AFRIQUE
CAMEROUN – Tensions, espoirs et fractures à l’approche de la présidentielle
Le Cameroun entre dans une zone de turbulences à quelques mois de l’élection présidentielle. À 92 ans, après plus de quatre décennies au pouvoir, Paul Biya reste officiellement silencieux sur sa candidature. Pourtant, ses proches l’assurent : il sera bien le candidat du RDPC, son parti, dont les statuts suffiraient à le désigner d’office. C’est du moins ce qu’a martelé Jacques Fame Ndongo, porte-parole du RDPC, ce mardi 8 juillet 2025 sur RFI.
Mais le calme apparent cache de profondes fissures. Deux figures politiques majeures, longtemps fidèles au président, ont claqué la porte du gouvernement pour se lancer dans la course. D’abord Issa Tchiroma, ministre de l’Emploi, puis Bello Bouba Maïgari, ancien Premier ministre. Deux hommes du Nord, deux anciens adversaires de Biya en 1992, revenus dans son giron après leurs défaites… mais aujourd’hui portés par une volonté populaire de rupture.
Dans le Nord, leur région d’origine, la pauvreté est criante. « Les gens n’ont ni eau, ni électricité, ni infrastructures », déplore le professeur Séverin Tchokonte, de l’université de Garoua. Pour beaucoup, soutenir encore le pouvoir en place serait trahir ces populations oubliées. Et Issa Tchiroma ne mâche pas ses mots : « On n’a pas pu vous sortir de la misère hier, mais si on s’unit, on peut le faire aujourd’hui ».
Face à ces signaux de désaffection, certains dans le camp présidentiel tentent de relativiser. « Il n’y a rien de nouveau », affirme Fame Ndongo. Mais derrière les discours officiels, les rumeurs sur la santé de Paul Biya et l’absence de prise de parole publique nourrissent les incertitudes. D’autres, comme le ministre de la Communication, parlent même d’un « 50/50 » sur sa candidature.
Dans ce climat tendu, la crainte d’un émiettement de l’opposition refait surface. Tchiroma et Maïgari sont-ils de vrais rivaux ou de simples pions pour affaiblir Maurice Kamto et son Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) ? Les intéressés s’en défendent, mais la méfiance est là.
Ce qui est sûr, c’est que le vent du changement souffle plus fort que jamais. Sur les réseaux sociaux, dans les marchés, à la radio, la jeunesse et la diaspora rêvent d’un nouveau chapitre pour leur pays. Le Grand Nord, autrefois bastion du pouvoir, pourrait bien devenir le point de bascule d’une page qui se tourne.
AFRIQUE
AFRIQUE DU SUD – Le Ghana accélère le rapatriement de ses citoyens
Le Ghana intensifie son opération de rapatriement de ressortissants installés en Afrique du Sud, dans un contexte de tensions persistantes visant les communautés étrangères. Selon les autorités, un millier de travailleurs migrants supplémentaires doivent être évacués entre dimanche et lundi à bord de vols spécialement affrétés.
Cette nouvelle phase s’inscrit dans la continuité d’une vaste opération engagée après une série de violences xénophobes ayant secoué la première économie du continent. Près de 930 citoyens ghanéens ont déjà regagné leur pays au cours des derniers jours, dans un climat d’inquiétude croissante.
Le ministère ghanéen des Affaires étrangères précise que ces rotations aériennes devraient marquer l’ultime étape du dispositif de rapatriement, destiné à sécuriser les ressortissants exposés. L’opération témoigne de la volonté d’Accra de réagir rapidement face à une dégradation de la situation sécuritaire.
Sur le plan diplomatique, le président John Mahama a interpellé Union africaine, appelant à une prise en charge collective de la problématique des attaques ciblant les étrangers. Il a également exprimé des réserves quant à la réponse des autorités sud-africaines, jugée insuffisante pour garantir la protection des populations migrantes.
Depuis le mois de mai, les conséquences de cette vague de violences sont significatives : plus de 160 000 étrangers, majoritairement originaires d’autres pays africains, auraient quitté le territoire sud-africain, illustrant l’ampleur d’une crise aux répercussions régionales.
AFRIQUE
CAMEROUN – L’absence prolongée de Paul Biya relance la polémique
L’absence prolongée du président Paul Biya suscite une vive controverse au Cameroun, où le chef de l’État, âgé de 93 ans et au pouvoir depuis plus de quatre décennies, séjourne en Suisse depuis le début du mois de juin. Initialement présentée comme une visite privée de courte durée, cette absence qui s’étire désormais sur plusieurs semaines alimente les interrogations au sein de la classe politique et de l’opinion publique.
Les formations d’opposition dénoncent un fonctionnement institutionnel fragilisé, évoquant une gouvernance à distance et un déficit de visibilité au sommet de l’État. Certaines voix critiques parlent d’un appareil exécutif tournant au ralenti, dans un contexte politique déjà marqué par des tensions et une demande croissante de réformes.
Face à ces accusations, les autorités maintiennent une ligne de défense ferme. Le gouvernement assure que le président continue d’exercer pleinement ses prérogatives depuis l’étranger, affirmant que les décisions stratégiques et le suivi des dossiers nationaux restent assurés sans interruption.
Cette situation ravive par ailleurs les débats autour de la succession présidentielle. La récente révision constitutionnelle ayant introduit la fonction de vice-président n’a, à ce jour, pas été suivie d’une nomination, laissant persister une incertitude institutionnelle.
Dans un climat politique caractérisé par des élections contestées, des annonces de remaniement en suspens et des échéances électorales régulièrement repoussées, une partie de la population exprime ouvertement son aspiration à un renouvellement de la gouvernance. Les spéculations sur l’ère post-Biya continuent ainsi de prendre de l’ampleur, au cœur du débat national.
AFRIQUE
NIGÉRIA – Une attaque sanglante fait au moins 30 morts dans un village
Une attaque d’une extrême violence a frappé le nord-ouest du Nigeria, où un groupe d’hommes armés a pris pour cible une localité de l’État de Kaduna. Le bilan provisoire fait état d’au moins une trentaine de victimes, parmi lesquelles plusieurs enfants, illustrant une nouvelle escalade de l’insécurité dans cette région déjà fragilisée.
Selon des sources locales concordantes, les assaillants ont mené une offensive brutale en ouvrant le feu de manière indiscriminée avant de mettre le feu à de nombreuses habitations. L’attaque s’est produite dans le village de Naridon, situé dans la zone administrative de Kauru. À ce stade, aucun groupe n’a officiellement revendiqué l’opération.
Cet épisode meurtrier s’inscrit dans un contexte sécuritaire particulièrement dégradé dans le nord-ouest et le centre du pays. Ces territoires sont régulièrement le théâtre d’attaques menées par des bandes armées, mais également par des organisations jihadistes telles que Boko Haram et ISWAP, actives dans plusieurs zones du nord nigérian.
Les autorités sont confrontées à une multiplication des violences, alimentées notamment par des enlèvements contre rançon, qui constituent une source de financement majeure pour ces groupes. Cette nouvelle attaque relance les inquiétudes quant à la capacité de l’État à endiguer durablement l’insécurité dans ces régions stratégiques.
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