AFRIQUE DE L’OUEST
MALI : L’ancienne Première Dame Adame Ba Konaré écrit à Emmanuel Macron.
Le dimanche 7 mai, à 20 h précises, le visage du nouveau président français apparaît sur les écrans de télévision et ce visage est celui d’un homme jeune de moins de quarante ans, le plus jeune président de l’histoire de la France, depuis Napoléon. Un président qui n’a jamais brigué un poste électif avant les présidentielles, quasi inconnu des Français jusqu’à son passage comme secrétaire général adjoint de l’Élysée puis comme ministre des Finances de François Hollande. Un président parti de presque rien, si ce n’est de ce mouvement En marche qu’il a fondé il y a à peine une année.
La récompense de l’audace, qui n’est pas loin du yes we can de Barack Obama ? Oui, assurément !
Ce président, auquel on ne s’attendait pas, qui vient faire un pied-de-nez à la galaxie clivée des partis traditionnels, de droite comme de gauche, aux ténors usés sous le harnais de plus de trois décennies de luttes étripées les uns contre les autres va, s’enthousiasme-t-on, « réinventer la France », apporter un baume rafraîchissant dans les cœurs et les esprits.
On dit que la France va « redevenir le centre du monde, renoué avec ses valeurs. »
« De l’air frais », nous laissent entendre certains commentateurs. Sur CNews, dans une émission du 8 mai, un débatteur affirmera que ce nouveau président a de la chance et que cette chance – là, il va la reporter sur la France. Très africain comme analyse. Très africain comme croyance : on dit là-bas que la chance d’un pays est dans le bonnet de son chef.
Il va, croit-on également, combler « le vide émotionnel » causé par le régicide dont a été coupable le peuple français au XVIIIe siècle, en réincarnant cette figure royale qui manque tant à la France. Le rêve fantasmagorique !
Il est donc là, ce nouveau président, jeune et beau. Beau comme un Dieu grec, ou comme une star de cinéma. Mais ça, c’est une autre histoire…
Rassembler est le mot d’ordre, le projet politique d’En Marche, son mouvement. Prendre un peu à droite, un peu à gauche, un peu au centre, sa stratégie.
C’est à ce président que j’adresse cette lettre ouverte en tant que citoyenne de l’Afrique.
En Marche ! Une opportunité historique
Monsieur le Président, vous avez pointé du doigt le désarroi français L’une de vos exigences, avez-vous dit, est de « rendre aux Français cette confiance en eux depuis longtemps affaiblie parce que depuis des décennies, la France doute d’elle-même ».
Désarroi, oui, puisque, comme pour appuyer vos propos, le PS aura enregistré son plus faible score depuis cinquante ans, et la droite se sera disqualifiée pour la première fois.
Vous avez renouvelé les règles du jeu. Il est symptomatique qu’il vous ait suffi d’une toute petite année, d’avril 2016 à avril 2017, pour créer et mettre en marche votre mouvement En Marche ! Vous avez renvoyé dos à dos les traditionnelles Gauche et Droite. Vous les avez endiguées dans une espèce de fusion qui n’est pas loin d’une certaine forme de consensus.
Certainement, en Europe, vous allez faire des émules !
En Afrique, cette voie a été déjà expérimentée. Au Mali, mon pays, dans les années 1990, elle a été prônée pour faire face aux situations quasi-anarchiques consécutives à la fin du régime à parti unique et a l’avènement de la démocratie.
Elle est aussi recommandée depuis des années par la communauté internationale pour stabiliser les pays fracturés, telle que la république démocratique du Congo, ou pour juguler des crises menaçant la paix.
Voyez-vous, monsieur le Président, ce qui semble être une expérience inédite pour la France, est une réalité pour Afrique qui en tire déjà les leçons et en signale les dangers.
Les présidents ayant opté pour cette alternative sont accusés de « débauchage et de volonté de casser les partis politiques », partis sans lesquels, l’on ne saurait parler de démocratie.
Cette situation est perçue aujourd’hui comme la confiscation du pouvoir par une minorité d’hommes politiques qui font de leur pays un gâteau à partager. Quant aux personnalités de la société civile cooptées, elles apparaissent comme des « opportunistes » qui, sans participer aux combats politiques, profitent d’un cadeau obtenu sans effort.
Dans ces conditions, comment opérer la convergence entre votre innovation et l’expérience africaine ? Quels enrichissements en tirer de part et d’autre ?
Je m’interroge : que vont devenir les ersatz africains des partis politiques français, ceux se disant de gauche comme de droite ? Ou encore centriste, centre-gauche, centre-droite… ? Ces partis traditionnels sont surtout bousculés par d’autres formations, qui n’utilisent pas le nom de partis politiques mais qui sont là, partie prenante du jeu politique, et très actives sur le terrain. Ce sont toutes ces associations corporatistes ou islamiques.
Je n’entends pas être Cassandre mais ne faut-il pas euthanasier l’ensemble des partis politiques en les remplaçant par quelque chose de plus extensible et qui va au-delà de leurs énoncés aux bases sclérosées ?
A l’évidence, est révolu le temps des grandes idéologies univoques dominatrices et à prétention universelle.
En Marche ! Pour une visite au Mali
Le 19 mai, monsieur le Président, en votre qualité de Chef suprême des Armées vos premiers pas sur le sol africain vous ont conduit au Mali, pour visiter la force Barkhane engagée dans la guerre du Sahel.
Vous êtes directement allé à Gao, où sont concentrées les troupes de la force Barkhane. Les images font revivre ce qui semble déjà être votre style : démarche solennelle et lente lorsque vous passiez les troupes en revue, sans tapis rouge, comme lorsque vous traversiez la cour de l’Elysée le soir de votre élection. Puis, inversion de tableau, où à la cantine, votre plateau-repas en mains, vous vous êtes installé, très décontracté, vous leur Chef suprême, côte à côte avec vos soldats pour partager leur repas, presque en osmose avec eux. Vous les avez rassurés et exprimé votre détermination : « exigent, lucide, toujours présent » tout en évitant d’exposer leurs vies. Par-delà la France et vous-même, fervent Pro-européen, vous avez exprimé votre souhait pour plus de coopération de l’Europe et de l’Allemagne, particulièrement, en interpelant nommément madame Merkel.
Vous y avez affirmé l’engagement militaire de la France pour la sécurisation des territoires face aux groupes jihadistes jusqu’à l’éradication complète du jihadisme.
Devant le président malien, vous avez souhaité que « l’engagement militaire soit accompagné d’une stratégie de développement. »
On a noté ce qui pourrait être une mise en garde dans votre entretien téléphonique avec le président algérien lorsque vous survoliez son territoire : « je n’enverrai pas nos soldats se faire tuer si tous les gouvernements responsables de la situation localement ne prennent pas l’intégralité de leur responsabilité. »
Vous avez dit continuer avec le dossier du Nord Mali tel que l’a enclenché le président François Hollande.
Votre discours, pareillement, s’inscrit en droite ligne de celui de votre prédécesseur et de ses anciens ministres, notamment Laurent Fabius et de Jean-Yves Le Drian, par exemple lorsque vous dites « on ne peut pas manifester quelque faiblesse que ce soit à l’égard de mouvements terroristes (…) et mot pour mot : « nous serons intraitables. » « Nous avons besoin de poursuivre et d’accroître notre engagement (…) Il restera de haute intensité ici au Sahel… »
Et pourtant, votre champ de bataille, le Sahel, est miné, tant au propre qu’au figuré, monsieur le Président. Les populations du Nord Mali le savent. Ne vous laissez pas emporter par la seule fougue guerrière. N’exaltez pas la seule solution militaire.
Osez trancher le nœud gordien, Monsieur le Président, dans vos procédés discursifs en direction de l’Afrique comme vous l’avez fait avec la France et l’Europe.
Elargissez votre champ d’analyse tant pour cette question précise que pour toutes les autres questions concernant les destinées communes de l’Afrique et de l’Europe. Toute solution envisagée devra être partagée, avec méthode et discernement, en rompant avec les recettes unipolaires et usées.
En Marche ! Avec des mots forts
Vous avez dit, monsieur le Président, que « nous sommes à l’orée d’une extraordinaire renaissance », et déclaré vouloir « mettre l’innovation au cœur de votre action. » Deux déclarations fortes. Alors faites en sorte, monsieur le Président, d’innover aussi dans les relations de la France avec l’Afrique afin que nous soyons vraiment à l’orée d’une « extraordinaire renaissance. »
Vous projetez de “corriger les excès du cours du monde.” Dans cette entreprise, pensez à l’Afrique, monsieur le Président.
« Je veux l’unité de notre peuple », avez-vous dit. Vous proclamez que vous voulez « une France qui sache inventer l’avenir ». Fort de cette détermination, préemptez l’espace franco-africain, monsieur le Président, dans la verticalité, pour « inventer l’avenir » avec cet espace.
Union, rassemblement, amour… voici des mots que vous avez martelés, des mots pleins d’empathie, face à ces défis, si caractéristiques des temps de crise. Les grandes nations savent que ce sont là des mots magiques à même de concocter des recettes idoines pour sortir des périodes de déconfiture.
Votre arrivée devrait être une opportunité pour l’Afrique et le monde, monsieur le Président. Elle correspond à l’un de ces moments de chambardement et de rupture radicale qui portent les germes de nouveaux départs, et dont seule l’histoire a le secret. Chaque pays, chaque nation, avant de dompter les forces de rééquilibrage, connaît des périodes de fracture où tous les voyants affichent le rouge.
« Présider autrement, c’est maintenant », avez-vous dit à la mairie de Paris aux côtés d’Anne Hidalgo, maire de Paris, le jour de votre investiture.
À Berlin, auprès de la Chancelière Angela Merkel, vous avez annoncé votre volonté de « refondation historique de l’Europe ». Vous avez affirmé que vous seriez « un partenaire franc, direct et loyal ».
Imprégnée de vos mots, je vous demande, Monsieur le Président, d’être pour l’Afrique ce partenaire franc, direct et loyal qui saura préserver la dignité de ce continent berceau de l’humanité mais qui porte toujours en lui les meurtrissures causées par l’esclavage, la traite et la colonisation que l’Europe lui a fait subir.
Le défi africain du président Macron
« L’Europe et le monde nous regardent », avez-vous affirmé. J’entends fort bien, monsieur le Président même si j’aurais aimé que vous ayez une phrase pour l’Afrique, que vous citiez nommément l’Afrique, car ce qui va se jouer en Europe ne peut pas se définir en dehors de l’Afrique.
L’Europe n’a pas de devenir sans l’Afrique. Son avenir n’est-il pas plutôt à la fois européen et africain, ne serait-ce qu’à cause des problèmes d’immigration, de terrorisme ou d’écologie ?
L’Europe pourra – t-elle survivre dans son confort à quelques encablures d’un continent de très grande pauvreté ? Sûrement non et c’est pour cette raison que l’avenir des deux continents doit être aménagé en commun.
On vous dit agile, plein d’intelligence et de virtuosité, monsieur le Président. Déployez une partie de ces talents sur l’Afrique ! Osez aborder avec nous et de façon franche, les problèmes qui engagent nos destinées communes.
Nous pensons déjà, monsieur le Président, que vous devriez inscrire l’Afrique dans le projet dont vous rêvez pour la France, pour l’Europe et pour le monde.
Il vous revient une tâche bien délicate mais oh combien noble, qui mette au pilori tous les vieux poncifs coloniaux et néo-coloniaux tenaces dans votre pays et en Europe : celle de définir et de mettre en oeuvre une stratégie globale pour l’Afrique, une stratégie ambitieuse et courageuse que vous partagerez et accomplirez avec l’Afrique.
Monsieur le Président, repensez la politique africaine de la France ! Quelle politique française pour l’Afrique ? C’est un débat de fond qu’il faut engager. Osez assumer votre fougue ! Permettez à votre intelligence d’être au service du défi à relever.
Oui, monsieur le Président, votre défi sera de repenser les relations franco-africaines, de les mettre en mouvement, de les normaliser, c’est-à-dire de les rendre plus égalitaires, mutuellement avantageuses, en mettant fin à la politique des réseaux et du « copain-copain » à l’endroit des chefs d’État africains.
Pour y parvenir, inscrivez-vous dans une dynamique de collaboration sans arrogance ni paternalisme, sans triomphalisme, en sachant que ce continent a encore besoin d’aide.
Décomplexez les relations franco-africaines en apportant vision neuve et comportements nouveaux. Condescendant, le discours de la France peut l’être, tant elle apparaît toujours aux Africains comme une puissance coloniale. Or elle est souvent bien trop frileuse dans ses déclarations. Quand elle hausse le ton, on la dit arrogante, et pour éviter ce faible risque, elle adopte des précautions de langage tellement surfaites qu’elles versent dans la démagogie. N’a-t-on pas trop entendu des formules comme « mon frère et mon ami », « j’aime les Africains », etc. là où un langage franc, direct, mais respectueux et loyal eut été de mise ?
De François Mitterrand à François Hollande, chacun de vos prédécesseurs a tracé ce qui semblait être sa feuille de route, avec plus ou moins de bonheur et de réussite mais aussi de ratés. On dit que le discours de La Baule de François Mitterrand a impacté les révolutions africaines, en débouchant sur la démocratie pluraliste ici et là en Afrique, avec les conférences nationales organisées au Congo-Brazzaville, au Togo, ou encore au Mali. Relativisons, le terrain était favorable, les contestations contre les dictatures déjà en marche.
Vos deux derniers prédécesseurs ont tous brandi leur volonté d’opérer une rupture radicale, manifestant leur ardeur d’en finir avec la France des réseaux parallèles et occultes, une volonté de rupture avec la « Françafrique ».
Pourtant, cette Françafrique existe toujours. Elle se manifeste à travers les sommets France-Afrique aux allures de « liturgies laïques », budgétivores dans leur organisation, néocoloniale d’une certaine façon dans leur conception actuelle, la France restant toujours la grande patronne. Ces sommets croulent sous le poids de discours lyriques, d’auto-satisfécits aux relents démagogiques et complaisants tandis qu’en arrière-fond subsistent ces vieilles peurs coloniales présentes chez les chefs d’État africains qui, hantés par la force de nuisance du maître de l’Élysée, redoutent, à tort ou à raison, sa capacité de les « faire » et surtout de les « défaire ».
Au-delà de tout ça, la Françafrique, c’est le business (parfois crapuleux), les réseaux mafieux, l’argent sale circulant entre l’Afrique et la France.
Les soutiens, la solidarité avec les chefs d’Etat africains s’étendent à d’autres sphères de fraternité et de reconnaissance mutuelles qui ne concernent que la cour « des Grands » : Franc-maçonneries, Rose Croix, Internationale Socialiste…
La majeure partie, sinon l’ensemble des présidents actuels de la bande sahélienne appartiennent à l’Internationale–socialiste : le Niger, le Mali, le Burkina Faso.
L’Internationale–socialiste a le vent en poupe !
L’Afrique ne se ramène pas à ses chefs d’Etat et à ses ministres, monsieur le Président, tout comme la France ne se ramène pas aux réseaux de la Françafrique : il y a ici et là une opinion publique – quand bien même elle est plurielle – il faut l’informer et l’éduquer ; la France doit s’adresser à elle, ici et là-bas, et les compétences pour ce faire ne manquent pas : ce sont les universitaires, les chercheurs, les spécialistes de l’Afrique, mais aussi les hommes et femmes de terrain. Les analyses de ces hommes et femmes vous seront plus utiles que celles qui jouent sur la peur ou sur les intérêts à courte vue. Leurs analyses vous seront aussi utiles sinon plus, que celles de Conseillers au profil plus politique que scientifique. Leurs analyses vous seront plus utiles que celles de célèbres « Messieurs Afrique », agissant dans l’ombre des services secrets et des circuits obscurs, tel que le fameux réseau Focard et ses émanations, des perles que l’on croit rares, mais qui sont aussi rares que sont nombreux les vrais spécialistes de l’Afrique.
Le repositionnement de l’Afrique
J’entends dire qu’il appartient aux Africains de prendre eux-mêmes leurs responsabilités pour sortir de cette dépendance dans l’indépendance, de prendre en mains leurs destinées, en mettant de l’ordre dans leur façon de gouverner, avec des dictateurs et pseudo-dictateurs et autres apprentis-sorciers ça et là. Sans réfuter ces prises des position, je dis que cela fait près d’un demi-siècle que nous rabâchons tous ces discours et plus nous les rabâchons, plus d’étau de l’ancienne puissance coloniale se resserre sur nous.
Je dirai que nous sommes dans l’interdépendance avec l’ancienne puissance coloniale.
Tout est tellement enchevêtré, les relations tellement multidimensuelles !
Dressons ce tableau, posons-nous cette question, qui relève du seul truisme : que sera la France sans l’apport de ses anciennes colonies, sans l’apport des immigrés, tant sur le sol français, européen et africain même. Tablons sur le donnant-donnant, le gagnant-gagnant. Dans les rues de Paris, j’observe les courageux techniciens de surface, je vois de plus en plus de femmes baby sitters africaines avec des enfants « Blancs », dans les magasins on retrouve cette même main d’œuvre noire tant au niveau de la sécurité que de la manutention. Je ne comptabilise pas les étudiants, les chercheurs, les artistes, les sportifs, les créateurs et autres cadres, les relations amicales et parentales nées d’un long parcours commun, le partage de la langue française et que sais-je d’autre…
Si nous sommes tous d’accord pour dire que l’arrivée du Président Macron en France constitue un événement majeur, m’adressant à mes concitoyens africains, alors, je dis : cette opportunité-là, il nous faut la saisir. Marquons le nouveau président Français, scotchons-nous à lui, assiégeons son esprit, provoquons chez lui l’électrochoc capable de changer la donne.
Nous parlons de partenariat, de liens complémentaires ; alors, arrêtons d’hypostasier nos jugements sur une Afrique où tout va se régler par incantation.
Renouvelons nos discours, dans la clairvoyance et dans la lucidité. Saisissons le formidable renouvèlement du jeu politique en France pour nous réinventer. Inventons un autre paradigme avec des mots-clés, seulement des mots d’AMOUR : partenariat, solidarité, respect mutuel, empathie, humanisme, fraternité des cœurs, interdépendance, échanges réciproques, paix…
L’espoir en marche
Pourquoi tous ces développements, monsieur le Président ? Parce que j’ose espérer en vous, car :
– On a appris que, au sortir de l’ENA, vous aviez choisi de faire votre stage en Afrique, au Nigeria précisément, et non en Europe ou en Amérique.
– Pourquoi ne pas espérer en vous, monsieur le Président ? En pleine campagne électorale, vous avez pris le risque de vous aliéner une certaine frange de l’opinion française qui professe que la colonisation a eu des aspects positifs, en proclamant haut et fort et en assumant courageusement, lors de votre visite à Alger, que la colonisation était un crime contre l’humanité. Alors qu’un de vos devanciers avait évoqué des aspects positifs de la colonisation et qu’un autre disait de l’Afrique qu’elle n’était pas encore entrée dans l’histoire…
Permettez-moi, monsieur le Président de terminer sur ce vœu particulier : alors que sont certainement à saluer les efforts de parité de genre et la diversité de l’outil exécutif du gouvernement que vous venez de composer, on ne peut pas ne pas remarquer qu’il comporte deux départements consacrés à l’Europe : le ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères et le ministère des Relations avec l’Europe. Singulièrement, et quand bien même les approches et résultats étaient discutables, les ministères de la Coopération ou du Développement, où étaient domiciliées les Affaires africaines ont disparu.
Monsieur le Président, là aussi, pour bien marquer votre volonté de renouveau audacieux, un ministère des Affaires africaines aurait été le bienvenu.
Bon vent, Monsieur le Président !
Ce jour 24 mai 2017
Prof. Adame BA KONARÉ, Historienne – Ancienne Première Dame du Mali.
Bamako-Mali.
AFRIQUE
GUINÉE – Corruption : L’ancien président de la Cour constitutionnelle condamné à sept ans de prison
L’ancien président de la Cour constitutionnelle guinéenne, Mohamed Lamine Bangoura, a été condamné à sept ans d’emprisonnement pour des faits de corruption, de détournement de fonds publics, d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent. La décision a été rendue par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), dans une affaire liée à la gestion des ressources financières de l’institution qu’il dirigeait.
En plus de la peine de prison, la juridiction a prononcé une amende de deux milliards de francs guinéens à l’encontre de l’ancien haut responsable. Elle a également ordonné la confiscation de ses biens situés en Guinée et au Sénégal.
Deux autres personnes poursuivies dans ce dossier, actuellement en fuite, ont été condamnées chacune à dix ans de prison. Les trois hommes sont par ailleurs tenus de verser solidairement 41 milliards de francs guinéens à l’État guinéen, selon la décision judiciaire.
Détenu depuis décembre 2022, Mohamed Lamine Bangoura conteste les accusations formulées contre lui. Sa condamnation intervient dans le cadre des procédures engagées contre plusieurs anciens responsables de l’administration d’Alpha Condé depuis l’arrivée au pouvoir de Mamady Doumbouya, à la suite du coup d’État de septembre 2021.
Au total, quelque 180 anciens responsables sont concernés par des poursuites judiciaires dans ce contexte de lutte affichée contre la corruption et les infractions économiques et financières.
Cette politique judiciaire suscite toutefois des critiques au sein de l’opposition guinéenne. Des responsables politiques dénoncent une instrumentalisation présumée de la justice et une restriction des libertés sous les autorités actuelles.
L’affaire Mohamed Lamine Bangoura s’inscrit ainsi dans un climat politique marqué par la multiplication des procédures visant d’anciens dirigeants et par des débats persistants sur l’indépendance de la justice en Guinée.
AFRIQUE
SÉNÉGAL – « Premier cobaye » : Sonko s’oppose au mécanisme du G20 pour la dette
Le recours envisagé par le Sénégal au mécanisme du G20 pour restructurer sa dette publique suscite des réserves au sommet de l’État. Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et ancien Premier ministre, critique cette orientation et prévient que son groupe parlementaire pourrait refuser d’adopter le projet de loi de finances si l’exécutif maintient cette option.
À Dakar, le débat porte sur l’utilisation d’une version renforcée du Cadre commun du G20, un dispositif mis en place en 2020 pour faciliter la restructuration de la dette des pays confrontés à de graves difficultés financières. Ce mécanisme fait cependant l’objet de critiques en raison de la lenteur des négociations et des divergences entre les créanciers sur la répartition des efforts nécessaires.
Pour Ousmane Sonko, le Sénégal n’aurait pas besoin de recourir à un tel dispositif pour procéder à un simple reprofilage de sa dette. Il soutient que les créanciers ont déjà écarté toute réduction des montants dus et s’interroge sur l’intérêt de placer le pays dans un mécanisme dont les conséquences restent incertaines.
« Le Sénégal n’avait pas besoin d’être le premier cobaye », a-t-il déclaré, exprimant ses inquiétudes face à une initiative dont le pays pourrait devenir le premier terrain d’application, alors que ses finances publiques sont soumises à de fortes tensions.
Le responsable politique a également brandi la menace d’un rejet du projet de loi de finances. Il assure ne pas vouloir entraver le fonctionnement des institutions, mais estime que la responsabilité d’un éventuel blocage incomberait à l’exécutif si celui-ci persistait dans sa stratégie.
La situation budgétaire du Sénégal reste particulièrement préoccupante. À la fin de l’année 2024, la dette publique était estimée à 132 % du produit intérieur brut (PIB), selon les données évoquées dans le dossier. Une partie de cette dette n’avait pas été correctement déclarée sous la présidence de Macky Sall, au pouvoir de 2012 à 2024.
Dans ce contexte, Dakar avait annoncé, le 1er septembre, un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue d’un programme d’aide de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Cette initiative vise à assainir les finances publiques et à accompagner le redressement budgétaire du pays.
AFRIQUE
GHANA – Esclavage et mémoire : Trois jours de commémoration au musée Nkyinkyim
Au Ghana, des membres de la diaspora africaine se sont retrouvés au musée Nkyinkyim, à Nuhalenya, près d’Ada, pour trois jours de commémoration dédiés à leurs ancêtres. Des Afro-Américains et des descendants de communautés africaines établies à travers le monde ont participé à cette cérémonie consacrée à la mémoire de celles et ceux dont les noms et les parcours ont été effacés par le temps et les conséquences de l’esclavage.
Pour de nombreux participants, ce déplacement constitue une démarche profondément personnelle. Il s’agit de renouer avec leurs racines, de mieux comprendre leur histoire familiale et de retrouver un lien avec le continent africain, rompu par la traite transatlantique des esclaves.
Les cérémonies ont été marquées par des libations, des offrandes, des chants, des percussions et des danses en hommage aux générations disparues. Au musée Nkyinkyim, la mémoire ne se limite pas à la conservation du passé : elle se transmet à travers des rituels et des moments de partage qui permettent aux visiteurs de renouer avec leur héritage culturel.
« Cette initiative vient de nous et est portée par nous. Nous allons à la rencontre de la diaspora, sans attendre que quelqu’un d’autre organise ces événements à notre place », explique Kwame Akoto-Bamfo, fondateur du musée Nkyinkyim.
À travers cette rencontre, les organisateurs souhaitent offrir un cadre de réflexion sur les conséquences de l’esclavage et de la colonisation sur les identités africaines et celles de leurs descendants. L’événement permet également aux visiteurs de redécouvrir certaines traditions et d’approfondir leur connaissance des liens historiques qui les unissent au continent.
Subrina Starke, cofondatrice de Diasporan WelHouse, souligne l’importance de poursuivre les recherches sur les communautés issues de la diaspora. « Nous voulons aussi faire des recherches sur l’histoire du peuple du Suriname, mais également sur celle des autres communautés de la diaspora », précise-t-elle.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où le Ghana défend la nécessité d’une justice réparatrice pour répondre aux conséquences durables de l’esclavage. Pour les participants, cette revendication dépasse les discussions diplomatiques et les débats internationaux. Elle renvoie aussi à la reconnaissance des souffrances endurées par leurs ancêtres, à la transmission de leur mémoire et à la réparation des traumatismes hérités de cette histoire.
« Je pense que des réparations doivent nous être accordées à tous les niveaux, pour les traumatismes et les souffrances infligés à nos peuples », affirme Efua Irene Agyeman Hin, également cofondatrice de Diasporan WelHouse.
Pour certains visiteurs, la redécouverte des pratiques ancestrales représente déjà une étape vers la reconstruction identitaire et l’apaisement des blessures historiques. En renouant avec les traditions africaines, ils cherchent à se réapproprier une partie de leur histoire longtemps marquée par l’arrachement et la dispersion.
À la clôture de ces trois journées, les chants et les percussions ont laissé place à un message central : préserver la mémoire des ancêtres est indispensable, mais cette démarche reste indissociable de la quête de reconnaissance et de justice pour les peuples affectés par l’esclavage.
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