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AFRIQUE CENTRALE

PRIX NOBEL DE LA PAIX 2018 : L’intégralité du discours historique du Dr Denis Mukwege.

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« Ce  ne  sont  pas  seulement  les  auteurs  de  violences  qui  sont  responsables  de  leurs  crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard. » Le discours prononcé le 10 décembre 2018 à Oslo par le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018, a marqué les esprits. Nous vous le proposons en intégralité.

 Oslo, 10 décembre 2018

Dans la nuit tragique du 6 octobre 1996, des rebelles ont attaqué notre hôpital à Lemera, en République  Démocratique  du  Congo  (RDC).  Plus  de  trente  personnes  tuées.  Les  patients abattus dans leur lit à bout portant. Le personnel ne pouvant pas fuir tué de sang-froid. Je ne pouvais pas m’imaginer que ce n’était que le début. Obligés de quitter Lemera, en 1999 nous avons créé l’hôpital de Panzi à Bukavu où je travaille encore aujourd’hui comme gynécologue-obstétricien. La  première  patiente  admise  était  une  victime  de  viol  ayant  reçu  un  coup  de  feu  dans  ses organes génitaux. La violence macabre ne connaissait aucune limite. Cette violence malheureusement ne s’est jamais arrêtée. Un jour comme les autres, l’hôpital a reçu un appel. Au bout du fil, un collègue en larmes implorait : « S’il vous plaît, envoyez-nous rapidement une ambulance. S’il vous plait, dépêchez-vous. » Ainsi, nous avons envoyé une ambulance comme nous le faisons habituellement. DEUX HEURES PLUS TARD, L’AMBULANCE EST REVENUE. A L’INTÉRIEUR UNE PETITE FILLE DE TOUT JUSTE DIX-HUIT MOIS. ELLE SAIGNAIT ABONDAMMENT ET A ÉTÉ IMMÉDIATEMENT EMMENÉE EN SALLE D’OPÉRATION. QUAND  JE  SUIS  ARRIVÉ,  LES  INFIRMIÈRES  ÉTAIENT  TOUTES  EN  LARMES.  LA  VESSIE  DU  NOURRISSON,  SON APPAREIL GÉNITAL, SON RECTUM ÉTAIENT GRAVEMENT ENDOMMAGÉS. PAR LA PÉNÉTRATION D’UN ADULTE. Nous  prions  en  silence  :  mon  Dieu,  dites-nous  que  ce  que  nous  voyons  n’est  pas  vrai. Dites-nous que c’est un mauvais rêve. Dites-nous qu’au réveil tout ira bien. Mais, ce n’était pas un mauvais rêve. C’était la réalité. C’est devenu notre nouvelle réalité en RDC. Quand  un  autre  bébé  est  arrivé,  j’ai  réalisé  que  ce  problème  ne  pouvait  pas  trouver  une solution  au  bloc  opératoire,  mais  qu’il  fallait  se battre  contre  les  causes  profondes  de  ces atrocités. Je  me  suis  rendu  au  village  de  Kavumu  pour  parler  avec  les  hommes  :  pourquoi  vous  ne protégez pas vos bébés, vos filles et vos femmes ? Où sont les autorités ? À ma grande surprise, les villageois connaissaient le suspect. Tout le monde avait peur de lui, car il était membre du Parlement provincial et jouissait d’un pouvoir absolu sur la population.

Depuis plusieurs mois sa milice terrorisait le village entier. Elle avait instillé la peur en tuant un défenseur des droits humains qui avait eu le courage de dénoncer les faits. Le député s’en est tiré   sans   conséquences.   Son   immunité   parlementaire lui   permettait   d’abuser   en   toute impunité. Ces deux bébés ont été suivis de dizaines d’autres enfants violés. Lorsque la quarante-huitième victime est arrivée, nous étions désespérés. Avec d’autres défenseurs des droits humains, nous avons saisi un tribunal militaire.  Finalement,   ces   viols   ont   été   poursuivis   et   jugés   comme   crimes   contre   l’humanité. Les viols des bébés à Kavumu ont cessé. Les appels à l’hôpital de Panzi aussi. Mais l’avenir psychologique, sexuel et génésique de ces bébés est hypothéqué. Ce qui s’est passé à Kavumu et qui continue aujourd’hui dans de nombreux autres endroits au Congo, tels que les viols et les massacres à Béni et au Kasaï, a été rendu possible par l’absence d’un  État  de  droit,  l’effondrement  des  valeurs  traditionnelles  et  le  règne  de  l’impunité,  en particulier pour les personnes au pouvoir. LE VIOL, LES MASSACRES, LA TORTURE, L’INSÉCURITÉ DIFFUSE ET LE MANQUE FLAGRANT D’ÉDUCATION, CRÉENT UNE SPIRALE DE VIOLENCE SANS PRÉCÉDENT. LE  BILAN  HUMAIN  DE  CE  CHAOS  PERVERS  ET  ORGANISÉ  A  ÉTÉ  DES  CENTAINES  DE  MILLIERS  DE  FEMMES VIOLÉES,  PLUS  DE  4  MILLIONS  DE  PERSONNES  DÉPLACÉES À  L’INTÉRIEUR  DU  PAYS  ET  LA  PERTE  DE  6 MILLIONS   DE   VIES   HUMAINES.   IMAGINEZ,   L’ÉQUIVALENT   DE   TOUTE   LA   POPULATION   DU   DANEMARK DÉCIMÉE. Les gardiens de la paix et les experts des Nations Unies n’ont pas été épargnés. Plusieurs ont trouvé la mort dans  l’accomplissement de leur mandat. La Mission des Nations Unies en RDC reste présente jusqu’à ce jour afin que la situation ne dégénère pas davantage. Nous leur en sommes reconnaissants. Cependant,  malgré  leurs  efforts,  cette  tragédie  humaine  se  poursuit  sans  que  tous  les responsables  ne  soient  poursuivis.  Seule  la  lutte  contre  l’impunité  peut  briser  la  spirale  des violences. Nous  avons  tous  le  pouvoir  de  changer  le  cours  de  l’Histoire  lorsque  les  convictions  pour lesquelles nous nous battons sont justes. Vos Majestés, Vos Altesses Royales, Excellences, Distingués membres du Comité Nobel, Chère Madame Nadia Murad, Mesdames et Messieurs, Amis de la paix, C’EST  AU  NOM  DU  PEUPLE  CONGOLAIS  QUE  J’ACCEPTE  LE  PRIX  NOBEL  DE  LA  PAIX.  C’EST  À  TOUTES  LES VICTIMES DE VIOLENCES SEXUELLES À TRAVERS LE MONDE QUE JE DÉDIE CE PRIX.

C’est avec humilité que je me présente à vous portant haut la voix des victimes des violences sexuelles dans les conflits armés et les espoirs de mes compatriotes. Je  saisis  cette  occasion  pour  remercier  tous  ceux  qui  pendant  ces  années  ont  soutenu  notre combat.  Je  pense,  en  particulier,  aux  organisations  et  institutions  des  pays  amis,  à  mes collègues, à ma famille et à ma chère épouse, Madeleine. Je m’appelle Denis Mukwege. JE VIENS D’UN DES PAYS LES PLUS RICHES DE LA PLANÈTE. POURTANT, LE PEUPLE DE MON PAYS EST PARMI LES PLUS PAUVRES DU MONDE. LA  RÉALITÉ  TROUBLANTE  EST  QUE  L’ABONDANCE  DE  NOS  RESSOURCES  NATURELLES  –  OR,  COLTAN,  COBALT  ET AUTRES  MINERAIS  STRATÉGIQUES  –  ALIMENTE  LA  GUERRE, SOURCE  DE  LA  VIOLENCE  EXTRÊME  ET  DE  LA PAUVRETÉ ABJECTE AU CONGO. Nous aimons les belles voitures, les bijoux et les gadgets. J’ai moi-même un smartphone. Ces objets contiennent des minerais qu’on trouve chez nous. Souvent extraits dans des conditions inhumaines par de jeunes enfants, victimes d’intimidation et de violences sexuelles. En  conduisant  votre  voiture  électrique,  en  utilisant  votre  smartphone  ou  en  admirant  vos bijoux, réfléchissez un instant au coût humain de la fabrication de ces objets. En tant que consommateurs, le moins que l’on puisse faire est d’insister pour que ces produits soient fabriqués dans le respect de la dignité humaine. Fermer les yeux devant ce drame, c’est être complice. CE  NE  SONT  PAS  SEULEMENT  LES  AUTEURS  DE  VIOLENCES  QUI  SONT  RESPONSABLES  DE  LEURS  CRIMES, MAIS AUSSI CEUX QUI CHOISISSENT DE DÉTOURNER LE REGARD. MON  PAYS  EST  SYSTÉMATIQUEMENT  PILLÉ  AVEC  LA  COMPLICITÉ  DES  GENS  QUI  PRÉTENDENT  ÊTRE  NOS DIRIGEANTS.  Pillé  pour  leur  pouvoir,  leur  richesse et  leur  gloire.  Pillé  aux  dépens  de  millions d’hommes, de femmes et d’enfants innocents abandonnés dans une misère extrême… tandis que  les  bénéfices  de  nos  minerais  finissent  sur  les  comptes  opaques  d’une  oligarchie prédatrice. Cela fait vingt ans, jour après jour, qu’à l’hôpital de Panzi, je vois les conséquences déchirantes de la mauvaise gouvernance du pays. Bébés, filles, jeunes femmes, mères, grands-mères, et aussi les hommes et les garçons, violés de  façon  cruelle,  souvent  en  public  et  en  collectif,  en  insérant  du  plastique  brûlant  ou  en introduisant des objets contondants dans leurs parties génitales. Je vous épargne les détails. Le peuple congolais est humilié, maltraité et massacré depuis plus de deux décennies au vu et au su de la communauté internationale. Aujourd’hui,  grâce  aux  nouvelles  technologies  de  l’information  et  de  la  communication,  plus personne ne peut dire : je ne savais pas.

AVEC  CE  PRIX  NOBEL  DE  LA  PAIX,  J’APPELLE  LE  MONDE  À  ÊTRE  TÉMOIN  ET  JE  VOUS  EXHORTE  À  VOUS JOINDRE À NOUS POUR METTRE FIN À CETTE SOUFFRANCE QUI FAIT HONTE À NOTRE HUMANITÉ COMMUNE. Les habitants de mon pays ont désespérément besoin de la paix. Mais : Comment construire la paix sur des fosses communes ? Comment construire la paix sans vérité ni réconciliation ? Comment construire la paix sans justice ni réparation ? Au moment même où je vous parle, un rapport est en train de moisir dans le tiroir d’un bureau à New York. Il a été rédigé à l’issue d’une enquête professionnelle et rigoureuse sur les crimes de  guerre  et  les  violations  des  droits  humains  perpétrés  au  Congo.  Cette  enquête  nomme explicitement des victimes, des lieux, des dates mais élude les auteurs. Ce  Rapport  du  Projet  Mapping  établi  par  le  Haut-Commissariat  des  Nations  Unies  aux  Droits Humains,  décrit  pas  moins  de  617  crimes  de  guerre  et  crimes  contre  l’humanité  et  peut-être même des crimes de génocide. Qu’attend le monde pour qu’il soit pris en compte ? Il n’y a pas de paix durable sans justice. Or, la justice ne se négocie pas. Ayons  le  courage  de  jeter  un  regard  critique  et  impartial  sur  les  événements  qui  sévissent depuis trop longtemps dans la région des Grands Lacs. Ayons  le  courage  de  révéler  les  noms  des  auteurs  des  crimes  contre  l’humanité  pour  éviter qu’ils continuent d’endeuiller cette région. Ayons le courage de reconnaître nos erreurs du passé. Ayons le courage de dire la vérité et d’effectuer le travail de mémoire. Chers   compatriotes   congolais,   ayons   le   courage   de   prendre   notre   destin   en   main. Construisons  la  paix,  construisons  l’avenir  de  notre  pays,  ensemble  construisons  un  meilleur avenir pour l’Afrique. Personne ne le fera à notre place. Mesdames et Messieurs, Amis de la paix, Le tableau que je vous ai brossé offre une réalité sinistre. Mais permettez-moi de vous raconter l’histoire de Sarah. Sarah nous a été référée à l’hôpital dans un état critique. Son village avait été attaqué par un groupe armé qui avait massacré toute sa famille, la laissant seule. Prise  en  otage,  elle  a  été  emmenée  dans  la  forêt.  Attachée  à  un  arbre.  Nue.  Tous  les  jours, Sarah subissait des viols collectifs jusqu’à ce qu’elle perde connaissance.

Le  but  de  ces  viols  utilisés  comme  armes  de  guerre étant  de  détruire  Sarah,  sa  famille  et  sa communauté. Bref détruire le tissu social. À son arrivée à l’hôpital, Sarah ne pouvait ni marcher ni même tenir debout. Elle ne pouvait pas retenir ni ses urines ni ses selles. A  cause  de  la  gravité  de  ses  blessures  génito-urinaires  et  digestives  couplées  à  une  infection surajoutée, personne ne pouvait imaginer qu’elle serait un jour en mesure de se remettre sur ses pieds. Pourtant, chaque  jour qui passait, le désir de continuer à vivre brillait dans les yeux de Sarah. Chaque  jour  qui  passait,  c’était  elle  qui  encourageait  le  personnel  soignant  à  ne  pas  perdre espoir. Chaque jour qui passait, Sarah se battait pour sa survie. Aujourd’hui, Sarah est une belle femme, souriante, forte et charmante. Sarah s’est engagée à aider les personnes ayant survécu à une histoire semblable à la sienne. Sarah  a reçu  cinquante dollars américains, une allocation que notre maison de transit Dorcas accorde aux femmes souhaitant reconstruire leur vie sur le plan socioéconomique. Aujourd’hui,  Sarah  dirige  sa  petite  entreprise.  Elle  a  acheté  un  terrain.  La  Fondation  Panzi  l‘a aidée  avec des tôles pour faire  un  toit. Elle  a pu construire une maison. Elle est autonome et fière. Son  histoire  montre  que  même  si  une  situation  est  difficile  et  semble  désespérée,  avec  la détermination, il y a toujours de l’espoir au bout du tunnel. Si une femme comme Sarah n’abandonne pas, qui sommes-nous pour le faire ? Ceci  est  l’histoire  de  Sarah.  Sarah  est  Congolaise.  Mais  il  y  a  des  Sarah  en  République Centrafricaine,  en  Colombie,  en  Bosnie,  au  Myanmar,  en  Iraq  et  dans  bien  d’autres  pays  en conflit dans le monde. A   Panzi,   notre   programme   de   soins   holistiques,   qui comprend   un   soutien   médical, psychologique,  socioéconomique  et  juridique,  montre  que,  même  si  la  route  vers  la  guérison est longue et difficile, les victimes ont le potentiel de transformer leur souffrance en pouvoir. Elles peuvent devenir des actrices de changement positif dans la société. C’est le cas déjà à la Cité  de  la  Joie,  notre  centre  de  réhabilitation  à  Bukavu  où  les  femmes  sont  aidées  pour reprendre leur destin en main. Cependant, elles ne peuvent pas y arriver seules et notre rôle est de les écouter, comme nous écoutons aujourd’hui Madame Nadia Murad. Chère  Nadia,  votre  courage,  votre  audace,  votre  capacité  à  nous  donner  espoir,  sont  une source d’inspiration pour le monde entier et pour moi personnellement. LE  PRIX  NOBEL  DE  LA  PAIX  QUI  NOUS  EST  DÉCERNÉ  AUJOURD’HUI  N’AURA  DE  VALEUR  RÉELLE  QUE  S’IL  PEUT CHANGER CONCRÈTEMENT LA VIE DES VICTIMES DE VIOLENCES SEXUELLES DE PAR LE MONDE ET CONTRIBUER À RAMENER LA PAIX DANS NOS PAYS.

Alors, que pouvons-nous faire ? Que pouvez-vous faire ? Premièrement, c’est notre responsabilité à tous d’agir dans ce sens. Agir c’est un choix. C’est un choix : – d’arrêter ou non la violence à l’égard des femmes, – de créer ou non une masculinité positive  qui promeut l’égalité des sexes, en temps de paix comme en temps de guerre. C’est un choix : – de soutenir ou non une femme, – de la protéger ou non, – de défendre ou non ses droits, – de se battre ou non à ses côtés dans les pays ravagés par le conflit. C’est un choix : de construire ou non la paix dans les pays en conflits. Agir, c’est refuser l’indifférence. S’il faut faire la guerre, c’est la guerre contre l’indifférence qui ronge nos sociétés. Deuxièmement, nous sommes tous redevables vis-à-vis de ces femmes et de leurs proches et nous  devons  tous  nous  approprier  ce  combat  ;  y  compris  les  États  qui  doivent  cesser d’accueillir  les  dirigeants  qui  ont  toléré,  ou  pire,  utilisé  la  violence  sexuelle  pour  accéder  au pouvoir. Les  États  doivent  cesser  de  les  accueillir  avec  le tapis  rouge  et  plutôt  tracer  une  ligne  rouge contre l’utilisation du viol comme arme de guerre. Une  ligne  rouge  qui  serait  synonyme  de  sanctions  économiques,  politiques  et  de  poursuites judiciaires. Poser un acte juste n’est pas difficile. C’est une question de volonté politique. Troisièmement,  nous  devons  reconnaître  les  souffrances  des  survivantes  de  toutes  les violences  faites  aux  femmes  dans  les  conflits  armés  et  les  soutenir  de  façon  holistique  dans leur processus de guérison. J’insiste  sur  les  réparations  ;  ces  mesures  qui  leur  donnent  compensation  et  satisfaction  et leur permettent de commencer une nouvelle vie. C’est un droit humain. J’appelle les États à soutenir l’initiative de la création d’un Fonds global de réparation pour les victimes de violences sexuelles dans les conflits armés. Quatrièmement, au nom de toutes les veuves, tous les veufs et des orphelins des massacres commis en RDC et de tous les Congolais épris de paix, j’appelle la communauté internationale à enfin considérer le Rapport du Projet « Mapping » et ses recommandations. Que le droit soit dit. Cela permettrait au peuple congolais d’enfin pleurer ses morts, faire son deuil, pardonner ses bourreaux, dépasser sa souffrance et se projeter sereinement dans le futur.

FINALEMENT,  APRÈS  VINGT  ANS  D’EFFUSION  DE  SANG,  DE VIOLS  ET  DE  DÉPLACEMENTS  MASSIFS  DE POPULATION,  LE  PEUPLE  CONGOLAIS  ATTEND  DÉSESPÉRÉMENT  L’APPLICATION  DE  LA  RESPONSABILITÉ  DE PROTÉGER  LES  POPULATIONS  CIVILES  LORSQUE  LEUR  GOUVERNEMENT  NE  PEUT  OU  NE VEUT  PAS  LE  FAIRE.  Il attend d’explorer le chemin d’une paix durable. Cette paix passe par le principe d’élections libres, transparentes, crédibles et apaisées. «  Au  travail,  peuple  congolais  !  »  Bâtissons  un  État  où  le  gouvernement  est  au  service  de  sa population.  Un  État  de  droit,  émergent,  capable  d’entraîner  un  développement  durable  et harmonieux, non seulement en RDC mais dans toute l’Afrique. Bâtissons un État où toutes les actions  politiques,  économiques  et  sociales  sont  centrées  sur  l’humain  et  où  la  dignité  des citoyens est restaurée. Vos Majestés, Distingués membres du Comité Nobel, Mesdames et Messieurs, Amis de la paix, Le défi est clair. Il est à notre portée. Pour les Sarah, pour les femmes, les hommes et les enfants du Congo, je vous lance un appel urgent  de  ne  pas  seulement  nous  remettre  le  Prix  Nobel  de  la  Paix  mais  de  vous  mettre debout et de dire ensemble et à haute voix : « La violence en RDC, c’est assez ! Trop c’est trop !  La paix maintenant ! »

 

Je vous remercie.

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AFRIQUE

RD CONGO – Matata Ponyo temporise face à la prise d’armes annoncée par Joseph Kabila

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Dix jours après l’annonce de Joseph Kabila de prendre la tête de la rébellion armée dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), l’opposition non armée n’a toujours pas affiché de position officielle commune. Matata Ponyo Mapon, ancien Premier ministre sous la présidence de Kabila, explique que la coalition C64 entend harmoniser sa réponse lors d’une réunion prévue à Rome, en Italie, au début de la semaine prochaine.

Dans un entretien accordé à RFI depuis Londres, l’ancien chef du gouvernement affirme que son parti, Leadership et gouvernance pour le développement (LGD), respectera la décision collective de la coalition. Il rejette toutefois l’idée selon laquelle les membres du regroupement seraient embarrassés par l’initiative de l’ancien président. À ses yeux, la cohésion du groupe impose de se concerter avant toute prise de parole officielle.

Matata Ponyo rappelle que la C64 a été constituée pour défendre l’ordre constitutionnel et les principes démocratiques en RDC. Il estime que le débat politique doit également porter sur la gouvernance du pays, les conditions dans lesquelles se sont déroulées les élections de 2023 et les difficultés liées au respect de l’État de droit. Il affirme avoir lui-même été victime d’un système judiciaire qu’il juge inéquitable, après sa condamnation à dix ans de prison, qui l’a conduit à vivre en exil.

Interrogé sur une éventuelle contradiction entre les objectifs de la coalition et la décision de Joseph Kabila de s’engager dans une lutte armée, l’ancien Premier ministre appelle à examiner les causes profondes de la crise congolaise. Il replace la création de la C64 dans le contexte des inquiétudes de l’opposition face à une éventuelle révision de la Constitution voulue, selon lui, par le pouvoir en place. Il évoque également la condamnation à mort de Joseph Kabila, qu’il considère comme contraire aux principes constitutionnels.

Concernant le dialogue national réclamé depuis plusieurs mois par la coalition, Matata Ponyo affirme que la position de la C64 reste celle d’une concertation globale et inclusive. Il estime que toutes les parties concernées doivent pouvoir participer aux discussions, y compris celles impliquées dans les tensions politiques et sécuritaires. Il rappelle que cette approche est également défendue, selon lui, par les Églises catholique et protestante, choisies comme médiatrices, ainsi que par plusieurs dirigeants africains, notamment le président angolais João Lourenço.

L’ancien chef du gouvernement critique par ailleurs la décision du ministère congolais de l’Intérieur, datée du 15 octobre, qui interdit les activités politiques de treize partis, dont le LGD et le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), associé à Joseph Kabila. Matata Ponyo affirme que son parti a saisi formellement le ministre de la Justice pour contester cette mesure. Il la considère comme une décision politique plutôt que juridique et demande son réexamen.

Selon lui, ces restrictions risquent d’aggraver les tensions au moment où les acteurs politiques sont appelés à privilégier le dialogue. Il estime qu’il est contradictoire de réclamer une désescalade tout en adoptant des mesures susceptibles de renforcer les divisions.

Enfin, Matata Ponyo exclut pour l’instant un retour en RDC tant qu’il estime que les conditions de sécurité et l’État de droit ne sont pas garantis. Il affirme que son exil répond à des préoccupations liées à sa sécurité personnelle et dit vouloir préserver sa vie afin de pouvoir, à terme, contribuer au développement du pays.

La réunion de Rome des cinq principaux dirigeants de la C64 devrait permettre de préciser la position du regroupement face à l’initiative de Joseph Kabila et aux tensions politiques qui traversent la RDC.

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RD CONGO – La justice belge perquisitionne dans l’entourage de Félix Tshisekedi

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La justice belge a procédé à des perquisitions aux domiciles de plusieurs personnes présentées comme proches ou associées au président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi. Ces opérations s’inscrivent dans le cadre d’une enquête portant sur des soupçons de blanchiment d’argent lié aux revenus du secteur minier congolais. Le parquet fédéral belge a confirmé les interventions, sans toutefois dévoiler l’identité des personnes concernées.

L’affaire trouve son origine dans une plainte déposée à Bruxelles en 2025 par un collectif d’organisations non gouvernementales de la province du Katanga. Représentées par les avocats Bernard Maingain et Hervé Diakese, ces ONG dénoncent un système présumé de détournement des recettes issues de l’exploitation minière, au détriment des populations locales et des finances publiques congolaises. Elles soupçonnent ensuite le transfert et le blanchiment d’une partie de ces fonds en Belgique.

Selon les plaignants, plusieurs individus appartenant à l’entourage du chef de l’État, dont certains disposeraient de la nationalité belge et résideraient en Belgique, auraient bénéficié d’argent provenant de l’exploitation des ressources naturelles de la RDC. Le cuivre et le cobalt figurent notamment parmi les minerais concernés par les accusations. Les organisations estiment que les sommes en question auraient servi à financer un train de vie difficilement compatible avec les revenus officiellement déclarés par les personnes visées.

Le parquet fédéral a indiqué que les perquisitions avaient été menées à Bruxelles et dans sa périphérie dans le cadre de l’enquête pour blanchiment. Il n’a cependant pas confirmé que les personnes concernées appartenaient à la famille présidentielle. À Kinshasa, la présidence congolaise n’avait pas réagi à ces informations au moment des faits rapportés.

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RD CONGO – Ebola dépasse les 9 000 cas et fait plus de 4 000 morts

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RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO – Ebola dépasse les 9 000 cas et fait plus de 4 000 morts

La République démocratique du Congo fait face à une épidémie d’Ebola d’une ampleur exceptionnelle. Selon les dernières données communiquées mardi par les autorités sanitaires, le bilan atteint désormais 9 066 personnes infectées et 4 381 décès. Avec un taux de létalité de 48,3 %, cette flambée épidémique constitue, d’après les chiffres rapportés, la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays.

Les autorités congolaises ont officiellement annoncé cette 17e épidémie d’Ebola à la mi-mai. Toutefois, des spécialistes estiment que la circulation du virus aurait commencé plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant cette déclaration. Un rapport de l’Institut national de santé publique (INSP) fait état de plus de 9 000 contaminations et de milliers de victimes, tandis que 2 389 personnes ont pu se rétablir.

Apparu initialement dans la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays, le virus s’est ensuite étendu à sept provinces du nord et de l’est de la RDC. La propagation de la maladie représente un défi majeur pour les autorités sanitaires, notamment dans les zones isolées où l’accès aux soins reste difficile.

Les opérations de lutte contre l’épidémie se heurtent à plusieurs obstacles. Les infrastructures médicales manquent de moyens dans certaines localités, tandis que l’insécurité liée à la présence de groupes armés complique les déplacements des équipes sur le terrain. La défiance d’une partie des populations à l’égard des personnels médicaux et humanitaires constitue également un frein à la riposte, avec plusieurs incidents signalés ces derniers mois.

L’épidémie actuelle est provoquée par la souche Bundibugyo du virus Ebola. À ce stade, aucun vaccin ni traitement n’a été approuvé spécifiquement contre cette variante, ce qui complique la prise en charge des malades et les efforts de prévention. La maladie, qui se transmet notamment par contact direct avec des fluides corporels infectés, peut provoquer une fièvre hémorragique grave.

Au cours des cinq dernières décennies, Ebola a causé plus de 15 000 décès sur le continent africain. En RDC, la précédente épidémie majeure, survenue entre 2018 et 2020, avait fait près de 2 300 morts sur environ 3 500 cas recensés.

Face à la progression de la maladie, des initiatives de recherche sont en cours. Les premières doses du vaccin Ervebo, dont l’efficacité a été démontrée contre la souche Zaïre, ont récemment été administrées à des volontaires intervenant en première ligne, dans le cadre d’un essai clinique. Ce vaccin cible toutefois une souche différente de celle responsable de l’épidémie actuelle.

Par ailleurs, des experts de l’Organisation mondiale de la Santé ont annoncé mardi qu’un essai clinique consacré à un vaccin contre Ebola devait être lancé en RDC avant la fin du mois. Cette perspective nourrit les espoirs d’une meilleure réponse sanitaire, alors que les autorités et les équipes médicales doivent faire face à une crise qui continue de coûter de nombreuses vies.

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