AFRIQUE
AFRIQUE DU SUD – La colère sociale vire à la chasse à l’homme
Dans les rues de plusieurs grandes villes sud-africaines, une mécanique inquiétante s’installe. Ce qui relevait autrefois d’épisodes sporadiques de tensions xénophobes prend désormais la forme d’actions répétées, organisées et assumées. Des groupes de citoyens, se présentant comme des défenseurs de l’ordre local, multiplient les opérations visant directement les populations étrangères.
À Johannesburg, dans certaines zones du KwaZulu-Natal ou aux abords d’établissements hospitaliers du Gauteng, des scènes similaires se succèdent : contrôles improvisés, intimidations publiques, expulsions forcées de commerces. Des migrants venus d’autres pays africains ou d’Asie sont sommés de prouver leur légalité ou contraints de quitter les lieux sous pression.
Cette escalade ne se limite plus à des discours ou à des tensions verbales. Des agressions physiques ont été documentées, parfois filmées et largement diffusées. Dans certains cas, la violence a franchi un seuil critique, avec des attaques mortelles visant des commerçants étrangers.
Derrière ces actions, un mouvement structuré a progressivement émergé, capitalisant sur un sentiment de frustration largement répandu dans la société sud-africaine. Né dans les quartiers populaires, ce courant s’est construit autour d’un discours simple : attribuer aux étrangers une part significative des difficultés économiques et sociales du pays.
Car le terreau est profond. L’Afrique du Sud reste marquée par des inégalités extrêmes, un chômage massif — notamment chez les jeunes — et une dégradation continue des services publics. Les coupures d’électricité, la saturation du système de santé et l’insécurité alimentent une colère diffuse. Dans ce climat, l’étranger devient une cible accessible, un exutoire face à des problèmes bien plus complexes.
Pourtant, les données officielles contredisent largement cette perception. Les migrants représentent une part relativement faible de la population. Mais dans l’imaginaire collectif, ils sont accusés de peser sur l’emploi, de tirer les salaires vers le bas ou encore d’alimenter certaines formes de criminalité.
La situation a pris une tournure particulièrement alarmante avec l’irruption de ces groupes dans des lieux sensibles comme les hôpitaux. Des patients étrangers, y compris vulnérables, ont été empêchés d’accéder aux soins, révélant un basculement vers une forme de justice parallèle.
Face à ces dérives, les institutions judiciaires ont tenté de rappeler le cadre légal, soulignant que le contrôle des identités ne relève que des autorités compétentes. Mais sur le terrain, la réalité demeure plus floue.
Le pouvoir politique, lui, évolue sur une ligne de crête. S’il condamne officiellement les violences, il reconnaît en parallèle que la question migratoire alimente un malaise réel. Cette ambiguïté contribue à entretenir un climat où les discours de rejet trouvent un écho croissant.
Au-delà des tensions actuelles, cette situation révèle une crise plus profonde : celle d’un modèle socio-économique qui peine à répondre aux attentes d’une large partie de la population. Dans ce contexte, la désignation de boucs émissaires apparaît comme une réponse simpliste à des déséquilibres structurels.
L’ironie est d’autant plus marquante que, par le passé, de nombreux pays africains avaient soutenu les luttes sud-africaines. Aujourd’hui, leurs ressortissants se retrouvent pris dans une spirale de rejet, symptomatique d’un pays en quête de stabilité sociale et d’identité.
AFRIQUE
SAO-TOMÉ-ET-PRINCIPE – Une campagne sous tension avant le vote du 19 juillet
À l’approche de l’élection présidentielle prévue le 19 juillet à São Tomé-et-Príncipe, la campagne électorale s’achève dans un climat marqué par le retrait tardif d’un candidat majeur. Initialement au nombre de cinq, les prétendants à la magistrature suprême ne sont plus que quatre réellement en lice, après le désistement de l’ancien Premier ministre Jorge Bom Jesus. Toutefois, son nom restera présent sur les bulletins de vote, son retrait étant intervenu hors des délais légaux.
La campagne prend fin ce vendredi, laissant place à une journée de silence électoral samedi, conformément à la réglementation en vigueur. Le scrutin sera encadré par plusieurs missions d’observation internationale, notamment celles de l’Union européenne, de l’Union africaine et de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP).
En amont, le Tribunal constitutionnel avait validé cinq des six candidatures déposées le 16 juin, rejetant uniquement celle du député et homme d’affaires Nino Monteiro. Cette décision, motivée par des irrégularités administratives et des questions liées à son origine familiale, a été contestée par son parti, le MCI-PS/PUN, qui dénonce un traitement discriminatoire.
Depuis, la dynamique électorale s’est resserrée autour de quatre candidats actifs : le président sortant Carlos Vila Nova, en quête d’un second mandat, le député Nito D’Abreu, représentant de l’Alternative démocratique indépendante (ADI), ainsi que les juristes Eugénio Tiny et Miques João Bonfim.
La dernière ligne droite de la campagne est dominée par la confrontation entre Carlos Vila Nova et Nito D’Abreu, considérés comme les principaux favoris. Tous deux multiplient les meetings dans la capitale, São Tomé, tandis que leurs concurrents mènent des campagnes plus discrètes.
Selon la Commission électorale nationale, 142 191 électeurs sont inscrits, dont une part significative issue de la diaspora. Ces derniers sont appelés à participer au vote, illustrant l’importance de cet électorat dans le processus démocratique du pays.
Au-delà de l’enjeu politique immédiat, cette élection est observée de près par la communauté internationale. Le pays suscite en effet des attentes liées à ses ressources pétrolières offshore, encore inexploitées à l’échelle commerciale. Ce scrutin marque également le début d’un cycle électoral plus large, qui se poursuivra avec les élections législatives, locales et régionales prévues le 27 septembre.
AFRIQUE
SÉNÉGAL – Colère des familles de victimes après l’ annonce de la visite de Macky Sall
La candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies suscite de vives tensions au Sénégal. Quelques jours après l’officialisation de sa participation à la course, l’ancien chef de l’État s’est rendu à Dakar pour rencontrer le président Bassirou Diomaye Faye, une initiative qui a ravivé les critiques au sein de l’opinion publique.
Soutenu par le Burundi, actuel président de l’Union africaine, Macky Sall met en avant son expérience diplomatique, notamment son passage à la tête de l’organisation continentale entre 2022 et 2023. Son entourage souligne une ambition de représenter le continent africain au plus haut niveau des institutions internationales.
Cependant, cette candidature se heurte à une contestation grandissante sur le plan national. Des collectifs de familles de victimes des violences politiques survenues entre 2021 et 2024 dénoncent une démarche jugée inappropriée, rappelant le lourd bilan humain des manifestations de cette période.
Pour Mouhamed Fadel Bodian, la rencontre entre les deux hommes constitue un signal préoccupant, estimant que Macky Sall ne devrait pas bénéficier du soutien officiel du Sénégal dans cette course internationale.
Même tonalité du côté de Boubacar Sèye, qui évoque une période marquée par de nombreuses pertes humaines. La contestation s’étend également à la sphère politique, notamment avec Guy Marius Sagna, qui critique ouvertement la visite de l’ancien président.
Sur la scène internationale, la compétition pour succéder à António Guterres, dont le mandat s’achève en décembre 2026, s’intensifie. Plusieurs candidatures sont déjà déclarées, dont celles de Michelle Bachelet et de Rafael Grossi. La candidature de Rebeca Grynspan est également évoquée, bien qu’elle n’ait pas encore été officiellement déposée.
Le processus de sélection doit entrer dans sa phase décisive avec l’examen des candidatures par le Conseil de sécurité, avant un vote final de l’Assemblée générale. Dans ce contexte, la candidature de Macky Sall apparaît comme un enjeu à la fois diplomatique et politique, étroitement lié aux débats internes sur la mémoire et la réconciliation nationale au Sénégal.
AFRIQUE
ZIMBABWÉ – Un retour massif de migrants face aux violences en Afrique du Sud
Le Zimbabwe anticipe un afflux massif de ses ressortissants en provenance de Afrique du Sud, dans un contexte marqué par une recrudescence des violences xénophobes visant les étrangers.
Selon les autorités, jusqu’à 1,4 million de Zimbabwéens pourraient être amenés à regagner leur pays d’origine, soit près de 70 % de la diaspora installée en Afrique du Sud. Depuis la fin du mois de mai, environ 100 000 personnes ont déjà été rapatriées, illustrant l’ampleur du phénomène.
Face à cette situation, le gouvernement zimbabwéen affirme avoir déployé un dispositif d’accueil d’envergure. Celui-ci repose sur une coordination entre les collectivités locales, les organisations religieuses, le secteur privé ainsi que plusieurs agences des Nations unies.
Les personnes de retour bénéficieront d’un accompagnement complet incluant hébergement temporaire, prise en charge médicale, aide alimentaire et programmes de réinsertion socio-économique. Les autorités soulignent par ailleurs que plus de 70 % des rapatriés déjà enregistrés sont des femmes et des enfants, une donnée qui accentue les enjeux humanitaires de cette crise.
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