CULTURE
SÉNÉGAL : Myrène, l’étoile montante de la musique sénégalaise au Canada
Myrène est une chanteuse d’origine sénégalaise, auteur-compositeur, plutôt éclectique, très passionnée par la musique urbaine Hip Hop et R&B, elles est aussi influencée par la musique afro, et la musique pop. Elle évolue depuis plusieurs années au Canada où elle s’est vraiment investi dans la musique pour en faire une future carrière internationale. Meilleure Révélation, KMA 2017, meilleure chanson afro urbaine, KMA 2019, elle vient de sortir une nouvelle chanson « Mon chéri est-ce-que tu as mangé« .
Ze-Africanews.com : Qui est Myrène, votre parcours ?
Myrène : Je suis une chanteuse d’origine sénégalaise, auteur-compositeur, plutôt éclectique, très passionnée par la musique urbaine (Hip Hop / R&B), mais aussi influencée par la musique afro, et la musique pop. J’évolue depuis plusieurs années au Canada, cela ne fait qu’un peu plus d’un an que je fais de la musique “très sérieusement” en m’investissant totalement dans ma carrière. Mais malgré cela j’ai pas mal d’expérience dans le milieu, j’ai commencé la musique assez tôt durant mon adolescence à Paris. En effet je suis née et ai évolué en France avant d’arriver à Montréal. J’ai fait mes premiers pas dans un groupe féminin Nu Soul R&B nommé Diva, avant de sortir mon premier album solo ‘Fable Urbaine’. S’en est suivie une très longue pause… Raison pour laquelle cet album je ne l’ai pas vraiment défendu. Comme je vous ai dit je suis radicalement plus présente et active maintenant comparé à mes débuts, où je gérais mes études, puis mon autre carrière professionnelle qui m’amenait à constamment voyager à l’étranger. Faire une belle carrière dans la musique nécessite beaucoup de compromis, de sacrifices, et cette décision, je ne l’ai prise que récemment. Ce qui explique pourquoi ma présence aujourd’hui n’est incomparable à mes débuts, et pourquoi je n’ai été révélée que relativement récemment au plus grand nombre.
Ze-Africanews.com : Comment êtes-vous arrivée dans la musique ?
Myrène : Mes débuts sont assez simples. J’étais à l’école, je suis tombée sur une affiche disant qu’une chorale recherchais des choristes. J’ai appelé le numéro sur cette affiche, et j’ai intégré cette chorale de Gospel à Montesson. Il s’avère que la chorale était gérée par une équipe qui en parallèle, produisait des chanteuses. L’équipe de gestion m’a en quelques sortes ‘repérée’ et demandé si cela m’intéressait de faire partie d’un groupe féminin Nu Soul R&B, ‘Diva’. Bien entendu c’était un rêve d’enfant, alors je n’ai pas hésité une seconde. Ils m’ont mis à l’essai, Dieu merci cela s’est bien passé. J’ai tout de suite enchaîné les concerts, les répétitions avec les filles. Avec le recul, je réalise que j’ai eu la chance de commencer très jeune, dans des conditions favorables que beaucoup d’artistes n’ont pas la chance d’avoir. Le groupe était extrêmement bien encadré, nous avions une tourneuse (ce qui explique la trentaine de concerts que nous avions fait juste la première année), un professeur de chant attitré, Gilles Gaubert, qui est un Ténor dans le milieu de la musique classique, des compositeurs, on avait une très belle salle de répétition, de très belles conditions de répétition, et vraiment on m’a mentalement et professionnellement bien préparée à tout ce que je fais, et tout ce que je vis aujourd’hui, dans le sens ou notre formation a été plutôt dure et sévère. On nous a tout de suite fait comprendre que notre physique ne comptait pas si le talent n’était pas là. Nos répétitions n’étaient pas une mince affaire, à y repenser, même avec l’expérience que j’ai acquise, si aujourd’hui on me disait de revivre ça, je prendrais certainement mes jambes à mon coup (rires). Mais c’est sans regret, j’ai eu l’adolescence et le début de vie d’adultes que beaucoup de jeunes filles rêvent d’avoir, sans avoir à rentrer dans la folie des castings et des auditions. Et je pense que, même si l’éthique du travail dans la musique, et le fait de devoir gérer les études en parallèle rythmait notre quotidien, on a vraiment passé des moments magiques, et j’ai probablement passé certaines de mes plus belles années avec les filles du groupe et notre management.
Ze-Africanews.com : Mon chéri est-ce que tu as mangé” est votre nouvelle chanson ? Expliquez-nous ?
Myrène : Comme vous l’entendrez il s’agit d’un petit clin d’œil aux relations maritales, sur un ton plaisant, du point de point de vue d’une femme africaine, d’origine sénégalaise, élevée dans cette culture. C’est une façon d’honorer la beauté de notre art de vivre, notre culture… Mais c’est aussi, parce que les gens me découvrent à travers ma musique, une façon de faire comprendre au public que, la femme émancipée que je suis, et un tas d’autres femmes comme moi, évoluant en Occident ou ailleurs, ne voient absolument pas de lutte de pouvoir entre l’homme et la femme dans les foyers. Aimons-nous… Sans prise de tête. Sans jeu de rôle. Je veux aussi fièrement faire comprendre à la société que, on peut être une femme émancipée, encourageant le droit des femmes, et rester dans la modernité, tout en restant attachée à certains modèles traditionnels. Dans mon monde il n’y a aucune contradiction dans cela, au contraire. C’est de la complémentarité.

Myrène
Ze-Africanews.com : Le clip de cette chanson a été tourné à Dakar ? Pourquoi ce choix géographique pour cette chanson ?
Myrène : Si vous écoutez la chanson, vous constaterez que je chante du point de vue d’une africaine, d’une sénégalaise puisque je parle de tieb, de yassa, de mbalax, et d’autres références de nos pays cousins comme le fufu, le placali… Le rythme de la chanson est vraiment afro. Il n’y avait pas meilleur endroit que le Sénégal pour visuellement donner plus de vie à cette œuvre sonore. Après, bien que ce soit l’endroit idéal, pour être honnête avec vous, tourner au Sénégal n’était un choix conscient au départ, même si l’envie était plus que là, et pour être encore plus transparente avec vous, le clip de cette chanson avait déjà été tourné au Canada quelques mois avant. Un concours de circonstance a fait que le clip a pu se refaire dans des conditions plus authentiques, plus favorables, plus en phase avec la chanson, malgré un planning très chargé, pendant que j’étais en tournée au Sénégal. Le producteur et réalisateur du clip, Daty Niang, et ma sœur, Maria, ont rendu tout cela possible. Sans eux, même avec la meilleure volonté du monde de tourner mon clip au Sénégal, je n’aurais vraiment pas pu le faire, en tout cas pas pour cette chanson. Et vous auriez certainement eu droit à une autre version du clip qui aujourd’hui je le sais, n’était juste pas censée sortir. La preuve, quelques jours après sa sortie, il s’agit du clip qui a le plus marché dans ma carrière à ce jour.
L’interview intégrale ici :
Ze-Africanews.com : Vous mélanger l’afrobeats à vos racines sénégalaises et vous parlez des relations maritales, pourquoi ce choix ?
Myrène : J’exprime dans mon art qui je suis. Donc mes origines, sénégalaises, africaines, se retrouvent forcément dans ma musique…. Tout comme mes influences occidentales, afro-américaines, s’y retrouvent aussi. Il n’y a pas vraiment d’intention calculée. Écouter ma musique, peu importe le style dans lequel je m’exprime, c’est vraiment écouter qui je suis, ce qui me passionne, ce qui m’amuse, ce qui m’attriste, ce qui me préoccupe, mes racines, mes joies, mes peines… Dans mon single « Est-ce que tu as mangé », j’aborde les relations maritales, car l’équilibre entre l’homme et la femme, c’est socialement très important. J’ai vécu dans un environnement ou la bienfaisance d’une société commençait par des foyers stables, des familles stables, même lorsqu’elles étaient recomposées. Sociologiquement parlant, j’y crois toujours, je pense que des foyer heureux et stables favorisent l’équilibre des enfants, des futurs adultes qu’ils seront. Cette santé mentale, c’est assez crucial pour notre chère société. Jusqu’à preuve du contraire, ce sont des adultes équilibrés qui bâtissent une société saine, sans trop d’excès, sans trop de vices, sans trop de dommages collatéraux dans leurs intéractions avec les autres, dans leurs actions. Quand vous voyez à quel point la trajectoire de vie de certains a déviée parfois pour toujours, à cause de la relation chaotique de leurs parents, on comprend l’importance de l’harmonie entre l’homme et la femme. Je ne dis pas qu’il n’est pas possible de venir d’un modèle de famille moins idéal sans devenir équilibré. Je dis juste que, la famille, l’équilibre du couple, favorise l’équilibre pour tous les partis impliqués, et c’est très bénéfique pour la société. De plus, je pense que l’on sait tous que l’amour que l’on reçoit dans nos relations influencent énormément nos comportements au quotidien. Il nous amène à nous surpasser dans tout, ou à être démotivé dans tout. Les relations chaotiques provoquent trop de traumatismes de nos jours, sur les enfants, les futurs adultes qu’ils seront, sur l’homme et la femme du couple même, et tout cela influence nos intéractions en société de façon souvent négative… Alors, je chante le contraire de cette réalité pour nous donner plus de force. On est d’accord qu’il faut plus que du tieb, du yassa, ou des bananes plantains pour avoir une relation stable (rires)… Mais c’est une bonne façon d’introduire le sujet dans la bonne humeur.
Ma victoire deux années avant, en tant que meilleure révélation, m’a après mûre réflexion poussée à me relancer dans ma passion.
Ze-Africanews.com : Que pensez-vous de la place de femmes dans la société sénégalaise ?
Myrène : À ce sujet, j’ai une pensée particulière pour les femmes des villages. Une chose qui m’a marquée dès mon plus jeune âge. Ma mère est d’un village de Casamance. Étant enfant, je lui posais toujours des questions sur son enfance, son adolescence, sa façon de vivre au pays. Elle me racontait objectivement, sans parti pris, comment les femmes de la famille devaient souvent se lever avant les hommes pour aller faire les travaux des champs, aller puiser l’eau, et revenir au village, s’occuper de la famille, et au moment de manger, d’abord servir les hommes, en leur réservant parfois les meilleures portions des plats, pas par obligation, mais parce que c’était en elles de le faire, avant de se servir ce qu’il restait. C’était sa façon à elle de me faire prendre conscience du fait que nous avions beaucoup de chance de ne pas passer par le même chemin, de pouvoir expérimenter une insouciance que toutes les jeunes demoiselles n’ont pas la chance de vivre, et qu’il fallait donc honorer cette chance en saisissant toutes les opportunités pour réussir dans la vie, en passant d’abord par l’excellence dans le parcours scolaire puisqu’on avait presque que cela à faire. À l’époque, je voyais au-delà de son message, cela m’interpellait vraiment, et aujourd’hui, ça n’a pas changé. Je pense que cela vous résume à peu près ce qui me touche dans la place de la femme sénégalaise. Je sais que, aujourd’hui, cela n’a pas changé. Pas seulement au Sénégal, mais dans beaucoup de villages en Afrique. Certains verront cela comme une normalité, d’autres salueront leur résilience, mais moi je pense surtout qu’elles ont besoin d’aide, facilitant ce quotidien qui n’est franchement pas facile. L’idée n’est pas d’aller contre un modèle traditionnel avec lequel elles sont souvent à l’aise, mais de facilité leur quotidien. J’espère vraiment que l’accomplissement de mes objectifs me permettra de leur tendre la main à ma façon, à hauteur de ce que je peux faire. Ce sont des héroïnes. Une autre chose qui me touche, ce sont toutes ces femmes, artistes, ou actrices culturelles assumées, que je vois dans le milieu du rap galsen. Vous savez être dans un pays africain, être impliquée dans un milieu très masculin, en tant que femme, avoir du talent, et en plus de cela, être acceptée, reconnue, et respectée dans ce milieu… Alors qu’en général je vous assure que partout ailleurs ça me semble vraiment plus compliqué, le milieu Hip Hop est partout ailleurs très misogyne. Donc pour moi c’est vraiment positif ça en dit aussi beaucoup sur le respect et l’acceptation au Sénégal. Maintenant je ne dis pas que pour les femmes c’est facile, en tant que femme dans le milieu artistique on a toujours souvent plus de difficultés que les hommes pour diverses raisons. Mais dans le Hip Hop galsen comparé aux autres milieux Hip Hop, je note un respect de la femme, et un épanouissement des femmes artistes impliquées, qui est franchement plaisant, et spécial. En tant que femme mon rêve serait de voir l’une d’entre elles percer à la même hauteur que nos rappeurs qui sont au top, je serais mais tellement fière et heureuse. Donc tous mes encouragements à vous mes soeurs, on vous attend au sommet. Après on a des progrès à faire dans certaines pratiques, qui sont parfois plus ethniques que sénégalaises, car il faut dire que la condition des femmes au Sénégal peut varier, et être plus délicate, en fonction de l’ethnie de laquelle elle vient. Je note que des femmes de certaines ethnies parfois sont franchement sujettes à, ce que de mon point de vue, je trouve très compliqué à accepter. Alors que des femmes d’autres ethnies ont vraiment aucun problème niveau droits. Pour être honnête avec vous, je suis manjaque, et étant plus jeune, j’ai souvent pensé aux moindres pressions culturelles que j’avais comparé à mes sœurs pulaars par exemple, tout en pensant à d’autres sœurs sénégalaises qui avaient selon moi moins de pression familiale que nous sur d’autres sujets, car dans leur ethnie, les traditions étaient différentes. C’est une question complexe qu’on ne peut pas traiter en faisant des généralités.
Ze-Africanews.com : Vous avez été la « Best Artist Revelation, KMA 2017 », c’était à quelle occasion et comment vous avez reçu cette distinction ?
Myrène : Ma nomination était une réelle surprise, je ne m’y attendais vraiment pas. Alors ma victoire, n’en parlons même pas. Moi qui comme je vous l’ai dit, était en lutte perpétuelle entre le fait de continuer la musique, ou de me consacrer à mon autre vie, je ne peux même pas vous dire à quel point cette récompense m’a rassurée et a déterminé la trajectoire de mon actualité et de ma progression aujourd’hui. C’était aussi un vrai tournant dans ma carrière puisque c’était la première fois depuis le début de ma carrière que l’on me mettait sur la carte de l’Afrique en tant qu’artiste. Avant cela j’étais vraiment invisible en tant qu’artiste dans la communauté. C’est ce qui m’a vraiment révélée au public africain, voire au public tout court, pas seulement au Canada, mais ailleurs aussi. C’est aussi ce qui m’a fait comprendre que si, en n’étant pas hyper active dans le milieu, on pouvait me remarquer au point de me nominer, si je pouvais mobiliser autant de votes du public, et remporter cette récompense, c’est que j’étais peut être faite pour ça. Aujourd’hui, 3 ans après, vu mon parcours, j’en ai la certitude.
Ze-Africanews.com : Deux ans plus tard, vous avez été également la « Best Afro Urban Song, KMA 2019 » ? Expliquez-nous ?
Myrène : Ma victoire deux années avant, en tant que meilleure révélation, m’a après mûre réflexion poussée à me relancer dans ma passion. Elle m’a surtout redonné l’envie, la flamme, la motivation dont j’avais besoin pour toucher le public. Donc fin 2018 j’ai repris les enregistrements, et réenregistrer une version différente d’un titre déjà enregistré quelques mois plus tôt. Ce titre, c’est REIGN, un morceau aux influences trap. J’avais de gros doutes car en l’écrivant j’ai naturellement mélangé toutes les langues qui me représentent, le français, l’anglais, le manjaque, un peu de wolof. C’est un sacré mix (rires) et c’est une première, je ne savais vraiment pas comment ça allait être perçu. Et boom, à ma grande surprise, non seulement les blogs de rap sénégalais ont commencé à parler de moi, ce qui était pour moi un choc car, ne chantant pas en wolof, je n’aurais jamais pensé que les sénégalais ou les médias sénégalais prêteraient attention à ma musique. Je les remercie vraiment car ce sont eux qui ont ouvert la porte de la musique au Sénégal pour moi, et c’est ainsi que peu à peu les gens ont Sénégal ont commencé à s’intéresser à moi. Mais en plus de cela, ce titre m’a valu une belle deuxième victoire aux Kilimandjaro Music Awards, victoire qui m’a permis de faire une très belle tournée promotionnelle au Sénégal en Décembre 2019 avec plusieurs dates de spectacles, plusieurs shows de Wally Seck, un showcase, un festival, à Mbour, Thiès, Toubab Dialaw, Dakar, en Gambie, mais aussi plusieurs plateaux télés, qui m’ont encore plus révélée au public sénégalais. Bref cette récompense a été une belle reconnaissance qui a vraiment boosté ma carrière quelques mois après son ‘relancement’. Cela m’a aussi prouvée à quel point les Sénégalais me soutenaient car ils ont voté en masse pour moi, particulièrement au Sénégal, mais ailleurs aussi bien entendu. Je suis vraiment fière de pouvoir toucher les gens de chez moi, avec mes différences, tout en touchant les gens de l’extérieur aussi, dans d’autres pays d’Afrique, en Europe, et au Canada.

Myrène
Ze-Africanews.com : Vous prévoyez votre retour sur scène le 11 octobre 2020 au stade de l’indépendance de Bakau en Gambie ? Expliquez-nous ?
Myrène : J’ai tellement hâte. C’est tellement un honneur pour moi de participer à un tel grand spectacle, qui aura lieu sur mon continent, l’Afrique, et qui plus est, organisé par l’un de nos plus grands promoteurs au Canada, Deejay Chi Entertainment. Ce sera mon premier gros show après plusieurs mois d’absence, c’est une date clé pour nous.
Ze-Africanews.com : Vous allez assurée la première partie du célèbre artiste nigérian Kizz Daniel, quel est votre sentiment ?
Myrène : On le sait les Nigérians sont au top du game en ce moment, Kizz Daniel est dans le top des artistes de la nouvelle génération. Alors le fait qu’une ‘petite’ chanteuse sénégalaise soit invitée à cette occasion, alors que ce show ne se passe ni dans son pays de résidence, ni dans son pays d’origine, c’est juste un autre level, comme on dit ici au Canada « j’suis juste comme… wow… ». J’ai vraiment l’ambition de porter le drapeau du Sénégal le plus haut possible, pas pour ne toucher que le Sénégal, mais pour avoir un impact à la maison, et partout ailleurs. On doit énormément travailler pour ça, je dis on car je ne suis pas toute seule, je suis la somme de l’équipe qui travaille avec moi et m’aide dans ma carrière. Et ce sont des gros signes comme celui-ci qui me font dire que « hmm… c’est vraiment possible, ça va le faire, on y arrivera». Je ne vous cache pas que faire des shows dans d’énormes stades comme j’ai fait en Décembre au Sénégal dépasse déjà tous mes rêves. Ce que le public sénégalais m’a donné comme énergie alors qu’ils me découvraient quand j’étais sur scène, c’est de la force pour tout le restant de ma carrière sérieusement, de la puissance mais illimitée que mon âme a absorbée pour toujours, et je redemande à vivre ça. Mais pour en revenir à la question, le 11 Octobre 2020 en Gambie, au concert de Kizz Daniel, alors là, je sais que mon chorégraphe Tiken et moi-même, on est prêts à faire de cette expérience un show inoubliable. Je travaille avec l’un des meilleurs du milieu niveau mise en scène. Donc j’ai la paix, mon esprit est tranquille, j’attends juste la reprise des répétitions et le jour J sans avoir mais aucun doute car on va assurer. Si une artiste sénégalaise est présente au concert d’un grand artiste nigérian, au top du music game, c’est pour marquer les esprits et représenter comme il se doit. C’est non négociable, pour moi, pour ma team, et c’est clair comme de l’eau de roche.
Ze-Africanews.com : Comment va se passez votre tournée en Europe ? Vous serez dans quelles villes précisément ?
Myrène : Pour l’instant c’est compliqué à dire on a repris nos discussions, mais tout dépend de l’aval des autorités gouvernementales pour la reprise des rassemblements publics, concerts, etc. J’annoncerai mon programme quand les doutes se seront dissipés. Mais je ferai un passage obligé en Septembre en France pour tourner un nouveau clip avant de repartir en Afrique.
CULTURE
CÔTE D’IVOIRE – Valérie Ka : « La mode africaine est un véritable business, pas seulement un spectacle »
Après une édition 2026 d’Africa Fashion Up organisée le 26 juin au musée du Quai Branly à Paris, Valérie Ka défend une ambition qui dépasse les podiums : faire émerger des marques africaines capables de s’imposer sur les marchés internationaux. Pour la fondatrice de l’événement, le talent des créateurs ne fait aucun doute. Le véritable défi réside dans leur accès au financement, aux infrastructures de production et aux réseaux de distribution.
La créativité africaine s’affirme depuis plusieurs années sur les podiums internationaux, dans les collections de grandes maisons et jusque dans les garde-robes de célébrités. Pourtant, derrière cette visibilité grandissante, une difficulté persiste : peu de marques africaines bénéficient encore d’une reconnaissance internationale à la hauteur de leur potentiel créatif. C’est précisément ce déséquilibre que Valérie Ka entend corriger à travers Africa Fashion Up, une initiative destinée à promouvoir les créateurs africains et à les accompagner dans le développement de leurs entreprises. Rencontrée après l’édition 2026 de l’événement, organisée le 26 juin au musée du Quai Branly à Paris, elle revient sur les retombées de cette manifestation, mais surtout sur les obstacles qui freinent encore l’émergence de grandes marques africaines. « Quand vous regardez la Fashion Week à Paris, il n’y avait pas vraiment d’événements dédiés à la diversité. Pour moi, il était important qu’il y ait un événement qui représente l’excellence africaine à Paris lors de la Fashion Week », explique-t-elle.
De la visibilité parisienne aux opportunités internationales
Pour sa fondatrice, Africa Fashion Up a d’abord été conçu comme une vitrine de l’excellence créative africaine dans l’une des principales capitales mondiales de la mode. L’édition 2026 aurait suscité, selon elle, un important intérêt médiatique et professionnel, avec des retombées qui dépassent désormais les frontières françaises. Plusieurs créateurs ayant participé à l’événement ont notamment reçu des invitations pour présenter leurs collections dans d’autres manifestations internationales, en Afrique du Sud, au Mozambique et aux États-Unis. Une dynamique qui témoigne de l’intérêt croissant pour les signatures africaines, mais aussi de la nécessité de leur offrir des plateformes capables de faciliter leur accès aux marchés. Pour Valérie Ka, le problème ne réside pas dans l’absence de talents. Les créateurs africains produisent des collections qui circulent déjà à travers le monde, parfois portées par des personnalités internationales. Mais leur identité commerciale demeure souvent insuffisamment visible. « De nos jours, on est en 2026 et on n’est pas capable de citer une grande marque africaine », observe-t-elle, regrettant que le nom des créateurs soit encore trop rarement associé à leurs réalisations. L’enjeu est donc de faire passer les marques africaines d’une reconnaissance essentiellement artistique à une véritable identification commerciale.
Transformer la visibilité en ventes
Si les défilés constituent un outil de promotion important, ils ne représentent qu’une étape dans le développement d’une marque. Pour Valérie Ka, la visibilité doit déboucher sur des commandes, des débouchés commerciaux et une relation durable avec les acheteurs. C’est dans cette perspective qu’Africa Fashion Up a développé des initiatives de commercialisation, notamment avec les Galeries Lafayette à Paris. Les créateurs accompagnés ont ainsi pu présenter et vendre leurs collections dans un environnement commercial fréquenté par une clientèle internationale. Selon la fondatrice, ces opérations leur ont permis de rencontrer de nouveaux consommateurs et d’accéder à des circuits de distribution auxquels ils n’avaient pas nécessairement accès auparavant. Mais vendre dans un grand magasin exige aussi de maîtriser les contraintes du commerce international : disponibilité des produits, gestion des stocks, diversité des tailles et des couleurs, identification des articles et respect des procédures logistiques. Autant d’exigences qui peuvent constituer des obstacles pour de jeunes marques, même lorsque leur créativité est reconnue. « Quand on demande à un créateur de pouvoir avoir une quantité de différentes tailles, de différentes couleurs, des QR codes, EAN et tout ça, ce sont des informations qu’ils n’ont pas », explique-t-elle. Ces difficultés illustrent, selon elle, la nécessité d’un accompagnement professionnel qui dépasse largement l’organisation de défilés.
Le financement, principal frein à l’essor des marques africaines
Après près de six années d’expérience auprès des créateurs, Valérie Ka identifie clairement le principal obstacle à leur développement : l’insuffisance des financements et des capacités de production. « Ce qui manquerait vraiment aux créateurs, vu l’expérience qu’on a eue avec eux depuis bientôt six ans, c’est le financement. Ils ont besoin d’être financés, ils ont besoin d’être accompagnés. » Le problème devient particulièrement visible lorsqu’une marque reçoit une commande importante. Un créateur peut disposer d’une collection appréciée par les professionnels, sans être en mesure de produire plusieurs centaines de pièces dans les délais exigés. L’absence d’usines adaptées, de capacités industrielles suffisantes ou de structures d’accompagnement limite alors les possibilités de croissance. Pour la fondatrice d’Africa Fashion Up, cette situation souligne la nécessité de développer de véritables écosystèmes de production textile sur le continent. La création de marques internationales ne peut reposer uniquement sur le talent individuel des stylistes. Elle suppose également des investissements dans les ateliers, les équipements, la formation et les réseaux de distribution.
Former les créateurs aux exigences du marché international
Africa Fashion Up entend répondre à une partie de ces besoins à travers un programme d’accompagnement associant plusieurs partenaires. Valérie Ka évoque notamment une collaboration avec HEC Paris pour la formation à l’entrepreneuriat et au développement des entreprises. L’objectif est d’aider les créateurs à mieux structurer leur activité, à construire un modèle économique viable et à préparer leur croissance. L’initiative travaille également, selon sa fondatrice, avec Balenciaga sur les questions de communication, de positionnement des marques et de reconnaissance internationale. L’accompagnement porte enfin sur la distribution, afin de familiariser les créateurs avec les pratiques et les exigences des enseignes commerciales. Cette démarche vise à transformer des talents créatifs en entrepreneurs capables de gérer une marque, de négocier avec des acheteurs et de répondre à la demande. Car, pour Valérie Ka, la reconnaissance internationale passe aussi par la professionnalisation des structures. Une marque doit pouvoir garantir la qualité de ses produits, leur disponibilité et la continuité de sa production pour s’installer durablement sur un marché.
Un appel aux gouvernements africains : considérer la mode comme une industrie
Au-delà de l’accompagnement des créateurs, Valérie Ka interpelle les pouvoirs publics africains sur la place accordée à la mode dans les politiques économiques. Elle regrette que ce secteur soit encore trop souvent perçu comme une activité essentiellement artistique ou événementielle, alors qu’il représente un potentiel de création de richesse et d’emplois. « Malheureusement, encore en Afrique, quand on pense à la mode, on pense que c’est du show, c’est du spectacle, alors que c’est un vrai business. » Pour illustrer son propos, elle cite les grandes entreprises internationales du luxe, dont la puissance économique repose notamment sur la commercialisation de vêtements, de chaussures et d’accessoires. La mode constitue ainsi une chaîne de valeur qui mobilise de nombreux métiers, depuis la conception et la production jusqu’à la logistique, au marketing et à la distribution. Selon elle, les gouvernements africains devraient davantage investir dans les infrastructures nécessaires au développement de cette industrie. Elle appelle notamment à soutenir la formation, l’accompagnement entrepreneurial et la création d’unités de production locales. Son objectif n’est pas simplement d’obtenir davantage de financements pour organiser des événements, mais de contribuer à structurer un secteur capable de générer une activité économique durable. Elle cite l’Afrique du Sud et l’Algérie parmi les pays dont les initiatives dans le domaine de la mode peuvent inspirer d’autres marchés, notamment en Afrique francophone.
Produire en Afrique pour créer de la valeur sur le continent
La question de la production locale occupe une place centrale dans la vision de Valérie Ka. Pour elle, l’émergence de grandes marques africaines dépendra largement de la capacité du continent à développer ses propres infrastructures industrielles. Produire localement permettrait non seulement de mieux maîtriser les coûts et les délais, mais également de favoriser l’emploi et de renforcer les compétences professionnelles.
Les retombées économiques dépasseraient alors les seuls créateurs de mode. Artisans, ateliers de confection, fournisseurs de matières premières, transporteurs, distributeurs et prestataires de services pourraient bénéficier du développement de cette industrie. « Produire localement, créer son entreprise, ça permet de pouvoir développer tout un écosystème derrière », souligne-t-elle. Cette approche rejoint les réflexions plus larges sur la transformation locale et la création de valeur ajoutée dans les économies africaines. Elle pose également la question de la capacité des marques du continent à maîtriser l’ensemble de leur chaîne de production, plutôt que de dépendre principalement de structures situées à l’étranger.
Faire émerger de grandes marques africaines de luxe
Pour les prochaines années, Valérie Ka nourrit une ambition qui dépasse le rayonnement parisien d’Africa Fashion Up. Elle souhaite voir l’initiative se développer davantage sur le continent africain et contribuer à l’émergence de marques capables de rivaliser sur les marchés internationaux. Son rêve est de voir un jour les consommateurs identifier spontanément de grandes signatures africaines dans les domaines du prêt-à-porter, de la maroquinerie, des chaussures et des accessoires. Une ambition qu’elle estime réalisable, à condition de réunir les financements et les dispositifs d’accompagnement nécessaires. « Mon rêve vraiment, ce que j’aimerais plus tard, c’est qu’on puisse retrouver de grandes marques de luxe africaines », confie-t-elle. Pour la fondatrice d’Africa Fashion Up, le continent possède déjà les talents, les savoir-faire et la créativité nécessaires. Le défi consiste désormais à transformer ce potentiel en entreprises structurées, capables de produire à grande échelle, de conquérir des marchés et de bâtir une notoriété durable. Au-delà des podiums et des collections, l’avenir de la mode africaine se jouera donc aussi dans les ateliers, les usines, les écoles de formation et les réseaux de distribution. Car l’enjeu n’est plus seulement de faire admirer la créativité africaine, mais de lui donner les moyens de devenir une véritable puissance économique.
CULTURE
NIGÉRIA/FRANCE – « Lagos Feat Paris » : Wale Gbadamosi Oyekanmi veut faire de la culture un pont économique entre la France et le Nigeria
Du 6 au 11 décembre 2026, Lagos accueillera la première édition de « Lagos Feat Paris », un festival consacré aux collaborations musicales et culturelles entre artistes français et nigérians. À l’origine de cette initiative, l’entrepreneur franco-nigérian Wale Gbadamosi Oyekanmi ambitionne de dépasser le cadre du spectacle pour favoriser la création musicale, la transmission des compétences et l’emploi local. Rencontré à Paris, il présente les ambitions d’un projet qui entend rapprocher deux écosystèmes culturels parmi les plus dynamiques de leurs régions.
Entre Paris et Lagos, les échanges culturels se multiplient, portés notamment par le succès international de l’afrobeats, les collaborations musicales et l’intérêt croissant pour les industries créatives africaines. Mais comment transformer cette dynamique artistique en partenariats durables, capables de générer de nouvelles productions, des compétences et des retombées économiques ? C’est tout l’enjeu de « Lagos Feat Paris », un festival imaginé par Wale Gbadamosi Oyekanmi, entrepreneur franco-nigérian installé depuis un an et demi au Nigeria après avoir passé l’essentiel de sa vie à Paris. Pour lui, ce projet est d’abord une manière de réunir deux univers qui ont façonné son identité. D’un côté, le Nigeria, pays d’origine de ses parents et puissance culturelle africaine ; de l’autre, Paris, où il a grandi et construit son parcours. « Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de créer des ponts entre ces deux mondes-là, qui ne se connaissent pas assez, à part dans le domaine de la musique et du cinéma », explique-t-il.
Au-delà de cette dimension personnelle, l’initiative s’inscrit dans un contexte de rapprochement culturel et économique entre la France et le Nigeria. L’entrepreneur souhaite s’appuyer sur cette dynamique pour encourager de nouvelles formes de coopération, fondées sur la création commune plutôt que sur la simple circulation des artistes.
Six jours pour créer, produire et faire rayonner les talents
Prévue du 6 au 11 décembre 2026 à Lagos, la première édition réunira des artistes français et nigérians autour d’un programme associant résidences de création, rencontres professionnelles, formation et spectacles. L’objectif n’est pas uniquement de présenter au public des artistes déjà connus, mais de leur permettre de travailler ensemble et de produire de nouvelles œuvres. Pendant trois jours, des musiciens et producteurs issus des deux pays partageront des sessions de studio afin de développer des compositions originales. Ces créations pourront ensuite être diffusées sur les marchés internationaux. « Ils vont créer ensemble de la musique, ensemble de nouvelles propriétés intellectuelles qu’ils vont ensuite publier et exporter », précise le fondateur. Le festival culminera le 11 décembre avec un grand concert de trois heures, qui doit réunir des artistes nigérians et français. Selon l’organisateur, le spectacle sera filmé et diffusé à la télévision ainsi que sur les plateformes numériques, afin de toucher un public au-delà des frontières du Nigeria. La programmation artistique complète doit être dévoilée prochainement.
Lagos, capitale de la création et carrefour des influences
Le choix de Lagos comme point de départ de cette initiative ne doit rien au hasard. Métropole économique du Nigeria, la ville occupe une place centrale dans le développement des musiques urbaines africaines et de l’industrie cinématographique Nollywood. Son dynamisme attire artistes, producteurs, entrepreneurs et investisseurs culturels. Pour Wale Gbadamosi Oyekanmi, qui revendique également son héritage yoruba, Lagos représente un espace privilégié de création et de transmission. « Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de créer ce pont-là entre ces deux mondes. Entre Lagos, l’énergie, la jeunesse, la créativité et l’héritage de la France », souligne-t-il. Cette rencontre entre les deux villes doit permettre aux artistes français de mieux connaître le marché nigérian, tout en offrant aux talents locaux de nouvelles possibilités de visibilité dans l’espace francophone. Le projet entend ainsi dépasser les frontières linguistiques qui structurent encore largement les échanges culturels africains. Il s’adresse notamment à des artistes français issus de la diaspora africaine, dont les parcours et les influences musicales témoignent déjà de la circulation des cultures entre plusieurs continents.
Former 30 femmes et créer 200 emplois : l’ambition économique du festival
L’un des aspects les plus significatifs du projet concerne ses retombées économiques et sociales. Pour cette première édition, les organisateurs affichent un objectif de 200 emplois directs et de formation de 30 femmes aux métiers de la musique. Un partenariat avec Audio Girls Africa doit notamment permettre à de jeunes professionnelles nigérianes de participer à des sessions de formation et de collaboration avec les équipes artistiques françaises. L’ambition est de favoriser une transmission réciproque des compétences, plutôt qu’un transfert de savoir-faire à sens unique. « Ce qui nous intéresse, c’est que le savoir-faire français soit transmis aux jeunes productrices nigérianes et que les jeunes productrices nigérianes […] leur apprennent aussi leurs compétences », explique Wale Gbadamosi Oyekanmi. Cette approche traduit une volonté de reconnaître l’expertise des professionnels africains, particulièrement dans les domaines de la production musicale et des sonorités contemporaines qui contribuent aujourd’hui au rayonnement international de la musique nigériane.
Au-delà des concerts, l’organisation du festival devrait également mobiliser des métiers liés à la production audiovisuelle, à la logistique, à la communication et à l’accueil du public. Les 200 emplois annoncés constituent, à ce stade, un objectif fixé par les organisateurs pour cette première édition.
La diaspora, au-delà des transferts d’argent
Pour le fondateur de « Lagos Feat Paris », le festival porte aussi une réflexion sur le rôle économique et culturel des diasporas africaines. Longtemps abordée principalement sous l’angle des transferts financiers vers les pays d’origine, leur contribution peut également prendre la forme d’investissements, de création d’entreprises, de transmission de compétences et de développement de projets structurants. « Je crois beaucoup à la puissance de la diversité », affirme-t-il. L’entrepreneur estime que les Africains de la diaspora, après avoir bénéficié d’opportunités professionnelles à l’étranger, peuvent contribuer au développement de nouveaux écosystèmes économiques sur le continent. Dans cette perspective, la culture apparaît comme un secteur susceptible de créer des emplois tout en renforçant les liens entre les communautés. Le festival entend démontrer que les initiatives culturelles peuvent aussi devenir des projets entrepreneuriaux, avec des objectifs économiques mesurables.
Le soutien annoncé de plusieurs acteurs de l’industrie musicale
Le projet bénéficie, selon son fondateur, d’un accueil favorable auprès de plusieurs acteurs majeurs de l’industrie musicale nigériane. Wale Gbadamosi Oyekanmi évoque notamment des échanges avec l’entourage de Wizkid et les équipes de Davido, ainsi que des partenariats avec Sony Music, The Orchard et Mavin Records, label associé à des artistes comme Rema et Ayra Starr. Ces soutiens témoignent, selon lui, de l’intérêt suscité par une initiative destinée à renforcer les collaborations entre les industries musicales française et nigériane. L’organisateur souligne toutefois que l’engagement de ces acteurs ne signifie pas nécessairement leur présence sur scène lors du festival. L’enjeu est aussi de bénéficier de leur connaissance du marché, de leurs réseaux professionnels et de leur expérience dans le développement international des artistes.
Un festival ouvert au public et tourné vers l’international
L’accessibilité constitue un autre volet du projet. Prévu sur Lagos Island, dans un espace muséal et culturel, l’événement entend accueillir des publics issus de différents milieux sociaux. Les organisateurs annoncent la mise à disposition de places gratuites et des aménagements pour les personnes à mobilité réduite. Pour encourager les déplacements internationaux, Wale Gbadamosi Oyekanmi indique également qu’Air France accompagne l’initiative avec une réduction annoncée de 10 % sur les voyages liés au festival. Les spectateurs qui ne pourront pas se rendre à Lagos devraient pouvoir suivre une partie des manifestations à distance, grâce aux retransmissions télévisées et numériques. Cette stratégie de diffusion répond à une ambition plus large : faire connaître Lagos comme destination culturelle, encourager le tourisme et renforcer l’attractivité internationale des industries créatives nigérianes.
Vers une coopération culturelle d’égal à égal
Au-delà de la programmation artistique, « Lagos Feat Paris » défend une certaine conception de la coopération internationale. Pour son fondateur, les partenariats doivent reposer sur la coconstruction, la reconnaissance des compétences locales et la réciprocité des bénéfices. Cette philosophie concerne aussi bien les artistes que les institutions, les entreprises partenaires et les communautés mobilisées autour du festival. « Ce qui nous intéresse, c’est de coconstruire avec l’ensemble des partenaires », insiste-t-il. L’entrepreneur évoque notamment l’accompagnement de l’Institut français, les échanges avec les acteurs institutionnels et les chambres de commerce, ainsi que la mobilisation de communautés franco-nigérianes. En choisissant Lagos pour accueillir les sessions de création et la production des nouvelles œuvres, le festival entend également contribuer à renforcer les capacités de production sur place.
À terme, ses organisateurs espèrent inscrire l’événement dans la durée et développer une deuxième édition plus ambitieuse. Reste à mesurer, à l’issue de cette première expérience, sa capacité à concrétiser les objectifs annoncés en matière d’emploi, de formation et de création musicale. Dans un contexte où les industries culturelles africaines gagnent en visibilité internationale, « Lagos Feat Paris » entend ainsi défendre une conviction : la culture peut devenir un instrument de coopération économique, de transmission des savoir-faire et de création de valeur, au bénéfice des artistes et des territoires.
CINÉMA
BENIN – La série Jimmy Boris : L’Afrique tient son héros d’espionnage
Cette série Jimmy Boris s’impose comme une fresque romanesque de l’espionnage contemporain. Six titres sont déjà parus Panique à Cotonou, La vengeance d’Aïcha Kadhafi, Coup d’État au Gabon, Une taupe à l’Élysée, La vengeance de Poutine et tout récemment La conspiration des Anges.
Le fil rouge de cette série ? Jimmy Boris, ancien des services secrets béninois passé à la DGSE. Quadragénaire athlétique de signe taureau, esthète raffiné, amateur de thé à la vanille et de la bonne gastronomie. Ses missions l’entraînent au cœur des grandes secousses géopolitiques de la planète. À ses côtés, sa fiancée Eva Randet, métisse franco-malgache, apparaît parfois comme un contrepoint à ses aventures.
Chaque roman s’ancre dans une actualité brûlante. Dans Panique à Cotonou, Jimmy Boris affronte la menace de la secte Boko Haram décidée à frapper les intérêts français au Bénin. Cette intrigue, entièrement réécrite, vient d’être republiée sous le titre de La conspiration des anges. La vengeance d’Aïcha Kadhafi met en scène la fille aînée du dictateur libyen, commanditaire de tueurs cherchant à venger la mort de son père à Paris. Avec Une taupe à l’Élysée, l’espion Jimmy Boris plonge dans les arcanes du pouvoir français, après l’assassinat d’un conseiller présidentiel, révélant une infiltration au sommet de l’État. Coup d’État au Gabon déplace l’action à Libreville, sur fond de putsch militaire et de trafic de fausse monnaie. Jimmy Boris infiltre les cercles du pouvoir gabonais, où s’entrecroisent ambitions locales et influences étrangères avides de contrôler la succession présidentielle.

La vengeance de Poutine, variante contemporaine de la guerre froide, est sans doute le numéro le plus abouti (pour l’instant). Il s’inspire de l’affaire des Mistral non livrés à la Russie en 2014 : prétexte à un récit haletant où Boris traque un maître-espion russe à Paris, au milieu d’un vaste complot ourdi par le Kremlin.
Les romans de cette série Jimmy Boris sont bien décrits et s’inscrivent dans une veine immersive voire hyperréaliste. Comme dans la scène du début de La vengeance de Poutine : « … Le conseiller du président Macron se retourne vivement… Son cœur bat si fort qu’il lui semble accroché à ses oreilles. Son cigare glisse de ses doigts brutalement agités par un tremblement… » Il en est de même de la scène de l’attentat au début de La vengeance d’Aïcha Kadhafi : L’agent de sécurité se trouve à trois mètres. Jamila al Nabil sourit et murmure : ’’Afin que soit vengé Mouammar Kadhafi.’’ Puis elle déclenche sa charge explosive. Le bruit d’apocalypse n’est pas encore parvenu à ses tympans que la terroriste est transformée en chaleur et lumière…»
Entre géopolitique et action, Mouftaou Badarou impose une plume singulière et prometteuse, qui fait dire à certains qu’il est le Gérard de Villiers africain. On ne sait pas quels sommets il atteindra. Mais, à en croire les critiques, il continue de monter dans l’estime des amateurs de romans d’espionnage.
La conspiration des anges, éd. Licht, septembre 2026, 170 p.,16€
Disponible sur Amazon, fnac.com, editions-llicht.com, eyrolles.com, cultura.com
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