette gène, volontairement ou involontairement, du misérabilisme ! Après la négritude et l’Africanité, l’Afrique ne connaît-elle donc pas une nouvelle forme d’émancipation intellectuelle « Africanitude » qui pourrait la conduire vers une plus grande indépendance ! Achille Mbembé me l’a résumé en ces termes : « La grande question, c’est l’avènement de l’Afrique à son propre projet en tant que celui-ci participe d’une donne planétaire ».

C’est me semble-t-il une condition préalable et sine qua non pour un meilleur dialogue entre les civilisations. Il est primordial et salvateur de soutenir ce courant de pensée. C’est aussi dans l’intérêt de la France d’avoir un interlocuteur plus fort, convaincu de ses forces. L’UNESCO doit être aux avant-postes dans l’accompagnement de ce courant d’intellectuels comme elle le fût naguère dans les années 60 lorsqu’il fut question de la réappropriation de l’histoire africaine par les Africains. Aujourd’hui, cette agence n’aspire pas à devenir chef de file car celle-ci est trop politisée et les meneurs intellectuels s’en méfient ! Quel dommage !

L’enjeu est bel et bien de s’adresser à un auditoire humaniste. C’est de ne pas faire de surenchère pour ne pas être dépassés par un autre phénomène de radicalisation préoccupant, incarné par Kémi Séba.

L’Afrique est partout dans le monde avec ses diasporas mais paradoxalement, on serait tentés de dire qu’elle est nulle part. Tant les forces contradictoires sont grandes encore aujourd’hui. Celles-ci frappent en ce compris les intellectuels insurrectionnels : ils déclarent s’affranchir de l’ancienne puissance coloniale française et pourtant écrivent des lettres ouvertes à leurs Présidents. Ce fût le cas d’Alain Mabanckou avec l’élection de Sassou Nguesso ! Ils veulent construire leur propre modèle de pensée mais ils publient dans des magazines détenus par des grands patrons français ! Prenons garde également que ces intellectuels qui se sont fait le chantre d’une Afrique ouverte au monde (Achille Mbembé et son concept d’Afropolitain -) n’attirent pas à eux des radicalistes ! Car c’est bien là le danger qui guette ce courant intellectuel, c’est sa radicalisation, sa difficulté à trouver un équilibre nécessaire entre la décolonisation des esprits et l’ouverture au monde. L’enjeu est bel et bien de s’adresser à un auditoire humaniste. C’est de ne pas faire de surenchère pour ne pas être dépassés par un autre phénomène de radicalisation préoccupant, incarné par Kémi Séba. C’est de ne pas oublier les idées de diversité culturelle qu’ils les ont mises au-devant de la scène, c’est de ne pas se renfermer dans des facilités intellectuelles destructrices ! Par espièglerie, ces intellectuels francophones ne sont-ils pas le produit de ceux qu’ils cherchent à se débarrasser ?

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Monument de la Renaissance africaine à Dakar-Sénégal.

Ce courant d’émancipation intellectuelle est en marche, mais ses bases sont encore fragiles ! Incontestablement, les ateliers de Dakar méritent toute notre attention. Dakar, jusqu’ici symbole de la françafrique, peut devenir la capitale de la renaissance africaine pas seulement sous forme de statue mais aussi par la diffusion de la pensée de ces nouveaux intellectuels. Une autre Afrique se réveille tout doucement, encore discrète, mais tellement prometteuse pour l’humanité de demain !

« Quand un arbre tombe, on l’entend ; quand la forêt pousse, pas un bruit«