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EUROPE

Emmanuelle Riedel Drouin : « L’aide au développement est un concept un peu dépassé »

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À l’occasion d’Africa Day, organisé le 3 octobre à Sciences Po Paris, la directrice générale déléguée de Proparco défend une nouvelle approche du financement des économies africaines. Au cœur de sa vision : davantage d’investissements privés, une mobilisation accrue des capitaux locaux et des partenariats construits sur le long terme.

L’Afrique manque-t-elle réellement de capitaux pour financer son développement, ou peine-t-elle surtout à mobiliser les ressources financières dont elle dispose déjà ? Cette question traverse les réflexions sur l’avenir économique du continent. Pour Emmanuelle Riedel Drouin, directrice générale déléguée de Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD) dédiée au secteur privé, une partie de la réponse réside dans la capacité à orienter davantage de financements locaux vers les entreprises et les infrastructures productives. Rencontrée à Sciences Po Paris, lors d’Africa Day, elle plaide pour une évolution du modèle de financement du développement, dans lequel les institutions financières internationales ne seraient plus seulement des pourvoyeurs de capitaux, mais aussi des partenaires capables de mobiliser les investisseurs africains. « L’aide au développement, c’est vraiment un concept qui est un peu dépassé aujourd’hui. En tout cas, ce n’est pas du tout comme ça que Proparco voit son rôle », affirme-t-elle.

Mobiliser les capitaux africains pour financer l’économie réelle

Présente dans plusieurs régions du monde, Proparco intervient principalement auprès des institutions financières, des entreprises et des projets d’infrastructures. Son activité repose notamment sur des prêts, des prises de participation et des mécanismes de partage des risques. Selon sa directrice générale déléguée, l’institution réalise en moyenne 2,5 milliards d’euros d’investissements par an, dont environ 900 à 950 millions sur le continent africain. Mais au-delà des montants engagés, l’enjeu est désormais de mobiliser davantage les ressources disponibles localement. L’Afrique dispose d’une épargne domestique importante, notamment à travers ses banques, ses investisseurs institutionnels et ses fonds de pension. Une partie de ces capitaux reste cependant investie dans les titres publics, alors que les besoins de financement des entreprises demeurent considérables. Pour Emmanuelle Riedel Drouin, il s’agit de créer les conditions permettant de réorienter une partie de ces ressources vers des investissements productifs.

Proparco entend ainsi travailler avec les banques locales, les fonds de pension et les investisseurs africains afin de partager les risques et de financer conjointement des projets. L’objectif est également de permettre, à terme, aux acteurs financiers locaux de prendre le relais des institutions de développement.

Du financement à une relation de partenariat

Cette évolution répond aussi à une aspiration de plus en plus affirmée parmi les entrepreneurs africains : accéder aux financements sans s’inscrire dans une logique d’assistance. Interrogée sur la perception des investisseurs étrangers et les attentes d’une jeunesse africaine particulièrement attentive à l’équilibre des partenariats économiques, Emmanuelle Riedel Drouin insiste sur la dimension contractuelle et réciproque de l’investissement privé. « L’investissement solidaire, ça veut dire partenariat, ça veut dire gagnant-gagnant, ça veut dire travailler à long terme dans une relation d’égal à égal. » Selon elle, la relation entre un investisseur et un entrepreneur suppose que chacune des parties trouve un intérêt économique dans le projet. Une approche qu’elle distingue des mécanismes traditionnels d’aide au développement.

Reste néanmoins la question de l’accès effectif aux capitaux, particulièrement pour les petites et moyennes entreprises africaines, confrontées aux exigences de garanties, au coût du crédit et à la difficulté de trouver des financements adaptés à leur croissance.

Les femmes entrepreneures, un enjeu économique majeur

L’autonomisation économique des femmes constitue un autre axe important de la stratégie de Proparco. Pour Emmanuelle Riedel Drouin, la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes n’est pas seulement une question de justice sociale. Elle représente également un enjeu de développement économique. « On ne peut pas, aujourd’hui, gagner un match avec 50 % de son équipe », souligne-t-elle pour illustrer la nécessité d’associer pleinement les femmes à la création de richesse.

L’institution accompagne notamment les banques dans le financement des entreprises dirigées par des femmes, en proposant des garanties destinées à réduire une partie du risque supporté par les établissements prêteurs. Cette démarche vise aussi à faire évoluer les pratiques bancaires et la perception du risque associé à l’entrepreneuriat féminin. Selon la dirigeante, une entreprise détenue par une femme ne présente pas, par principe, davantage de risques qu’une entreprise détenue par un homme. Pourtant, les entrepreneures continuent de rencontrer des obstacles spécifiques dans l’accès au crédit.

Financer des économies capables de résister aux crises

Dans un environnement international marqué par les tensions économiques et les effets du changement climatique, Proparco accorde également une place centrale à la résilience des économies. Pour l’institution, la sélection des projets repose sur leur impact attendu, notamment en matière de lutte contre les inégalités, d’adaptation climatique et de pérennité économique. L’enjeu consiste à accompagner des investissements capables de résister aux chocs économiques et environnementaux, tout en répondant aux besoins de développement des territoires. Cette approche implique des financements de long terme et une prise de risque que les établissements financiers traditionnels ne sont pas toujours disposés à assumer.

Au Maroc, par exemple, où le système bancaire est relativement développé, Proparco privilégie des interventions complémentaires à celles des banques locales, notamment à travers des prises de participation ou des financements plus structurés. L’institution dispose par ailleurs de plusieurs implantations sur le continent, notamment à Casablanca, Abidjan, Dakar, Douala, Nairobi et Johannesburg, afin de maintenir une proximité avec les acteurs économiques.

Une jeunesse africaine qui veut investir plutôt que recevoir

À Sciences Po, la participation des étudiants et des jeunes entrepreneurs a particulièrement retenu l’attention d’Emmanuelle Riedel Drouin. La dirigeante dit avoir été frappée par la curiosité des participants, mais surtout par l’évolution de leur discours sur le développement africain. De jeunes entrepreneurs installés à Abidjan ou à Nairobi ne cherchent plus nécessairement à bénéficier de programmes d’aide. Ils veulent identifier des investisseurs, accéder aux fonds propres et développer leurs entreprises. Cette évolution traduit une volonté de prendre une part plus active à la transformation économique du continent.

Pour la responsable de Proparco, le défi consiste désormais à répondre à cette demande en facilitant la rencontre entre les porteurs de projets, les banques et les investisseurs. Malgré la succession des crises internationales, elle conserve une lecture optimiste des perspectives économiques africaines. « Les risques perçus sont souvent bien plus importants que les risques réels », estime-t-elle. Un constat qui résume sa conviction : le financement du développement africain doit davantage reposer sur l’investissement productif, la mobilisation des ressources locales et la construction de partenariats durables.

Au delà des discours sur la nécessité d’investir en Afrique, une question demeure centrale : comment transformer cette volonté en financements accessibles aux entreprises, créatrices d’emplois et de valeur ajoutée sur le continent ? C’est sur ce terrain que se jouera, en grande partie, la crédibilité de cette nouvelle approche du développement.

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FRANCE – Lycéens dans la rue : 86 000 manifestants recensés hors de Paris

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La mobilisation des lycéens se poursuit en France, où le mouvement lancé depuis plusieurs semaines pour réclamer davantage de moyens dans l’Éducation nationale continue de prendre de l’ampleur. Mardi, des affrontements ont de nouveau opposé des manifestants aux forces de l’ordre, notamment aux abords de la place de la République à Paris, où la police a fait usage de gaz lacrymogène.

La contestation, qui s’est progressivement étendue à de nombreux établissements du pays, dépasse désormais le seul cadre des blocages de lycées. Des manifestations ont été organisées dans plusieurs villes françaises, réunissant lycéens, enseignants, parents et autres soutiens. Selon le ministère de l’Intérieur, 86 000 personnes avaient manifesté hors de Paris mardi matin, avant de nouveaux rassemblements dans la capitale dans l’après-midi.

Les revendications portent notamment sur les conditions d’enseignement, les effectifs dans les classes, le manque de personnel et l’état des établissements scolaires. Face à la mobilisation, les autorités ont renforcé le dispositif de maintien de l’ordre. Depuis le début de la semaine précédente, plus de 5 000 personnes avaient déjà été interpellées, dont une large majorité de mineurs, selon les chiffres communiqués par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.

Cette présence policière fait l’objet de vives critiques après plusieurs incidents ayant entraîné des blessures graves parmi les manifestants. Le cas le plus marquant concerne un adolescent de 15 ans blessé lundi 5 octobre à Lens : il a eu la main arrachée lors d’un incident impliquant une grenade utilisée par les forces de l’ordre. Une enquête de l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) a été ouverte afin d’établir précisément les circonstances des faits.

D’autres blessures ont également été recensées depuis le début de la mobilisation. Le ministère de l’Éducation nationale faisait état lundi de 215 élèves blessés, tandis que plusieurs enquêtes judiciaires ont été ouvertes pour examiner des faits mettant en cause l’intervention des forces de l’ordre. Des policiers ont eux aussi été blessés lors d’affrontements avec des manifestants.

Pour Léa Monimart, professionnelle de la petite enfance citée dans les médias, les lycéens doivent être considérés comme des acteurs à part entière du mouvement. Elle appelle notamment les adultes à écouter leurs revendications plutôt qu’à les réduire à leur âge.

Le gouvernement défend de son côté la nécessité de maintenir l’ordre face aux violences et aux dégradations constatées autour de certains établissements. Laurent Nuñez affirme que les forces de sécurité doivent intervenir lorsque des violences sont commises, tandis que ses détracteurs contestent certaines méthodes employées lors des opérations de dispersion et demandent que les circonstances des blessures les plus graves soient établies par les enquêtes en cours.

Le mouvement intervient dans un contexte politique particulièrement sensible, à quelques mois de l’élection présidentielle française. Alors que les blocages d’établissements et les manifestations se poursuivent, le gouvernement est confronté à un double enjeu : répondre aux revendications portant sur l’école tout en contenant les affrontements qui accompagnent désormais une partie des mobilisations.

La journée de mardi marque ainsi une nouvelle étape dans cette crise lycéenne, avec une mobilisation nationale importante et un débat de plus en plus vif sur les méthodes de maintien de l’ordre, la protection des mineurs et la réponse politique aux difficultés dénoncées dans les établissements scolaires.

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FRANCE – Édouard Balladur s’éteint à 97 ans, retour sur le parcours d’un ancien Premier ministre

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Édouard Balladur, ancien Premier ministre français et figure emblématique de la droite, est mort lundi à Paris à l’âge de 97 ans, a annoncé sa famille. Son décès marque la disparition d’un acteur important de la vie politique française des années 1980 et 1990.

Né dans une famille d’origine arménienne, Édouard Balladur s’était progressivement imposé dans les cercles du pouvoir avant d’accéder à Matignon. Il commence sa carrière politique aux côtés de Georges Pompidou, puis se rapproche de Jacques Chirac, avec lequel il entretient pendant plusieurs années une relation politique étroite.

La victoire de la droite aux élections législatives de 1993 ouvre les portes de Matignon à Édouard Balladur. François Mitterrand, alors président de la République, le nomme Premier ministre dans le cadre de la deuxième cohabitation de la Ve République. Pendant deux ans, il dirige le gouvernement et acquiert une forte popularité auprès de l’opinion.

Cette popularité l’encourage à se lancer dans la course à l’Élysée en 1995. En annonçant sa candidature, il se retrouve face à Jacques Chirac, jusque-là considéré comme son allié politique. La compétition entre les deux hommes provoque alors une importante division au sein de la droite française.

Longtemps présenté comme l’un des favoris du scrutin, Édouard Balladur ne parvient finalement pas à accéder au second tour. Il termine troisième derrière Jacques Chirac et Lionel Jospin. Jacques Chirac remportera ensuite la présidentielle face au candidat socialiste, mettant un terme aux ambitions présidentielles de son ancien allié.

Édouard Balladur connaîtra également une importante séquence judiciaire plusieurs années après son passage à Matignon. Il est poursuivi dans le dossier lié au financement de sa campagne présidentielle de 1995, dans lequel apparaissent des soupçons de financement occulte en lien avec des contrats d’armement conclus avec le Pakistan.

Jugé par la Cour de justice de la République, l’ancien Premier ministre est finalement relaxé en 2021. Dans la même affaire, son ancien ministre de la Défense François Léotard est condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis.

Avec sa disparition, la France perd l’une des personnalités qui ont marqué la droite et les institutions de la Ve République au cours des années 1990. Son passage à Matignon, sa rivalité avec Jacques Chirac et sa candidature à la présidentielle de 1995 restent parmi les épisodes les plus marquants de son parcours politique.

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ESPAGNE – Ceuta sous pression : Madrid réclame davantage de solidarité européenne

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La situation migratoire à Ceuta continue de provoquer des tensions politiques en Espagne et au sein de l’Union européenne. Mardi, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a assuré que Madrid maîtrisait la situation dans l’enclave, près de deux semaines après un afflux migratoire inédit.

Selon les autorités espagnoles, environ 72 000 migrants avaient franchi la frontière depuis le Maroc. Près de 70 000 d’entre eux sont depuis retournés sur le territoire marocain, tandis que plusieurs milliers de personnes restent encore à Ceuta. En déplacement dans l’enclave, José Manuel Albares a voulu rassurer sur le contrôle des frontières espagnoles. Il a notamment affirmé que « l’intégrité de l’espace Schengen est pleinement garantie » à Ceuta et Melilla, l’autre enclave espagnole située en Afrique du Nord. Le ministre a toutefois appelé à une mobilisation accrue de l’Union européenne en faveur des deux territoires. Il estime que leurs particularités géographiques, sociales et économiques doivent être davantage prises en compte par Bruxelles.

Nouvelle passe d’armes avec l’Italie

La crise migratoire a également ravivé les tensions entre Madrid et Rome. José Manuel Albares a reproché au gouvernement italien de Giorgia Meloni de ne pas avoir manifesté « le même esprit de solidarité et de soutien envers l’Espagne » que la majorité des États membres de l’Union européenne. Les relations entre les deux capitales se sont tendues après la décision de l’Espagne d’instaurer des contrôles à sa frontière pour les voyageurs en provenance d’Italie, en réaction à des mesures similaires adoptées par Rome. Cette nouvelle confrontation intervient alors que la question migratoire reste l’un des sujets les plus sensibles au sein de l’Union européenne.

Le sort des migrants encore présents divise Madrid et Ceuta

Au-delà de la question du contrôle des frontières, la gestion des personnes toujours présentes à Ceuta constitue désormais un autre point de friction. Le président de l’enclave, Juan Jesús Vivas, a demandé lundi la mise en place d’un dispositif permettant de restreindre temporairement la liberté de mouvement des migrants dans l’attente de l’examen de leur situation administrative. L’élu conservateur souhaite notamment l’aménagement d’un espace comparable à un centre de rétention pour étrangers, afin d’éviter, selon lui, une aggravation de la situation. Juan Jesús Vivas estime que les capacités d’accueil de Ceuta sont arrivées à saturation et qualifie la situation d’« intenable » et d’« inacceptable ». Il réclame ainsi la mise en œuvre urgente d’un plan national destiné à rétablir la situation dans l’enclave.

Une crise aux conséquences européennes

Alors que la majorité des migrants arrivés lors de l’afflux massif ont déjà regagné le Maroc, la crise de Ceuta continue donc de produire des effets politiques. Entre la pression exercée sur les structures locales, les désaccords entre Madrid et les autorités de l’enclave et les tensions diplomatiques avec Rome, le dossier migratoire s’impose une nouvelle fois comme un sujet majeur de confrontation en Europe. Pour le gouvernement espagnol, l’objectif est désormais de maintenir le contrôle de la frontière tout en obtenant davantage de solidarité européenne pour faire face aux conséquences migratoires pesant sur Ceuta et Melilla.

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