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AFRIQUE DE L’OUEST

MALI : L’ancienne Première Dame Adame Ba Konaré écrit à Emmanuel Macron.

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Le dimanche 7 mai, à 20 h précises, le visage du nouveau président  français apparaît  sur les écrans de télévision et ce visage est celui d’un homme jeune de moins de quarante ans, le plus jeune président de l’histoire de la France, depuis Napoléon.  Un président qui n’a jamais brigué un poste électif avant les présidentielles, quasi inconnu des Français jusqu’à son passage comme secrétaire général adjoint de l’Élysée puis comme ministre des Finances de François Hollande. Un président parti de presque rien, si ce n’est de ce mouvement En marche qu’il a fondé il y a à peine une année.

La récompense de l’audace, qui n’est pas loin du yes we can de Barack Obama ? Oui, assurément !

Ce président, auquel on ne s’attendait pas, qui vient faire un pied-de-nez à la galaxie clivée des partis traditionnels, de droite comme de gauche, aux ténors usés sous le harnais de plus de trois décennies de luttes étripées les uns contre les autres va, s’enthousiasme-t-on, « réinventer la France », apporter un baume rafraîchissant dans les cœurs et les esprits.

On dit que la France va « redevenir le centre du monde, renoué avec ses valeurs. »

« De l’air frais », nous laissent entendre certains commentateurs. Sur  CNews, dans une émission du 8 mai, un débatteur affirmera que ce nouveau président a de la chance et que cette chance – là, il va la reporter sur la France. Très africain comme analyse. Très africain comme croyance : on dit là-bas que la chance d’un pays est dans le bonnet de son chef.

Il va, croit-on également, combler « le vide émotionnel » causé par le régicide dont a été coupable le peuple français au XVIIIe siècle, en réincarnant cette figure royale qui manque tant à la France. Le rêve fantasmagorique !

Il est donc là, ce nouveau président, jeune et beau. Beau comme un Dieu grec, ou comme une star de cinéma. Mais ça, c’est une autre histoire…

Rassembler est le mot d’ordre, le projet politique d’En Marche, son mouvement. Prendre un peu à droite, un peu à gauche, un peu au centre, sa stratégie.

C’est à ce président que j’adresse cette lettre ouverte en tant que citoyenne de l’Afrique.

En Marche ! Une opportunité historique

Monsieur le Président, vous avez pointé du doigt le désarroi français L’une de vos exigences, avez-vous dit, est de « rendre aux Français cette confiance en eux depuis longtemps affaiblie parce que depuis des décennies, la France doute d’elle-même ».

Désarroi, oui, puisque, comme pour appuyer vos propos, le PS aura enregistré son plus faible score depuis cinquante ans, et la droite se sera disqualifiée pour la première fois.

Vous avez renouvelé les règles du jeu. Il est symptomatique qu’il vous ait suffi d’une toute petite année, d’avril 2016 à avril 2017, pour créer et mettre en marche votre mouvement En Marche ! Vous avez renvoyé dos à dos les traditionnelles Gauche et Droite. Vous les avez endiguées dans une espèce de fusion qui n’est pas  loin d’une certaine forme de consensus.

Certainement, en Europe, vous allez faire des émules !

En Afrique, cette voie a été  déjà expérimentée. Au Mali, mon pays, dans les années 1990, elle a été prônée pour faire face aux situations quasi-anarchiques consécutives à la  fin du régime à parti unique et a l’avènement de la démocratie.

Elle est aussi recommandée depuis des années par la communauté internationale pour stabiliser les pays fracturés, telle que la république démocratique du Congo, ou pour juguler des crises menaçant la paix.

Voyez-vous, monsieur le Président, ce qui semble être une expérience inédite pour la France, est une  réalité pour Afrique qui  en tire déjà les leçons et en signale les dangers.

Les présidents ayant opté pour cette alternative sont accusés de « débauchage  et de volonté de casser les partis politiques », partis sans lesquels, l’on ne saurait parler de démocratie.

Cette situation est perçue aujourd’hui comme la confiscation du pouvoir par une minorité d’hommes politiques qui font de leur pays un gâteau à partager. Quant aux personnalités de la société civile cooptées, elles apparaissent comme des « opportunistes » qui, sans participer aux combats politiques, profitent d’un cadeau obtenu sans effort.

Dans ces conditions, comment opérer la convergence entre votre innovation et l’expérience africaine ? Quels enrichissements en tirer de part et d’autre ?

Je m’interroge : que vont devenir les ersatz africains des partis politiques français, ceux se disant de gauche comme de droite ? Ou encore centriste, centre-gauche, centre-droite… ? Ces partis traditionnels sont surtout bousculés par d’autres formations, qui n’utilisent pas le nom de partis politiques mais qui sont là, partie prenante du jeu politique, et très actives sur le terrain. Ce sont toutes ces associations corporatistes ou islamiques.

Je n’entends pas être Cassandre mais ne faut-il pas euthanasier l’ensemble des partis politiques en les remplaçant par quelque chose de plus extensible et qui va au-delà de leurs énoncés aux bases sclérosées ?

A l’évidence, est révolu le temps des grandes idéologies univoques dominatrices et à prétention universelle.

En Marche !  Pour une visite au Mali

Le 19 mai, monsieur le Président, en votre qualité de Chef suprême des Armées vos premiers pas sur le sol africain vous ont conduit au Mali, pour visiter la force Barkhane engagée dans la guerre du Sahel.

Vous êtes directement allé à Gao, où sont concentrées les troupes de la force Barkhane. Les images font revivre ce qui semble déjà être votre style : démarche solennelle et lente lorsque vous passiez les troupes en revue, sans tapis rouge, comme lorsque vous traversiez la cour de l’Elysée le soir de votre élection. Puis, inversion de tableau, où à la cantine, votre plateau-repas en mains, vous vous êtes installé, très décontracté, vous leur Chef suprême, côte à côte avec vos soldats pour partager leur repas, presque en osmose avec eux. Vous les avez rassurés et exprimé votre détermination : « exigent, lucide, toujours présent » tout en évitant d’exposer leurs vies. Par-delà la France et vous-même, fervent Pro-européen, vous avez exprimé votre souhait pour plus de coopération de l’Europe et de l’Allemagne, particulièrement, en interpelant nommément madame Merkel.

Vous y avez affirmé l’engagement militaire de la France pour la sécurisation des territoires face aux groupes jihadistes jusqu’à l’éradication complète du jihadisme.

Devant le président malien, vous avez souhaité que « l’engagement militaire soit accompagné d’une stratégie de développement. »

On a noté ce qui pourrait être une mise en garde dans votre entretien téléphonique avec le président algérien lorsque vous survoliez son territoire : « je n’enverrai pas nos soldats se faire tuer si tous les gouvernements responsables de la situation localement ne prennent pas l’intégralité de leur responsabilité. »

Vous avez dit continuer avec le dossier du Nord Mali tel que l’a enclenché le président François Hollande.

Votre discours, pareillement, s’inscrit en droite ligne de celui de votre prédécesseur et de ses anciens ministres, notamment Laurent Fabius et de Jean-Yves Le Drian, par exemple lorsque vous dites « on ne peut pas manifester quelque faiblesse que ce soit à l’égard de mouvements terroristes (…) et mot pour mot : « nous serons intraitables. » « Nous avons besoin de poursuivre et d’accroître notre engagement (…) Il restera de haute intensité ici au Sahel… »

Et pourtant, votre champ de bataille, le Sahel, est miné, tant au propre qu’au figuré, monsieur le Président. Les populations du Nord Mali le savent. Ne vous laissez pas emporter par la seule fougue guerrière. N’exaltez pas la seule solution militaire.

Osez trancher le nœud gordien, Monsieur le Président, dans vos procédés discursifs en direction de l’Afrique comme vous l’avez fait avec la France et l’Europe.

Elargissez votre champ d’analyse tant pour cette question précise que pour toutes les autres questions concernant les destinées communes de l’Afrique et de l’Europe. Toute solution envisagée devra être partagée, avec méthode et discernement, en rompant avec les recettes unipolaires et usées.

En Marche ! Avec des mots forts

Vous avez dit, monsieur le Président,  que « nous sommes à l’orée d’une extraordinaire renaissance », et déclaré vouloir « mettre l’innovation au cœur de votre action. » Deux déclarations fortes. Alors faites en sorte, monsieur le Président, d’innover aussi dans les relations de la France avec l’Afrique afin que nous soyons vraiment à l’orée d’une « extraordinaire renaissance. »

Vous projetez de “corriger les excès du cours du monde.” Dans cette entreprise, pensez à l’Afrique, monsieur le Président.

« Je veux l’unité de notre peuple », avez-vous dit. Vous proclamez que vous voulez « une France qui sache inventer l’avenir ». Fort de cette détermination, préemptez l’espace franco-africain, monsieur le Président, dans la verticalité, pour « inventer l’avenir » avec cet espace.

Union, rassemblement, amour… voici des mots que vous avez martelés, des mots pleins d’empathie, face à ces défis, si caractéristiques des temps de crise. Les grandes nations savent que ce sont là des mots magiques à même de concocter des recettes idoines pour sortir des périodes de déconfiture.

Votre arrivée  devrait être une opportunité pour l’Afrique et le monde, monsieur le Président. Elle correspond à l’un de ces moments de chambardement et de rupture radicale qui portent les germes de nouveaux départs, et dont  seule l’histoire a le secret. Chaque pays, chaque nation, avant de dompter les forces de rééquilibrage, connaît des périodes de fracture où tous les voyants affichent le rouge.

« Présider autrement, c’est maintenant », avez-vous dit à la mairie de Paris aux côtés d’Anne Hidalgo, maire de Paris, le jour de votre investiture.

À Berlin, auprès de la Chancelière Angela Merkel, vous avez annoncé votre volonté de « refondation historique de l’Europe ». Vous avez affirmé que vous seriez « un partenaire franc, direct et loyal ».

Imprégnée de vos  mots,  je vous demande, Monsieur le Président, d’être pour l’Afrique ce partenaire franc, direct et loyal qui saura préserver la dignité de ce continent berceau de l’humanité mais qui porte toujours en lui les meurtrissures causées par l’esclavage, la traite et la colonisation que l’Europe lui a fait subir.

Le défi africain du président Macron

« L’Europe et le monde nous regardent », avez-vous affirmé. J’entends fort bien, monsieur le Président même si j’aurais aimé que vous ayez une phrase pour l’Afrique, que vous citiez nommément l’Afrique, car ce qui va se jouer en Europe ne peut pas se définir en dehors de l’Afrique.

L’Europe n’a pas de devenir sans l’Afrique. Son avenir n’est-il pas plutôt à la fois européen et africain, ne serait-ce qu’à cause des problèmes d’immigration, de terrorisme ou d’écologie ?

L’Europe pourra – t-elle  survivre dans son confort à quelques encablures d’un continent de très grande pauvreté ? Sûrement non et c’est pour cette raison que l’avenir des deux continents doit être aménagé en commun.

On vous dit agile, plein d’intelligence et de virtuosité, monsieur le Président. Déployez une partie de ces talents sur l’Afrique ! Osez aborder avec nous et de façon franche, les problèmes qui engagent nos destinées communes.

Nous pensons déjà, monsieur le Président, que vous devriez inscrire l’Afrique dans le projet dont vous rêvez pour la France, pour l’Europe et pour le monde.

Il vous revient une tâche bien délicate mais oh combien noble, qui mette au pilori tous les vieux poncifs coloniaux et néo-coloniaux tenaces dans votre pays et en Europe : celle de définir et de mettre en oeuvre une stratégie globale pour l’Afrique, une stratégie ambitieuse et courageuse que vous partagerez et accomplirez avec l’Afrique.

Monsieur le Président, repensez la politique africaine de la France ! Quelle politique française pour l’Afrique ? C’est un débat de fond qu’il faut engager. Osez assumer votre fougue ! Permettez à votre intelligence d’être au service du défi à relever.

Oui, monsieur le Président, votre défi sera de repenser les relations franco-africaines, de les mettre en mouvement, de les normaliser, c’est-à-dire de les rendre plus égalitaires, mutuellement avantageuses, en mettant fin à la politique des réseaux et du « copain-copain » à l’endroit des chefs d’État africains.

Pour y parvenir, inscrivez-vous dans une dynamique de collaboration sans arrogance ni paternalisme, sans triomphalisme, en sachant que ce continent a encore besoin d’aide.

Décomplexez les relations franco-africaines en apportant vision neuve et comportements nouveaux. Condescendant, le discours de la France peut l’être, tant elle apparaît toujours aux Africains comme une puissance coloniale. Or elle est souvent bien trop frileuse dans ses déclarations. Quand elle hausse le ton, on la dit arrogante, et pour éviter ce faible risque, elle adopte des précautions de langage tellement surfaites qu’elles versent dans la démagogie. N’a-t-on pas trop entendu des formules comme « mon frère et mon ami », « j’aime les Africains », etc. là où un langage franc, direct, mais respectueux et loyal eut été de mise ?

De François Mitterrand à François Hollande, chacun de vos prédécesseurs a tracé ce qui semblait être sa feuille de route, avec plus ou moins de bonheur et de réussite mais aussi de ratés. On dit que le discours de La Baule de François Mitterrand a impacté les révolutions africaines, en débouchant sur la démocratie pluraliste ici et là en Afrique, avec les conférences nationales organisées au Congo-Brazzaville, au Togo, ou encore au Mali. Relativisons, le terrain était favorable, les contestations contre les dictatures déjà en marche.

Vos deux derniers prédécesseurs ont tous brandi leur volonté d’opérer une rupture radicale, manifestant leur ardeur d’en finir avec la France des réseaux parallèles et occultes, une volonté de rupture avec la « Françafrique ».

Pourtant, cette Françafrique existe toujours. Elle se manifeste à travers les sommets France-Afrique aux allures de « liturgies laïques », budgétivores dans leur organisation, néocoloniale d’une certaine façon dans leur conception actuelle, la France restant toujours la grande patronne. Ces sommets croulent sous le poids de discours lyriques, d’auto-satisfécits aux relents démagogiques et complaisants tandis qu’en arrière-fond subsistent ces vieilles peurs coloniales présentes chez les chefs d’État africains qui, hantés par la force de nuisance du maître de l’Élysée, redoutent, à tort ou à raison, sa capacité de les « faire » et surtout de les « défaire ».

Au-delà de tout ça, la Françafrique, c’est le business (parfois crapuleux), les réseaux mafieux, l’argent sale circulant entre l’Afrique et la France.

Les soutiens, la solidarité avec les chefs d’Etat africains s’étendent à d’autres sphères de fraternité et de reconnaissance mutuelles qui ne concernent que la cour « des Grands » : Franc-maçonneries, Rose Croix, Internationale Socialiste…

La majeure partie, sinon l’ensemble des présidents actuels de la bande sahélienne appartiennent à l’Internationale–socialiste : le Niger, le Mali, le Burkina Faso.

 L’Internationale–socialiste a le vent en poupe !

L’Afrique ne se ramène pas à ses chefs d’Etat et à ses ministres, monsieur le Président, tout comme la France ne se ramène pas aux réseaux de la Françafrique : il y a ici et là une opinion publique – quand bien même elle est plurielle – il faut l’informer et l’éduquer ; la France doit s’adresser à elle, ici et là-bas, et les compétences pour ce faire ne manquent pas : ce sont les universitaires, les chercheurs, les spécialistes de l’Afrique, mais aussi les hommes et femmes de terrain. Les analyses de ces hommes et femmes vous seront plus utiles que celles qui jouent sur la peur ou sur les intérêts à courte vue. Leurs analyses vous seront aussi utiles sinon plus, que celles de Conseillers au profil plus politique que scientifique. Leurs analyses vous seront plus utiles que celles de célèbres « Messieurs Afrique », agissant dans l’ombre des services secrets et des circuits obscurs, tel que le fameux réseau Focard et ses émanations, des perles que l’on croit rares, mais qui sont aussi rares que sont nombreux les vrais spécialistes de l’Afrique.

Le repositionnement de l’Afrique

J’entends dire qu’il appartient aux Africains de prendre eux-mêmes leurs responsabilités pour sortir de cette dépendance dans l’indépendance, de prendre en mains leurs destinées, en mettant de l’ordre dans leur façon de gouverner, avec des dictateurs et pseudo-dictateurs et autres apprentis-sorciers ça et là. Sans réfuter ces prises des position, je dis que cela fait près d’un demi-siècle que nous rabâchons tous ces discours et plus nous les rabâchons, plus d’étau de l’ancienne puissance coloniale se resserre sur nous.

Je dirai que nous sommes dans l’interdépendance avec l’ancienne puissance coloniale.

Tout est tellement enchevêtré, les relations tellement multidimensuelles !

Dressons ce tableau, posons-nous cette question, qui relève du seul truisme : que sera la France sans l’apport de ses anciennes colonies, sans l’apport des immigrés, tant sur le sol français, européen et africain même. Tablons sur le donnant-donnant, le gagnant-gagnant. Dans les rues de Paris, j’observe les courageux techniciens de surface, je vois de plus en plus de femmes baby sitters africaines avec des enfants « Blancs », dans les magasins on retrouve cette même main d’œuvre noire tant au niveau de la sécurité que de la manutention. Je ne comptabilise pas les étudiants, les chercheurs, les artistes, les sportifs, les créateurs et autres cadres, les relations amicales et parentales nées d’un long parcours commun, le partage de la langue française et que sais-je d’autre…

Si nous sommes tous d’accord pour dire que l’arrivée du Président Macron en France constitue un événement majeur, m’adressant à mes concitoyens africains, alors, je dis : cette opportunité-là, il nous faut la saisir. Marquons le nouveau président Français, scotchons-nous à lui, assiégeons son esprit, provoquons chez lui l’électrochoc capable de changer la donne.

Nous parlons de partenariat, de liens complémentaires ; alors, arrêtons d’hypostasier nos jugements sur une Afrique où tout va se régler par incantation.

Renouvelons nos discours, dans la clairvoyance et dans la lucidité. Saisissons le formidable renouvèlement du jeu politique en France pour nous réinventer. Inventons un autre paradigme avec des mots-clés, seulement des mots d’AMOUR : partenariat, solidarité, respect mutuel, empathie, humanisme, fraternité des cœurs, interdépendance, échanges réciproques, paix…

L’espoir en marche

Pourquoi tous ces développements, monsieur le Président ? Parce que j’ose espérer en vous, car :

– On a appris que, au sortir de l’ENA, vous aviez choisi de faire votre stage en Afrique, au Nigeria précisément, et non en Europe ou en Amérique.

– Pourquoi ne pas espérer en vous, monsieur le Président ? En pleine campagne électorale, vous avez pris le risque de vous aliéner une certaine frange de l’opinion française qui professe que la colonisation a eu des aspects positifs, en proclamant haut et fort et en assumant courageusement, lors de votre visite à Alger, que la colonisation était un crime contre l’humanité. Alors qu’un de vos devanciers avait évoqué des aspects positifs de la colonisation et qu’un autre disait de l’Afrique qu’elle n’était pas encore entrée dans l’histoire…

Permettez-moi, monsieur le Président de terminer sur ce vœu particulier : alors que sont certainement à saluer les efforts de parité de genre et la diversité de l’outil exécutif du gouvernement que vous venez de composer, on ne peut pas ne pas remarquer qu’il comporte deux départements consacrés à l’Europe : le ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères et le ministère des Relations avec l’Europe. Singulièrement, et quand bien même les approches et résultats étaient discutables, les ministères de la Coopération ou du Développement, où étaient domiciliées les Affaires africaines ont disparu.

Monsieur le Président, là aussi, pour bien marquer votre volonté de renouveau audacieux, un ministère des Affaires africaines aurait été le bienvenu.

Bon vent, Monsieur le Président !

Ce jour 24 mai 2017

Prof. Adame BA KONARÉ, Historienne – Ancienne Première Dame du Mali.

Bamako-Mali.

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AFRIQUE

SÉNÉGAL – Loyers à Dakar : Le président Diomaye Faye ordonne des mesures coercitives pour protéger les ménages

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À Dakar, la question du logement demeure au cœur des préoccupations des ménages. Pour de nombreuses familles, jeunes actifs et fonctionnaires, le niveau des loyers représente une charge importante, alors que les dépenses quotidiennes liées à l’alimentation, au transport, à l’électricité, à l’eau, à la santé ou encore à la scolarité continuent de peser sur les budgets.

Face à cette situation, le président Bassirou Diomaye Faye veut accélérer la régulation du marché locatif. Lors du Conseil des ministres du mercredi 2 septembre 2026, le chef de l’État a inscrit la question des loyers parmi les leviers destinés à préserver le pouvoir d’achat des Sénégalais et à lutter contre la cherté de la vie.

Le président a notamment demandé au Gouvernement de rendre pleinement opérationnels les dispositifs réglementaires et coercitifs permettant de mieux encadrer les pratiques des différents acteurs du secteur. L’objectif affiché est de renforcer le respect des règles existantes et de garantir une meilleure protection des consommateurs.

Bassirou Diomaye Faye a également insisté sur l’application rigoureuse des dispositions prévues par la législation relative aux prix et à la protection du consommateur. Cette orientation traduit la volonté des autorités de passer d’un cadre réglementaire existant à une application plus effective sur le terrain.

Les détails des nouvelles mesures et leurs modalités d’application doivent encore être précisés par le Gouvernement. L’enjeu est particulièrement important dans la capitale, où la pression immobilière reste forte.

Le déficit de logements, combiné à une demande élevée, continue en effet de contribuer à la hausse des tensions sur le marché locatif à Dakar et dans sa périphérie. La concentration d’une grande partie de l’offre immobilière dans la capitale et dans la région de Thiès accentue également ce déséquilibre.

Pour les autorités, l’encadrement des loyers s’inscrit ainsi dans une politique plus large de lutte contre la vie chère. Reste désormais à déterminer la portée concrète des mesures coercitives annoncées et leur capacité à améliorer durablement l’accès des ménages à un logement à un coût supportable.

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AFRIQUE

GUINÉE-BISSAU – 70 % de « oui » : le président obtient de nouveaux pouvoirs

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La Guinée-Bissau ouvre la voie à une profonde transformation de ses institutions. Les électeurs ont approuvé à 70 % la nouvelle Constitution soumise à référendum dimanche, selon les résultats annoncés mardi par la Commission électorale nationale. Le texte prévoit notamment de renforcer considérablement les prérogatives du président de la République, quelques mois avant les élections générales censées marquer le retour à un pouvoir civil.

Le référendum intervient moins de dix mois après le coup d’État qui a porté l’armée au pouvoir dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest. Une élection présidentielle est désormais prévue le 6 décembre, dans le cadre du processus de transition engagé par les autorités militaires.

La nouvelle Constitution bouleverse notamment l’équilibre entre la présidence, le gouvernement et le Parlement. Le chef de l’État pourra désormais nommer et limoger le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement. Il disposera également du pouvoir de dissoudre le Parlement.

Le système précédent prévoyait que le Premier ministre soit issu de la majorité parlementaire. Un mécanisme qui avait régulièrement alimenté les tensions institutionnelles et les périodes de cohabitation difficiles dans un pays déjà marqué par une forte instabilité politique.

Les autorités de transition présentent cette réforme comme un moyen de mettre fin aux blocages institutionnels et de renforcer la stabilité avant le retour aux urnes. Le général Horta N’Tam, chef de la junte et président de la transition, avait lui-même participé au vote dimanche, appelant notamment les jeunes à se mobiliser massivement.

Le dirigeant militaire ne pourra toutefois pas se présenter à la prochaine présidentielle, conformément à la charte de transition qu’il défend.

L’adoption de la réforme ne fait cependant pas l’unanimité. Une partie de l’opposition et de la société civile avait appelé au boycott du référendum, dénonçant notamment des restrictions des libertés publiques et contestant la légitimité d’une révision constitutionnelle conduite par un pouvoir de transition non élu.

La mobilisation électorale semble d’ailleurs avoir été limitée dans plusieurs zones. À Bissau, des bureaux de vote visités par l’AFP ont enregistré une fréquentation faible et irrégulière au cours de la journée. Les fortes pluies enregistrées dans la matinée ont également compliqué la participation.

Malgré ces réserves, Carmen Izaura Lobo, présidente de la Commission électorale nationale, a défendu la crédibilité du scrutin. Elle a salué l’organisation du vote et le travail des équipes électorales, mettant également en avant la transparence du processus.

Cette réforme intervient dans un pays particulièrement habitué aux ruptures politiques. L’armée avait pris le pouvoir en novembre dernier, quelques jours seulement après une élection présidentielle, renversant Umaro Sissoco Embaló et interrompant le processus électoral.

Depuis son indépendance en 1974, la Guinée-Bissau a connu cinq coups d’État ainsi que plusieurs tentatives de renversement du pouvoir. L’adoption de la nouvelle Constitution constitue donc un tournant majeur, mais son véritable impact dépendra désormais de la capacité des autorités de transition à organiser des élections crédibles et à garantir un retour durable au pouvoir civil.

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AFRIQUE

SÉNÉGAL – Ousmane Sonko réclame la publication de l’accord négocié avec le FMI

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Ousmane Sonko demande au gouvernement sénégalais de jouer la carte de la transparence après l’annonce d’un accord au niveau des services avec le Fonds monétaire international (FMI). Le président de l’Assemblée nationale estime que les premières communications du gouvernement et de l’institution financière internationale ne permettent pas encore aux citoyens de mesurer précisément les conséquences des engagements envisagés.

Dans une déclaration publiée après les annonces successives de Dakar et du FMI, l’ancien Premier ministre rappelle que l’accord évoqué n’est pas encore définitif. Sa validation devra intervenir ultérieurement, après examen par le conseil d’administration du Fonds.

Mais au-delà de cette procédure, Ousmane Sonko s’interroge sur le contenu réel des discussions. Il considère que les termes employés dans les communications officielles restent trop généraux et ne permettent pas de connaître avec précision les obligations auxquelles le Sénégal pourrait souscrire.

Le responsable politique souhaite notamment obtenir des éclaircissements sur le traitement réservé à la dette publique, mentionné dans la communication du FMI. Il réclame également davantage d’informations sur les réformes qui pourraient accompagner le futur programme, notamment celles relatives à la maîtrise des finances publiques, à l’augmentation des recettes intérieures et à la réduction ou à la rationalisation des dépenses de l’État.

Les mécanismes destinés à protéger les ménages les plus vulnérables figurent également parmi ses préoccupations. Ousmane Sonko veut connaître les mesures envisagées concernant les filets sociaux, mais aussi la gouvernance et la surveillance des entreprises publiques ainsi que les dispositions destinées à améliorer le climat des affaires.

Il soulève par ailleurs la question des audits internationaux de la dette, dont la réalisation faisait partie, selon lui, des exigences défendues au cours des discussions.

Pour le président de l’Assemblée nationale, ces orientations ne constituent pas de simples éléments techniques négociés entre l’État et une institution financière internationale. Elles auront, selon lui, des répercussions directes sur la population sénégalaise, appelée à supporter les conséquences des décisions prises aujourd’hui comme celles qui pourraient s’inscrire dans la durée.

Ousmane Sonko affirme avoir participé durant plusieurs mois aux échanges avec le FMI et dit connaître certaines orientations envisagées. Il met en garde contre le risque de reproduire, dans le cadre du nouvel accord, certaines erreurs qu’il estime avoir marqué les politiques économiques antérieures.

Face à ces interrogations, il réclame donc la publication du mémorandum de politiques économiques et financières, document central dans le cadre des négociations avec le FMI. Son objectif affiché est de permettre aux Sénégalais d’accéder aux informations détaillées et de favoriser un débat public sur les engagements qui pourraient être pris au nom de l’État.

À défaut d’une publication destinée au grand public, le président de l’Assemblée nationale demande que le document soit transmis aux députés afin qu’ils puissent en prendre connaissance dans le cadre de leurs prérogatives de contrôle de l’action gouvernementale.

Le débat pourrait en tout état de cause revenir rapidement au Parlement. Ousmane Sonko estime que les principales orientations du futur programme devraient apparaître dans une éventuelle loi de finances rectificative ou dans le projet de loi de finances pour 2027, attendu devant l’Assemblée nationale en octobre prochain.

Le responsable politique annonce ainsi que les engagements économiques et financiers du Sénégal feront l’objet d’un débat parlementaire, laissant entendre que les députés auront l’occasion d’examiner de près les choix opérés par le gouvernement dans le cadre de ses discussions avec le FMI.

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