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ECONOMIE

Électrifier l’Afrique – la BAD enclenche la vitesse supérieure

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Après plus d’un siècle d’électrification chaotique, l’Afrique tente de rattraper son retard énergétique. Au Forum africain de l’énergie 2025 du Cap, la Banque africaine de développement a dévoilé une stratégie ambitieuse : raccorder 300 millions d’Africains d’ici 2030. Un défi colossal pour un continent où 600 millions de personnes vivent encore sans électricité.

Les leçons d’une histoire électrique manquée

L’histoire de l’électricité en Afrique raconte un paradoxe cruel. Dès 1860, l’Afrique du Sud présentait un prototype de lampe à arc et inaugurait le premier système télégraphique électrique entre Le Cap et Simon’s Town. En 1882, Kimberley devenait la première ville africaine à éclairer ses rues à l’électricité, devançant même Londres qui utilisait encore des becs de gaz.

Au Sénégal, Saint-Louis fut éclairée à l’électricité dès 1887 par l’ingénieur Hippolyte Vaubourg, avec la première centrale du pays mise en service en 1889. Ces pionniers laissaient présager un développement rapide. Pourtant, lorsque la majorité des pays africains acquirent leur indépendance au début des années 1960, les réseaux électriques demeuraient peu développés et se limitaient aux principales agglomérations, ainsi qu’à quelques centres industriels ou miniers. Les taux d’accès à l’électricité des ménages étaient alors minime.

Cette stagnation s’explique par la logique extractive coloniale. Durant la période de l’après Seconde Guerre mondiale, l’électrification ne cadrait pas avec les objectifs coloniaux centrés sur l’extraction des matières premières et le déploiement administratif. L’extension des réseaux se heurtait à la dispersion de l’habitat africain, aux niveaux limités de demande d’électricité des villages et à la faible capacité financière des ménages, rendant la solution en réseau coûteuse et peu rentable financièrement dans les zones rurales.

Une urgence devenue existentielle

Aujourd’hui, les chiffres révèlent l’ampleur du défi. Plus de 640 millions d’Africains n’ont pas accès à l’énergie, ce qui correspond à un taux d’accès légèrement supérieur à 40 %, le niveau le plus faible du monde. La consommation d’électricité par habitant en Afrique subsaharienne (Afrique du Sud exclue) est de 180 kWh, contre 13 000 kWh par habitant aux États-Unis et 6500 kWh en Europe.

Cette fracture énergétique handicape lourdement le développement. L’accès insuffisant à l’électricité cause chaque année des centaines de milliers de décès dus à l’utilisation de foyers à bois pour la cuisine ; entrave le fonctionnement des hôpitaux et des services d’urgence ; compromet les objectifs d’éducation et accroît le coût de la pratique des affaires.

Mission 300 : un plan de bataille inédit

Le 27ᵉ Forum africain de l’énergie (AEF 2025), qui se tient du 17 au 20 juin au Cap, s’impose cette année comme la rampe de lancement des initiatives phares de la Banque africaine de développement (BAD). L’institution y met en avant sa Mission 300 — un partenariat avec la Banque mondiale visant à raccorder 300 millions d’Africains au réseau d’ici 2030 — et annonce la sortie de l’édition 2024 de son Indice de réglementation de l’électricité (ERI).

Lancée en janvier lors du Sommet africain de l’énergie à Dar es Salam, la Mission 300 réunit aujourd’hui douze pays pionniers disposant de « Pactes nationaux pour l’énergie » détaillant réformes et investissements prioritaires. À elle seule, la BAD s’est engagée à assurer la connexion de 50 millions de personnes, en alignant financements et politiques publiques avec les gouvernements concernés.

La dynamique répond à une urgence démographique : avec 1,3 milliard d’habitants aujourd’hui devenant 2,5 milliards en 2050 selon les projections des Nations unies, ainsi que son taux d’urbanisation très élevé et son développement économique prévisible, les besoins énergétiques du continent vont fortement s’accroître dans les prochaines décennies. Dans le même temps, le continent abrite la population la plus jeune au monde (60 % de moins de 25 ans) ; mobiliser l’énergie propre pourrait créer jusqu’à 100 millions d’emplois nouveaux ou améliorés d’ici 2050, estiment les partenaires de la Mission 300.

Un bilan déjà impressionnant

Parmi les projets emblématiques : Benban en Égypte déploie 1,5 GW de solaire, représentant 20 % de l’objectif renouvelable national. Au Maroc, le méga-complexe Noor Ouarzazate éclaire plus de deux millions de foyers et évite 700 000 tonnes de CO₂ par an.
La BAD pilote en parallèle l’initiative Desert to Power pour déployer 10 GW solaires dans 11 pays du Sahel, ainsi que les guichets SEFA et FEI, spécialisés dans le financement des acteurs privés et des projets d’énergie propre à petite échelle.

Point d’orgue du Forum, le lancement officiel de l’Indice de réglementation de l’électricité aura lieu ce vendredi 20 juin. Publié tous les deux ans, l’ERI 2024 couvre 43 pays africains et cinq organes régionaux, évaluant la qualité des cadres réglementaires et identifiant les réformes prioritaires pour attirer investisseurs et opérateurs. Dans un secteur où la confiance réglementaire s’avère aussi cruciale que le financement, cet outil constitue un guide stratégique pour les gouvernements et les bailleurs.

L’institution parraine également le Youth Energy Summit (YES !), qui réunit plus de 4 000 jeunes professionnels et entrepreneurs afin de catalyser l’innovation et l’emploi dans le secteur. Comme le rappelle un billet de blog conjoint de la BAD et de ses partenaires, chaque nouveau raccordement doit devenir « un tremplin vers l’emploi et la croissance » pour la génération montante d’Africains.

Source : afrik.com

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ECONOMIE

MAROC – Mohamed Hakim Belkadi : Penser le Maroc de 2030 comme le prototype du Maroc de 2050

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Architecte, urbaniste et expert judiciaire, Mohamed Hakim Belkadi vient d’être nommé Global SDG Advisor auprès d’UNAccc World. À travers la Théorie de l’Intrication Systémique Urbaine (TISU®), qu’il a développée, il propose une nouvelle manière de concevoir les territoires : non plus comme une juxtaposition de secteurs, mais comme des systèmes dont l’eau, l’énergie, la mobilité, l’économie et l’urbanisation sont profondément interdépendantes. À l’approche de la Coupe du monde 2030, il invite le Maroc à inscrire ses grands investissements dans une vision allant bien au-delà de l’événement.

Diplômé de l’École d’architecture de Strasbourg et expert judiciaire près des juridictions de Casablanca, Mohamed Hakim Belkadi a construit son parcours à la croisée de plusieurs disciplines : l’architecture, l’urbanisme, l’aménagement territorial, l’expertise et, plus récemment, l’intelligence artificielle appliquée aux systèmes urbains. Au fil de son expérience, il a acquis une conviction : aucun projet territorial ne peut plus être étudié isolément. Une nouvelle route ne transforme pas seulement les déplacements. Elle agit également sur le foncier, l’immobilier, les flux économiques, les besoins énergétiques, la consommation d’eau et le développement de nouvelles zones urbaines. De ce constat est née la Théorie de l’Intrication Systémique Urbaine, ou TISU®, une méthode destinée à analyser les interactions qui façonnent un territoire et à anticiper les conséquences parfois invisibles d’une décision publique.

Une nomination placée sous le signe de la responsabilité
La nomination de Mohamed Hakim Belkadi comme Global SDG Advisor auprès d’UNAccc World vient donner une nouvelle dimension à ses travaux. L’architecte la considère moins comme une consécration personnelle que comme une responsabilité. Sa mission consistera notamment à apporter une lecture systémique des Objectifs de développement durable, à identifier les liens entre les politiques publiques et à rapprocher les ambitions internationales des réalités territoriales. Les 17 Objectifs de développement durable sont généralement présentés séparément. Pourtant, leur mise en œuvre révèle de multiples dépendances. L’accès à l’eau influence l’agriculture, la santé, l’urbanisation et l’économie. L’énergie intervient dans le fonctionnement des infrastructures, des transports, des industries et des systèmes de dessalement. Quant à la qualité des institutions, elle détermine la capacité d’un pays à coordonner l’ensemble de ces politiques. « Il ne s’agit pas de remplacer les institutions ou les décideurs, mais de leur donner une capacité supplémentaire : voir plus tôt, comprendre plus largement et décider avec une meilleure connaissance des conséquences possibles », explique Mohamed Hakim Belkadi. Sa nomination ouvre également la TISU® à la discussion internationale. Mais son concepteur refuse d’y voir l’aboutissement de son travail. Une théorie territoriale, rappelle-t-il, n’acquiert une véritable valeur que lorsqu’elle est confrontée au réel, testée, discutée et améliorée.

Les ODD envisagés comme un réseau
Dans le contexte marocain, Mohamed Hakim Belkadi identifie plusieurs Objectifs de développement durable jouant un rôle déterminant : l’accès à l’eau, l’énergie, les infrastructures et l’innovation, les villes durables, l’action climatique, ainsi que la gouvernance et la solidité des institutions. Il ne souhaite cependant pas établir une hiérarchie rigide entre les 17 objectifs. « Je les considère comme un réseau », précise-t-il. Certains objectifs constituent néanmoins ce qu’il appelle des « infrastructures de résilience ». Leur fragilisation peut en effet déstabiliser l’ensemble du système territorial. Une pénurie d’eau peut affecter l’agriculture, la production industrielle, l’emploi et l’attractivité de certains territoires. Une rupture énergétique peut interrompre les transports, les services urbains ou le fonctionnement d’équipements stratégiques. La priorité ne consiste donc pas seulement à atteindre chaque objectif séparément, mais à comprendre leurs effets réciproques et leurs capacités à s’amplifier.

Le territoire, un système d’interactions
La notion d’« intrication territoriale » se trouve au cœur de la TISU®. Elle désigne les interactions permanentes entre les différents éléments d’un territoire. Lorsqu’une décision est prise dans un secteur, elle peut produire des effets immédiats ou différés dans plusieurs autres domaines. La création d’une infrastructure de transport peut, par exemple, accroître la valeur des terrains environnants, attirer de nouveaux habitants, modifier les flux commerciaux et augmenter les besoins en eau et en énergie. À l’inverse, une tension sur la ressource hydrique peut entraîner une baisse de la production agricole, une diminution des revenus, une évolution des flux logistiques et, à terme, une transformation des trajectoires d’urbanisation. La difficulté réside dans le décalage entre le fonctionnement réel des territoires et l’organisation des administrations. Ces dernières sont le plus souvent structurées par secteurs, tandis que les territoires ne connaissent pas de frontière entre l’eau, l’énergie, la mobilité, l’économie ou l’urbanisme.

La TISU® propose ainsi de représenter le territoire comme un ensemble de nœuds, de flux, de dépendances, de rétroactions et de vulnérabilités. Avant toute décision, il faudrait pouvoir déterminer les secteurs qu’elle affectera, la vitesse de propagation de ses effets et les conséquences d’éventuelles perturbations simultanées.

Le Cortex Territorial®, un outil pour anticiper
Pour rendre cette approche opérationnelle, Mohamed Hakim Belkadi propose la création d’un Cortex Territorial®. Celui-ci ne serait ni un simple logiciel ni un tableau de bord, mais une véritable « infrastructure cognitive territoriale ». Son rôle serait de recueillir, structurer et croiser des données provenant de plusieurs secteurs : eau, énergie, transports, foncier, urbanisation, infrastructures, environnement, économie ou risques climatiques. La valeur de cet outil ne résiderait pas uniquement dans la quantité de données disponibles, mais dans sa capacité à faire apparaître leurs relations. Une baisse des réserves d’eau pourrait, par exemple, fragiliser l’agriculture, diminuer les revenus, perturber les flux logistiques et exercer de nouvelles pressions sur certaines zones urbaines.

Le Cortex Territorial® chercherait à repérer ces chaînes de conséquences avant qu’elles ne se transforment en crises. Son fonctionnement nécessiterait une gouvernance interinstitutionnelle réunissant, selon le territoire concerné, les administrations centrales, les collectivités, les établissements publics, les opérateurs d’infrastructures critiques, les acteurs économiques, les universités et les centres de recherche. Cette coopération ne signifierait toutefois pas que chaque acteur aurait accès à toutes les informations. Les droits d’accès devraient être précisément encadrés selon les responsabilités de chaque institution.

Casablanca–Benslimane comme laboratoire
La région Casablanca–Benslimane pourrait constituer un terrain d’expérimentation privilégié pour la TISU®. Elle concentre en effet des activités urbaines, industrielles, agricoles, logistiques, énergétiques et environnementales. L’analyse devrait notamment porter sur les ressources et les consommations d’eau, les réseaux énergétiques, les mobilités quotidiennes, les flux logistiques, les infrastructures industrielles et portuaires, l’évolution du foncier, les zones agricoles, les espaces environnementaux sensibles et les risques climatiques. L’objectif serait d’observer les interactions entre ces données. Où l’urbanisation progresse-t-elle par rapport aux capacités des réseaux d’eau et d’énergie ? Quels secteurs économiques seraient les plus fragilisés par une rupture d’approvisionnement ? Certaines infrastructures concentrent-elles trop de dépendances ? Quels projets risquent d’enfermer le territoire dans des choix difficiles à modifier à long terme ? Pour Mohamed Hakim Belkadi, Casablanca–Benslimane pourrait ainsi devenir un laboratoire marocain de l’intelligence territoriale systémique.

Une intelligence artificielle qui éclaire sans décider
Dans le modèle TISU-AI, l’intelligence artificielle n’est pas présentée comme le cœur de la théorie, mais comme son « accélérateur computationnel ». La TISU® apporte la grille de lecture. L’IA permet, quant à elle, d’analyser une quantité de données et de relations qu’un être humain ne pourrait traiter simultanément. Elle peut participer à la structuration des informations, détecter des anomalies et des signaux faibles, identifier certaines corrélations et simuler différents scénarios. L’objectif n’est pas de demander à une machine quelle décision doit être prise. Il s’agit plutôt de déterminer quels scénarios sont envisageables, quelles pourraient être leurs conséquences, quels risques ils comportent et quelles décisions permettraient de préserver le plus grand nombre d’options pour l’avenir. « L’IA ne doit pas devenir une boîte noire qui décide à la place du décideur. Elle doit rester un système d’aide à la décision explicable, traçable et contrôlable », insiste l’architecte. La responsabilité finale doit ainsi demeurer humaine, politique et institutionnelle.

La souveraineté des données, enjeu stratégique
L’utilisation de données territoriales sensibles soulève nécessairement des questions de souveraineté, de confidentialité et de cybersécurité. Mohamed Hakim Belkadi considère la donnée territoriale comme une infrastructure stratégique. Il faut donc pouvoir déterminer qui la produit, qui la détient, qui peut y accéder, dans quel objectif et pendant combien de temps. Le système devrait reposer sur une segmentation des données, des habilitations précisément définies, le chiffrement des informations, la traçabilité des accès et la séparation des environnements sensibles. Le Cortex Territorial® ne devrait surtout pas devenir un point unique de défaillance. Une architecture excessivement centralisée pourrait permettre à une cyberattaque de perturber plusieurs infrastructures critiques en même temps. Mohamed Hakim Belkadi défend donc une organisation distribuée et résiliente. La souveraineté numérique ne consiste pas uniquement à conserver les données au Maroc. Elle implique également de maîtriser leur cycle de vie, leur architecture, leurs usages, les modèles d’intelligence artificielle qui les exploitent et les décisions qui peuvent en découler.

Apprendre aussi des erreurs
Autre proposition importante : la création d’un Registre des Échecs TISU®. Contrairement à ce que son nom pourrait suggérer, cet outil n’aurait pas pour vocation de rechercher ou de sanctionner des responsables. Il constituerait une mémoire institutionnelle des projets, des décisions, des prévisions erronées, des hypothèses démenties par les faits et des signaux d’alerte insuffisamment pris en compte. « Un système qui ne mémorise que ses réussites ne devient jamais véritablement intelligent », observe Mohamed Hakim Belkadi. Ce registre permettrait de comparer les prévisions aux conséquences réellement observées, d’améliorer les modèles et d’éviter que plusieurs générations administratives ne reproduisent les mêmes erreurs. Cette mémoire constituerait ainsi une forme de « capital cognitif territorial ».

Anticiper la propagation des crises
La TISU® pourrait également servir à analyser la propagation d’une crise touchant une infrastructure stratégique comme le complexe portuaire de Tanger Med. En cas de panne énergétique, il ne suffirait pas d’étudier uniquement le fonctionnement du port. Il faudrait examiner l’ensemble de ses dépendances : les chaînes logistiques, les entreprises, les réseaux routiers et ferroviaires, les transporteurs, les industries et leurs approvisionnements. Une perturbation locale peut ainsi provoquer une succession d’effets en cascade à l’échelle du territoire et de l’économie. La même logique s’applique aux cyberattaques. Une intrusion peut commencer dans un système informatique apparemment secondaire avant d’atteindre une infrastructure critique à travers les réseaux, les prestataires ou les chaînes opérationnelles. L’analyse systémique chercherait donc à identifier les points de départ possibles, les chemins de propagation, la vitesse de diffusion de la crise, les mécanismes capables de l’absorber et les points sur lesquels intervenir pour la contenir.

L’eau, l’énergie et le climat au cœur des vulnérabilités
Mohamed Hakim Belkadi identifie trois vulnérabilités prioritaires pour le Maroc : la sécurité hydrique, les infrastructures critiques et l’urbanisation face au changement climatique. L’eau conditionne la vie des populations, mais aussi l’agriculture, l’industrie, l’énergie et la préservation de l’environnement. Les infrastructures critiques assurent, de leur côté, la continuité des activités économiques et des services essentiels. Quant aux villes, elles concentrent les habitants, les investissements, les activités et, par conséquent, les risques. La menace s’accroît lorsque ces vulnérabilités se combinent. Une sécheresse peut augmenter les besoins énergétiques nécessaires au traitement, au transport ou au dessalement de l’eau. Une panne électrique peut ensuite perturber les installations hydriques. Parallèlement, une urbanisation rapide augmente la demande en eau, en énergie et en mobilité. Si le Maroc a progressé dans la prise en compte de la relation entre eau et énergie, Mohamed Hakim Belkadi estime qu’un changement de paradigme reste nécessaire. Les deux domaines sont encore trop souvent abordés comme des politiques séparées, alors qu’ils forment une véritable boucle d’interdépendance.

Coupe du monde 2030 : une occasion historique, mais aussi un défi
La Coupe du monde 2030 accélère les investissements marocains dans les transports, le tourisme, les infrastructures et les équipements urbains. Pour Mohamed Hakim Belkadi, cette dynamique représente une occasion exceptionnelle de moderniser le pays et de renforcer son attractivité. Elle comporte cependant un risque : que la vitesse d’exécution dépasse la capacité d’anticiper les conséquences à long terme. Une route influence durablement l’urbanisation. Un stade transforme les flux de personnes. Un aéroport renforce l’attractivité d’une région. Une zone touristique génère de nouveaux besoins en eau, en énergie, en transports et en logements. La véritable question est donc de savoir ce que deviendront ces investissements en 2040, 2050 ou 2060. « Il faut accélérer l’exécution, mais ralentir les décisions qui risquent de verrouiller le futur », résume-t-il. Cette prudence ne signifie pas qu’il faille multiplier les procédures ou retarder les chantiers. Au contraire, l’utilisation de la donnée, de la modélisation et de l’intelligence artificielle pourrait réduire le temps nécessaire pour parvenir à une décision réellement éclairée.

Faire de 2030 le prototype du Maroc de 2050
Pour Mohamed Hakim Belkadi, l’année 2030 ne doit pas être envisagée comme une destination, mais comme un laboratoire. Les infrastructures construites à l’occasion de la Coupe du monde doivent constituer les premières briques d’un système territorial capable de fonctionner pendant plusieurs décennies. Les nouveaux quartiers, les équipements publics, les réseaux énergétiques, les solutions de mobilité et les dispositifs de gestion de l’eau devront être observés, mesurés et améliorés. « 2030 doit être l’expérience, 2040 la consolidation et 2050 la maturité du système », affirme-t-il. Cette vision permettrait au Maroc de sortir d’une planification centrée sur le prochain grand projet pour construire une véritable continuité entre plusieurs horizons.

Vers un État territorial augmenté
À l’horizon 2040, Mohamed Hakim Belkadi imagine un État marocain capable non seulement de gérer, mais aussi de prévoir, de simuler et d’apprendre. Chaque territoire pourrait disposer d’une représentation numérique dynamique de ses ressources, de ses infrastructures, de ses flux et de ses vulnérabilités. Les décisions les plus importantes pourraient être testées virtuellement avant leur mise en œuvre. L’eau, l’énergie, la mobilité, l’urbanisation et l’environnement seraient analysés simultanément. L’État conserverait aussi la mémoire de ses décisions, de ses hypothèses, de ses réussites et de ses erreurs afin de développer des politiques publiques véritablement apprenantes. Il ne s’agirait cependant pas de bâtir un État automatisé, gouverné par des algorithmes, mais un « État augmenté », dans lequel l’intelligence artificielle renforcerait la capacité de compréhension des décideurs sans supprimer leur responsabilité.

Grâce à son expérience des grands projets, à ses infrastructures et aux défis auxquels il est confronté, le Maroc pourrait devenir un laboratoire africain de la planification territoriale systémique. Les modèles qui y seraient expérimentés pourraient ensuite être adaptés à d’autres pays du continent confrontés au stress hydrique, à l’urbanisation rapide, à la transition énergétique et au changement climatique. Mohamed Hakim Belkadi résume sa vision en une phrase : « Le Maroc de demain ne sera pas seulement celui qui construira les infrastructures du futur ; ce sera celui qui saura comprendre les interactions entre ses territoires, anticiper leurs transformations et apprendre de ses propres décisions. » Pour le concepteur de la TISU®, l’enjeu dépasse donc largement la préparation d’un événement sportif. Il s’agit de profiter de l’élan de 2030 pour préparer une nouvelle génération de gouvernance territoriale, plus éclairée, plus souveraine et plus résiliente.

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BANQUE

NIGERIA – Dangote prépare une introduction en Bourse historique à près de 1,6 milliard de dollars

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La raffinerie Dangote se rapproche d’une opération financière historique sur le marché nigérian. Le groupe a officiellement engagé le processus de son introduction en Bourse avec la signature, lundi, des documents nécessaires en présence de ses conseillers et des différents intervenants chargés de l’opération.

Prévue entre le 14 septembre et le 13 octobre, l’offre publique doit porter sur 4,1 milliards d’actions proposées à 525 nairas l’unité. Sur la base de cette offre initiale, la transaction pourrait générer environ 2 150 milliards de nairas, soit près de 1,6 milliard de dollars.

Le groupe pourrait toutefois augmenter le volume proposé si la demande des investisseurs dépasse les prévisions. Jusqu’à 30 % d’actions supplémentaires pourraient ainsi être mises sur le marché, sous réserve de l’autorisation des autorités compétentes. Une telle opération placerait cette introduction parmi les plus importantes jamais enregistrées sur le continent africain.

Au-delà de son poids financier, cette entrée en Bourse constitue un moment stratégique pour la raffinerie et pour la place financière nigériane. Implantée à proximité de Lagos, l’installation représente un investissement estimé à environ 20 milliards de dollars. Avec une capacité actuelle pouvant atteindre 700 000 barils de pétrole par jour, elle s’est imposée comme un acteur majeur du secteur énergétique national.

Son fonctionnement a progressivement modifié l’approvisionnement en carburants du Nigeria, en permettant au premier producteur de pétrole d’Afrique de réduire sa dépendance aux importations de produits raffinés. Une partie de sa production est également destinée aux marchés extérieurs. La raffinerie exporte notamment du kérosène vers plusieurs destinations africaines ainsi que vers certains marchés européens.

L’opération boursière doit également accompagner une nouvelle phase de développement industriel. Dangote prévoit d’augmenter considérablement les capacités du site afin de parvenir, à terme, à une production de 1,4 million de barils par jour. Cette expansion nécessitera d’importants financements, alors que la société bénéficie déjà d’un engagement d’investissement de 400 millions de dollars.

Derrière ce projet se trouve le groupe fondé par Aliko Dangote, figure majeure du patronat nigérian et considéré comme l’homme le plus riche d’Afrique. Son conglomérat possède des activités dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment le ciment et le sucre, avant de s’imposer également dans l’industrie pétrolière.

Lors de la cérémonie marquant la signature des documents de l’opération, Aliko Dangote a réaffirmé ses ambitions pour son complexe industriel. Le milliardaire nigérian entend poursuivre son expansion et vise à terme un objectif particulièrement ambitieux : faire de la raffinerie Dangote la plus grande installation de raffinage pétrolier au monde.

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AGRICULTURE

CÔTE D’IVOIRE – Le prix du cacao reste à 1 200 FCFA, les producteurs déçus

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La Côte d’Ivoire maintient le prix du cacao à 1 200 francs CFA le kilogramme pour la nouvelle campagne principale. Le gouvernement a choisi de reconduire le même tarif que celui appliqué lors de la campagne intermédiaire de mars, une décision qui ne répond pas aux attentes de nombreux producteurs.

Le prix bord champ concerne le cacao répondant aux normes de qualité, notamment en matière de fermentation, de séchage et de tri. Cette annonce intervient alors que la filière traverse une période particulièrement délicate, marquée par les fluctuations du marché et les difficultés économiques rencontrées par les planteurs.

Chez certains producteurs, l’absence de revalorisation est accueillie avec déception. Après les évolutions des cours internationaux et les charges qui pèsent sur les exploitations, plusieurs acteurs de la filière espéraient une augmentation significative du revenu versé aux producteurs.

Thibaut Yoro, producteur de cacao et responsable syndical agricole, affirme que les planteurs espéraient un prix compris entre 1 800 et 2 000 francs CFA le kilogramme. « C’était l’espoir. Malheureusement, il est toujours maintenu à 1 200 », déplore-t-il.

Les organisations professionnelles affichent toutefois des réactions plus nuancées. Obed Blonde Doua, vice-président de l’Organisation interprofessionnelle agricole, estime que les producteurs auraient préféré un tarif pouvant atteindre 1 500 francs CFA le kilogramme, tout en prenant acte de la décision annoncée par les autorités.

Le choix du gouvernement intervient dans une filière stratégique pour l’économie ivoirienne. Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire dépend largement de cette activité, qui fait vivre directement ou indirectement des millions de personnes.

La détermination du prix bord champ constitue donc un exercice particulièrement sensible pour les autorités. Il s’agit de garantir une rémunération suffisante aux producteurs tout en tenant compte des réalités du marché international et des équilibres économiques de l’ensemble de la chaîne cacao.

Avec le maintien du prix à 1 200 francs CFA, le gouvernement privilégie ainsi la stabilité du tarif, mais prend le risque de décevoir une partie des planteurs qui espéraient bénéficier davantage des conditions du marché.

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