AFRIQUE
GUINÉE BISSAU – Le Nigeria place Fernando Da Costa sous protection
Le président de la République fédérale du Nigeria, Bola Ahmed Tinubu, a officiellement saisi la CEDEAO pour garantir la protection de Fernando Dia Da Costa, vainqueur proclamé de la présidentielle du 23 novembre 2025 en Guinée-Bissau. Le candidat, menacé depuis l’annonce des résultats, est actuellement placé sous la protection du Nigeria et hébergé dans les locaux de son ambassade à Bissau.
Selon un document diplomatique daté du 29 novembre 2025, signé par le ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Maitama Tuggar, Abuja a décidé d’agir de manière « proactive » face à des « menaces imminentes » pesant sur la vie de M. Da Costa. Dans une lettre adressée à Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, le chef de la diplomatie affirme que le président Tinubu a approuvé la mise sous protection diplomatique du candidat pour préserver sa sécurité et défendre la volonté populaire exprimée dans les urnes.
Le Nigeria demande également le déploiement immédiat de la Mission d’appui à la stabilisation de la CEDEAO en Guinée-Bissau (ESSMGB). L’objectif est d’assurer une protection renforcée à Fernando Dia Da Costa durant tout son séjour à l’ambassade. Abuja insiste sur l’urgence d’une intervention rapide, dans un contexte où la Guinée-Bissau est plongée dans une crise post-électorale marquée par l’intervention de l’armée, des arrestations ciblées et des tensions persistantes.
En offrant refuge au vainqueur proclamé du scrutin, le Nigeria s’impose comme un acteur clé de la gestion de cette crise institutionnelle. Cette démarche accroît la pression sur la CEDEAO, déjà critiquée pour ses réponses jugées lentes ou insuffisantes lors de précédents bouleversements politiques dans la région.
Alors que la situation reste hautement volatile à Bissau, l’appel formel du Nigeria pourrait accélérer une mobilisation régionale destinée à protéger le processus démocratique et ramener la stabilité dans le pays.
AFRIQUE
MALI – Le verdict tombe, Ras Bath et « Rose, la vie chère » envoyés en prison
La justice malienne a condamné lundi Mohamed Youssouf Bathily, plus connu sous le pseudonyme de Ras Bath, à sept ans de réclusion ferme. La militante Rokia Doumbia, surnommée « Rose, la vie chère » sur les réseaux sociaux, a écopé de la même peine. Les deux figures critiques du pouvoir étaient poursuivies dans une affaire liée à leurs prises de parole publiques sur la situation du pays.
Le tribunal a retenu plusieurs chefs d’accusation, notamment l’association de malfaiteurs et l’atteinte au crédit de l’État. En plus des sept années de détention ferme, les prévenus ont été condamnés à trois années supplémentaires avec sursis.
Arrêtés et détenus depuis 2023, Ras Bath et Rokia Doumbia étaient poursuivis à la suite d’une émission consacrée aux difficultés économiques auxquelles sont confrontées les populations maliennes. Le journaliste avait notamment reçu à plusieurs reprises la militante, très active dans la dénonciation de la hausse du coût de la vie. La défense a rejeté les accusations portées contre ses clients et contesté les éléments retenus par l’accusation.
Figure médiatique connue pour ses interventions particulièrement critiques, Ras Bath avait déjà été confronté à la justice malienne. En juillet 2023, il avait notamment bénéficié d’un acquittement dans une procédure portant sur des propos relatifs aux circonstances de la mort en détention de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga.
La condamnation prononcée lundi intervient dans un climat politique marqué par un durcissement à l’égard des voix dissidentes. Depuis leur arrivée au pouvoir à la faveur des coups d’État de 2020 et 2021, les autorités militaires maliennes ont progressivement renforcé leur contrôle sur l’espace politique et médiatique.
AFRIQUE
SÉNÉGAL – L’Assemblée adopte la réforme, Diomaye Faye choisit le référendum
Les députés ont adopté, lundi 17 août 2026, la proposition de loi n°33/2026 portant modification de l’article 37 de la Constitution. Cette réforme ouvre désormais la voie à une consultation populaire, le président de la République ayant choisi de soumettre le texte à référendum conformément aux dispositions de l’article 103 de la Loi fondamentale.
L’annonce a été faite à l’Assemblée nationale par le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, au cours des débats consacrés à la révision constitutionnelle. Selon lui, le chef de l’État a officiellement informé le président de l’Assemblée nationale de sa décision dans un courrier transmis le 30 juillet dernier.
Le vote des députés intervient après l’examen d’un amendement présenté par le gouvernement. Celui-ci vise à renforcer le dispositif de transparence patrimoniale en étendant l’obligation de publicité des déclarations de patrimoine au président de l’Assemblée nationale et au Premier ministre.
Avec cette modification, les trois principales autorités issues des pouvoirs exécutif et législatif seraient désormais concernées au même niveau constitutionnel par cette exigence de transparence : le président de la République, le président de l’Assemblée nationale et le Premier ministre.
Pour l’Exécutif, cette évolution répond à une logique d’harmonisation. Le gouvernement estime en effet qu’il serait difficilement cohérent que les plus hautes autorités de l’État soient soumises à des régimes différents en matière de déclaration et de publicité de leur patrimoine.
Le gouvernement rappelle par ailleurs que le président de l’Assemblée nationale et le Premier ministre sont déjà soumis à une obligation de déclaration de patrimoine dans le cadre du dispositif légal relevant de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC).
La réforme ne créerait donc pas une obligation entièrement nouvelle pour ces deux responsables. Son principal changement résiderait dans son inscription au niveau constitutionnel, donnant ainsi à cette exigence une portée juridique supérieure et une plus grande stabilité.
En choisissant la voie référendaire, le président de la République fait désormais entrer cette réforme dans une nouvelle phase. Après son adoption par l’Assemblée nationale, le texte devra être soumis directement au corps électoral, conformément à la procédure prévue par la Constitution.
AFRIQUE
TCHAD – Mahamat Idriss Déby gracie Succès Masra, l’opposant condamné à 20 ans de prison
Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a décidé d’accorder une grâce présidentielle à Succès Masra, figure majeure de l’opposition et ancien Premier ministre. Condamné à 20 ans de réclusion, l’opposant devrait retrouver la liberté une fois les formalités administratives et judiciaires liées à cette décision achevées.
Succès Masra avait été condamné en août 2025 dans le cadre du dossier des violences intercommunautaires survenues à Mandakao. La justice tchadienne l’avait reconnu coupable notamment de « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » et de « complicité de meurtre ». Les affrontements de mai 2025 avaient causé la mort de 42 personnes.
La mesure présidentielle ne concerne pas uniquement l’ancien chef du gouvernement. Huit responsables politiques appartenant au Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), une plateforme regroupant plusieurs formations de l’opposition, bénéficient également de cette décision. Condamnés en mai à huit années de prison ferme, ils avaient été poursuivis pour des faits liés à une tentative présumée d’insurrection.
Selon la présidence tchadienne, les demandes de grâce ont été transmises au chef de l’État par les conseils des personnes condamnées. Cette procédure a ainsi abouti à une mesure qui permet de mettre un terme à leur détention.
Les autorités précisent toutefois que la grâce présidentielle ne fait pas disparaître les condamnations prononcées par la justice. Les sanctions civiles restent notamment applicables, malgré la remise des peines d’emprisonnement.
Un autre décret présidentiel prévoit par ailleurs des réductions de peine pour plusieurs détenus à travers le pays. Cette mesure générale comporte cependant des exclusions. Les personnes condamnées pour des faits particulièrement graves, notamment le terrorisme, le viol ou certaines infractions liées aux stupéfiants, ne pourront pas en bénéficier.
La libération annoncée de Succès Masra intervient dans un contexte politique sensible au Tchad, où les rapports entre le pouvoir et l’opposition restent au cœur des débats. Cette grâce présidentielle pourrait ainsi constituer un geste politique important, alors que le pays poursuit sa transition institutionnelle.
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