CULTURE
SÉNÉGAL – Dip Doundou Guiss ressuscite les ‘‘Jambaar’’ grâce à l’IA
À 34 ans, Dominique Preira, alias Dip Doundou Guiss, s’épanouit bien dans le rap galsen. Par la magie de la technologie, il rouvre une page sanglante de l’histoire : le massacre de Thiaroye. Visionné plus de 1,4 million de fois, le clip, qui accompagne la bande originale du film T44 d’Oumar Diagne, convoque une mémoire refoulée au rythme d’un rap qui vous prend par les tripes
Quand le rap galsen ravive la mémoire
Ce clip est une sorte de saut dans le passé par la magie de la technologie. Grâce à l’intelligence artificielle générative, Dip Doundou Guiss nous plonge dans l’histoire de l’Afrique. Le clip “Jambaar” de Dip Doundou Guiss, mis en ligne le 8 décembre 2024 sur YouTube, est à 1,4 million de vues. Cette histoire, portée par l’intelligence artificielle, raconte ce que trop d’années ont tu : le massacre des tirailleurs sénégalais à Thiaroye, en 1944.
“Jambar”, un trip mémoriel
Réalisé par Hussein Dembel Sow et Papa Oumar Diagne, produit par Jean-Pierre Seck, Jambaar (“guerrier” en wolof) marque une première historique : c’est le premier clip africain entièrement conçu à l’aide d’outils d’intelligence artificielle, dont Runway et Kling IA. Mais derrière cette prouesse technologique, c’est surtout une œuvre de réparation poétique et artistique que propose Dip, en s’attaquant à l’un des silences les plus pesants de l’histoire coloniale française.
“Guerrier vaillant, dans l’arène des braves tu te tiens”
Les paroles, portées par la voix puissante de Dip, résonnent comme une incantation. Aussi, il y a le refrain qui célèbre l’héroïsme des soldats oubliés : ‘‘Tu es le lion qui ne fuit jamais, majestueux roi de la jungle.’’ ‘‘Guerrier intrépide, guerrier vaillant, inébranlable, toujours plus fort.’’ Et dans ses couplets, Dip se fait le griot moderne, le lanceur d’alerte et l’historien des rues sablonneuses de Thiaroye. Il parle des dettes impayées, des trahisons de la République, des blessures profondes laissées par la colonisation : ‘‘Nos cicatrices qui ornent vos médailles/Vos habits de guerre, tachés de notre sang.’’ Ces phrasés percutants rappelle que l’ingratitude coloniale est une plaie encore vive : ‘‘Celui dont le grand-père a versé ton sang n’essuiera pas tes larmes.’’
L’IA pour parler du passé
Généralement, l’IA sert à se projeter dans le futur. Dip, avec l’IA, raconte le parcours captivant, parfois sombre, des tirailleurs sénégalais. Le clip convoque une iconographie hybride, mêlant visages modélisés, décors numériques et silhouettes fantomatiques. Les personnages – Dip Doundou Guiss, Oumar Diaw, Thiek – sont incarnés par des comédiens IA, avatars spectralement réalistes, qui nous plongent dans une atmosphère irréelle, entre mémoire et mythe. Sous l’égide de la direction artistique d’Oumar Diaw et Laura Bui, Jambaar assume une esthétique post-rap, afrofuturiste, proche du cinéma immersif, à la croisée de Black Panther, du spoken word et du devoir de mémoire. Un procédé déjà exploré par le réalisateur américain Dave Clark pour retracer le destin du 320e bataillon afro-américain lors du Débarquement. Mais ici, c’est depuis Dakar, avec une équipe 100 % locale, que se dessine cette révolution du storytelling africain.
Dip Doundou Guiss, figure polymorphe du rap sénégalais
Dip Doundou Guiss est né en mars 1990 à Dakar. Depuis “Beuss Niki Ray” en 2014 jusqu’à “Califat”, Dip a multiplié les succès et s’est imposé comme l’un des plus gros streamers de la scène ouest-africaine. Figure adulée, respectée pour ses punchlines, sa lucidité sociale et sa présence scénique, il est aujourd’hui un rappeur conscient à la croisée des générations, héritier de Positive Black Soul, Daara J, mais aussi des logiques du rap mondialisé à la Burna Boy. Capable de collaborations avec Youssoupha, Lefa, Locko ou Jizzle, Dip déjoue les étiquettes. Il est philosophe, pamphlétaire, griot et technophile. Ses textes, souvent autobiographiques, mêlent ego-trip, fierté panafricaine et profondeur politique. Sa communication léchée sur les réseaux, son sens du visuel et sa maîtrise de la scène font de lui un véritable produit total, comme les grands noms de la scène afro-urbaine mondiale.
Plus qu’un clip : une page d’histoire
“Jambaar”, en plus d’être un hommage, interroge l’histoire, dérange la France et bouscule les textes officiels. Il rappelle que l’histoire coloniale est encore une lutte contemporaine, et que la technologie, si elle est bien utilisée, peut être un instrument d’émancipation narrative. Ayant compris que l’IA, aussi performante soit-elle, ne saurait remplacer les historiens, Dip et son équipe essaient de réanimer le passé pour en faire une matière vivante, politique et esthétique.
Crédit phot : Page facebook dip
CULTURE
SÉNÉGAL – Deux jours de célébration intellectuelle et culturelle au Musée des Civilisations Noires
Les 13 et 14 mai 2026, Musée des Civilisations Noires a accueilli deux journées intenses mêlant culture, réflexion intellectuelle et affirmation de souveraineté. Hautes personnalités, universitaires, artistes et acteurs culturels se sont réunis dans une ambiance à la fois solennelle et festive autour d’un objectif commun : repenser l’Afrique à travers ses propres références.
Le premier jour a été marqué par le lancement officiel d’une maison d’édition ainsi qu’un concert exceptionnel de Woz Kaly. Artiste multidimensionnel, chanteur, auteur et interprète engagé, Woz Kaly est reconnu pour son univers mêlant afro-fusion, reggae, jazz et sonorités traditionnelles africaines. À travers ses textes et ses performances, il porte depuis plusieurs années un discours profondément ancré dans les questions de conscience africaine, de mémoire et de souveraineté culturelle. Sa prestation live, notamment autour du titre « Yéwou Rôti », a donné une dimension populaire et émotionnelle à cette première journée, faisant vibrer un public composé de jeunes, d’intellectuels et d’acteurs culturels.
La journée du 14 mai était quant à elle consacrée à la présentation du quatrième livre du Premier ministre Ousmane Sonko. Une œuvre largement inspirée de la pensée de Frantz Fanon et des enjeux contemporains liés à la souveraineté africaine, à la dépendance économique et à la décolonisation des imaginaires. Figure politique emblématique du Sénégal contemporain, Ousmane Sonko est présenté par plusieurs intervenants comme l’incarnation d’un tournant politique majeur. Panafricaniste assumé, il s’inscrit dans une filiation intellectuelle revendiquée, inspirée notamment par Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop et Thomas Sankara.

Les participants sont également revenus sur le discours prononcé par Ousmane Sonko le 17 décembre 2025 autour de Fanon, considéré comme un moment important dans la construction de sa pensée politique et panafricaniste. À travers ce nouvel ouvrage, le chef du gouvernement convoque Fanon non comme une simple figure historique, mais comme une méthode d’analyse des réalités africaines contemporaines : domination économique, souveraineté inachevée, dépendance structurelle et nécessité d’une émancipation intellectuelle du continent.
Plusieurs figures majeures se sont succédé au pupitre, notamment Mohamed Abdallah Ly, directeur du musée, Mame Awa Diouf, présentatrice et facilitatrice, le professeur Ibrahima Wane, PCA du musée, ainsi que Oumar Dia, représentant du Premier ministre durant ces deux journées. Tous ont insisté sur la nécessité de replacer la culture au centre des dynamiques de souveraineté et de développement.
L’un des moments marquants de ces rencontres reste l’intervention du journaliste et chroniqueur de Xaalat TV, Boury Diakhaté, connu pour avoir joué un rôle important d’informateur et de relais médiatique durant la crise politique de 2021 jusqu’à l’accession du PASTEF au pouvoir. Face au public, il a déclaré : « Ousmane Sonko a lu Fanon, a compris Fanon et a pratiqué Fanon. » Une phrase forte qui a largement résonné dans l’assistance et qui résume l’orientation intellectuelle donnée à cette rencontre.
Autre intervention remarquée : celle de Mme Adji Codou Fall, qui a choisi de s’exprimer entièrement en wolof, dans une volonté assumée de valoriser les langues nationales comme vecteurs de transmission du savoir. Elle a rappelé que le Sénégal est à la fois « le pays de Senghor et celui de Cheikh Anta Diop », appelant à traduire davantage d’ouvrages en wolof et dans les langues africaines afin de rendre la pensée accessible au plus grand nombre. Bien que le Premier ministre n’ait pas assisté personnellement à l’événement, Oumar Dia a relayé sa vision durant les deux journées, revenant notamment sur les grandes lignes doctrinales du discours du 17 décembre 2025.
Au-delà des conférences et des discours, ces deux journées auront surtout porté une idée forte : celle d’une Afrique qui cherche désormais à penser son avenir avec ses propres références, ses propres langues et ses propres héritiers.
CULTURE
SENEGAL – Mao Sidibé célèbre le succès de « OYA » aux Raaya Awards
L’artiste Mao Sidibé a exprimé sa reconnaissance après la double distinction obtenue par son projet « OYA » lors des Raaya Musique Awards 2025. À travers un message publié sur ses réseaux sociaux, il a confirmé avoir remporté les prix du Meilleur clip vidéo et du Clip le plus instructif de l’année, saluant une étape importante dans son parcours artistique.
Dans cette publication, l’artiste adopte un ton empreint de gratitude, rendant grâce à Dieu tout en dédiant ces trophées à l’ensemble des personnes ayant contribué à la réalisation du projet. Il met particulièrement en avant ses collaborateurs, citant MaoProd, Defmaa Def et École des Sables, soulignant ainsi le caractère collectif et multidisciplinaire de « OYA ».
Au-delà de la récompense elle-même, cette double distinction vient renforcer la visibilité du projet, qui semble s’inscrire dans une démarche artistique à la fois créative et pédagogique, comme en témoigne le prix du clip « le plus instructif ». Elle met également en lumière la collaboration entre différents acteurs du secteur culturel sénégalais, allant de la production à la formation artistique.
La réaction de Mao Sidibé confirme donc l’attribution de ces deux prix et insiste sur la dimension humaine du projet. En revanche, peu d’éléments sont donnés sur l’impact global de ces distinctions ou sur la réception du clip au-delà de cette reconnaissance officielle.
Avec « OYA », Mao Sidibé consolide néanmoins sa présence sur la scène artistique et illustre une dynamique où création, transmission et collaboration occupent une place centrale.
CULTURE
SÉNÉGAL – FEMUA 18 : Youssou Ndour accueilli en star à Abidjan
Le chanteur sénégalais Youssou Ndour est arrivé à Abidjan dans le cadre de la 18e édition du FEMUA, un événement majeur organisé par le groupe Magic System.
À son arrivée, l’artiste a été chaleureusement accueilli à l’aéroport par A’Salfo, leader du groupe, dans une ambiance marquée par la convivialité et la fraternité entre figures emblématiques de la scène ouest-africaine.

Une présence très attendue
Selon les informations relayées par IGFM, cette arrivée confirme la participation de Youssou Ndour aux activités du festival, même si les détails officiels de sa prestation n’ont pas encore été dévoilés. L’artiste devrait toutefois monter sur la scène d’Anoumabo pour un concert annoncé comme inédit, suscitant déjà une forte attente du public ivoirien.
Un show entre classiques et fusion musicale
Le public espère un répertoire riche mêlant mbalax, afro-jazz et grands classiques tels que :7 Seconds ;Birima ;Immigrés .Des titres qui ont contribué à faire de Youssou Ndour une figure incontournable de la musique africaine et internationale.

« Abidjan, c’est chez moi »
À sa sortie du salon VIP, l’artiste aurait confié, selon des témoins : « Abidjan, c’est chez moi. Le FEMUA, c’est la famille. Je suis venu pour partager… » Une déclaration qui illustre les liens culturels forts entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire.
Un festival au cœur des enjeux africains
Organisé chaque année par Magic System, le FEMUA est devenu un rendez-vous incontournable en Afrique de l’Ouest. Cette 18e édition met particulièrement l’accent sur :l’unité africaine;la jeunesse; les actions sociales et les panels de réflexion; Une dimension culturelle renforcée. La présence de Youssou Ndour, artiste de 66 ans, lauréat du prestigieux Praemium Imperiale et ancien ministre de la Culture, vient renforcer l’envergure culturelle de l’événement. À ce stade, les organisateurs n’ont pas encore communiqué le programme détaillé de sa prestation, mais l’attente reste forte autour de son passage sur la scène d’Anoumabo.

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