AFRIQUE DU NORD
ALGERIE : Abdelaziz Bouteflika, en route pour un cinquième mandat ?
Les quatre partis de la coalition au pouvoir en Algérie ont apporté leur soutien officiel, ce samedi 02, à une candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat à l’occasion du scrutin d’avril, une démarche qui pourrait précéder une candidature personnelle du chef de l’État.
« Les partis de l’alliance présidentielle présentent Abdelaziz Bouteflika comme candidat à la prochaine élection présidentielle », affirme un communiqué publié à l’issue d’une réunion des dirigeants des quatre formations politiques.
Le chef de l’Etat algérien n’a toujours pas fait part de ses intentions, à un mois de la clôture des candidatures. Mais le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a affirmé, samedi, qu’« il n’y avait aucun doute » sur une candidature du président. « Il est évident que Monsieur Bouteflika n’animera pas sa campagne électorale », a-t-il toutefois reconnu, car sa santé ne le lui permet pas et il n’en a pas besoin « car le peuple le connaît désormais ».
Ont participé à la réunion le président de l’Assemblée, Mouad Bouchareb du parti présidentiel -le Front de libération nationale (FLN)-, le Premier ministre Ahmed Ouyahia, chef du Rassemblement national démocratique (RND), le président du Rassemblement de l’espoir de l’Algérie (TAJ) Amar Ghoul et le président du Mouvement populaire algérien (MPA), Amara Benyounes.
M. Bouteflika n’a toujours pas fait part de ses intentions, à un mois de la clôture des candidatures. Les candidats ont jusqu’au 3 mars minuit pour déposer leur dossier de candidature. Mais le Premier ministre a affirmé samedi en conférence de presse qu’«il n’y avait aucun doute» sur une candidature du président au scrutin du 18 avril.
L’opposition en désaccord
M. Bouteflika, 81 ans, est au pouvoir depuis 1999. Diminué par les séquelles d’un accident vasculaire cérébral (AVC) dont il a été victime en 2013, il se déplace en chaise roulante et ses apparitions publiques sont rares.
Pour le Premier ministre, l’état de santé de M. Bouteflika «n’empêche pas sa candidature (…), il a eu un AVC en avril 2013 et il a remporté la présidentielle en avril 2014 dans ce même état de santé». «Il est évident que M. Bouteflika n’animera pas sa campagne électorale» car sa santé ne le lui permet pas et il n’en a pas besoin «car le peuple le connaît désormais», selon M. Ouyahia.
Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), un parti de l’opposition représenté au Parlement, a annoncé vendredi qu’il ne participerait pas à la présidentielle. Il refuse un éventuel nouveau mandat du chef de l’Etat.
Le plus ancien parti d’opposition en Algérie, le Front des forces socialistes (FFS), a déclaré qu’il ne présenterait pas de candidat. Il a aussi appelé les Algériens à «boycotter activement, massivement et pacifiquement» le scrutin.
AFRIQUE
ÉGYPTE – Six journalistes de Matsadaash accusent les autorités de torture, le gouvernement dément
Les autorités égyptiennes ont rejeté mardi les accusations de torture et de mauvais traitements formulées par six journalistes de la plateforme indépendante Matsadaash, arrêtés fin septembre. Le gouvernement qualifie ces accusations de « sans fondement », alors que les avocats des journalistes affirment que leurs clients ont fait état de violences lors de leur détention.
Les six journalistes, qui constituent l’ensemble de l’équipe éditoriale de Matsadaash, ont été arrêtés les 28 et 29 septembre dans plusieurs régions du pays. Selon l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), qui assure leur défense, les forces de sécurité avaient notamment effectué des perquisitions aux domiciles de plusieurs d’entre eux et saisi des téléphones et des ordinateurs.
Les journalistes sont poursuivis pour plusieurs motifs, notamment la diffusion de fausses informations et des liens présumés avec les Frères musulmans, organisation interdite en Égypte. Les autorités les accusent également d’avoir exercé leur activité sans autorisation. La plateforme Matsadaash rejette ces accusations et affirme mener un travail indépendant de vérification et d’investigation.
Selon leurs avocats, plusieurs journalistes ont déclaré devant le parquet de la Sûreté de l’État avoir subi des violences dans des locaux relevant des services de sécurité nationale. Ils évoquent notamment des coups, des décharges électriques, des menaces et des pressions destinées, selon leurs témoignages, à leur faire enregistrer de prétendus aveux. Ces déclarations ont été consignées par leurs défenseurs, qui demandent l’ouverture d’enquêtes et des examens médicaux pour documenter les éventuelles blessures.
Les autorités égyptiennes contestent ces accusations. Leur démenti intervient alors que l’arrestation simultanée de toute la rédaction de Matsadaash suscite des réactions d’organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse.
Human Rights Watch, notamment, a dénoncé l’arrestation des six journalistes et demandé aux autorités de révéler leur lieu de détention et de garantir leur accès à leurs avocats. L’organisation estime que cette affaire illustre les difficultés rencontrées par les médias indépendants en Égypte.
Créée en 2018, Matsadaash s’est spécialisée dans la vérification des informations et des déclarations publiques en Égypte et dans d’autres pays arabes. La plateforme s’est notamment fait connaître pour son travail de fact-checking sur les informations circulant sur les réseaux sociaux et les déclarations des responsables publics.
L’arrestation de ses six journalistes intervient dans un contexte où la situation de la presse demeure particulièrement surveillée en Égypte. Selon l’EIPR et Reuters, 26 journalistes sont désormais détenus dans le pays en lien avec leur travail journalistique, après l’arrestation de l’ensemble de l’équipe de Matsadaash.
Le dossier reste désormais entre les mains de la justice égyptienne, alors que les accusations de torture formulées par les journalistes et le démenti des autorités font l’objet d’une attention accrue des organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse.
AFRIQUE
ÉGYPTE – Le Caire expulse un diplomate éthiopien après une mesure similaire d’Addis-Abeba
L’Égypte et l’Éthiopie connaissent une nouvelle escalade diplomatique. Le Caire a déclaré persona non grata un conseiller de l’ambassade d’Éthiopie et lui a accordé un délai de 48 heures pour quitter le territoire égyptien. Cette décision intervient en réponse à l’expulsion, la veille, d’un membre du personnel diplomatique égyptien par Addis-Abeba.
Une source égyptienne citée par la presse officielle a qualifié la décision éthiopienne de « regrettable et injustifiée ». Le Caire affirme rejeter toute ingérence dans les affaires intérieures des autres États et considère que les autorités éthiopiennes cherchent à attribuer leurs crises internes à des acteurs extérieurs.
Cette nouvelle confrontation intervient dans un contexte de tensions croissantes dans la Corne de l’Afrique. Addis-Abeba accuse notamment l’Égypte, le Soudan et l’Érythrée de soutenir une coalition d’opposition dirigée par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), engagée dans de nouveaux combats contre les forces gouvernementales éthiopiennes. Les trois pays concernés rejettent ces accusations.
La reprise des affrontements dans le nord de l’Éthiopie fait craindre une nouvelle dégradation de la situation sécuritaire, après la guerre du Tigré de 2020 à 2022, qui avait fait des centaines de milliers de victimes selon différentes estimations. Les combats actuels interviennent alors que les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont également fortement détériorées.
Jeudi, l’Éthiopie a annoncé la fermeture de son ambassade en Érythrée et déclaré dix diplomates érythréens persona non grata, leur donnant 48 heures pour quitter le pays. Asmara a réagi en annonçant la rupture de ses relations diplomatiques avec son voisin.
La crise éthiopienne intervient également sur fond de différend ancien entre Addis-Abeba et Le Caire autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), construit sur le Nil Bleu. L’Égypte estime que la gestion des eaux du barrage pourrait affecter ses ressources hydriques, tandis que l’Éthiopie considère le projet comme essentiel à son développement énergétique.
AFRIQUE
MAROC – Amnesty International accuse les services de renseignement d’un vaste dispositif de surveillance
Amnesty International met en cause les services de renseignement marocains dans un nouveau rapport consacré aux méthodes de surveillance visant, selon l’organisation, des journalistes, des défenseurs des droits humains et d’autres acteurs de la société civile.
Dans cette enquête intitulée « On commence par le verdict ». Au cœur de l’appareil de surveillance marocain, l’ONG affirme avoir documenté un système combinant des technologies de cybersurveillance et des méthodes plus traditionnelles, comme les écoutes, les filatures ou encore l’installation de dispositifs permettant d’enregistrer des conversations.
Pour étayer ses conclusions, Amnesty dit s’appuyer sur plusieurs sources, notamment le témoignage d’un ancien membre de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), présenté sous le pseudonyme de « Safir ». L’organisation indique également avoir analysé des données issues de la criminalistique numérique, des documents ayant fuité et recueilli les témoignages de dix personnes présentées comme ayant été ciblées.
L’ONG affirme notamment que le logiciel espion Pegasus, développé par l’entreprise israélienne NSO Group, aurait été utilisé par la DGST. Selon Amnesty, son déploiement au Maroc aurait commencé en 2017 et aurait permis de cibler des journalistes et des militants jusqu’en 2021. D’autres solutions technologiques provenant de sociétés israéliennes, européennes et américaines auraient également été utilisées.
Le rapport décrit plusieurs techniques d’intrusion dans les appareils électroniques. Certaines nécessiteraient une intervention de la victime, tandis que d’autres, dites « zéro clic », permettraient d’infecter un téléphone sans action de son propriétaire. Amnesty évoque aussi des attaques passant par les infrastructures des opérateurs télécoms ainsi que l’utilisation de téléphones déjà compromis.
L’organisation affirme par ailleurs que des dispositifs d’écoute auraient été installés dans différents lieux privés et que des données de géolocalisation auraient permis de suivre les déplacements de certaines personnes. Le témoignage de l’ancien agent évoque également la compromission de cybercafés à l’aide du logiciel Remote Control System (RCS), qui aurait permis d’accéder aux communications et aux fichiers stockés sur des ordinateurs.
Amnesty affirme avoir identifié les propriétaires de 103 numéros marocains apparaissant parmi les cibles potentielles de Pegasus entre septembre et décembre 2017. Selon son analyse, 65 de ces numéros seraient liés à des membres de la société civile, dont 34 défenseurs des droits humains, 22 journalistes ou professionnels des médias, cinq avocats et quatre universitaires. Vingt-cinq autres seraient associés à des responsables politiques ou à des membres des autorités.
Le rapport cite notamment le journaliste Omar Radi ainsi que le militant Fouad Abdelmoumni. Amnesty affirme que ce dernier aurait notamment été surveillé et qu’une vidéo enregistrée dans son domicile aurait ensuite circulé sur WhatsApp.
Selon l’organisation, les informations recueillies grâce à ces opérations de surveillance auraient également pu être utilisées dans des campagnes visant à discréditer certains militants dans des médias considérés comme proches du pouvoir. Amnesty estime que ces pratiques peuvent favoriser un climat d’autocensure au sein de la société civile.
L’ONG affirme également que certaines capacités de surveillance auraient pu être utilisées au-delà du territoire marocain, permettant de suivre les communications ou les déplacements de personnes vivant à l’étranger.
Les autorités marocaines rejettent depuis plusieurs années les accusations relatives à l’utilisation de logiciels espions contre leurs citoyens et affirment respecter la confidentialité des communications. Amnesty indique avoir adressé des demandes aux autorités marocaines quatre semaines avant la publication de son rapport, sans obtenir de réponse.
Plusieurs entreprises mentionnées dans l’enquête ont également été sollicitées. Verint a déclaré avoir quitté ce secteur en 2021, tandis que Memento Labs affirme ne disposer d’aucun contrat actuellement avec une entité marocaine. Les autres sociétés contactées n’auraient pas répondu aux sollicitations de l’organisation.
Amnesty International demande désormais aux autorités marocaines de mettre fin à ce qu’elle qualifie de pratiques de surveillance illégale et de mettre en place une enquête indépendante sur les activités attribuées à la DGST. L’organisation appelle également les pays exportateurs de technologies de surveillance à renforcer les mécanismes de contrôle afin d’empêcher leur utilisation à des fins contraires aux droits fondamentaux.
-
A LA UNE2 semaines .SÉNÉGAL – De Pikine à Londres, SOLMA veut faire défiler le Sénégal sur la scène internationale
-
AFRIQUE3 mois .SOUDAN – Amnesty International alerte sur des crimes de masse et un risque d’escalade au Darfour
-
AFRIQUE3 mois .CAMEROUN – L’absence prolongée de Paul Biya alimente interrogations et tensions politiques
-
AFRIQUE3 mois .KENYA – La montée inquiétante des « goons » à l’approche des élections
-
EUROPE3 mois .FRANCE – Paris : Lancement du Haut conseil de la diplomatie africaine et appel à l’unité des Africains
-
AFRIQUE3 mois .SÉNÉGAL – Ousmane Sonko appelle Bassirou Diomaye Faye à promulguer la réforme constitutionnelle et défend « une avancée majeure pour la démocratie »
-
AFRIQUE3 mois .NIGÉRIA – Fortes inondations à Lagos après des pluies torrentielles
-
CULTURE3 mois .CAMEROUN /FRANCE – Fashion Week Haute Couture : Imane Ayissi célèbre l’Afrique dans une collection où tradition et modernité prennent leur envol


