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AFRIQUE CENTRALE

PRIX NOBEL DE LA PAIX 2018 : L’intégralité du discours historique du Dr Denis Mukwege.

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« Ce  ne  sont  pas  seulement  les  auteurs  de  violences  qui  sont  responsables  de  leurs  crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard. » Le discours prononcé le 10 décembre 2018 à Oslo par le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018, a marqué les esprits. Nous vous le proposons en intégralité.

 Oslo, 10 décembre 2018

Dans la nuit tragique du 6 octobre 1996, des rebelles ont attaqué notre hôpital à Lemera, en République  Démocratique  du  Congo  (RDC).  Plus  de  trente  personnes  tuées.  Les  patients abattus dans leur lit à bout portant. Le personnel ne pouvant pas fuir tué de sang-froid. Je ne pouvais pas m’imaginer que ce n’était que le début. Obligés de quitter Lemera, en 1999 nous avons créé l’hôpital de Panzi à Bukavu où je travaille encore aujourd’hui comme gynécologue-obstétricien. La  première  patiente  admise  était  une  victime  de  viol  ayant  reçu  un  coup  de  feu  dans  ses organes génitaux. La violence macabre ne connaissait aucune limite. Cette violence malheureusement ne s’est jamais arrêtée. Un jour comme les autres, l’hôpital a reçu un appel. Au bout du fil, un collègue en larmes implorait : « S’il vous plaît, envoyez-nous rapidement une ambulance. S’il vous plait, dépêchez-vous. » Ainsi, nous avons envoyé une ambulance comme nous le faisons habituellement. DEUX HEURES PLUS TARD, L’AMBULANCE EST REVENUE. A L’INTÉRIEUR UNE PETITE FILLE DE TOUT JUSTE DIX-HUIT MOIS. ELLE SAIGNAIT ABONDAMMENT ET A ÉTÉ IMMÉDIATEMENT EMMENÉE EN SALLE D’OPÉRATION. QUAND  JE  SUIS  ARRIVÉ,  LES  INFIRMIÈRES  ÉTAIENT  TOUTES  EN  LARMES.  LA  VESSIE  DU  NOURRISSON,  SON APPAREIL GÉNITAL, SON RECTUM ÉTAIENT GRAVEMENT ENDOMMAGÉS. PAR LA PÉNÉTRATION D’UN ADULTE. Nous  prions  en  silence  :  mon  Dieu,  dites-nous  que  ce  que  nous  voyons  n’est  pas  vrai. Dites-nous que c’est un mauvais rêve. Dites-nous qu’au réveil tout ira bien. Mais, ce n’était pas un mauvais rêve. C’était la réalité. C’est devenu notre nouvelle réalité en RDC. Quand  un  autre  bébé  est  arrivé,  j’ai  réalisé  que  ce  problème  ne  pouvait  pas  trouver  une solution  au  bloc  opératoire,  mais  qu’il  fallait  se battre  contre  les  causes  profondes  de  ces atrocités. Je  me  suis  rendu  au  village  de  Kavumu  pour  parler  avec  les  hommes  :  pourquoi  vous  ne protégez pas vos bébés, vos filles et vos femmes ? Où sont les autorités ? À ma grande surprise, les villageois connaissaient le suspect. Tout le monde avait peur de lui, car il était membre du Parlement provincial et jouissait d’un pouvoir absolu sur la population.

Depuis plusieurs mois sa milice terrorisait le village entier. Elle avait instillé la peur en tuant un défenseur des droits humains qui avait eu le courage de dénoncer les faits. Le député s’en est tiré   sans   conséquences.   Son   immunité   parlementaire lui   permettait   d’abuser   en   toute impunité. Ces deux bébés ont été suivis de dizaines d’autres enfants violés. Lorsque la quarante-huitième victime est arrivée, nous étions désespérés. Avec d’autres défenseurs des droits humains, nous avons saisi un tribunal militaire.  Finalement,   ces   viols   ont   été   poursuivis   et   jugés   comme   crimes   contre   l’humanité. Les viols des bébés à Kavumu ont cessé. Les appels à l’hôpital de Panzi aussi. Mais l’avenir psychologique, sexuel et génésique de ces bébés est hypothéqué. Ce qui s’est passé à Kavumu et qui continue aujourd’hui dans de nombreux autres endroits au Congo, tels que les viols et les massacres à Béni et au Kasaï, a été rendu possible par l’absence d’un  État  de  droit,  l’effondrement  des  valeurs  traditionnelles  et  le  règne  de  l’impunité,  en particulier pour les personnes au pouvoir. LE VIOL, LES MASSACRES, LA TORTURE, L’INSÉCURITÉ DIFFUSE ET LE MANQUE FLAGRANT D’ÉDUCATION, CRÉENT UNE SPIRALE DE VIOLENCE SANS PRÉCÉDENT. LE  BILAN  HUMAIN  DE  CE  CHAOS  PERVERS  ET  ORGANISÉ  A  ÉTÉ  DES  CENTAINES  DE  MILLIERS  DE  FEMMES VIOLÉES,  PLUS  DE  4  MILLIONS  DE  PERSONNES  DÉPLACÉES À  L’INTÉRIEUR  DU  PAYS  ET  LA  PERTE  DE  6 MILLIONS   DE   VIES   HUMAINES.   IMAGINEZ,   L’ÉQUIVALENT   DE   TOUTE   LA   POPULATION   DU   DANEMARK DÉCIMÉE. Les gardiens de la paix et les experts des Nations Unies n’ont pas été épargnés. Plusieurs ont trouvé la mort dans  l’accomplissement de leur mandat. La Mission des Nations Unies en RDC reste présente jusqu’à ce jour afin que la situation ne dégénère pas davantage. Nous leur en sommes reconnaissants. Cependant,  malgré  leurs  efforts,  cette  tragédie  humaine  se  poursuit  sans  que  tous  les responsables  ne  soient  poursuivis.  Seule  la  lutte  contre  l’impunité  peut  briser  la  spirale  des violences. Nous  avons  tous  le  pouvoir  de  changer  le  cours  de  l’Histoire  lorsque  les  convictions  pour lesquelles nous nous battons sont justes. Vos Majestés, Vos Altesses Royales, Excellences, Distingués membres du Comité Nobel, Chère Madame Nadia Murad, Mesdames et Messieurs, Amis de la paix, C’EST  AU  NOM  DU  PEUPLE  CONGOLAIS  QUE  J’ACCEPTE  LE  PRIX  NOBEL  DE  LA  PAIX.  C’EST  À  TOUTES  LES VICTIMES DE VIOLENCES SEXUELLES À TRAVERS LE MONDE QUE JE DÉDIE CE PRIX.

C’est avec humilité que je me présente à vous portant haut la voix des victimes des violences sexuelles dans les conflits armés et les espoirs de mes compatriotes. Je  saisis  cette  occasion  pour  remercier  tous  ceux  qui  pendant  ces  années  ont  soutenu  notre combat.  Je  pense,  en  particulier,  aux  organisations  et  institutions  des  pays  amis,  à  mes collègues, à ma famille et à ma chère épouse, Madeleine. Je m’appelle Denis Mukwege. JE VIENS D’UN DES PAYS LES PLUS RICHES DE LA PLANÈTE. POURTANT, LE PEUPLE DE MON PAYS EST PARMI LES PLUS PAUVRES DU MONDE. LA  RÉALITÉ  TROUBLANTE  EST  QUE  L’ABONDANCE  DE  NOS  RESSOURCES  NATURELLES  –  OR,  COLTAN,  COBALT  ET AUTRES  MINERAIS  STRATÉGIQUES  –  ALIMENTE  LA  GUERRE, SOURCE  DE  LA  VIOLENCE  EXTRÊME  ET  DE  LA PAUVRETÉ ABJECTE AU CONGO. Nous aimons les belles voitures, les bijoux et les gadgets. J’ai moi-même un smartphone. Ces objets contiennent des minerais qu’on trouve chez nous. Souvent extraits dans des conditions inhumaines par de jeunes enfants, victimes d’intimidation et de violences sexuelles. En  conduisant  votre  voiture  électrique,  en  utilisant  votre  smartphone  ou  en  admirant  vos bijoux, réfléchissez un instant au coût humain de la fabrication de ces objets. En tant que consommateurs, le moins que l’on puisse faire est d’insister pour que ces produits soient fabriqués dans le respect de la dignité humaine. Fermer les yeux devant ce drame, c’est être complice. CE  NE  SONT  PAS  SEULEMENT  LES  AUTEURS  DE  VIOLENCES  QUI  SONT  RESPONSABLES  DE  LEURS  CRIMES, MAIS AUSSI CEUX QUI CHOISISSENT DE DÉTOURNER LE REGARD. MON  PAYS  EST  SYSTÉMATIQUEMENT  PILLÉ  AVEC  LA  COMPLICITÉ  DES  GENS  QUI  PRÉTENDENT  ÊTRE  NOS DIRIGEANTS.  Pillé  pour  leur  pouvoir,  leur  richesse et  leur  gloire.  Pillé  aux  dépens  de  millions d’hommes, de femmes et d’enfants innocents abandonnés dans une misère extrême… tandis que  les  bénéfices  de  nos  minerais  finissent  sur  les  comptes  opaques  d’une  oligarchie prédatrice. Cela fait vingt ans, jour après jour, qu’à l’hôpital de Panzi, je vois les conséquences déchirantes de la mauvaise gouvernance du pays. Bébés, filles, jeunes femmes, mères, grands-mères, et aussi les hommes et les garçons, violés de  façon  cruelle,  souvent  en  public  et  en  collectif,  en  insérant  du  plastique  brûlant  ou  en introduisant des objets contondants dans leurs parties génitales. Je vous épargne les détails. Le peuple congolais est humilié, maltraité et massacré depuis plus de deux décennies au vu et au su de la communauté internationale. Aujourd’hui,  grâce  aux  nouvelles  technologies  de  l’information  et  de  la  communication,  plus personne ne peut dire : je ne savais pas.

AVEC  CE  PRIX  NOBEL  DE  LA  PAIX,  J’APPELLE  LE  MONDE  À  ÊTRE  TÉMOIN  ET  JE  VOUS  EXHORTE  À  VOUS JOINDRE À NOUS POUR METTRE FIN À CETTE SOUFFRANCE QUI FAIT HONTE À NOTRE HUMANITÉ COMMUNE. Les habitants de mon pays ont désespérément besoin de la paix. Mais : Comment construire la paix sur des fosses communes ? Comment construire la paix sans vérité ni réconciliation ? Comment construire la paix sans justice ni réparation ? Au moment même où je vous parle, un rapport est en train de moisir dans le tiroir d’un bureau à New York. Il a été rédigé à l’issue d’une enquête professionnelle et rigoureuse sur les crimes de  guerre  et  les  violations  des  droits  humains  perpétrés  au  Congo.  Cette  enquête  nomme explicitement des victimes, des lieux, des dates mais élude les auteurs. Ce  Rapport  du  Projet  Mapping  établi  par  le  Haut-Commissariat  des  Nations  Unies  aux  Droits Humains,  décrit  pas  moins  de  617  crimes  de  guerre  et  crimes  contre  l’humanité  et  peut-être même des crimes de génocide. Qu’attend le monde pour qu’il soit pris en compte ? Il n’y a pas de paix durable sans justice. Or, la justice ne se négocie pas. Ayons  le  courage  de  jeter  un  regard  critique  et  impartial  sur  les  événements  qui  sévissent depuis trop longtemps dans la région des Grands Lacs. Ayons  le  courage  de  révéler  les  noms  des  auteurs  des  crimes  contre  l’humanité  pour  éviter qu’ils continuent d’endeuiller cette région. Ayons le courage de reconnaître nos erreurs du passé. Ayons le courage de dire la vérité et d’effectuer le travail de mémoire. Chers   compatriotes   congolais,   ayons   le   courage   de   prendre   notre   destin   en   main. Construisons  la  paix,  construisons  l’avenir  de  notre  pays,  ensemble  construisons  un  meilleur avenir pour l’Afrique. Personne ne le fera à notre place. Mesdames et Messieurs, Amis de la paix, Le tableau que je vous ai brossé offre une réalité sinistre. Mais permettez-moi de vous raconter l’histoire de Sarah. Sarah nous a été référée à l’hôpital dans un état critique. Son village avait été attaqué par un groupe armé qui avait massacré toute sa famille, la laissant seule. Prise  en  otage,  elle  a  été  emmenée  dans  la  forêt.  Attachée  à  un  arbre.  Nue.  Tous  les  jours, Sarah subissait des viols collectifs jusqu’à ce qu’elle perde connaissance.

Le  but  de  ces  viols  utilisés  comme  armes  de  guerre étant  de  détruire  Sarah,  sa  famille  et  sa communauté. Bref détruire le tissu social. À son arrivée à l’hôpital, Sarah ne pouvait ni marcher ni même tenir debout. Elle ne pouvait pas retenir ni ses urines ni ses selles. A  cause  de  la  gravité  de  ses  blessures  génito-urinaires  et  digestives  couplées  à  une  infection surajoutée, personne ne pouvait imaginer qu’elle serait un jour en mesure de se remettre sur ses pieds. Pourtant, chaque  jour qui passait, le désir de continuer à vivre brillait dans les yeux de Sarah. Chaque  jour  qui  passait,  c’était  elle  qui  encourageait  le  personnel  soignant  à  ne  pas  perdre espoir. Chaque jour qui passait, Sarah se battait pour sa survie. Aujourd’hui, Sarah est une belle femme, souriante, forte et charmante. Sarah s’est engagée à aider les personnes ayant survécu à une histoire semblable à la sienne. Sarah  a reçu  cinquante dollars américains, une allocation que notre maison de transit Dorcas accorde aux femmes souhaitant reconstruire leur vie sur le plan socioéconomique. Aujourd’hui,  Sarah  dirige  sa  petite  entreprise.  Elle  a  acheté  un  terrain.  La  Fondation  Panzi  l‘a aidée  avec des tôles pour faire  un  toit. Elle  a pu construire une maison. Elle est autonome et fière. Son  histoire  montre  que  même  si  une  situation  est  difficile  et  semble  désespérée,  avec  la détermination, il y a toujours de l’espoir au bout du tunnel. Si une femme comme Sarah n’abandonne pas, qui sommes-nous pour le faire ? Ceci  est  l’histoire  de  Sarah.  Sarah  est  Congolaise.  Mais  il  y  a  des  Sarah  en  République Centrafricaine,  en  Colombie,  en  Bosnie,  au  Myanmar,  en  Iraq  et  dans  bien  d’autres  pays  en conflit dans le monde. A   Panzi,   notre   programme   de   soins   holistiques,   qui comprend   un   soutien   médical, psychologique,  socioéconomique  et  juridique,  montre  que,  même  si  la  route  vers  la  guérison est longue et difficile, les victimes ont le potentiel de transformer leur souffrance en pouvoir. Elles peuvent devenir des actrices de changement positif dans la société. C’est le cas déjà à la Cité  de  la  Joie,  notre  centre  de  réhabilitation  à  Bukavu  où  les  femmes  sont  aidées  pour reprendre leur destin en main. Cependant, elles ne peuvent pas y arriver seules et notre rôle est de les écouter, comme nous écoutons aujourd’hui Madame Nadia Murad. Chère  Nadia,  votre  courage,  votre  audace,  votre  capacité  à  nous  donner  espoir,  sont  une source d’inspiration pour le monde entier et pour moi personnellement. LE  PRIX  NOBEL  DE  LA  PAIX  QUI  NOUS  EST  DÉCERNÉ  AUJOURD’HUI  N’AURA  DE  VALEUR  RÉELLE  QUE  S’IL  PEUT CHANGER CONCRÈTEMENT LA VIE DES VICTIMES DE VIOLENCES SEXUELLES DE PAR LE MONDE ET CONTRIBUER À RAMENER LA PAIX DANS NOS PAYS.

Alors, que pouvons-nous faire ? Que pouvez-vous faire ? Premièrement, c’est notre responsabilité à tous d’agir dans ce sens. Agir c’est un choix. C’est un choix : – d’arrêter ou non la violence à l’égard des femmes, – de créer ou non une masculinité positive  qui promeut l’égalité des sexes, en temps de paix comme en temps de guerre. C’est un choix : – de soutenir ou non une femme, – de la protéger ou non, – de défendre ou non ses droits, – de se battre ou non à ses côtés dans les pays ravagés par le conflit. C’est un choix : de construire ou non la paix dans les pays en conflits. Agir, c’est refuser l’indifférence. S’il faut faire la guerre, c’est la guerre contre l’indifférence qui ronge nos sociétés. Deuxièmement, nous sommes tous redevables vis-à-vis de ces femmes et de leurs proches et nous  devons  tous  nous  approprier  ce  combat  ;  y  compris  les  États  qui  doivent  cesser d’accueillir  les  dirigeants  qui  ont  toléré,  ou  pire,  utilisé  la  violence  sexuelle  pour  accéder  au pouvoir. Les  États  doivent  cesser  de  les  accueillir  avec  le tapis  rouge  et  plutôt  tracer  une  ligne  rouge contre l’utilisation du viol comme arme de guerre. Une  ligne  rouge  qui  serait  synonyme  de  sanctions  économiques,  politiques  et  de  poursuites judiciaires. Poser un acte juste n’est pas difficile. C’est une question de volonté politique. Troisièmement,  nous  devons  reconnaître  les  souffrances  des  survivantes  de  toutes  les violences  faites  aux  femmes  dans  les  conflits  armés  et  les  soutenir  de  façon  holistique  dans leur processus de guérison. J’insiste  sur  les  réparations  ;  ces  mesures  qui  leur  donnent  compensation  et  satisfaction  et leur permettent de commencer une nouvelle vie. C’est un droit humain. J’appelle les États à soutenir l’initiative de la création d’un Fonds global de réparation pour les victimes de violences sexuelles dans les conflits armés. Quatrièmement, au nom de toutes les veuves, tous les veufs et des orphelins des massacres commis en RDC et de tous les Congolais épris de paix, j’appelle la communauté internationale à enfin considérer le Rapport du Projet « Mapping » et ses recommandations. Que le droit soit dit. Cela permettrait au peuple congolais d’enfin pleurer ses morts, faire son deuil, pardonner ses bourreaux, dépasser sa souffrance et se projeter sereinement dans le futur.

FINALEMENT,  APRÈS  VINGT  ANS  D’EFFUSION  DE  SANG,  DE VIOLS  ET  DE  DÉPLACEMENTS  MASSIFS  DE POPULATION,  LE  PEUPLE  CONGOLAIS  ATTEND  DÉSESPÉRÉMENT  L’APPLICATION  DE  LA  RESPONSABILITÉ  DE PROTÉGER  LES  POPULATIONS  CIVILES  LORSQUE  LEUR  GOUVERNEMENT  NE  PEUT  OU  NE VEUT  PAS  LE  FAIRE.  Il attend d’explorer le chemin d’une paix durable. Cette paix passe par le principe d’élections libres, transparentes, crédibles et apaisées. «  Au  travail,  peuple  congolais  !  »  Bâtissons  un  État  où  le  gouvernement  est  au  service  de  sa population.  Un  État  de  droit,  émergent,  capable  d’entraîner  un  développement  durable  et harmonieux, non seulement en RDC mais dans toute l’Afrique. Bâtissons un État où toutes les actions  politiques,  économiques  et  sociales  sont  centrées  sur  l’humain  et  où  la  dignité  des citoyens est restaurée. Vos Majestés, Distingués membres du Comité Nobel, Mesdames et Messieurs, Amis de la paix, Le défi est clair. Il est à notre portée. Pour les Sarah, pour les femmes, les hommes et les enfants du Congo, je vous lance un appel urgent  de  ne  pas  seulement  nous  remettre  le  Prix  Nobel  de  la  Paix  mais  de  vous  mettre debout et de dire ensemble et à haute voix : « La violence en RDC, c’est assez ! Trop c’est trop !  La paix maintenant ! »

 

Je vous remercie.

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AFRIQUE

RD CONGO – Delly Sesanga presse Félix Tshisekedi de renoncer à toute réforme ouvrant la voie à un troisième mandat

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À deux ans de la prochaine présidentielle en République démocratique du Congo, le débat autour de l’avenir institutionnel du pays prend une nouvelle tournure. Delly Sesanga, l’une des voix importantes de l’opposition congolaise, a appelé lundi le président Félix Tshisekedi à abandonner les initiatives de réforme constitutionnelle susceptibles de modifier les règles encadrant l’exercice du pouvoir présidentiel.

Le président du parti ENVOL et membre de la coalition C64 estime que les priorités nationales devraient se concentrer sur la sécurité et la situation sociale plutôt que sur une éventuelle modification de la Loi fondamentale. « Une nation en guerre ne devrait pas faire de la modification de la Constitution une priorité », a-t-il déclaré, dénonçant une démarche qu’il considère comme inopportune au regard de la situation du pays.

Élu en 2019 puis reconduit à la tête de l’État en 2023, Félix Tshisekedi est actuellement engagé dans son deuxième mandat. Selon les dispositions actuelles, celui-ci doit s’achever en 2028. Toute modification des règles constitutionnelles pourrait donc avoir d’importantes conséquences sur le calendrier politique et alimenter les inquiétudes de l’opposition quant à une éventuelle candidature supplémentaire du chef de l’État.

Le débat s’est intensifié après l’examen par le Parlement, dominé par la majorité présidentielle, de plusieurs initiatives touchant aux règles institutionnelles. Le chef de l’État a notamment renvoyé à l’Assemblée nationale, pour une nouvelle lecture, un texte destiné à modifier les conditions d’organisation des référendums. Le projet avait été validé auparavant par la Cour constitutionnelle, mais il fait l’objet de nombreuses critiques dans les rangs de l’opposition.

Pour Delly Sesanga, ce renvoi constitue certes un signal, mais ne suffit pas à dissiper les inquiétudes. L’opposant demande au président et à la majorité parlementaire de mettre définitivement un terme à cette démarche.

Affaiblie lors de la présidentielle de 2023, l’opposition congolaise cherche parallèlement à retrouver une capacité de mobilisation. La coalition C64 a ainsi annoncé une manifestation pour le 15 septembre, après avoir repoussé une première mobilisation prévue à la mi-août. Sesanga assure néanmoins que les différentes composantes de l’opposition restent unies autour des principales préoccupations de la population.

Pour l’opposant, les enjeux dépassent largement la seule question institutionnelle. Il cite notamment la pauvreté, l’insécurité et le chômage des jeunes comme les véritables urgences auxquelles les dirigeants doivent répondre.

La question constitutionnelle intervient surtout dans un contexte sécuritaire particulièrement lourd. Dans l’est du pays, les affrontements liés au M23 ont profondément bouleversé la situation politique et humanitaire. Le mouvement armé, soutenu par le Rwanda selon Kinshasa, contrôle d’importantes zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, deux provinces dont les capitales sont tombées sous son contrôle en janvier 2025.

Cette situation soulève déjà des interrogations sur la présidentielle de 2028. Une partie importante de l’électorat pourrait être privée de participation si les conditions de sécurité ne permettent pas l’organisation du scrutin dans ces territoires. Pour Sesanga, une présidentielle sans les électeurs du Nord-Kivu et du Sud-Kivu serait difficilement acceptable.

L’opposant souhaite également que le M23 soit associé à un dialogue national destiné à favoriser la paix et la réunification du territoire. Une proposition jusqu’ici rejetée par les autorités congolaises.

Dans le même temps, les efforts diplomatiques se poursuivent pour tenter de mettre fin au conflit. La Suisse a annoncé dimanche que Kinshasa et le M23 étaient parvenus à un accord sur une nouvelle feuille de route pour les négociations de paix. Cette initiative intervient alors que plusieurs précédentes tentatives de cessez-le-feu n’ont pas permis de mettre durablement fin aux affrontements.

À Kinshasa, le gouvernement avait par ailleurs annoncé à la mi-juillet la tenue d’un dialogue national, une revendication ancienne de l’opposition. Les modalités de ce rendez-vous restent toutefois à préciser. Entre crise sécuritaire, incertitudes électorales et débat constitutionnel, la RDC entre ainsi dans une période politique particulièrement sensible à l’approche de 2028.

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AFRIQUE

RD CONGO – Une mission déployée pour surveiller le fragile cessez-le-feu avec le M23

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Une mission régionale chargée de surveiller le fragile cessez-le-feu entre l’armée congolaise et le mouvement rebelle du M23 a été déployée lundi dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette initiative intervient alors que Kinshasa et le groupe armé continuent de s’accuser mutuellement de violations et d’exactions.

Le mécanisme de vérification a été déployé dans la province du Sud-Kivu, notamment à Minembwe, une zone fortement touchée par les affrontements ces derniers mois. Des hélicoptères des Nations unies ont assuré le transport des membres de la mission, selon des sources onusiennes et gouvernementales. Le dispositif associe des représentants du gouvernement congolais et du M23, ainsi que des observateurs issus des pays membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Il doit notamment contribuer à établir les faits en cas de signalement d’une violation du cessez-le-feu.

Un mécanisme attendu sur le terrain

La mission doit également se rendre à Uvira, dans le Sud-Kivu, ainsi que dans le territoire de Kalehe, où de nouveaux combats ont été signalés ces dernières semaines. Son déploiement intervient après de nouvelles discussions internationales visant à relancer le processus de paix. La RDC et le M23 avaient conclu en juillet 2025 à Doha un engagement en faveur d’un cessez-le-feu. Kinshasa et Kigali avaient ensuite signé, en décembre, un accord de paix négocié sous l’égide des États-Unis. Malgré ces engagements, les affrontements n’ont pas cessé dans plusieurs secteurs de l’est congolais. Les dernières négociations, organisées en Suisse du 17 au 21 août, ont permis aux parties de s’accorder sur une méthode commune pour documenter les éventuelles violations du cessez-le-feu. Elles ont également convenu de créer un mécanisme destiné à suivre la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre de l’accord de Doha.

Kinshasa et le M23 s’accusent mutuellement

La mise en place de ce dispositif intervient dans un climat particulièrement tendu. Le gouvernement congolais accuse le M23 d’avoir commis de graves violations des droits humains dans les zones sous son contrôle. Kinshasa affirme notamment que le groupe armé aurait tué plus de 300 personnes en juin et juillet. De son côté, le M23 accuse les forces gouvernementales d’avoir mené une attaque à l’artillerie contre un village situé près de Minembwe.Ces accusations croisées restent difficiles à vérifier de manière indépendante, notamment en raison de l’accès limité à plusieurs zones de conflit.

Un processus de paix encore fragile

L’est de la RDC demeure confronté à une succession de crises sécuritaires impliquant plusieurs groupes armés. La région, riche en ressources minières, est plongée dans les conflits depuis plusieurs décennies. Plusieurs initiatives diplomatiques ont tenté ces dernières années de mettre fin aux combats. Des discussions soutenues notamment par le Qatar, les États-Unis, la Suisse et l’Union africaine ont permis certaines avancées, notamment sur l’aide humanitaire et la libération de prisonniers.

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AFRIQUE

CAMEROUN – Après 73 jours d’absence, Paul Biya fait son grand retour à Yaoundé

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Après plus de deux mois d’absence, Paul Biya a regagné le Cameroun ce jeudi. Le président camerounais est arrivé à Yaoundé après avoir passé 73 jours hors du pays, une absence prolongée qui avait alimenté les interrogations sur son état de santé et suscité de nombreuses spéculations sur la gestion du pouvoir.

Âgé de 93 ans, le chef de l’État avait quitté le Cameroun le 7 juin dernier à destination de Genève, en Suisse. La présidence avait initialement présenté ce déplacement comme un séjour privé de courte durée. Mais son absence s’est finalement étendue sur plus de dix semaines, constituant l’un des plus longs séjours du président camerounais à l’étranger depuis son accession au pouvoir en 1982. À son arrivée à l’aéroport international de Yaoundé, Paul Biya a été accueilli par plusieurs dizaines de sympathisants. Le président n’a toutefois prononcé aucune déclaration devant la presse avant de quitter l’aéroport.

Cette longue absence avait progressivement pris une dimension politique. Des voix de l’opposition avaient dénoncé une situation susceptible d’affaiblir le fonctionnement des institutions, alors que le Cameroun reste dans l’attente de la formation d’un nouveau gouvernement. Le retour du président intervient également dans un contexte où les questions liées à la succession et à l’avenir politique du pays occupent une place croissante dans le débat public. Réélu en 2025 pour un huitième mandat, Paul Biya demeure à la tête du Cameroun depuis plus de quatre décennies.

Son retour à Yaoundé devrait permettre aux autorités de reprendre le cours normal des activités institutionnelles et de calmer, au moins temporairement, les spéculations nées de son absence prolongée. Il ne devrait toutefois pas mettre fin aux interrogations de fond sur la succession du chef de l’État, la transition politique et l’avenir du pouvoir camerounais. À 93 ans, Paul Biya reste ainsi au centre d’un paysage politique marqué par l’attente et les incertitudes autour de la prochaine étape de l’histoire politique du Cameroun.

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