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CULTURE

Amadou Lamine Sall ouvre la voie aux jeunes talents – Sénégal Njaay – Senegal-njaay.com

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Une discussion profonde et captivante avec Amadou Lamine Sall, éminent poète sénégalais, révélant sa décision de céder les Rencontres Poétiques Internationales de Dakar à la jeune génération. Cette entrevue passionnante dévoile les raisons, les défis et les espoirs que le poète a pour l’avenir de la poésie au Sénégal et dans le monde.

Propos recueillis par Fatou Kiné Sène, Cheffe du Service Culture et Loisirs Société Nationale-Agence de Presse Sénégalaise (SN-APS)

1- Vous semblez annoncer votre retraite en cédant les Rencontres Poétiques Internationales de Dakar aux jeunes poètes ?

Oui, mais le mot « retraite » n’est pas le bon mot. Je m’efface pour faire de la place aux jeunes poètes. Il faut et il est temps qu’ils apprennent à dépasser l’espace national pour celui international et mondial. Depuis 1998, j’ai créé et piloté ces Rencontres Internationales de poésie. J’ai fait ce que j’ai pu. J’ai mis en place deux prix importants : le prix international Léopold Sédar Senghor et le prix de la MAPI pour les jeunes poètes. Dakar et le Sénégal ont été montré au monde. Aux jeunes de prouver leur capacité de mobilisation, de rigueur, de travail et d’innovation.

2- Pourquoi cette option ?

Ce n’est pas une option. C’est un désir de céder la place aux jeunes poètes pour qu’ils soient plus visibles et plus motivés.

3- Qu’est-ce qui vous pousse à avoir confiance aux jeunes poètes et en pensant qu’ils pourront perpétuer ce legs ?

Si vous ne faites pas confiance aux jeunes, à qui donc feriez-vous confiance ? Les cycles, il faut les respecter, les laisser s’installer, en espérant que le savoir-faire et le savoir être soient au rendez-vous. Les nouveaux cycles font peur car les nouveaux arrivants sont plombés par des conjonctures économiques et sociales effrayantes, sans compter le plus désastreux : le manque de culture et l’analphabétisme ! Ces deux monstres réunis par le monde, sont l’annonce d’une 3ème guerre mondiale ! Je viens d’apprendre que les États-Unis d’Amérique sont parmi les premiers pays ou l’analphabétisme est le plus élevé chez les Noirs et pire encore chez les Blancs, puisqu’ils sont les plus nombreux ! L’école publique s’est affaissée. Un élève de CM2 au Sénégal, me dit mon interlocuteur américain, est plus cultivé qu’un lycéen américain en classe de terminale. Les enseignants dans le public ont un niveau bas et alarmant insoupçonné. Comment est-ce possible demandais-je pour une première puissance mondiale ? Réponse : le système politique est féroce, dominant, richissime, manipulateur et n’a aucun intérêt à ce que le plus grand nombre des citoyens américains électeurs soient instruits. L’école privée coûte 100 fois la peau des fesses et inaccessible aux pauvres ! Pour revenir à la poésie, à la littérature, à l’écriture, à la dignité humaine tout simplement, il faut du savoir, le respecter et l’acquérir. Nos hommes politiques en Afrique, hélas, en sont les plus démunis. Le pouvoir, l’argent, le paraitre, les tirent vers le bas. Aidons notre jeunesse à être cultivée, à respecter le savoir.

4- Vous avez organisé pendant dix éditions cette biennale de la poésie internationale à Dakar donc cela fait vingt ans d’existence, quel bilan en retenez-vous ?

Un solide et merveilleux bilan : une nouvelle génération de poètes est née et sans âge. Il faut en citer, cela fait du bien : Fally Diaïté Kaba, Moustapha Dieng, Saliou Ndiaye, Arfang Sarr Crao, Abdoulaye Fodé Ndione, Amadou Lamine Ba, Pape Samba Kane si habité, Meïssa Maty Ndiaye, Gorgodio Sow. J’en oublie et des meilleurs. De très grands poètes internationaux ont visité le Sénégal, rencontré et échangé avec son président de la République. Ils sont repartis chez eux fous de notre pays et de son peuple. Des recueils de poésie en nombre ont été édités, publiés, promus. De jeunes poètes ont voyagé loin pour aller découvrir d’autres cultures par la poésie. Des co-éditions réussies ont été réalisées qui ont porté loin la poésie sénégalaise. Des poètes sénégalais ont été distingués à l’étranger et traduits dans des langues étrangères. Oui, le bilan est total. Le Sénégal moderne fondé par un poète a montré au monde que la poésie restait un poste budgétaire important dans la marche de l’humanité, même si elle n’était pas la voix dominante.

5- Qu’est-ce qui a fait le plus votre fierté pour cette organisation que vous avez portée ? Et votre regret ?

Avoir démontré au monde que le Sénégal restait un pays de poésie, d’écriture, de culture. Regret ? Aucun ! Rien que de la fierté dans l’humilité !

6- Pourquoi invitez-vous à une réforme du « Grand Prix du Chef de l’État pour les Arts et les Lettres » après plus de trente ans d’existence?

Vous ne seriez pas tranquille si vous ne m’aviez pas posé cette question ! Avec d’autres confrères, vous avez tellement insisté sur cette question que j’ai abordée dans mon discours d’ouverture au musée Senghor le 13 novembre dernier lors de la 10e édition des Rencontres Poétiques Internationales de Dakar. Je n’ai fait que rappeler l’historique de ce Prix que j’ai initié en 1990 quand j’étais arrivé dans le cabinet du ministre de la Culture du Président Abdou Diouf, notre regretté Moustapha KA. Un esthète ! En même temps que ce Prix, j’avais proposé la création d’une Biennale internationale des arts et des lettres, Biennale que j’ai dirigée durant deux éditions avant de quitter le secrétariat général, remplacé par le très talentueux Rémy Sagna qui hérita d’une Biennale de l’art africain contemporain que l’UE nous imposa, à l’époque. Revenons au Grand Prix du président de la République pour les arts et les lettres. J’avais proposé l’appellation suivante : « Grand Prix de la République pour les arts et les lettres » ! Nous attendions la réponse du Président Diouf. La réponse vint de Monsieur le Secrétaire Général de la présidence de la République de l’époque : Jean Collin. Sa correspondance indiquait : « Grand Prix du président de la République » ! Cette option fut notée et acceptée ! J’ai demandé, pour répondre, à votre question, de retourner à la formule « Grand Prix de la République » ! La République nous gouverne tous et c’est elle seule qui restera après nous ! Je suis un fou de la République ! Elle est sacrée et rien ne doit être au-dessus d’elle ! Mais le plus important que j’ai encore dit et proposé, c’est de doter ce Grand Prix d’au moins 50 millions de FCFA, si ce n’est plus. J’ajoutai que le jury de ce Grand Prix devait également être intraitable, pour ne pas en dire plus ! Un ami a proposé la création du « Grand Prix du plus mauvais livre de l’année » ! Génial ! « Il risque d’être mieux acheté et mieux lu que l’autre », ajoute-t-il, sans rire !

7- Qu’est-ce qui fait la différence avec ce que vous proposez « Grand prix de la République… » ?

J’y ai déjà répondu !

8- Vous demandez aussi la mise en place d’un jury soigneusement élu et d’une hausse de la récompense ? Une invite lancée également aux capitaines d’industrie pour la création de Grands Prix ?

J’ai déjà, en partie, répondu à cette question. ! En revanche, pour ce qui ressort des capitaines d’industrie dont j’ai parlé, il s’agit de les pousser avec leur colossale fortune pour certains, à rester dans l’histoire en créant de Grands Prix internationaux fortement dotés, comme le Nobel et récompensant nombre de discipline. C’est le cas du Prix Goncourt. L’État doit être relayé. A la vérité, un État n’est pas fait pour créer des Prix littéraires ou scientifiques. Des titres et des décorations, oui ! On dit que tout ce que l’État protège, meurt. Ce n’est pas toujours vrai, mais la création de Prix devrait lui être épargné ! J’ai évoqué la très forte vision culturelle et artistique du feu Colonel Kadhafi qui tenait à mettre en place un Grand Prix africain équivalent au Nobel, 10 fois mieux doté et qui récompenserait à la fois les fils de l’Afrique mais aussi tous ceux qui, par le monde, se distinguent par leur génie dans telle ou telle discipline. Je m’étais battu pour ce prix rêvé par Kadhafi et dont il m’avait personnellement parlé à Acra, au Ghana, lors d’un Sommet de l’Union Africaine. J’avais souhaité voir ce Prix mis en place, quand mon cher Président Macky Sall occupait le poste de Président de l’Union Africaine. Toujours marquer l’histoire, élever la pensée, distinguer le savoir.

9- Comment appréciez-vous le fait que le chef de l’État par décret choisit les lauréats du Grand Prix du chef de l’État ?

Il n’y a que vous Fatou Kiné, pour poser une telle question ! Elle aurait pu ne pas être embarrassante, mais elle l’est ! Par contre, ce qu’il faut d’abord savoir et saluer, c’est la générosité du professeur Aliou Sow, ministre en charge de la Culture et du Patrimoine, de vouloir distinguer deux très grandes figures de notre littérature : Cheikh Hamidou Kane et Aminata Sow Fall. Qu’Allah les garde encore longtemps, longtemps parmi nous ! C’est cette forte et si noble symbolique de Monsieur le ministre, qu’il faut retenir et mettre en avant. Mais, on aurait pu agir autrement en sortant de ce décret et de ce Grand Prix, en créant autre chose encore plus puissant, plus original, pour mettre à l’honneur ces deux écrivains. Mais ce qui a été fait est grand, beau et généreux.

10- Le Mémorial de Gorée revient au-devant de la scène, après quelques mois d’incertitude. Vous-même, vous avez eu à faire une sortie sur un supposé abandon du projet. Aujourd’hui la confiance semble-t-elle renaitre après cette audience avec le Chef de l’État ?

Depuis trente ans, je veille, je me bats contre des puissances malveillantes et des pouvoirs qui me dépassent, pour faire bâtir ce projet international, laboratoire des droits de l’homme, pour que plus jamais l’humanité n’assiste à un tel génocide ! Macky Sall, sublime, affectueux, généreux, informé et décisif, m’a tenu la main et dans cette immense obscurité du pouvoir et des jeux d’intérêts inimaginables, sa lampe et sa voix rassurante, ne m’ont jamais quitté. Il devait lui-même inaugurer le Mémorial de Gorée sur la corniche ouest de Dakar avant de quitter le pouvoir. Tout, tout avait été mis en place. Le Diable qui rode est venu subitement s’installer dans un fauteuil qui n’aurait pas dû être là. Je n’ai jamais été autant habité par la douleur, la tristesse, la rage. Échappant au Diable, Macky Sall est redevenu Macky Sall : prévenant, attentif, éveillé, sensible, bon, fidèle à lui-même et à ses principes. Sa noblesse a triomphé ! Je l’ai rencontré et ensemble, avec Dieu, il a éclairé le chemin et libéré toutes ses promesses de réaliser ce projet culturel qui, dans l’histoire, restera son joyau et son patrimoine de la mémoire face aux générations futures. Nous reparlerons mieux de cet homme d’État quand il aura quitté le pouvoir. Il existe un temps qui ne peut être chanté que quand il y a le silence. Le temps des poètes et des écrivains n’est pas le temps des politiques. Puisse le bien et le beau l’emporter sur le mal, la haine, la vengeance ! Ceux qui ne veulent pas se coucher avec le soleil, veilleront mais sans yeux, sans oreille et sans mémoire. Les Sénégalais dorment toujours avec Dieu !

11- A l’Assemblée nationale, le ministre Aliou Sow a parlé d’une délocalisation du projet de son site initial. Vous, vous nous avez parlé de son maintien sur le site de la Corniche ouest ! Qu’est-ce qui a amené ce changement entre jeudi (Assemblée nationale) et vendredi (audience avec le président de la République) ?

Encore du Fatou Kiné ! Indéboulonnable dans ses approches curieuses ! Vous avez l’oreille fine et vous aimez les détails cachés. Vous ne serez pas servie, puisque rien de fondamental ne s’est passé, en vérité. Vous êtes loin d’imaginer combien, depuis Abdoulaye Wade, le site du Mémorial sur la corniche fait saliver des puissances d’argent et des corsaires de haute mer. J’ai failli laisser ma vie dans le combat de préservation de ce site. Notre chance, c’est Macky Sall. Le Président, très vite, a tout compris. Avec l’autorité qu’on lui connait et sa sérénité désarçonnant, il a tout déconstruit. Sa fidélité et son amour pour le projet du Mémorial ont pris le pas sur toutes les avides convoitises. Le Mémorial de Gorée ne saurait rivaliser avec un projet, serait-il générateur de milliards de dollars pour le Trésor public ! Le Président Sall, très vite, a tranché. La culture a triomphé ! La générosité a triomphé. Notre gratitude est infinie. Tout le reste est derrière nous ! Avançons avec le Président !

12- Quels sont les bienfaits de ce Mémorial pour le Sénégal, pour l’Afrique et le monde ?

Ce sont justement ces bienfaits sur lesquels vous m’interrogez, qui ont sauvé ce projet entre les mains d’un décideur politique inspiré, généreux, cultivé et pointilleux sur les enjeux de mémoire. Le Président Macky Sall m’a invité à l’accompagner en Guadeloupe lors de l’inauguration du Mémorial Act, érigé dans les Caraïbes. L’Amérique aussi a bâti son Mémorial à New-York. Restait l’Afrique. Le Président Sall s’est engagé devant son continent, devant le monde à la tribune des Nations Unies, face aux diasporas noires de toutes les couleurs, à fermer le triangle en réalisant au Sénégal, à Dakar, face à l’océan, le Mémorial de Gorée. Il lancera le chantier en janvier 2024. Je demande au futur président de la République du Sénégal de l’inviter à venir, à ses côtés, inaugurer ce monument de la mémoire dont il a été le chef cuisinier ! Le Mémorial de Gorée sera un joyau pour la ville de Dakar. Il sera notre Tour Eiffel de la mémoire, du deuil, du recueillement, du pardon ! Dans sa phase de réalisation comme à son achèvement, il sera un grenier de créations d’emplois. Il sera doté d’un embarcadère avec deux chaloupes. L’une desservant l’île de Gorée depuis la corniche ouest, l’autre, comme l’a voulu le Président Sall lui-même, desservira l’ile des Madeleines qui fait face au Mémorial. Une étude nous révèle que plus de 800 mille personnes visiteront le Mémorial quand il sera inauguré. Un chiffre d’affaires annuel de trois milliards sera généré par les activités du Mémorial : visites, chaloupes, restaurations, parkings, commerce des boutiques, autres dérivés divers et multiformes. Le Mémorial de Gorée est un projet culturel et économique d’envergure internationale jamais réalisée en Afrique. Il sera le phare du Sénégal.

13- Vous critiquez ces prédateurs du site du projet que vous jugez de « manque de culture. L’irrespect au savoir. La rage du seul profit », pourquoi un ton si sévère ?

Il arrive un moment où il faut arrêter la langue de bois et les métaphores poétiques. Trente ans face à des hyènes et des serpents sans pitié, vous transforment un homme. Encore que vous me citiez dans des termes que j’ai voulus dépouillés mais fermes. J’ai appris, même dans la colère et le dépit, à être respectueux. Le manque de culture, l’irrespect au savoir, le combat reptilien d’annihiler et de détruire le projet du Mémorial de Gorée avec tout ce qu’il porte de puissant, de deuil, de recueillement, de respect de la mémoire des millions d’africains morts ou déportés aux Amériques, sont inacceptables et relèvent d’esprits malades et faisandés. Comment un être normalement constitué peut-il combattre un tel projet qui touche ce que l’homme noir a subi de plus tragique et de plus humiliant ? Le Mémorial de Gorée ne relève pas et ne peut pas relever d’un problème d’argent. Il transcende l’argent et le dépasse. Il fait partie de notre âme, de notre passé, de notre avenir dans le pardon et non l’oubli.

14- Les travaux seront lancés en janvier à quelques mois du départ du président Macky Sall Êtes-vous confiant que son successeur va continuer le chantier ?

Ce n’est pas une bonne question. Elle n’a même pas lieu d’être. Ce chantier n’a pas à être continué. Il est. Il continue. Il est son propre métronome. Tous les candidats actuels à l’élection présidentielle de février 2024 militent pour ce projet de mémoire soutenu par la communauté internationale et toutes les diasporas africaines. Comment, par ailleurs, un Chef d’État normalement constitué pourrait-il refuser ou oser renier un tel projet de mémoire voulu, salué et attendu par toutes les femmes, tous les hommes de paix et de concorde ? La culture est notre avenir. La paix notre repos.

15- C’est un projet de 100 milliards. Qui finance ?

Commencez par vérifier vos sources et vos chiffres ! Pourquoi vous raffolez des chiffres ? Toujours l’argent, combien a-t-on dépensé ? Il est des projets culturels, des projets sociaux, des projets économiques dont les fonds qui les sortent de terre sont appelés des « fonds liés » ! Ce qui veut dire que l’argent alloué pour acheter des tomates ne peut pas être utilisé pour acheter de la salade ! Où ce sont les tomates, ou ce n’est rien d’autre. Vous demandez « qui finance ? » Cela ne devrait pas être une question ! Dieu, Macky Sall, les prières des Sénégalais dans leur bonté, les vœux de toutes les diasporas, les fonds internationaux, voilà des pistes pour aller chercher et trouver « qui finance. » Si vous saviez le nombre d’États qui ont proposé de prendre part au financement du projet du Mémorial ! Le Président Sall, dans sa grâce, son pragmatisme, sa générosité et son noble orgueil, a toujours dit : « C’est à nous de bâtir le Mémorial et nous le bâtirons ».

16- Une critique avait été émise par le ministre Abdou Latif Coulibaly dans un de ses ouvrages attirant l’attention sur une ‘’ressemblance confondante’’ des plans architecturaux du futur monument dénommé ‘’Mémorial de Gorée’’ avec ‘’La Tour des Arabes’’, un des principaux éléments de l’attrait touristique de Dubaï, qu’en pensez-vous ?

Je n’en pense rien. Je n’ai pas lu cet « ouvrage » dont vous parlez. Envoyez-moi le titre et la page dès lors que vous avez lu cet ouvrage et la critique que vous évoquez. Laissons Monsieur le ministre Abdou Latif Coulibaly tranquille et avançons. Ce Mémorial nous appartient à tous. Ils nous fédèrent. C’est d’ailleurs ici, pour moi, l’occasion de dire ici merci à tous les ministres de la Culture du Président Macky Sall qui ont, chacun à sa manière et selon son cœur, porté le projet du Mémorial de Gorée. Mes pensées et mes prières infinies vont particulièrement à feu le ministre Abdoul Aziz Mbaye. Un solide et admirable intellectuel, un frère et un ami attachant qui me manque et qui me manque beaucoup, beaucoup, comme Madame Assa Keïta, mon assistante chérie et si bien-aimée qui était la mémoire chantante du Mémorial de Gorée. Dieu, accueille-les donc dans tes jardins les plus parfumés !

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CULTURE

NIGÉRIA/FRANCE – « Lagos Feat Paris » : Wale Gbadamosi Oyekanmi veut faire de la culture un pont économique entre la France et le Nigeria

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Du 6 au 11 décembre 2026, Lagos accueillera la première édition de « Lagos Feat Paris », un festival consacré aux collaborations musicales et culturelles entre artistes français et nigérians. À l’origine de cette initiative, l’entrepreneur franco-nigérian Wale Gbadamosi Oyekanmi ambitionne de dépasser le cadre du spectacle pour favoriser la création musicale, la transmission des compétences et l’emploi local. Rencontré à Paris, il présente les ambitions d’un projet qui entend rapprocher deux écosystèmes culturels parmi les plus dynamiques de leurs régions.


Entre Paris et Lagos, les échanges culturels se multiplient, portés notamment par le succès international de l’afrobeats, les collaborations musicales et l’intérêt croissant pour les industries créatives africaines. Mais comment transformer cette dynamique artistique en partenariats durables, capables de générer de nouvelles productions, des compétences et des retombées économiques ? C’est tout l’enjeu de « Lagos Feat Paris », un festival imaginé par Wale Gbadamosi Oyekanmi, entrepreneur franco-nigérian installé depuis un an et demi au Nigeria après avoir passé l’essentiel de sa vie à Paris. Pour lui, ce projet est d’abord une manière de réunir deux univers qui ont façonné son identité. D’un côté, le Nigeria, pays d’origine de ses parents et puissance culturelle africaine ; de l’autre, Paris, où il a grandi et construit son parcours. « Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de créer des ponts entre ces deux mondes-là, qui ne se connaissent pas assez, à part dans le domaine de la musique et du cinéma », explique-t-il.


Au-delà de cette dimension personnelle, l’initiative s’inscrit dans un contexte de rapprochement culturel et économique entre la France et le Nigeria. L’entrepreneur souhaite s’appuyer sur cette dynamique pour encourager de nouvelles formes de coopération, fondées sur la création commune plutôt que sur la simple circulation des artistes.


Six jours pour créer, produire et faire rayonner les talents
Prévue du 6 au 11 décembre 2026 à Lagos, la première édition réunira des artistes français et nigérians autour d’un programme associant résidences de création, rencontres professionnelles, formation et spectacles. L’objectif n’est pas uniquement de présenter au public des artistes déjà connus, mais de leur permettre de travailler ensemble et de produire de nouvelles œuvres. Pendant trois jours, des musiciens et producteurs issus des deux pays partageront des sessions de studio afin de développer des compositions originales. Ces créations pourront ensuite être diffusées sur les marchés internationaux. « Ils vont créer ensemble de la musique, ensemble de nouvelles propriétés intellectuelles qu’ils vont ensuite publier et exporter », précise le fondateur. Le festival culminera le 11 décembre avec un grand concert de trois heures, qui doit réunir des artistes nigérians et français. Selon l’organisateur, le spectacle sera filmé et diffusé à la télévision ainsi que sur les plateformes numériques, afin de toucher un public au-delà des frontières du Nigeria. La programmation artistique complète doit être dévoilée prochainement.


Lagos, capitale de la création et carrefour des influences
Le choix de Lagos comme point de départ de cette initiative ne doit rien au hasard. Métropole économique du Nigeria, la ville occupe une place centrale dans le développement des musiques urbaines africaines et de l’industrie cinématographique Nollywood. Son dynamisme attire artistes, producteurs, entrepreneurs et investisseurs culturels. Pour Wale Gbadamosi Oyekanmi, qui revendique également son héritage yoruba, Lagos représente un espace privilégié de création et de transmission. « Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de créer ce pont-là entre ces deux mondes. Entre Lagos, l’énergie, la jeunesse, la créativité et l’héritage de la France », souligne-t-il. Cette rencontre entre les deux villes doit permettre aux artistes français de mieux connaître le marché nigérian, tout en offrant aux talents locaux de nouvelles possibilités de visibilité dans l’espace francophone. Le projet entend ainsi dépasser les frontières linguistiques qui structurent encore largement les échanges culturels africains. Il s’adresse notamment à des artistes français issus de la diaspora africaine, dont les parcours et les influences musicales témoignent déjà de la circulation des cultures entre plusieurs continents.


Former 30 femmes et créer 200 emplois : l’ambition économique du festival
L’un des aspects les plus significatifs du projet concerne ses retombées économiques et sociales. Pour cette première édition, les organisateurs affichent un objectif de 200 emplois directs et de formation de 30 femmes aux métiers de la musique. Un partenariat avec Audio Girls Africa doit notamment permettre à de jeunes professionnelles nigérianes de participer à des sessions de formation et de collaboration avec les équipes artistiques françaises. L’ambition est de favoriser une transmission réciproque des compétences, plutôt qu’un transfert de savoir-faire à sens unique. « Ce qui nous intéresse, c’est que le savoir-faire français soit transmis aux jeunes productrices nigérianes et que les jeunes productrices nigérianes […] leur apprennent aussi leurs compétences », explique Wale Gbadamosi Oyekanmi. Cette approche traduit une volonté de reconnaître l’expertise des professionnels africains, particulièrement dans les domaines de la production musicale et des sonorités contemporaines qui contribuent aujourd’hui au rayonnement international de la musique nigériane.


Au-delà des concerts, l’organisation du festival devrait également mobiliser des métiers liés à la production audiovisuelle, à la logistique, à la communication et à l’accueil du public. Les 200 emplois annoncés constituent, à ce stade, un objectif fixé par les organisateurs pour cette première édition.


La diaspora, au-delà des transferts d’argent
Pour le fondateur de « Lagos Feat Paris », le festival porte aussi une réflexion sur le rôle économique et culturel des diasporas africaines. Longtemps abordée principalement sous l’angle des transferts financiers vers les pays d’origine, leur contribution peut également prendre la forme d’investissements, de création d’entreprises, de transmission de compétences et de développement de projets structurants. « Je crois beaucoup à la puissance de la diversité », affirme-t-il. L’entrepreneur estime que les Africains de la diaspora, après avoir bénéficié d’opportunités professionnelles à l’étranger, peuvent contribuer au développement de nouveaux écosystèmes économiques sur le continent. Dans cette perspective, la culture apparaît comme un secteur susceptible de créer des emplois tout en renforçant les liens entre les communautés. Le festival entend démontrer que les initiatives culturelles peuvent aussi devenir des projets entrepreneuriaux, avec des objectifs économiques mesurables.


Le soutien annoncé de plusieurs acteurs de l’industrie musicale
Le projet bénéficie, selon son fondateur, d’un accueil favorable auprès de plusieurs acteurs majeurs de l’industrie musicale nigériane. Wale Gbadamosi Oyekanmi évoque notamment des échanges avec l’entourage de Wizkid et les équipes de Davido, ainsi que des partenariats avec Sony Music, The Orchard et Mavin Records, label associé à des artistes comme Rema et Ayra Starr. Ces soutiens témoignent, selon lui, de l’intérêt suscité par une initiative destinée à renforcer les collaborations entre les industries musicales française et nigériane. L’organisateur souligne toutefois que l’engagement de ces acteurs ne signifie pas nécessairement leur présence sur scène lors du festival. L’enjeu est aussi de bénéficier de leur connaissance du marché, de leurs réseaux professionnels et de leur expérience dans le développement international des artistes.


Un festival ouvert au public et tourné vers l’international
L’accessibilité constitue un autre volet du projet. Prévu sur Lagos Island, dans un espace muséal et culturel, l’événement entend accueillir des publics issus de différents milieux sociaux. Les organisateurs annoncent la mise à disposition de places gratuites et des aménagements pour les personnes à mobilité réduite. Pour encourager les déplacements internationaux, Wale Gbadamosi Oyekanmi indique également qu’Air France accompagne l’initiative avec une réduction annoncée de 10 % sur les voyages liés au festival. Les spectateurs qui ne pourront pas se rendre à Lagos devraient pouvoir suivre une partie des manifestations à distance, grâce aux retransmissions télévisées et numériques. Cette stratégie de diffusion répond à une ambition plus large : faire connaître Lagos comme destination culturelle, encourager le tourisme et renforcer l’attractivité internationale des industries créatives nigérianes.


Vers une coopération culturelle d’égal à égal
Au-delà de la programmation artistique, « Lagos Feat Paris » défend une certaine conception de la coopération internationale. Pour son fondateur, les partenariats doivent reposer sur la coconstruction, la reconnaissance des compétences locales et la réciprocité des bénéfices. Cette philosophie concerne aussi bien les artistes que les institutions, les entreprises partenaires et les communautés mobilisées autour du festival. « Ce qui nous intéresse, c’est de coconstruire avec l’ensemble des partenaires », insiste-t-il. L’entrepreneur évoque notamment l’accompagnement de l’Institut français, les échanges avec les acteurs institutionnels et les chambres de commerce, ainsi que la mobilisation de communautés franco-nigérianes. En choisissant Lagos pour accueillir les sessions de création et la production des nouvelles œuvres, le festival entend également contribuer à renforcer les capacités de production sur place.


À terme, ses organisateurs espèrent inscrire l’événement dans la durée et développer une deuxième édition plus ambitieuse. Reste à mesurer, à l’issue de cette première expérience, sa capacité à concrétiser les objectifs annoncés en matière d’emploi, de formation et de création musicale. Dans un contexte où les industries culturelles africaines gagnent en visibilité internationale, « Lagos Feat Paris » entend ainsi défendre une conviction : la culture peut devenir un instrument de coopération économique, de transmission des savoir-faire et de création de valeur, au bénéfice des artistes et des territoires.

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CINÉMA

BENIN – La série Jimmy Boris : L’Afrique tient son héros d’espionnage

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Cette série Jimmy Boris s’impose comme une fresque romanesque de l’espionnage contemporain. Six titres sont déjà parus Panique à Cotonou, La vengeance d’Aïcha Kadhafi, Coup d’État au Gabon, Une taupe à l’Élysée, La vengeance de Poutine et tout récemment La conspiration des Anges.

Le fil rouge de cette série ? Jimmy Boris, ancien des services secrets béninois passé à la DGSE. Quadragénaire athlétique de signe taureau, esthète raffiné, amateur de thé à la vanille et de la bonne gastronomie. Ses missions l’entraînent au cœur des grandes secousses géopolitiques de la planète. À ses côtés, sa fiancée Eva Randet, métisse franco-malgache, apparaît parfois comme un contrepoint à ses aventures.

Chaque roman s’ancre dans une actualité brûlante. Dans Panique à Cotonou, Jimmy Boris affronte la menace de la secte Boko Haram décidée à frapper les intérêts français au Bénin. Cette intrigue, entièrement réécrite, vient d’être republiée sous le titre de La conspiration des anges. La vengeance d’Aïcha Kadhafi met en scène la fille aînée du dictateur libyen, commanditaire de tueurs cherchant à venger la mort de son père à Paris. Avec Une taupe à l’Élysée, l’espion Jimmy Boris plonge dans les arcanes du pouvoir français, après l’assassinat d’un conseiller présidentiel, révélant une infiltration au sommet de l’État. Coup d’État au Gabon déplace l’action à Libreville, sur fond de putsch militaire et de trafic de fausse monnaie. Jimmy Boris infiltre les cercles du pouvoir gabonais, où s’entrecroisent ambitions locales et influences étrangères avides de contrôler la succession présidentielle.

La vengeance de Poutine, variante contemporaine de la guerre froide, est sans doute le numéro le plus abouti (pour l’instant). Il s’inspire de l’affaire des Mistral non livrés à la Russie en 2014 : prétexte à un récit haletant où Boris traque un maître-espion russe à Paris, au milieu d’un vaste complot ourdi par le Kremlin.

Les romans de cette série Jimmy Boris sont bien décrits et s’inscrivent dans une veine immersive voire hyperréaliste. Comme dans la scène du début de La vengeance de Poutine : « … Le conseiller du président Macron se retourne vivement… Son cœur bat si fort qu’il lui semble accroché à ses oreilles. Son cigare glisse de ses doigts brutalement agités par un tremblement… » Il en est de même de la scène de l’attentat au début de La vengeance d’Aïcha Kadhafi : L’agent de sécurité se trouve à trois mètres. Jamila al Nabil sourit et murmure : ’’Afin que soit vengé Mouammar Kadhafi.’’ Puis elle déclenche sa charge explosive. Le bruit d’apocalypse n’est pas encore parvenu à ses tympans que la terroriste est transformée en chaleur et lumière…»

Entre géopolitique et action, Mouftaou Badarou impose une plume singulière et prometteuse, qui fait dire à certains qu’il est le Gérard de Villiers africain. On ne sait pas quels sommets il atteindra. Mais, à en croire les critiques, il continue de monter dans l’estime des amateurs de romans d’espionnage.

La conspiration des anges, éd. Licht, septembre 2026, 170 p.,16€
Disponible sur Amazon, fnac.com, editions-llicht.com, eyrolles.com, cultura.com

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CINÉMA

MAROC – Festival de Salé : Les femmes au cœur de la 19e édition

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Depuis plus de deux décennies, le Festival international du film de femmes de Salé s’impose comme un rendez-vous consacré à la visibilité des femmes dans le septième art marocain. Pour sa 19e édition, la manifestation poursuit cette orientation en mettant notamment l’accent sur les conditions d’accès aux financements, les opportunités professionnelles et la place accordée aux femmes dans l’industrie cinématographique.

Pendant plusieurs jours, actrices, réalisatrices et professionnelles du secteur se sont retrouvées à Salé autour d’une programmation destinée à mettre en avant leurs parcours et leurs créations. La présence féminine occupe également une place importante sur le tapis rouge, devenu l’un des temps forts du festival.

Pour l’actrice marocaine Bouchra Ahrich, cette manifestation contribue à défendre la cause des femmes à travers les œuvres sélectionnées, mais aussi par la visibilité accordée aux professionnelles du cinéma. Le festival entend ainsi créer un espace de rencontres et de débats autour de la représentation des femmes et de leur contribution à la création cinématographique.

Cette édition est également marquée par une nouveauté destinée à rapprocher les œuvres du public marocain. Pour la première fois, les films présentés sont sous-titrés en arabe, une initiative qui doit faciliter leur compréhension par un public plus large.

Le festival a par ailleurs rendu hommage à plusieurs figures du cinéma pour l’ensemble de leur carrière. Parmi les personnalités distinguées figure le réalisateur Mohammed Abderrahman Tazi, premier homme à recevoir un trophée du Festival de Salé. Après plus de soixante ans consacrés au cinéma, le cinéaste marocain a accueilli cette reconnaissance comme une distinction importante dans son parcours.

Mohammed Abderrahman Tazi estime par ailleurs que le cinéma doit contribuer à montrer les différentes réalités vécues par les femmes au Maroc. Il souligne également l’importance du dialogue entre réalisateurs et réalisatrices dans un secteur où les regards et les expériences peuvent contribuer à enrichir les productions.

La compétition officielle propose cette année neuf longs métrages dans la catégorie fiction. Parmi les réalisatrices présentes figure la scénariste et cinéaste Baro Orokiatou, venue présenter son film « Burnikabe ». Sa participation s’inscrit dans la volonté du festival de donner davantage de visibilité aux créations portées par des femmes et de permettre au public de découvrir des approches cinématographiques différentes.

Au-delà de la compétition, le rendez-vous constitue également un espace de rencontres pour les professionnels du secteur. Producteurs, réalisateurs et acteurs du cinéma africain peuvent y découvrir de nouveaux talents et repérer des œuvres susceptibles d’être programmées dans d’autres manifestations du continent, notamment au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, le FESPACO.

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