AFRIQUE
AFRIQUE DU SUD – Nouvelle flambée de violences xénophobes dans le Cap-Occidental
Des centaines de ressortissants étrangers, originaires notamment du Malawi, du Mozambique, de la Somalie, du Zimbabwe et de la République démocratique du Congo, ont été contraints de fuir leurs domiciles dans la province du Cap-Occidental, en Afrique du Sud.
Dans des localités comme Gansbaai, des groupes d’habitants ont mené des opérations de porte-à-porte pour exiger le départ des étrangers, sans distinction de statut administratif. Plusieurs témoignages décrivent des expulsions brutales, poussant des familles à se cacher ou à passer plusieurs nuits à l’extérieur avant de rejoindre des centres communautaires.
Mossel Bay : épicentre des violences
La situation est particulièrement critique à Mossel Bay, où plus de cinquante habitations ont été incendiées. Selon les autorités du Mozambique, près de 800 de leurs ressortissants ont été pris pour cible et au moins cinq personnes ont perdu la vie dans des attaques à caractère xénophobe.
Les autorités sud-africaines ont confirmé plusieurs décès, tout en restant prudentes quant à l’établissement d’un lien direct entre ces morts et les manifestations anti-migrants.
Réponse locale et gestion d’urgence
Face à l’afflux de déplacés, la municipalité d’Overstrand a maintenu ouverts plusieurs centres d’accueil temporaires. Son porte-parole a assuré que ces structures resteront opérationnelles « jusqu’à ce que la situation soit réglée », excluant toute expulsion des personnes vulnérables.
Cependant, la peur reste omniprésente : certains migrants n’osent plus quitter leur domicile, tandis que d’autres continuent d’affluer vers les centres d’accueil.
Effets régionaux et rapatriements
Les répercussions dépassent désormais les frontières sud-africaines. Environ 300 Mozambicains ont déjà été rapatriés volontairement, tandis que plus de 500 autres doivent suivre. Le Ghana a également procédé au retour de plusieurs centaines de ses ressortissants, et d’autres pays africains préparent des opérations similaires.
Une xénophobie structurelle persistante
Cette nouvelle vague de violences ravive un phénomène récurrent en Afrique du Sud : la xénophobie dirigée contre les migrants africains. Dans un contexte de chômage élevé et d’insécurité perçue, ces derniers sont régulièrement désignés comme boucs émissaires, alimentant un cycle de tensions et de violences périodiques.
AFRIQUE
RD CONGO – Lubumbashi : La police interdit la marche de l’opposition, la C64 maintient son appel
La tension monte à Lubumbashi à la veille d’une marche annoncée par la coalition d’opposition C64. Les autorités ont décidé de ne pas autoriser la manifestation prévue ce mardi 15 septembre et la police a annoncé la mobilisation des forces de sécurité pour veiller à l’application de cette décision.
Le général Blaise Kilimbalimba, commissaire provincial de la Police nationale congolaise (PNC) dans le Haut-Katanga, a lancé lundi un appel au calme lors d’une parade mixte réunissant policiers et militaires au stade Kibasa Maliba, dans la commune de la Kenya. En présence notamment de représentants de la société civile, il a demandé aux habitants de poursuivre normalement leurs activités et mis en garde contre tout comportement susceptible de perturber l’ordre public.
Selon le responsable provincial de la police, les forces de sécurité ont été mobilisées afin d’accompagner les autorités politico-administratives dans la mise en œuvre de la décision de différer la marche. La parade a également servi à rappeler les consignes destinées à prévenir d’éventuels débordements dans plusieurs secteurs de la ville.
La décision d’interdire la manifestation avait été prise vendredi 11 septembre par la maire intérimaire de Lubumbashi, Joyce Tunda. L’autorité municipale avait alors rappelé que les manifestations publiques étaient interdites dans l’ensemble de la ville, invoquant la préservation de l’ordre public et de la tranquillité sociale.
La C64 conteste toutefois cette interdiction. La coalition d’opposition estime que la décision des autorités porte atteinte aux dispositions constitutionnelles relatives à la liberté de réunion pacifique. Elle affirme avoir informé officiellement la mairie dès le 7 septembre de son intention d’organiser une marche.
Les organisateurs présentent cette mobilisation comme une initiative destinée à réaffirmer leur attachement au respect de la Constitution, à l’État de droit et à l’ordre constitutionnel. Malgré l’interdiction annoncée par les autorités urbaines, la coalition maintient donc son projet de manifestation pour ce mardi à Lubumbashi.
La situation contraste avec celle observée à Kinshasa, où une manifestation de l’opposition a été autorisée par le gouvernement provincial. Cette autorisation reste toutefois assortie de modifications concernant l’itinéraire et le point d’arrivée de la marche.
À Lubumbashi, les forces de sécurité se préparent ainsi à faire respecter l’interdiction tandis que la C64 maintient son appel à la mobilisation, faisant de cette journée un nouveau test autour de la liberté de manifestation et de la gestion de l’ordre public en République démocratique du Congo.
AFRIQUE
NIGERIA – Présidentielle 2027 : les déplacés veulent transformer leur colère en voix électorale
À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, les populations déplacées par les conflits entendent transformer leur situation en enjeu électoral. Installées depuis plusieurs années dans des camps de fortune autour d’Abuja, des milliers de familles disent attendre des futurs dirigeants des réponses concrètes face à l’insécurité, à la pauvreté et à leurs conditions de vie précaires.
Dans ces camps, certaines familles vivent depuis plus d’une décennie loin de leurs régions d’origine. Beaucoup ont fui les violences liées notamment à l’insurrection de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria. Aujourd’hui, elles occupent des abris rudimentaires faits de tôles, de bois et de bâches, avec l’espoir de pouvoir un jour retrouver leurs terres.
Pour Zainab Bukar, déplacée de 50 ans originaire de l’État de Borno, l’élection représente une occasion de faire entendre les attentes de ces populations. Elle espère notamment une amélioration de la sécurité et des conditions de vie, après des années marquées par les déplacements forcés et l’incertitude.
Le phénomène concerne une part importante de la population. Selon l’ONU, près de 3,7 millions de Nigérians sont actuellement déplacés à l’intérieur du pays. À l’approche du scrutin, cette population pourrait donc constituer un enjeu politique, alors que le pays reste confronté à l’insécurité, à la hausse du coût de la vie et aux difficultés économiques.
Dingiyefa Angalapu, analyste au Centre pour la démocratie et le développement en Afrique de l’Ouest, souligne l’importance de permettre aux déplacés de participer au processus électoral et d’exprimer leurs préoccupations par les urnes.
Dans les camps, le sentiment d’abandon reste toutefois très présent. Certaines familles disent avoir bénéficié de peu de soutien des pouvoirs publics depuis leur arrivée, tandis que le retour dans leurs localités d’origine demeure impossible en raison de la persistance des violences. La proximité avec la capitale fédérale contraste ainsi fortement avec la précarité dans laquelle vivent ces populations.
À cette situation s’ajoute la pression économique qui pèse sur les ménages. La suppression de la subvention sur les carburants décidée en 2023 par le président Bola Tinubu a entraîné une forte hausse des prix, accentuant les difficultés quotidiennes pour de nombreux Nigérians.
Sur le front sécuritaire, les opérations menées contre les groupes armés n’ont pas empêché la poursuite des attaques et des enlèvements dans différentes régions du pays. Pour les déplacés, la sécurité demeure ainsi l’une des principales conditions à remplir avant d’envisager un retour dans leurs communautés d’origine.
À l’approche de la présidentielle, les positions divergent néanmoins dans les camps. Certains déplacés envisagent de sanctionner le pouvoir à travers leur vote, tandis que d’autres continuent de soutenir le président sortant. Face à eux, l’opposition tente de capitaliser sur le mécontentement, malgré ses propres divisions.
Après des années passées loin de leurs foyers, les déplacés veulent désormais que leur situation soit davantage prise en compte dans le débat politique. Pour ces millions de Nigérians, le scrutin de 2027 représente aussi l’occasion de rappeler aux candidats les conséquences humaines des conflits et l’urgence de trouver des solutions durables à leur déplacement.
AFRIQUE
GUINÉE – Mamadi Doumbouya à Abidjan : La sécurité et le renseignement au cœur des discussions avec Alassane Ouattara
En déplacement officiel en Côte d’Ivoire, le président guinéen Mamadi Doumbouya a été reçu au palais de Cocody, à Abidjan, par son homologue ivoirien Alassane Ouattara. Les deux dirigeants ont consacré leurs échanges à plusieurs dossiers d’intérêt commun, notamment l’économie, la politique, le commerce et la sécurité.
Cette rencontre intervient dans un contexte régional marqué par la progression des menaces sécuritaires et terroristes en Afrique de l’Ouest. Face à cette situation, le chef de l’État guinéen a plaidé pour un renforcement de la coopération entre Conakry et Abidjan dans le domaine de la sécurité.
Mamadi Doumbouya a notamment insisté sur l’importance du partage d’informations et du renseignement pour faire face aux nouvelles formes de criminalité qui dépassent les frontières nationales. Il a également proposé d’intensifier la collaboration dans la lutte contre la criminalité transfrontalière et le terrorisme.
Pour le président guinéen, le développement économique des deux pays reste étroitement lié à la préservation de la paix et de la stabilité. Il a ainsi appelé à une réponse concertée face aux défis auxquels est confronté l’espace ouest-africain.
La visite de Mamadi Doumbouya à Abidjan doit également permettre d’examiner les perspectives de coopération économique et commerciale entre la Guinée et la Côte d’Ivoire. Les deux pays souhaitent renforcer leurs relations bilatérales sur plusieurs secteurs, dans un contexte régional où les enjeux sécuritaires occupent une place croissante dans les agendas gouvernementaux.
Arrivé à Abidjan vendredi pour cette visite officielle, le président guinéen a ainsi placé la coopération sécuritaire au cœur de son message, tout en réaffirmant la nécessité de consolider les relations entre Conakry et Abidjan.
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