Connect with us

AFRIQUE

CÔTE D’IVOIRE – Habyba Thiero : « Le développement de l’Afrique passe par les infrastructures et l’industrialisation »

Publie

le

À la tête d’Africa Currency Network, une holding panafricaine engagée dans plusieurs secteurs stratégiques, Habyba Thiero défend un modèle de développement fondé sur les infrastructures productives, la transformation locale et la mobilisation des entreprises africaines. Rencontrée lors d’Africa Day, organisé à Sciences Po Paris, l’entrepreneure ivoirienne plaide pour une approche conciliant rentabilité économique, impact territorial et création de valeur locale.

Construire des infrastructures ne suffit pas à transformer durablement les économies africaines. Encore faut-il qu’elles contribuent à développer les capacités de production, à structurer les entreprises locales et à créer des opportunités pour les populations. C’est la conviction défendue par Habyba Thiero, CEO d’Africa Currency Network, qui entend placer les territoires et leurs acteurs économiques au cœur des stratégies d’investissement. À l’occasion de la troisième édition d’Africa Day, organisée à Sciences Po Paris, l’entrepreneure ivoirienne a présenté sa vision d’un développement africain dans lequel le secteur privé ne se limite pas au financement des projets, mais participe également à la construction de chaînes de valeur et au renforcement des compétences locales. « L’infrastructure seule ne développe pas, elle ne crée pas de prospérité. C’est tout l’écosystème qu’on arrive à mettre en place autour d’une infrastructure qui crée de la prospérité », affirme-t-elle. Cette approche constitue le fil conducteur des activités d’Africa Currency Network, une holding panafricaine qui ambitionne de développer des projets économiquement viables, capables de répondre aux besoins des territoires tout en favorisant leur transformation.

Produire localement pour répondre aux besoins du continent
Pour Habyba Thiero, l’industrialisation et le développement des infrastructures constituent deux dimensions indissociables de la transformation économique africaine. Face à une démographie dynamique et à des besoins croissants en matière d’énergie, d’alimentation, de logement et de services, le continent doit renforcer ses capacités de production et réduire les insuffisances structurelles qui freinent son développement. L’enjeu ne consiste donc pas uniquement à construire des équipements, mais à créer les conditions nécessaires à l’émergence d’activités économiques durables. Les infrastructures industrielles, logistiques et commerciales doivent notamment permettre aux entreprises africaines de mieux produire, transformer et distribuer leurs biens. Cette ambition rejoint la réflexion sur la souveraineté économique du continent, qui suppose une participation plus importante des acteurs locaux aux différentes étapes de la création de valeur. « Lorsqu’on parle de souveraineté et lorsqu’on parle de développement, il ne s’agit pas juste d’une responsabilité du secteur public. Le secteur privé a un rôle énorme à jouer dans le développement de nos territoires », souligne la dirigeante.

Les partenariats public-privé comme levier de transformation
Au sein de l’écosystème d’Africa Currency Network, MOPAT Group constitue la structure chargée du développement des infrastructures, notamment à travers les partenariats public-privé (PPP). Ce modèle repose sur une collaboration entre les pouvoirs publics et les investisseurs privés, avec pour objectif de mobiliser les financements, les compétences et les capacités d’exécution nécessaires à la réalisation des projets. Pour Habyba Thiero, la qualité de la préparation et de la structuration des projets demeure déterminante pour rassurer les investisseurs et maîtriser les risques. La Côte d’Ivoire représente aujourd’hui le principal terrain d’intervention présenté par la dirigeante. Elle met notamment en avant le cadre institutionnel des partenariats public-privé, qui offre, selon elle, des possibilités de collaboration entre les entreprises et les autorités publiques. Mais l’ambition dépasse les frontières ivoiriennes. Africa Currency Network souhaite développer une approche panafricaine et envisage que les modèles élaborés en Côte d’Ivoire puissent être adaptés à d’autres marchés du continent. Cette perspective suppose néanmoins de tenir compte des particularités économiques, réglementaires et institutionnelles de chaque pays.

La création de valeur locale au cœur des investissements
L’un des principaux défis identifiés par Habyba Thiero concerne la capacité des entreprises africaines à bénéficier directement des projets d’infrastructures réalisés sur leurs territoires. Dans de nombreux pays, les petites entreprises et les opérateurs informels disposent de compétences et de savoir-faire, mais rencontrent des difficultés pour accéder aux marchés structurés et participer à de grands projets. Pour la dirigeante, il est essentiel d’accompagner ces acteurs en renforçant leurs capacités techniques, organisationnelles et économiques. « Une de nos réussites serait que dans ce développement territorial et dans ce développement d’infrastructures, nous puissions construire ce développement avec des entreprises locales », explique-t-elle. L’objectif est de permettre aux entreprises nationales de prendre part à la réalisation et à l’exploitation des infrastructures, plutôt que de rester en marge des investissements. Cette orientation implique également de développer les compétences professionnelles et de mieux préparer les populations aux opportunités créées par les projets. Pour Habyba Thiero, la rentabilité financière ne saurait ainsi être dissociée de l’impact économique et social. « En Afrique, nous pensons que nous n’avons pas le luxe de nous permettre de penser d’un côté la rentabilité des projets et de l’autre côté l’impact des projets. » Une conviction qui résume sa volonté de promouvoir des investissements capables de générer des revenus tout en transformant concrètement les conditions de vie.

Les industries créatives, un potentiel économique encore sous-exploité
Au-delà des infrastructures industrielles et commerciales traditionnelles, Africa Currency Network s’intéresse également aux industries culturelles et créatives. Pour Habyba Thiero, ce secteur demeure insuffisamment considéré comme un véritable moteur économique, malgré la richesse des savoir-faire africains. « On a tendance à penser ici que la culture, c’est du folklore », regrette-t-elle. Elle estime pourtant que les artisans, les créateurs et les détenteurs de savoir-faire traditionnels peuvent contribuer à la création de richesse, à condition de disposer d’outils de production, de commercialisation et de distribution adaptés. Cette réflexion se traduit notamment par un projet de village des artisans à Bassa, en Côte d’Ivoire. Selon la dirigeante, cette future infrastructure commerciale devrait accueillir environ 600 artisans représentant plus d’une dizaine de savoir-faire ivoiriens. L’ambition est de créer un espace permettant aux professionnels de produire, de présenter et de commercialiser leurs créations dans un environnement structuré. Au-delà de la préservation du patrimoine, le projet entend favoriser la professionnalisation des métiers artisanaux et leur intégration dans des circuits économiques durables. Il illustre une conception élargie de l’infrastructure, envisagée non seulement comme un équipement physique, mais aussi comme un instrument de valorisation des compétences et des productions locales.

Fédérer les acteurs autour d’une vision commune
Si les besoins d’investissement sont considérables, Habyba Thiero identifie un autre obstacle majeur : la difficulté à rassembler l’ensemble des parties prenantes autour d’une vision partagée du développement. Les investisseurs, les pouvoirs publics, les entreprises et les populations n’ont pas toujours les mêmes priorités ni les mêmes horizons économiques. La réussite d’un projet dépend pourtant de leur capacité à construire des objectifs communs et à transformer les intentions en réalisations concrètes. Pour la dirigeante, le défi consiste à dépasser les approches fragmentées afin de faire émerger des projets cohérents, à la fois viables financièrement et utiles aux territoires. Dans cette perspective, elle souligne également l’importance des espaces de dialogue et de coopération internationale, notamment ceux favorisés par la French-African Foundation. Ces initiatives permettent, selon elle, de rapprocher les expériences, de mutualiser les expertises et d’encourager de nouvelles collaborations entre les acteurs économiques africains et leurs partenaires.

La jeunesse et les femmes, parties prenantes du développement
La rencontre avec les étudiants lors d’Africa Day a également été l’occasion pour Habyba Thiero d’insister sur la responsabilité des nouvelles générations dans la transformation du continent. L’entrepreneure considère que les jeunes doivent être davantage associés aux réflexions et aux initiatives économiques, notamment dans des secteurs stratégiques comme les infrastructures.

Elle encourage également les femmes à investir des domaines dans lesquels elles restent encore insuffisamment représentées. « Il ne faut pas sous-estimer notre capacité à transformer », affirme-t-elle. Son message repose sur une conviction : chaque compétence peut contribuer au développement du continent, à condition d’être mobilisée dans une démarche collective. La souveraineté économique, souvent évoquée dans les débats africains, ne saurait donc relever exclusivement des gouvernements ou des grands investisseurs. Elle nécessite également l’engagement des entrepreneurs, des professionnels, des femmes et des jeunes. À travers Africa Currency Network et les projets portés par MOPAT Group, Habyba Thiero défend ainsi une vision dans laquelle les infrastructures deviennent le point de départ d’une transformation économique plus large. Une ambition dont la réussite se mesurera moins au nombre d’équipements construits qu’à la capacité des territoires à produire davantage, à développer leurs entreprises et à conserver une part plus importante de la richesse créée.

Continuer la lecture
Cliquez ici pour commenter

Laisser un commentaire

AFRIQUE

CAMEROUN – La suspension du parti d’Issa Tchiroma provoque une levée de boucliers dans l’opposition

Publie

le

La décision des autorités camerounaises de suspendre pour trois mois le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), formation politique dirigée par l’opposant en exil Issa Tchiroma Bakary, suscite une vague de protestations au sein de l’opposition et de la société civile. Annoncée le 27 octobre, cette mesure est dénoncée par plusieurs partis, qui redoutent une restriction du pluralisme politique à l’approche des prochaines élections législatives et municipales.

Le gouvernement justifie cette suspension par cinq griefs, parmi lesquels des appels présumés à l’insurrection, l’incitation à la violence et de graves troubles à l’ordre public survenus dans le contexte de la présidentielle du 12 octobre 2025. À l’issue de ce scrutin, Paul Biya avait été déclaré vainqueur, dans un climat politique particulièrement tendu.

Mais pour plusieurs formations politiques, le calendrier de cette décision soulève des interrogations. Elles craignent que la suspension du FSNC ne compromette la préparation des prochaines échéances électorales et ne réduise les possibilités de participation de ses éventuels candidats.

L’Union démocratique du Cameroun (UDC), dirigée par Tomaino Ndam Njoya, s’inquiète ainsi d’une mesure qu’elle considère comme susceptible d’exclure certains acteurs du jeu politique. Le parti appelle à l’organisation d’élections aussi inclusives que possible, estimant que toutes les formations devraient pouvoir participer à la compétition dans des conditions équitables.

Le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), qui avait soutenu Issa Tchiroma lors de la présidentielle, critique également la décision gouvernementale. Il y voit une manœuvre destinée, selon lui, à affaiblir les adversaires du pouvoir plutôt qu’à les affronter dans les urnes.

Le Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), conduit par le député Cabral Libii, déplore pour sa part une nouvelle atteinte au pluralisme politique. La formation appelle directement le président Paul Biya à revenir sur cette mesure, au nom de l’apaisement et de la préservation de la diversité politique au Cameroun.

Après deux jours d’attente, le FSNC a finalement réagi le 29 octobre. Le parti a minimisé la portée de sa suspension, la qualifiant de « non-événement » et de « grossière mise en scène ». Il rappelle par ailleurs avoir déjà annoncé son boycott des prochaines élections, estimant que les conditions nécessaires à un scrutin libre, démocratique et transparent ne sont pas réunies.

Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, n’a pas souhaité commenter la polémique lorsqu’il a été sollicité.

Continuer la lecture

AFRIQUE

MALI – Les enseignants-chercheurs paralysent les universités pour réclamer leurs primes impayées

Publie

le

La contestation prend de l’ampleur dans l’enseignement supérieur malien. Depuis le lundi 26 octobre, les enseignants-chercheurs observent une grève largement suivie dans les universités et les établissements d’enseignement supérieur du pays. À Bamako, Ségou, Sikasso et dans plusieurs autres villes, le mouvement mobiliserait entre 80 % et 100 % des personnels concernés, selon les estimations syndicales.

Si certains chercheurs interrogés par Radio France internationale jugent ces chiffres élevés, voire exagérés, ils s’accordent néanmoins sur l’ampleur de la mobilisation. Le mouvement traduit le mécontentement persistant des enseignants-chercheurs, qui réclament le paiement d’une prime de recherche prévue par un décret adopté en 2017.

Près de dix ans après l’adoption de ce texte, cette indemnité n’a toujours pas été versée. Son montant n’a même pas été officiellement fixé, obligeant les universitaires à financer eux-mêmes une partie de leurs travaux de recherche, de publication et de diffusion scientifique. Pour le Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, cette situation ne peut plus durer.

Les enseignants-chercheurs réclament désormais le versement de la prime ainsi que le règlement des arriérés accumulés au fil des années. Leur organisation syndicale affirme avoir multiplié les démarches auprès du gouvernement, du Conseil national de transition et de la présidence afin d’obtenir une solution. Ces initiatives n’auraient, jusqu’à présent, débouché sur aucun accord concret.

Ce conflit social n’est pas inédit. L’année précédente, les universitaires avaient déjà observé plusieurs semaines de grève. Des discussions avaient alors été engagées avec les autorités de transition, mais elles n’ont finalement pas permis de résoudre le différend.

Depuis le début du nouveau mouvement, le ministère de l’Enseignement supérieur n’a pas publiquement réagi, selon les informations rapportées par RFI. Contacté par le média, le département ministériel n’a pas donné suite à ses sollicitations. Une source syndicale affirme également qu’aucune initiative concrète n’a été engagée pour répondre aux revendications.

Continuer la lecture

AFRIQUE

TANZANIE – Un an après les violences électorales, les familles des victimes réclament justice

Publie

le

La Tanzanie commémore le premier anniversaire des violences qui ont suivi l’élection présidentielle du 29 octobre 2025, dans un contexte toujours marqué par de profondes divisions politiques. À Dar es Salaam, des messes ont été célébrées par l’Église catholique en mémoire des personnes tuées lors de la répression des manifestations qui avaient éclaté après le scrutin.

Le bilan humain demeure au cœur d’une vive controverse. Une commission mise en place par les autorités tanzaniennes recense 518 morts. L’opposition et plusieurs organisations de défense des droits humains avancent toutefois des estimations bien plus élevées, évoquant plusieurs milliers de victimes. Les divergences autour de ces chiffres alimentent les demandes de transparence et d’établissement des responsabilités.

Les troubles avaient éclaté à la suite de la réélection de la présidente Samia Suluhu Hassan, créditée d’environ 98 % des suffrages. Le scrutin avait été vivement contesté, notamment en raison de l’exclusion d’une partie importante de l’opposition, suscitant des interrogations sur les conditions dans lesquelles l’élection s’était déroulée.

Pour marquer cette date, le principal parti d’opposition, Chadema, a décrété sept jours de deuil. Cette initiative vise à honorer la mémoire des disparus et à maintenir l’attention sur les conséquences des violences qui ont secoué le pays.

Les organisations de défense des droits humains continuent, de leur côté, de dénoncer les arrestations qu’elles jugent arbitraires ainsi que les procédures engagées contre des personnes critiques à l’égard du pouvoir. Elles réclament davantage de garanties pour les libertés publiques et une clarification des circonstances entourant la répression des manifestations.

Le dossier de l’opposant Tundu Lissu constitue un autre point de crispation. Poursuivi pour trahison, il attend un verdict annoncé pour le 6 novembre. Son procès, suivi de près par l’opposition et les défenseurs des droits humains, renforce les inquiétudes concernant l’espace politique et judiciaire en Tanzanie.

Un an après les événements, les appels au dialogue et à la réconciliation se multiplient. Mais pour de nombreuses familles endeuillées, l’apaisement reste difficile tant que les circonstances des décès ne sont pas pleinement établies et que les responsabilités n’ont pas été éclaircies. La question de la justice demeure ainsi au centre des attentes, dans un pays toujours confronté aux séquelles de cette crise politique.

Continuer la lecture
Advertisement
Advertisement

DERNIERS ARTICLES

FACEBOOK

PUB

NEWS +