CONTRIBUTIONS
SÉNÉGAL – Centenaire de l’ ancien président Abdoulaye Wade : un appel à la reconnaissance nationale par IMAM CHEIKH Ahmed Tidiane Diop
Le vendredi 29 mai 2026, Abdoulaye Wade atteindra l’âge symbolique de cent ans. Ancien Président de la République (2000-2012) et secrétaire général national du Parti démocratique sénégalais (PDS), il incarne un siècle d’engagement au service du Sénégal, marqué par un parcours exceptionnel d’homme politique, d’universitaire et d’avocat, profondément inscrit dans l’histoire de la conquête démocratique du pays.
Pourtant, à l’approche de cette date historique, un constat s’impose : l’absence d’initiatives significatives visant à célébrer cette figure majeure de notre patrimoine politique et institutionnel. Dès lors, les interrogations se multiplient. Où est sa famille biologique ? Où sont celles et ceux qui se réclament du libéralisme, au Sénégal comme dans la diaspora ? Où sont les universitaires, dont il est l’un des représentants les plus éminents ? Où est la famille judiciaire, en particulier ses pairs du barreau ?
Qu’en est-il également de tous ceux qui ont bénéficié de sa confiance à travers les responsabilités qu’il a confiées : anciens Premiers ministres, ministres d’État, directeurs généraux, conseillers, chefs militaires, ambassadeurs, gouverneurs, préfets ou encore élus locaux ? Où sont les anciens présidents d’institutions, les parlementaires, les maires et les cadres politiques issus de son courant ? La question s’étend aussi à ceux qui ont profité de ses largesses, qu’elles aient été financières ou foncières. Et que dire de ceux qui ont trahi cette confiance en détournant des ressources destinées à des militants ou à des causes collectives ? Face à ce silence, un appel est lancé à l’ensemble des composantes de la nation : sortir de l’indifférence et s’organiser pour célébrer ce centenaire, ne serait-ce que par des prières à travers tout le territoire national, le 29 mai 2026.
Les universitaires sont invités à honorer le professeur et intellectuel de renom. La famille judiciaire est appelée à rendre hommage à l’avocat émérite. Les médias, quant à eux, sont encouragés à produire et diffuser des contenus — reportages, documentaires, archives — retraçant la vie et l’œuvre de cet homme dont le parcours a marqué le Sénégal, l’Afrique et au-delà. Un appel solennel est également adressé aux plus hautes autorités de l’État : Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko et Elhadj Malick Ndiaye, afin qu’un hommage national soit rendu, à la hauteur de l’homme et de son héritage. Les ministères en charge de la culture, de l’éducation et de l’enseignement supérieur sont également interpellés pour initier des actions concrètes : activités pédagogiques dans les écoles et universités, valorisation de sa biographie auprès des jeunes générations, voire attribution de son nom à une institution éducative.
Les partis politiques, toutes sensibilités confondues, sont appelés à immortaliser le nom de celui qui fut le précurseur de la démocratie sénégalaise, le père du « Sopi » et l’artisan de la première alternance politique en 2000. Car l’enjeu dépasse la personne : il s’agit de la mémoire collective et de la reconnaissance nationale. Attendre la disparition d’un homme pour lui rendre hommage en réduit la portée. La reconnaissance la plus sincère est celle qui s’exprime de son vivant.La République, dans toutes ses composantes, se doit ainsi d’honorer une figure d’exception, multidimensionnelle, de stature internationale, dont la générosité et l’engagement ont marqué durablement l’histoire du Sénégal.
Imam Cheikh Ahmed Tidiane Diop
Ancien maire de Pikine Nord (1996-2001)
Ancien adjoint au maire de la ville de Pikine (2002-2009)
Pikine Tally Boumag, quartier Darou Khoudoss
CONTRIBUTIONS
SÉNÉGAL – Le nivellement par le bas, symptôme d’une crise de civilisation par Marcel A. Monteil
Les sociétés ne s’effondrent pas brutalement, elles glissent. Presque imperceptiblement. Progressivement, elles abandonnent l’exigence, relâchent la rigueur et finissent par préférer la facilité à la profondeur, refusant l’altérité et le débat d’idées. Ce phénomène, que l’on peut appeler le nivellement par le bas, n’est ni une simple dérive pédagogique ni une faiblesse passagère. Il constitue le symptôme d’un trouble plus profond : une crise de civilisation.
Le nivellement par le bas apparaît au moment où les communautés cessent de croire que l’intelligence est un horizon, que le savoir est une conquête et que l’effort représente une forme de dignité. Il s’installe dès lors que l’on confond l’égalité avec l’uniformité, en imaginant que, pour ne pas exclure, il faudrait simplifier sans cesse, réduire les exigences et abaisser les standards. C’est avec raison que Walter Lippmann soutient que « quand tout le monde est du même avis, c’est que personne ne réfléchit beaucoup ».
Cette dérive n’est pas théorique. Elle se manifeste dans plusieurs sphères de la vie sociale. Dans certaines écoles, notamment là où des établissements délivrent des diplômes à des soignants incapables de reconnaître un symptôme élémentaire, à des ingénieurs qui peinent à lire un plan ou à des enseignants qui ne maîtrisent plus pleinement la langue qu’ils sont censés transmettre.
Elle se révèle également quand la religion devient spectacle et que certains prédicateurs improvisés, dépourvus de formation théologique solide, se transforment en influenceurs spirituels, confondant la profondeur de la foi avec les logiques du divertissement.
Le phénomène devient particulièrement préoccupant lorsqu’il atteint la sphère politique, notamment quand des élus, pourtant chargés d’incarner la République, ignorent les bases les plus élémentaires de la Constitution qu’ils ont juré de défendre. Il se manifeste aussi au moment où l’on confond l’opinion avec le droit, l’émotion avec la loi, l’improvisation avec la gouvernance.
De ce creuset émergent également de nouveaux acteurs : des « influenceurs » et des « activistes » autoproclamés, portés par la prolifération des plateformes numériques. Certains s’aventurent sur des sujets complexes sans en maîtriser les fondements, diffusant approximations, contre-vérités et désinformation. Leur parole devient virale et prospère comme une fleur au printemps, tandis que celle des chercheurs et des analystes, porteuse de rectitude, est reléguée dans l’ombre et parfois tournée en dérision, happée par les ténèbres d’un obscurantisme grandissant.
Cependant, la véritable interrogation qui s’impose à nous est la suivante : comment en sommes-nous arrivés là ?
En partie par relâchement collectif. Peu à peu, l’idée s’est imposée que l’effort serait une violence, l’exigence une forme d’élitisme et la rigueur intellectuelle une oppression symbolique. Dans ce climat, tout semble devoir se valoir : opinions et savoirs, improvisation et compétence, popularité et vérité.
Pourtant, notre histoire intellectuelle enseigne l’inverse.
Cheikh Anta Diop affrontait les académies européennes non pour rechercher la facilité, mais pour atteindre la vérité. Léopold Sédar Senghor, en défendant la Négritude, ne cherchait pas à flatter les consciences, mais à élever la pensée. Aujourd’hui encore, Souleymane Bachir Diagne, Maram Kairé, Mamoussé Diagne, Selly Raby Kane et Fatoumata Kébé poursuivent ce travail intellectuel, rappelant que penser est un acte de courage et que transmettre la connaissance relève d’une responsabilité.
L’expérience internationale montre à quel point les États qui investissent dans l’enseignement récoltent les fruits de cette persévérance. Dans plusieurs pays européens — notamment l’Allemagne, la Finlande et les Pays-Bas —, plus de 80 % d’une cohorte achève aujourd’hui l’enseignement secondaire. Dans plusieurs pays asiatiques, comme la Corée du Sud, le Japon et Singapour, la part des jeunes accédant à l’enseignement supérieur atteint souvent 50 % à 70 %. Ces gouvernements ont compris que l’éducation n’est pas un luxe culturel, mais un investissement stratégique (Source : OCDE 2025, Regards sur l’éducation 2025).
Cette constance ne concerne pas uniquement l’université. Les formations techniques, les écoles de métiers et les filières professionnelles doivent elles aussi atteindre les plus hauts niveaux de compétence. L’excellence ne s’oppose pas à la diversité des parcours ; elle en constitue au contraire la condition.
Elle s’étend également aux sphères culturelles et sportives. Le théâtre, la littérature, le cinéma et les arts peuvent élever les consciences lorsqu’ils nourrissent la réflexion et stimulent l’esprit critique. Le sport, lorsqu’il demeure fidèle à ses principes de discipline, d’effort et de dépassement de soi, rappelle que la grandeur humaine se construit dans la détermination et non dans la facilité.
À l’inverse, dans d’autres contextes, la dynamique observée est préoccupante. Certaines dérives institutionnelles conduisent à tolérer, voire à banaliser, le retrait d’enfants du système scolaire. Dans ces environnements, se développe insidieusement une forme de valorisation implicite de la débrouillardise précoce, parfois assimilée à un « culte de l’enfant de la rue », au détriment de l’éducation structurée et de la formation académique.
Mais rien n’est irréversible.
Il devient urgent de recréer, partout où cela est possible, de véritables espaces de pensée : des échanges philosophiques, des groupes de réflexion, des cercles de lecture, des laboratoires d’idées. Il nous faut réhabiliter la lecture, redonner goût à la réflexion et rappeler que le savoir est une aventure exigeante, non une marchandise. Une population qui ne débat plus sérieusement, qui n’argumente plus avec méthode et qui n’apprend plus à penser collectivement s’éteint lentement.
Une civilisation ne décline véritablement que lorsqu’elle renonce à exiger d’elle-même le meilleur. Tant que des femmes et des hommes continueront de penser, d’enseigner, de chercher et de transmettre ; tant que l’application, la connaissance et la rigueur resteront des valeurs respectées ; tant que nos institutions et nos citoyens défendront la vérité et exigeront l’excellence, le nivellement par le bas ne pourra triompher.
La responsabilité est collective : elle incombe aux penseurs, aux enseignants, aux parents, aux éducateurs, aux citoyens, aux médias, aux institutions politiques, civiles et militaires, mais aussi aux acteurs culturels et sportifs.
Défendre la qualité, l’exactitude et la profondeur, voilà ce qui permet à une société de se tenir debout — non parce qu’elle serait parfaite, mais parce qu’elle refuse de s’abaisser.
Marcel A. Monteil
CONTRIBUTIONS
SÉNÉGAL – NON merci et bon ndogou…(par Fatou Cissé Goudiaby)
t si vous posiez d’abord les actes concrets qui montrent que vous n’avez jamais quitté votre famille politique, Pastef ?
Monsieur le frère de parti, je ne souhaite pas d’une troisième rencontre politique pour en ressortir en disant « Alhamdoulilah » ou en étant obligée de confirmer mon ancrage dans Pastef, alors même que le sentiment dominant est que ce frère de combat d’hier est tout sauf avec nous à bord du navire politique.
Un ndogu est un moment de convivialité. Lorsqu’on s’invite, c’est que cette pause chaleureuse appelle un instant de partage et de complicité.
Monsieur le Président et militant Bassirou Diomaye Faye, votre invitation n’étant pas institutionnelle — ce qui m’obligerait à y prendre part dans le cadre de mes fonctions de parlementaire — mais plutôt politique, il me plairait d’y participer à la condition que vous ayez d’abord posé les actes qui me permettent d’affirmer que vous êtes toujours ce frère de parti dont vous vous réclamez.
Vous ne pouvez pas me convier : sous prétexte que je vous serve de tribune pour des plaintes telles que : « Sonko me critique publiquement, il fait des sorties sans me prévenir, il ne s’aligne pas avec moi sur certaines décisions » ;
ou pour me dire que cette coalition qui a participé à votre élection, vous ne pouvez pas vous en séparer ou que vous souhaitez plus tard la fusionner avec Pastef.
Je rappelle que cette coalition, née autour de Pastef Les Patriotes pour porter la candidature choisie par son leader Ousmane Sonko, n’a plus lieu d’exister depuis la prestation de serment du Président élu. Pastef n’a pas besoin d’elle pour exister politiquement.
Ou encore me rappeler ce que vous avez fait dans le parti, comme chacun d’entre nous, à des degrés de responsabilité différents.
Cet inconfort politique ne saurait durer. Ce qui est attendu de vous est clair. Ce n’est pas une rencontre, quel que soit le temps de parole accordé aux hôtes, avec des réponses triées et une version des faits éditée, qui réglera le problème.
De deux choses l’une : soit vous avez suffisamment entendu ce qu’attend votre parti politique et vous l’adoptez : demeurer militant de Pastef et balayer tout ce qui cherche à nuire au parti et à son leader ;
soit vous assumez être un opposant à Pastef. Dans ce cas, nous nous retrouverons sur le terrain politique, tout en poursuivant le mandat qui nous lie jusqu’en 2029, si Dieu le veut.
Nous, militants de Pastef : avons un seul leader, guide de la révolution : PROS ;
avons une seule option : mener à terme le projet qui nous a valu la confiance des Sénégalais les 24 mars et 17 novembre 2024.
Toute autre activité ne fait que nous éloigner de notre sacerdoce.
Bien patriotiquement,
Fatou Cissé Goudiaby
Militante et députée du Groupe parlementaire Pastef Les Patriotes
Garde-fou du gardien de la révolution
AFRIQUE
SÉNÉGAL – Diomaye–Sonko : le rêve, la foi et le poids du pouvoir(Par Thione Seck)
Le tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko continue de susciter fascination et questionnement. Né dans la lutte, forgé dans la fidélité et nourri par l’espérance, ce duo incarne pour de nombreux Sénégalais la promesse d’un renouveau politique et moral. Mais à l’heure où le pouvoir dévoile ses exigences et ses contraintes, une interrogation persiste : le rêve peut-il survivre à l’épreuve du réel ? Dans une contribution publiée sur sa page Facebook, Thione Seck revient sur cette alliance singulière, symbole d’un espoir collectif et d’une fraternité politique rare au sommet de l’État.
Je me souviens quand le PM SONKO disais dans la campagne présidentielle de Mars 2024 : Bassirou diomaye SONKO et Ousmane Faye . Oooh que ça m’avait plu.
Pour moi, le duo Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko, c’est d’abord une histoire de confiance, de fraternité et d’espoir partagé. Deux hommes liés par la même douleur, la même couleur (PASTEF), la même foi et le même rêve pour notre pays. Leur complicité a donné au peuple sénégalais le sentiment qu’un nouveau départ était possible, qu’enfin le pouvoir pouvait rimer avec honnêteté et courage. Mais entre le feu de l’idéalisme et le poids des responsabilités, la ligne est fine.
Diomaye, aujourd’hui président, doit composer avec la réalité du monde : les pressions économiques, les équilibres diplomatiques, les attentes immenses.
Sonko, lui, reste cette voix libre, celle du combat et de la fidélité aux principes de départ.
Si leurs chemins venaient à diverger, ce ne serait pas forcément par trahison, mais peut-être par usure du pouvoir, par la difficulté de faire cohabiter le rêve et la réalité.
Une telle rupture ne serait pas seulement politique, elle toucherait profondément le cœur du pays.
Beaucoup de jeunes se sentiraient blessés, déçus, peut-être même trahis, eux qui avaient cru à une alliance sincère et désintéressée. Certains se tourneraient vers la colère, d’autres vers le silence.
Partout dans le pays, la ferveur pourrait se transformer en amertume et on chercherait à comprendre comment tout cela a pu s’effriter.
Le Sénégal est un pays de foi et de dignité : il pardonne, mais il n’oublie pas.
Si ce tandem venait à se briser, ce serait plus qu’un échec politique ce serait une blessure morale, celle d’un peuple qui avait cru, pour une fois, que la loyauté et la sincérité pouvaient triompher du pouvoir.
Rendez le Sénégal beau waay !
Dieu vous a confié un pays tellement magnifique que même si vous le vouliez, vous n’avez pas le choix de construire ensemble et dans la sincérité.
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