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ECONOMIE

AFRIQUE – L’initiative Fashionomics Africa de la BAD lance un concours de mode durable d’un prix de 6 000 dollars

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L’initiative Fashionomics Africa de la Banque africaine de développement lance avec ses partenaires un nouveau concours de mode durable. Les créateurs africains de mode durable et circulaire, lauréats de la deuxième édition du concours en ligne de l’initiative Fashionomics Africa de la Banque africaine de développement, recevront un prix de 6 000 dollars en espèces, des services de mentorat, des forfaits pour une nouvelle stratégie de marque et d’autres formes d’aides.

Fashionomics Africa, en collaboration avec le Programme des Nations unies pour l’environnement, la Parsons School of Design, l’agence de conseil stratégique et de communication BPCM et la Fondation Ellen MacArthur, invite les marques de mode africaines à s’inscrire au concours en ligne sur la mode durable. Seront admissibles, les participants ayant déjà mis en œuvre des mesures respectueuses de l’environnement, de la durabilité et de l’économie circulaire. Le créateur ou l’équipe qui soumettra le « meilleur design durable » gagnera 3 000 dollars, ainsi que d’autres prix. Deux autres finalistes du concours remporteront chacun 1 500 dollars, ainsi que diverses aides.

Le concours met à l’honneur les marques africaines de mode qui feront évoluer la façon de produire, d’acheter, d’utiliser et de recycler les créations de la mode et qui encouragent un changement plus durable des modes de consommation.

La directrice par intérim du Département femmes, genre et société civile de la Banque africaine de développement, Amel Hamza, a déclaré : « La durabilité, c’est le présent, pas un futur lointain ni même un futur proche. C’est ici et maintenant, et il est vital d’ouvrir les yeux sur ce que l’industrie de la mode a déjà à offrir. En exploitant les ressources existantes du secteur, nous promouvons la circularité au niveau le plus fondamental ».

« Avec cette deuxième édition du concours Fashionomics Africa, la Banque africaine de développement veut continuer à mettre en lumière l’ingéniosité dont les créateurs de mode africains font constamment preuve en s’appuyant sur la force de leur culture et de leur patrimoine », a-t-elle ajouté.

L’industrie du textile et de la mode représente de 2 à 8 % environ des émissions mondiales de carbone. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, ce secteur est le deuxième plus grand pollueur industriel au monde après le secteur pétrolier. Cependant, cette industrie génère également de nombreux emplois, d’importantes recettes en devises et des produits essentiels au bien-être humain.

Le concours s’adresse aux entrepreneurs africains des secteurs du textile, de l’habillement et des accessoires, âgés de 18 ans et plus, qui ont lancé des entreprises dans le domaine de la mode (avec un effectif maximum de 50 employés) et dont les créations durables ont été produites au cours des cinq dernières années. Les candidats qualifiés soumettront des photos de leurs produits, détailleront leur modèle économique durable et expliqueront en quoi leur startup est innovante et respectueuse de l’environnement.

Les éléments de durabilité et de circularité peuvent inclure les matériaux utilisés, le processus de création, des processus de production plus propres ou plus écologiques — y compris des méthodes d’expédition ou des moyens de réduire l’empreinte carbone.

Un jury de cinq personnes représentant la Banque africaine de développement et les partenaires du concours annoncera les trois finalistes d’ici le 22 mars 2022. Les œuvres des finalistes seront mises en ligne sur le marché numérique et sur l’application mobile Fashionomics Africa (https://bit.ly/3JwIRIe) et soumises au vote du public entre le 22 mars et le 7 avril 2022. Les votes seront clôturés le 7 avril à 23h59 GMT.

Outre le prix en espèces, la marque de mode gagnante recevra un certificat et se verra offrir l’opportunité de promouvoir sa création en participant à des événements en ligne et en partageant ses points de vue sur les principaux défis en matière de durabilité auxquels le secteur est confronté. Le gagnant aura accès à un réseau de professionnels des médias et d’experts du secteur et bénéficiera du mentorat et des possibilités de réseautage offertes par les partenaires du concours.

Pour en savoir plus sur le concours en ligne Fashionomics Africa ou pour soumettre une candidature, cliquez ici (https://bit.ly/3JwIRIe). Les candidatures devront être reçues avant le 1er mars 2022 à 23h59 GMT.

Fashionomics Africa est une initiative de la Banque africaine de développement qui accroît la participation de l’Afrique aux chaînes de valeur mondiales de l’industrie du textile et de la mode.

(Distribué par APO Group)

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FRANCE – Emmanuelle Riedel Drouin : « L’aide au développement est un concept un peu dépassé »

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À l’occasion d’Africa Day, organisé le 3 octobre à Sciences Po Paris, la directrice générale déléguée de Proparco défend une nouvelle approche du financement des économies africaines. Au cœur de sa vision : davantage d’investissements privés, une mobilisation accrue des capitaux locaux et des partenariats construits sur le long terme.

L’Afrique manque-t-elle réellement de capitaux pour financer son développement, ou peine-t-elle surtout à mobiliser les ressources financières dont elle dispose déjà ? Cette question traverse les réflexions sur l’avenir économique du continent. Pour Emmanuelle Riedel Drouin, directrice générale déléguée de Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD) dédiée au secteur privé, une partie de la réponse réside dans la capacité à orienter davantage de financements locaux vers les entreprises et les infrastructures productives. Rencontrée à Sciences Po Paris, lors d’Africa Day, elle plaide pour une évolution du modèle de financement du développement, dans lequel les institutions financières internationales ne seraient plus seulement des pourvoyeurs de capitaux, mais aussi des partenaires capables de mobiliser les investisseurs africains. « L’aide au développement, c’est vraiment un concept qui est un peu dépassé aujourd’hui. En tout cas, ce n’est pas du tout comme ça que Proparco voit son rôle », affirme-t-elle.

Mobiliser les capitaux africains pour financer l’économie réelle
Présente dans plusieurs régions du monde, Proparco intervient principalement auprès des institutions financières, des entreprises et des projets d’infrastructures. Son activité repose notamment sur des prêts, des prises de participation et des mécanismes de partage des risques. Selon sa directrice générale déléguée, l’institution réalise en moyenne 2,5 milliards d’euros d’investissements par an, dont environ 900 à 950 millions sur le continent africain. Mais au-delà des montants engagés, l’enjeu est désormais de mobiliser davantage les ressources disponibles localement. L’Afrique dispose d’une épargne domestique importante, notamment à travers ses banques, ses investisseurs institutionnels et ses fonds de pension. Une partie de ces capitaux reste cependant investie dans les titres publics, alors que les besoins de financement des entreprises demeurent considérables. Pour Emmanuelle Riedel Drouin, il s’agit de créer les conditions permettant de réorienter une partie de ces ressources vers des investissements productifs.
Proparco entend ainsi travailler avec les banques locales, les fonds de pension et les investisseurs africains afin de partager les risques et de financer conjointement des projets. L’objectif est également de permettre, à terme, aux acteurs financiers locaux de prendre le relais des institutions de développement.

Du financement à une relation de partenariat
Cette évolution répond aussi à une aspiration de plus en plus affirmée parmi les entrepreneurs africains : accéder aux financements sans s’inscrire dans une logique d’assistance. Interrogée sur la perception des investisseurs étrangers et les attentes d’une jeunesse africaine particulièrement attentive à l’équilibre des partenariats économiques, Emmanuelle Riedel Drouin insiste sur la dimension contractuelle et réciproque de l’investissement privé. « L’investissement solidaire, ça veut dire partenariat, ça veut dire gagnant-gagnant, ça veut dire travailler à long terme dans une relation d’égal à égal. » Selon elle, la relation entre un investisseur et un entrepreneur suppose que chacune des parties trouve un intérêt économique dans le projet. Une approche qu’elle distingue des mécanismes traditionnels d’aide au développement.
Reste néanmoins la question de l’accès effectif aux capitaux, particulièrement pour les petites et moyennes entreprises africaines, confrontées aux exigences de garanties, au coût du crédit et à la difficulté de trouver des financements adaptés à leur croissance.

Les femmes entrepreneures, un enjeu économique majeur
L’autonomisation économique des femmes constitue un autre axe important de la stratégie de Proparco. Pour Emmanuelle Riedel Drouin, la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes n’est pas seulement une question de justice sociale. Elle représente également un enjeu de développement économique. « On ne peut pas, aujourd’hui, gagner un match avec 50 % de son équipe », souligne-t-elle pour illustrer la nécessité d’associer pleinement les femmes à la création de richesse.
L’institution accompagne notamment les banques dans le financement des entreprises dirigées par des femmes, en proposant des garanties destinées à réduire une partie du risque supporté par les établissements prêteurs. Cette démarche vise aussi à faire évoluer les pratiques bancaires et la perception du risque associé à l’entrepreneuriat féminin. Selon la dirigeante, une entreprise détenue par une femme ne présente pas, par principe, davantage de risques qu’une entreprise détenue par un homme. Pourtant, les entrepreneures continuent de rencontrer des obstacles spécifiques dans l’accès au crédit.

Financer des économies capables de résister aux crises
Dans un environnement international marqué par les tensions économiques et les effets du changement climatique, Proparco accorde également une place centrale à la résilience des économies. Pour l’institution, la sélection des projets repose sur leur impact attendu, notamment en matière de lutte contre les inégalités, d’adaptation climatique et de pérennité économique. L’enjeu consiste à accompagner des investissements capables de résister aux chocs économiques et environnementaux, tout en répondant aux besoins de développement des territoires. Cette approche implique des financements de long terme et une prise de risque que les établissements financiers traditionnels ne sont pas toujours disposés à assumer.
Au Maroc, par exemple, où le système bancaire est relativement développé, Proparco privilégie des interventions complémentaires à celles des banques locales, notamment à travers des prises de participation ou des financements plus structurés. L’institution dispose par ailleurs de plusieurs implantations sur le continent, notamment à Casablanca, Abidjan, Dakar, Douala, Nairobi et Johannesburg, afin de maintenir une proximité avec les acteurs économiques.

Une jeunesse africaine qui veut investir plutôt que recevoir
À Sciences Po, la participation des étudiants et des jeunes entrepreneurs a particulièrement retenu l’attention d’Emmanuelle Riedel Drouin. La dirigeante dit avoir été frappée par la curiosité des participants, mais surtout par l’évolution de leur discours sur le développement africain. De jeunes entrepreneurs installés à Abidjan ou à Nairobi ne cherchent plus nécessairement à bénéficier de programmes d’aide. Ils veulent identifier des investisseurs, accéder aux fonds propres et développer leurs entreprises. Cette évolution traduit une volonté de prendre une part plus active à la transformation économique du continent.
Pour la responsable de Proparco, le défi consiste désormais à répondre à cette demande en facilitant la rencontre entre les porteurs de projets, les banques et les investisseurs. Malgré la succession des crises internationales, elle conserve une lecture optimiste des perspectives économiques africaines. « Les risques perçus sont souvent bien plus importants que les risques réels », estime-t-elle. Un constat qui résume sa conviction : le financement du développement africain doit davantage reposer sur l’investissement productif, la mobilisation des ressources locales et la construction de partenariats durables.
Au-delà des discours sur la nécessité d’investir en Afrique, une question demeure centrale : comment transformer cette volonté en financements accessibles aux entreprises, créatrices d’emplois et de valeur ajoutée sur le continent ? C’est sur ce terrain que se jouera, en grande partie, la crédibilité de cette nouvelle approche du développement.

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ECONOMIE

MAROC – Mohamed Hakim Belkadi : Penser le Maroc de 2030 comme le prototype du Maroc de 2050

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Architecte, urbaniste et expert judiciaire, Mohamed Hakim Belkadi vient d’être nommé Global SDG Advisor auprès d’UNAccc World. À travers la Théorie de l’Intrication Systémique Urbaine (TISU®), qu’il a développée, il propose une nouvelle manière de concevoir les territoires : non plus comme une juxtaposition de secteurs, mais comme des systèmes dont l’eau, l’énergie, la mobilité, l’économie et l’urbanisation sont profondément interdépendantes. À l’approche de la Coupe du monde 2030, il invite le Maroc à inscrire ses grands investissements dans une vision allant bien au-delà de l’événement.

Diplômé de l’École d’architecture de Strasbourg et expert judiciaire près des juridictions de Casablanca, Mohamed Hakim Belkadi a construit son parcours à la croisée de plusieurs disciplines : l’architecture, l’urbanisme, l’aménagement territorial, l’expertise et, plus récemment, l’intelligence artificielle appliquée aux systèmes urbains. Au fil de son expérience, il a acquis une conviction : aucun projet territorial ne peut plus être étudié isolément. Une nouvelle route ne transforme pas seulement les déplacements. Elle agit également sur le foncier, l’immobilier, les flux économiques, les besoins énergétiques, la consommation d’eau et le développement de nouvelles zones urbaines. De ce constat est née la Théorie de l’Intrication Systémique Urbaine, ou TISU®, une méthode destinée à analyser les interactions qui façonnent un territoire et à anticiper les conséquences parfois invisibles d’une décision publique.

Une nomination placée sous le signe de la responsabilité
La nomination de Mohamed Hakim Belkadi comme Global SDG Advisor auprès d’UNAccc World vient donner une nouvelle dimension à ses travaux. L’architecte la considère moins comme une consécration personnelle que comme une responsabilité. Sa mission consistera notamment à apporter une lecture systémique des Objectifs de développement durable, à identifier les liens entre les politiques publiques et à rapprocher les ambitions internationales des réalités territoriales. Les 17 Objectifs de développement durable sont généralement présentés séparément. Pourtant, leur mise en œuvre révèle de multiples dépendances. L’accès à l’eau influence l’agriculture, la santé, l’urbanisation et l’économie. L’énergie intervient dans le fonctionnement des infrastructures, des transports, des industries et des systèmes de dessalement. Quant à la qualité des institutions, elle détermine la capacité d’un pays à coordonner l’ensemble de ces politiques. « Il ne s’agit pas de remplacer les institutions ou les décideurs, mais de leur donner une capacité supplémentaire : voir plus tôt, comprendre plus largement et décider avec une meilleure connaissance des conséquences possibles », explique Mohamed Hakim Belkadi. Sa nomination ouvre également la TISU® à la discussion internationale. Mais son concepteur refuse d’y voir l’aboutissement de son travail. Une théorie territoriale, rappelle-t-il, n’acquiert une véritable valeur que lorsqu’elle est confrontée au réel, testée, discutée et améliorée.

Les ODD envisagés comme un réseau
Dans le contexte marocain, Mohamed Hakim Belkadi identifie plusieurs Objectifs de développement durable jouant un rôle déterminant : l’accès à l’eau, l’énergie, les infrastructures et l’innovation, les villes durables, l’action climatique, ainsi que la gouvernance et la solidité des institutions. Il ne souhaite cependant pas établir une hiérarchie rigide entre les 17 objectifs. « Je les considère comme un réseau », précise-t-il. Certains objectifs constituent néanmoins ce qu’il appelle des « infrastructures de résilience ». Leur fragilisation peut en effet déstabiliser l’ensemble du système territorial. Une pénurie d’eau peut affecter l’agriculture, la production industrielle, l’emploi et l’attractivité de certains territoires. Une rupture énergétique peut interrompre les transports, les services urbains ou le fonctionnement d’équipements stratégiques. La priorité ne consiste donc pas seulement à atteindre chaque objectif séparément, mais à comprendre leurs effets réciproques et leurs capacités à s’amplifier.

Le territoire, un système d’interactions
La notion d’« intrication territoriale » se trouve au cœur de la TISU®. Elle désigne les interactions permanentes entre les différents éléments d’un territoire. Lorsqu’une décision est prise dans un secteur, elle peut produire des effets immédiats ou différés dans plusieurs autres domaines. La création d’une infrastructure de transport peut, par exemple, accroître la valeur des terrains environnants, attirer de nouveaux habitants, modifier les flux commerciaux et augmenter les besoins en eau et en énergie. À l’inverse, une tension sur la ressource hydrique peut entraîner une baisse de la production agricole, une diminution des revenus, une évolution des flux logistiques et, à terme, une transformation des trajectoires d’urbanisation. La difficulté réside dans le décalage entre le fonctionnement réel des territoires et l’organisation des administrations. Ces dernières sont le plus souvent structurées par secteurs, tandis que les territoires ne connaissent pas de frontière entre l’eau, l’énergie, la mobilité, l’économie ou l’urbanisme.

La TISU® propose ainsi de représenter le territoire comme un ensemble de nœuds, de flux, de dépendances, de rétroactions et de vulnérabilités. Avant toute décision, il faudrait pouvoir déterminer les secteurs qu’elle affectera, la vitesse de propagation de ses effets et les conséquences d’éventuelles perturbations simultanées.

Le Cortex Territorial®, un outil pour anticiper
Pour rendre cette approche opérationnelle, Mohamed Hakim Belkadi propose la création d’un Cortex Territorial®. Celui-ci ne serait ni un simple logiciel ni un tableau de bord, mais une véritable « infrastructure cognitive territoriale ». Son rôle serait de recueillir, structurer et croiser des données provenant de plusieurs secteurs : eau, énergie, transports, foncier, urbanisation, infrastructures, environnement, économie ou risques climatiques. La valeur de cet outil ne résiderait pas uniquement dans la quantité de données disponibles, mais dans sa capacité à faire apparaître leurs relations. Une baisse des réserves d’eau pourrait, par exemple, fragiliser l’agriculture, diminuer les revenus, perturber les flux logistiques et exercer de nouvelles pressions sur certaines zones urbaines.

Le Cortex Territorial® chercherait à repérer ces chaînes de conséquences avant qu’elles ne se transforment en crises. Son fonctionnement nécessiterait une gouvernance interinstitutionnelle réunissant, selon le territoire concerné, les administrations centrales, les collectivités, les établissements publics, les opérateurs d’infrastructures critiques, les acteurs économiques, les universités et les centres de recherche. Cette coopération ne signifierait toutefois pas que chaque acteur aurait accès à toutes les informations. Les droits d’accès devraient être précisément encadrés selon les responsabilités de chaque institution.

Casablanca–Benslimane comme laboratoire
La région Casablanca–Benslimane pourrait constituer un terrain d’expérimentation privilégié pour la TISU®. Elle concentre en effet des activités urbaines, industrielles, agricoles, logistiques, énergétiques et environnementales. L’analyse devrait notamment porter sur les ressources et les consommations d’eau, les réseaux énergétiques, les mobilités quotidiennes, les flux logistiques, les infrastructures industrielles et portuaires, l’évolution du foncier, les zones agricoles, les espaces environnementaux sensibles et les risques climatiques. L’objectif serait d’observer les interactions entre ces données. Où l’urbanisation progresse-t-elle par rapport aux capacités des réseaux d’eau et d’énergie ? Quels secteurs économiques seraient les plus fragilisés par une rupture d’approvisionnement ? Certaines infrastructures concentrent-elles trop de dépendances ? Quels projets risquent d’enfermer le territoire dans des choix difficiles à modifier à long terme ? Pour Mohamed Hakim Belkadi, Casablanca–Benslimane pourrait ainsi devenir un laboratoire marocain de l’intelligence territoriale systémique.

Une intelligence artificielle qui éclaire sans décider
Dans le modèle TISU-AI, l’intelligence artificielle n’est pas présentée comme le cœur de la théorie, mais comme son « accélérateur computationnel ». La TISU® apporte la grille de lecture. L’IA permet, quant à elle, d’analyser une quantité de données et de relations qu’un être humain ne pourrait traiter simultanément. Elle peut participer à la structuration des informations, détecter des anomalies et des signaux faibles, identifier certaines corrélations et simuler différents scénarios. L’objectif n’est pas de demander à une machine quelle décision doit être prise. Il s’agit plutôt de déterminer quels scénarios sont envisageables, quelles pourraient être leurs conséquences, quels risques ils comportent et quelles décisions permettraient de préserver le plus grand nombre d’options pour l’avenir. « L’IA ne doit pas devenir une boîte noire qui décide à la place du décideur. Elle doit rester un système d’aide à la décision explicable, traçable et contrôlable », insiste l’architecte. La responsabilité finale doit ainsi demeurer humaine, politique et institutionnelle.

La souveraineté des données, enjeu stratégique
L’utilisation de données territoriales sensibles soulève nécessairement des questions de souveraineté, de confidentialité et de cybersécurité. Mohamed Hakim Belkadi considère la donnée territoriale comme une infrastructure stratégique. Il faut donc pouvoir déterminer qui la produit, qui la détient, qui peut y accéder, dans quel objectif et pendant combien de temps. Le système devrait reposer sur une segmentation des données, des habilitations précisément définies, le chiffrement des informations, la traçabilité des accès et la séparation des environnements sensibles. Le Cortex Territorial® ne devrait surtout pas devenir un point unique de défaillance. Une architecture excessivement centralisée pourrait permettre à une cyberattaque de perturber plusieurs infrastructures critiques en même temps. Mohamed Hakim Belkadi défend donc une organisation distribuée et résiliente. La souveraineté numérique ne consiste pas uniquement à conserver les données au Maroc. Elle implique également de maîtriser leur cycle de vie, leur architecture, leurs usages, les modèles d’intelligence artificielle qui les exploitent et les décisions qui peuvent en découler.

Apprendre aussi des erreurs
Autre proposition importante : la création d’un Registre des Échecs TISU®. Contrairement à ce que son nom pourrait suggérer, cet outil n’aurait pas pour vocation de rechercher ou de sanctionner des responsables. Il constituerait une mémoire institutionnelle des projets, des décisions, des prévisions erronées, des hypothèses démenties par les faits et des signaux d’alerte insuffisamment pris en compte. « Un système qui ne mémorise que ses réussites ne devient jamais véritablement intelligent », observe Mohamed Hakim Belkadi. Ce registre permettrait de comparer les prévisions aux conséquences réellement observées, d’améliorer les modèles et d’éviter que plusieurs générations administratives ne reproduisent les mêmes erreurs. Cette mémoire constituerait ainsi une forme de « capital cognitif territorial ».

Anticiper la propagation des crises
La TISU® pourrait également servir à analyser la propagation d’une crise touchant une infrastructure stratégique comme le complexe portuaire de Tanger Med. En cas de panne énergétique, il ne suffirait pas d’étudier uniquement le fonctionnement du port. Il faudrait examiner l’ensemble de ses dépendances : les chaînes logistiques, les entreprises, les réseaux routiers et ferroviaires, les transporteurs, les industries et leurs approvisionnements. Une perturbation locale peut ainsi provoquer une succession d’effets en cascade à l’échelle du territoire et de l’économie. La même logique s’applique aux cyberattaques. Une intrusion peut commencer dans un système informatique apparemment secondaire avant d’atteindre une infrastructure critique à travers les réseaux, les prestataires ou les chaînes opérationnelles. L’analyse systémique chercherait donc à identifier les points de départ possibles, les chemins de propagation, la vitesse de diffusion de la crise, les mécanismes capables de l’absorber et les points sur lesquels intervenir pour la contenir.

L’eau, l’énergie et le climat au cœur des vulnérabilités
Mohamed Hakim Belkadi identifie trois vulnérabilités prioritaires pour le Maroc : la sécurité hydrique, les infrastructures critiques et l’urbanisation face au changement climatique. L’eau conditionne la vie des populations, mais aussi l’agriculture, l’industrie, l’énergie et la préservation de l’environnement. Les infrastructures critiques assurent, de leur côté, la continuité des activités économiques et des services essentiels. Quant aux villes, elles concentrent les habitants, les investissements, les activités et, par conséquent, les risques. La menace s’accroît lorsque ces vulnérabilités se combinent. Une sécheresse peut augmenter les besoins énergétiques nécessaires au traitement, au transport ou au dessalement de l’eau. Une panne électrique peut ensuite perturber les installations hydriques. Parallèlement, une urbanisation rapide augmente la demande en eau, en énergie et en mobilité. Si le Maroc a progressé dans la prise en compte de la relation entre eau et énergie, Mohamed Hakim Belkadi estime qu’un changement de paradigme reste nécessaire. Les deux domaines sont encore trop souvent abordés comme des politiques séparées, alors qu’ils forment une véritable boucle d’interdépendance.

Coupe du monde 2030 : une occasion historique, mais aussi un défi
La Coupe du monde 2030 accélère les investissements marocains dans les transports, le tourisme, les infrastructures et les équipements urbains. Pour Mohamed Hakim Belkadi, cette dynamique représente une occasion exceptionnelle de moderniser le pays et de renforcer son attractivité. Elle comporte cependant un risque : que la vitesse d’exécution dépasse la capacité d’anticiper les conséquences à long terme. Une route influence durablement l’urbanisation. Un stade transforme les flux de personnes. Un aéroport renforce l’attractivité d’une région. Une zone touristique génère de nouveaux besoins en eau, en énergie, en transports et en logements. La véritable question est donc de savoir ce que deviendront ces investissements en 2040, 2050 ou 2060. « Il faut accélérer l’exécution, mais ralentir les décisions qui risquent de verrouiller le futur », résume-t-il. Cette prudence ne signifie pas qu’il faille multiplier les procédures ou retarder les chantiers. Au contraire, l’utilisation de la donnée, de la modélisation et de l’intelligence artificielle pourrait réduire le temps nécessaire pour parvenir à une décision réellement éclairée.

Faire de 2030 le prototype du Maroc de 2050
Pour Mohamed Hakim Belkadi, l’année 2030 ne doit pas être envisagée comme une destination, mais comme un laboratoire. Les infrastructures construites à l’occasion de la Coupe du monde doivent constituer les premières briques d’un système territorial capable de fonctionner pendant plusieurs décennies. Les nouveaux quartiers, les équipements publics, les réseaux énergétiques, les solutions de mobilité et les dispositifs de gestion de l’eau devront être observés, mesurés et améliorés. « 2030 doit être l’expérience, 2040 la consolidation et 2050 la maturité du système », affirme-t-il. Cette vision permettrait au Maroc de sortir d’une planification centrée sur le prochain grand projet pour construire une véritable continuité entre plusieurs horizons.

Vers un État territorial augmenté
À l’horizon 2040, Mohamed Hakim Belkadi imagine un État marocain capable non seulement de gérer, mais aussi de prévoir, de simuler et d’apprendre. Chaque territoire pourrait disposer d’une représentation numérique dynamique de ses ressources, de ses infrastructures, de ses flux et de ses vulnérabilités. Les décisions les plus importantes pourraient être testées virtuellement avant leur mise en œuvre. L’eau, l’énergie, la mobilité, l’urbanisation et l’environnement seraient analysés simultanément. L’État conserverait aussi la mémoire de ses décisions, de ses hypothèses, de ses réussites et de ses erreurs afin de développer des politiques publiques véritablement apprenantes. Il ne s’agirait cependant pas de bâtir un État automatisé, gouverné par des algorithmes, mais un « État augmenté », dans lequel l’intelligence artificielle renforcerait la capacité de compréhension des décideurs sans supprimer leur responsabilité.

Grâce à son expérience des grands projets, à ses infrastructures et aux défis auxquels il est confronté, le Maroc pourrait devenir un laboratoire africain de la planification territoriale systémique. Les modèles qui y seraient expérimentés pourraient ensuite être adaptés à d’autres pays du continent confrontés au stress hydrique, à l’urbanisation rapide, à la transition énergétique et au changement climatique. Mohamed Hakim Belkadi résume sa vision en une phrase : « Le Maroc de demain ne sera pas seulement celui qui construira les infrastructures du futur ; ce sera celui qui saura comprendre les interactions entre ses territoires, anticiper leurs transformations et apprendre de ses propres décisions. » Pour le concepteur de la TISU®, l’enjeu dépasse donc largement la préparation d’un événement sportif. Il s’agit de profiter de l’élan de 2030 pour préparer une nouvelle génération de gouvernance territoriale, plus éclairée, plus souveraine et plus résiliente.

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BANQUE

NIGERIA – Dangote prépare une introduction en Bourse historique à près de 1,6 milliard de dollars

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La raffinerie Dangote se rapproche d’une opération financière historique sur le marché nigérian. Le groupe a officiellement engagé le processus de son introduction en Bourse avec la signature, lundi, des documents nécessaires en présence de ses conseillers et des différents intervenants chargés de l’opération.

Prévue entre le 14 septembre et le 13 octobre, l’offre publique doit porter sur 4,1 milliards d’actions proposées à 525 nairas l’unité. Sur la base de cette offre initiale, la transaction pourrait générer environ 2 150 milliards de nairas, soit près de 1,6 milliard de dollars.

Le groupe pourrait toutefois augmenter le volume proposé si la demande des investisseurs dépasse les prévisions. Jusqu’à 30 % d’actions supplémentaires pourraient ainsi être mises sur le marché, sous réserve de l’autorisation des autorités compétentes. Une telle opération placerait cette introduction parmi les plus importantes jamais enregistrées sur le continent africain.

Au-delà de son poids financier, cette entrée en Bourse constitue un moment stratégique pour la raffinerie et pour la place financière nigériane. Implantée à proximité de Lagos, l’installation représente un investissement estimé à environ 20 milliards de dollars. Avec une capacité actuelle pouvant atteindre 700 000 barils de pétrole par jour, elle s’est imposée comme un acteur majeur du secteur énergétique national.

Son fonctionnement a progressivement modifié l’approvisionnement en carburants du Nigeria, en permettant au premier producteur de pétrole d’Afrique de réduire sa dépendance aux importations de produits raffinés. Une partie de sa production est également destinée aux marchés extérieurs. La raffinerie exporte notamment du kérosène vers plusieurs destinations africaines ainsi que vers certains marchés européens.

L’opération boursière doit également accompagner une nouvelle phase de développement industriel. Dangote prévoit d’augmenter considérablement les capacités du site afin de parvenir, à terme, à une production de 1,4 million de barils par jour. Cette expansion nécessitera d’importants financements, alors que la société bénéficie déjà d’un engagement d’investissement de 400 millions de dollars.

Derrière ce projet se trouve le groupe fondé par Aliko Dangote, figure majeure du patronat nigérian et considéré comme l’homme le plus riche d’Afrique. Son conglomérat possède des activités dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment le ciment et le sucre, avant de s’imposer également dans l’industrie pétrolière.

Lors de la cérémonie marquant la signature des documents de l’opération, Aliko Dangote a réaffirmé ses ambitions pour son complexe industriel. Le milliardaire nigérian entend poursuivre son expansion et vise à terme un objectif particulièrement ambitieux : faire de la raffinerie Dangote la plus grande installation de raffinage pétrolier au monde.

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