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AFRIQUE DE L’OUEST

COTE D’IVOIRE : LAURENT GBAGBO, ex-président ivoirien: « j’accuse la France de Chirac et de Sarkozy » (Interview intégrale à Mediapart)

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L’ancien président de Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo, en détention provisoire depuis 2011 à la Cour pénale internationale à La Haye, affirme dans un entretien exclusif à Mediapart que la France de Jacques Chirac, puis de Nicolas Sarkozy, a systématiquement saboté sa présidence. Refusant une trop grande indépendance du pouvoir d’Abidjan, Paris n’a cessé d’œuvrer à son renversement.

La Haye (Pays-Bas), envoyée spéciale.– Les récentes mutineries de militaires en Côte d’Ivoire sont venues rappeler que le président Alassane Ouattara était arrivé au pouvoir, en 2011, en recourant aussi à des combattants mercenaires, dont certains avaient été engagés dès 2002 dans un coup d’État raté contre Laurent Gbagbo. Dans le processus qui a conduit Alassane Ouattara à être déclaré élu à la présidence ivoirienne, il y a eu un acteur majeur : la France. Pour beaucoup de citoyens d’Afrique francophone, son implication dans la crise politico-militaire qu’a traversée la Côte d’Ivoire de 2002 à 2011 est évidente, même si elle a toujours cherché à cacher ou à faire oublier son rôle.
Détenu depuis six ans à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI), Laurent Gbagbo est poursuivi pour « crimes contre l’humanité », des crimes qui auraient été commis en 2010 et 2011 : « meurtre, viol, autres actes inhumains ou – à titre subsidiaire – tentative de meurtre et persécution ». L’ancien président ivoirien a une vision très précise de cette responsabilité française. Il l’a récemment détaillée dans des circonstances singulières : il a accepté que je lui rende visite dans sa prison, le 15 mai 2017. À la fin de nos échanges, il a donné son accord pour l’utilisation dans un article de certains de ses propos, qu’un de ses proches, présent aussi ce 15 mai, a relus avant publication (lire la Boîte noire en pied de cet article).

Le contexte entourant cette visite était également particulier. Chaque nouvelle audience du procès ouvert contre l’ancien président en janvier 2016, il y a donc bientôt déjà un an et demi, montre que la thèse de l’accusation s’effondre. En outre, il est de plus en plus question pour lui d’une possible libération, en raison de sa santé fragile, de son âge – 72 ans – et surtout de la durée de sa détention provisoire, qui a dépassé les normes admises par la Cour européenne des droits de l’homme.

Lors de cette entrevue du 15 mai, Laurent Gbagbo, élu en 2000, a dit n’avoir aucun doute : la France a cherché, pendant toutes ses années à la présidence, à l’écarter du pouvoir. À l’époque, il l’avait déjà plusieurs fois laissé entendre. Peu après le départ de Jacques Chirac de la présidence française, en 2007, il avait par exemple déclaré : « Depuis que Jacques Chirac est parti, je dors d’un sommeil profond et je me réveille tranquillement, sans penser que la nuit on peut attiser des militaires à droite et à gauche. »
Aujourd’hui, il assure « avoir su depuis le début » que Paris était derrière la tentative du coup d’État du 19 septembre 2002. Lorsque cette opération armée, menée par des ex-soldats ivoiriens pro-Ouattara, a eu lieu, Laurent Gbagbo était en visite officielle en Italie, où il s’était entretenu avec le président du Conseil, Silvio Berlusconi. Ce dernier l’avait mis en garde, raconte-t-il : « Il m’a dit : “Ne fais pas confiance à Chirac, il te plantera un coup de couteau dans le dos.” La nuit suivante, la Côte d’Ivoire était attaquée. »

À l’époque, la ministre de la défense Michèle AlliotMarie avait refusé d’appliquer l’accord de défense liant la France à la Côte d’Ivoire et prévoyant l’intervention de l’armée française en cas d’agression extérieure contre la Côte d’Ivoire. Elle avait justifié cette décision en soutenant qu’il s’agissait d’un conflit entre Ivoiriens. Pourtant, les assaillants étaient partis du Burkina Faso, qui les avait appuyés sur le plan financier et logistique.
Par la suite, cette rébellion armée, qui a pris le nom de Forces nouvelles, a entretenu un état de guerre permanent et occupé 60 % du territoire ivoirien jusqu’en 2011, avec le soutien actif du président burkinabè Blaise Compaoré. Des militaires français n’ont jamais compris pourquoi le gouvernement français avait refusé d’aider l’armée ivoirienne à déloger cette rébellion, qui non seulement tenait la moitié du pays mais aussi y faisait régner la terreur. Une telle action militaire n’aurait pris que quelques jours.
Mais « cette décision politique de dire “Oui, on soutient le gouvernement Gbagbo, et on va rétablir la paix et la stabilité au nord de la zone de confiance” n’est jamais venue. […] La France a souscrit à cette partition du pays avec au nord les Forces nouvelles et au sud le gouvernement du président Laurent Gbagbo », a relevé en 2012 Georges Peillon, ancien porteparole de Licorne, opération militaire française en Côte d’Ivoire.
C’est parce qu’il était « de gauche » que le pouvoir français a tenté de le renverser, affirme aujourd’hui Laurent Gbagbo, qui a longtemps lutté pour la restauration du multipartisme en Côte d’Ivoire, obtenue en 1990. « Une partie de la droite [française], et surtout Villepin [qui est en 2002 secrétaire général de la présidence de la République avant de devenir ministre des affaires étrangères – ndlr], ne voulait pas que je sois président », dit-il, ajoutant : « Les Français m’ont toujours préféré dans l’opposition. »
« J’était trop indépendant »

L’ex-président précise que ses ennuis ont réellement commencé quand le socialiste Lionel Jospin a quitté ses fonctions de premier ministre en France et a été battu à l’élection présidentielle de mai 2002. C’est en effet seulement quelques mois plus tard qu’a eu lieu l’attaque du 19 septembre 2002. Si « la gauche » lui « a foutu la paix » au début, des cadres du Parti socialiste l’ont cependant fortement combattu par la suite. L’ex-ministre Henri Emmanuelli a été l’un des rares à être restés pour lui un fidèle ami, tout comme Guy Labertit, qui a été le « Monsieur Afrique » du Parti socialiste.

« J’étais trop indépendant » vis-à-vis de la France, avance aussi Laurent Gbagbo pour expliquer l’acharnement des autorités françaises contre lui. Il rappelle qu’il a dû un jour répondre à Chirac qu’il n’était pas un de ses sous-préfets. C’était en 2006 et il avait précisément déclaré : « Je ne suis pas président de la République pour travailler sous la dictée de quelqu’un. Je ne suis ni gouverneur, ni sous-préfet, ni préfet. Je suis un chef de l’État élu par son peuple. » Pour illustrer cet esprit d’indépendance qui aurait déplu à Paris, l’ex-chef d’État évoque plusieurs mesures, prises très vite après sa prise de fonctions, dont l’adoption d’un « budget sécurisé » : il s’agissait pour l’État ivoirien de ne compter que sur ses ressources propres pour se financer. La France et l’Union européenne avaient à ce moment-là suspendu leurs prêts à la Côte d’Ivoire, après le rejet de la candidature d’Alassane Ouattara, pour défaut de nationalité ivoirienne, à des élections législatives.

Les Français « voulaient nous étouffer. Avec le budget sécurisé, l’idée, c’était : on ne demande rien à personne. Bien sûr, si certains voulaient nous aider, nous acceptions. Mais il n’était pas question de réclamer quoi que ce soit », explique Laurent Gbagbo. Ce dernier a aussi cherché à équiper l’armée ivoirienne en s’adressant à d’autres pays que la France. « Lorsque je suis arrivé à la présidence, nous avions des officiers très bien formés, mais qui n’avaient pas d’outils de travail. Kadhafi – qui jouait sur plusieurs tableaux à la fois – nous a procuré cent kalachnikovs : elles ont été les premières armes de la police. Ensuite, je me suis adressé à Eduardo Dos Santos », président de l’Angola, qui a lui aussi accepté de fournir des armes à la Côte d’Ivoire. Mais « si on se passe des Français, c’est comme si on les agresse. Pour eux, c’est la France qui doit dicter la voie à suivre à la Côte d’Ivoire », constate l’ancien chef de l’État. « J’ai pensé que les réformes que je voulais engager auraient amené les Français à dire : “C’est un homme d’État, laissons le travailler.” » Seulement, Paris voulait qu’Alassane Ouattara, au profil plus conciliant, arrive au pouvoir. Les Français « ont imposé Ouattara en 1989 à Houphouët-Boigny [président de la Côte d’Ivoire de 1960 à 1993 – ndlr]. L’objectif, dès cette époque, c’était de l’amener à la présidence », analyse Laurent Gbagbo. Allié fidèle des Français en Afrique de l’Ouest, Blaise Compaoré a soutenu ce projet : « Compaoré m’a dit : “Tu es mon ami, mais il faut Ouattara comme président.” » Blaise Compaoré « a toujours agi pour le compte de la France », selon l’ex-chef d’État. C’est d’ailleurs l’armée française qui a exfiltré Blaise Compaoré du Burkina Faso, fin 2015, alors qu’il était menacé par un important mouvement de contestation.

Début 2003, la France a poussé la Côte d’Ivoire à signer l’accord dit de Linas-Marcoussis, qui a enlevé à Gbagbo une partie de ses prérogatives présidentielles et l’a obligé, notamment, à faire entrer des représentants des Forces nouvelles dans le gouvernement. « Je me suis retrouvé avec des ministres totalement illettrés, qui ne savaient ni lire ni écrire ! », se souvient-il. Le président a fait par la suite de nombreuses concessions à ses adversaires, acceptant par exemple que l’opposition politique et armée devienne majoritaire au sein de la « commission électorale indépendante » chargée d’organiser les élections.

En novembre 2004, les relations entre la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo et la France de Jacques Chirac se sont considérablement détériorées. Le 6 novembre a eu lieu ce qu’on appelle aujourd’hui le « bombardement de Bouaké » : des avions ivoiriens pilotés par des Biélorusses ont tué neuf soldats français, à Bouaké. Chirac a aussitôt accusé son homologue ivoirien d’avoir été le donneur d’ordre. Ce dernier a nié toute responsabilité, sans être cru.

Trois jours plus tard, le 9 novembre, dans un contexte de grande confusion et après ce qui a ressemblé à un nouveau coup d’État raté, l’armée française a tiré sur une foule de manifestants non armés devant l’hôtel Ivoire, à Abidjan, tuant plusieurs dizaines de personnes. L’État ivoirien n’a jamais porté plainte à propos de cette fusillade, contre l’avis de collaborateurs de Laurent Gbagbo. Ce dernier dit aujourd’hui avoir plutôt « compté sur le temps pour que les gens y voient plus clair ».

Peut-être ce moment est-il arrivé : ces dernières années, l’enquête de la justice française sur le bombardement de Bouaké s’est orientée vers l’hypothèse d’une implication voire d’une responsabilité française. Début 2016, la juge chargée de l’enquête, Sabine Kheris, a ainsi demandé que les anciens ministres Dominique de Villepin, Michel Barnier, Michèle Alliot-Marie soient renvoyés devant la Cour de justice. Laurent Gbagbo se réjouit d’avoir pu être entendu par la magistrate, venue spécialement à La Haye, et d’avoir pu aussi rencontrer l’avocat des familles des soldats français, lui aussi persuadé de son innocence.

« Je ne suis pas en prison. Je suis otage »

En 2007, Laurent Gbagbo a conclu un nouvel accord de paix avec le chef des Forces nouvelles, Guillaume Soro. L’élection présidentielle qui devait avoir lieu peu après a cependant été plusieurs fois retardée. Laurent Gbagbo a été accusé de chercher à repousser au maximum cette échéance pour se maintenir au pouvoir. Les pressions politiques, venues essentiellement de Paris, ont fini par faire oublier que les rebelles n’ont jamais respecté les différents accords signés, dont celui de Linas-Marcoussis, qui fixaient leur désarmement comme préalable à l’organisation de la présidentielle. Les Forces nouvelles ont toujours refusé de se séparer de leurs armes.

Le scrutin a finalement été programmé pour la fin de l’année 2010. Nicolas Sarkozy, ami d’Alassane Ouattara, était alors président de la France depuis 2007. Laurent Gbagbo a vite vu que les choses allaient mal tourner : « J’ai compris que Sarkozy voulait utiliser les élections comme prétexte. On nous a par exemple imposé l’entreprise Sagem » pour assurer une grande partie des opérations techniques liées à l’organisation du vote. L’Élysée a en effet fortement insisté pour que Sagem Sécurité, société française, soit choisie par le gouvernement ivoirien. Ensuite, « Sarkozy a répété à Ouattara : “Tu vas gagner.” Puis ils ont levé des mercenaires dans la sous-région en leur promettant que s’ils arrivaient à enlever Gbagbo, ils auraient 12 millions de francs CFA chacun ». La crise éclate début décembre 2010, après le second tour de la présidentielle. À l’issue d’un processus douteux, la commission électorale indépendante annonce des résultats provisoires donnant Alassane Ouattara victorieux, avec plus de 54 % des suffrages. Mais le Conseil constitutionnel décide, le lendemain, d’annuler pour fraudes massives les résultats dans sept départements du Nord, sous contrôle rebelle depuis 2002. Et il proclame la victoire de Laurent Gbagbo avec 51,45 % des suffrages, contre 48,55 % à son rival. Le représentant de la mission des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) et la communauté internationale, dont la France, prennent le parti d’Alassane Ouattara. Dès lors, le conflit est inéluctable.

Auparavant, Laurent Gbagbo avait plusieurs fois signifié son souhait de voir l’armée française quitter la Côte d’Ivoire, où elle dispose d’une importante base. Il l’avait en particulier fait savoir à une délégation envoyée par Nicolas Sarkozy à Abidjan pour revoir l’accord de défense liant les deux pays. Il se souvient avoir déclaré : « Cette ère [de présence militaire française en Côte d’Ivoire] est finie. » « J’ai cru que la sagesse l’emporterait. Je ne pensais pas qu’ils iraient jusqu’à bousiller le pays », commente aujourd’hui l’ancien président.

Pendant les cinq mois de crise postélectorale de 2010-2011, l’escalade des violences fait officiellement trois mille morts dans le pays. Face aux combattants de Ouattara, Laurent Gbagbo s’appuie sur les forces de défense et de sécurité, elles-mêmes soutenues par des groupes d’autodéfense (notamment dans l’Ouest), mais aussi sur le mouvement dit des « Jeunes patriotes »de Charles Blé Goudé, fidèle devenu ministre et jugé aujourd’hui dans le même procès que lui à La Haye. Mais la France, allant au-delà du cadre d’une résolution de l’ONU dans lequel elle était censée agir, a fait un usage inédit de la force, qui a stupéfié beaucoup d’Ivoiriens : début avril 2011, des hélicoptères français ont pilonné pendant plusieurs jours la résidence officielle du chef de l’État ivoirien, où ce dernier se trouvait avec ses enfants, ses petits enfants et des dizaines de collaborateurs. Plusieurs de ces derniers restent aujourd’hui persuadés que l’intention des Français était d’éliminer physiquement Laurent Gbagbo. Le 11 avril 2011, après une dernière nuit d’intenses bombardements, une opération au sol menée par l’armée française a abouti à son arrestation. La résidence était alors en feu et en ruine. Ailleurs dans le pays, l’armée française a aussi joué un rôle important auprès des troupes levées par Alassane Ouattara pour prendre le contrôle de l’ensemble du territoire – avec, à la clé, la perpétration de massacres.

Six ans après, Laurent Gbagbo est donc toujours en détention provisoire. Il a d’abord passé huit mois dans le nord de la Côte d’Ivoire, dans des conditions éprouvantes et en dehors de tout cadre légal. Il est depuis novembre 2011 au centre de détention de Scheveningen de la CPI, à La Haye. Comme les six autres prisonniers (tous africains) de la CPI, il est détenu dans une cellule de 10 m2 et est soumis à des contrôles stricts. Il n’a pas vraiment été surpris de se retrouver là : depuis 2003, ses adversaires le menaçaient de l’amener devant la justice internationale, rappelle-t-il. Blaise Compaoré avait en effet déclaré en marge des « négociations » de Linas-Marcoussis, en janvier 2003 : « Gbagbo finira comme Milosevic, c’est-à-dire devant le Tribunal pénal international. » Quelques semaines après, en février 2003, Chirac avait repris la menace. Nicolas Sarkozy a fait de même en 2010, tout au début de la crise postélectorale. « Je ne suis pas en prison. Je suis otage », estime Laurent Gbagbo. « Je suis là pour permettre à Ouattara d’être à la présidence » et aux Français de continuer à avoir la mainmise sur la Côte d’Ivoire, assure-t-il. Il n’en revient pas que Alassane Ouattara ait été obligé de faire appel à des aides extérieures pour assurer le fonctionnement de l’État ces dernières années. « J’ai toujours payé les fonctionnaires. L’État ivoirien a largement les moyens de fonctionner », affirme-t-il. Il le répète : « Pour qu’il y ait développement, il faut résoudre le problème de l’indépendance » des pays d’Afrique francophone. Aujourd’hui, « deux points fondamentaux bloquent cette indépendance : la défense et la monnaie. L’armée française maintient son assise sur nous », et la monnaie, le franc CFA, reste contrôlée par la France, détaille Laurent Gbagbo.

Il confie avoir cherché le moyen de quitter la zone franc, mais « il ne fallait pas faire sortir la Côte d’Ivoire seule, sinon [le pays] se serait fait attaquer aux frontières ». C’est ce qui était arrivé à la Guinée, en 1960 : deux ans après avoir obtenu son indépendance, elle avait créé sa banque centrale et sa monnaie, le franc guinéen. Mais lorsque ce dernier avait été mis en circulation, les services secrets français avaient injecté de la fausse monnaie dans l’économie du pays, la faisant plonger aussitôt durablement. Dans les années 2000, Laurent Gbagbo s’est rendu compte que les autres dirigeants des pays d’Afrique francophone n’étaient pas prêts à envisager un départ de la zone franc (lire ici notre série sur le franc CFA).

Pour comprendre ce qu’est la Françafrique, « il faut lire le chapitre 12 du texte originel de la Constitution de 1958 », insiste Laurent Gbagbo, pour qui « les Français continuent leur politique coloniale ». Selon ce chapitre qui porte sur la « communauté », c’est la France qui définit et conduit la politique étrangère de ses colonies, ainsi que leur défense, leur monnaie, leur politique économique et financière, leur politique des matières premières stratégiques, leur justice, leur enseignement supérieur, leur organisation générale des transports extérieurs et communs, ainsi que des télécommunications. Pour l’ancien président ivoirien, « c’est là qu’est l’esprit de la Françafrique ». Et gare à celui qui ne le respecte pas. « J’étais condamné à être attaqué… », dit l’ancien président ivoirien.

Boite noire
Après avoir fait une demande de visite auprès de la CPI, je suis allée voir Laurent Gbagbo le 15 mai 2017 au pénitencier de la CPI à La Haye. L’ancien président, que je n’avais jamais rencontré auparavant, a accepté de me recevoir en tant qu’auteure du livre France Côte d’Ivoire, une histoire tronquée (Vents d’ailleurs, 2015). À la fin de notre entrevue, il m’a donné son accord pour que j’utilise, pour un article, certains des propos qu’il avait tenus au cours de nos trois heures d’échanges. Selon notre accord, j’ai fait relire, avant publication, à l’un de ses proches présent aussi ce 15 mai les passages que j’avais sélectionnés.

Lorsque l’on fait une demande de visite à la CPI, l’on s’engage préalablement à « ne révéler aucune information aux médias ». Le public a pourtant le droit de savoir ce qui se passe derrière les barreaux du centre de détention de la CPI, cette dernière étant financée par ses États membres, donc par de l’argent public. La France est ainsi le troisième pays qui contribue le plus (après le Japon et l’Allemagne) à son budget, qui a été fixé à 144 587 300 euros pour 2017.

Une fois à la prison de la CPI, où sont actuellement détenues six personnes, il faut franchir plusieurs portes et dispositifs de sécurité. Les consignes : ne rien avoir dans ses poches, hormis quelques pièces de monnaie pour pouvoir éventuellement utiliser un distributeur de boissons, installé dans l’une des salles où se font les visites. Les prisonniers, eux, ne disposent au quotidien que de petits montants pour l’achat de leurs produits tropicaux et pour des appels téléphoniques à leurs proches. La salle où Laurent Gbagbo a été autorisé à me recevoir est un petit réfectoire, où sont installés des canapés, un évier et le fameux distributeur de boissons. J’ai pu aussi apercevoir l’ancien ministre de Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, incarcéré depuis mars 2014 et jugé dans le même procès que lui, ainsi que l’Ougandais Dominic Ongwen, en détention depuis janvier 2015 et jugé depuis fin 2016.

Source : Médiapart / Par Fanny Pigeaud / 07/05/2017

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AFRIQUE

CÔTE D’IVOIRE – Un navire-hôpital chinois offre des soins gratuits à Abidjan

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Un navire-hôpital de la marine chinoise a accosté au port d’Abidjan avec 376 membres d’équipage pour mener une opération médicale gratuite au profit des populations ivoiriennes. Baptisé « L’Arche de bon augure », le bâtiment propose des consultations, des examens médicaux et la distribution de médicaments jusqu’au 21 octobre, dans le cadre d’une mission humanitaire et de coopération sanitaire.

Cette campagne couvre 17 spécialités médicales, notamment la cardiologie, la diabétologie, la néphrologie, la neurologie, la pédiatrie, la gynécologie-obstétrique, l’ophtalmologie, la chirurgie générale et la médecine chinoise. Les équipes à bord ambitionnent de recevoir environ 600 patients quotidiennement afin de répondre aux besoins sanitaires des populations.

En amont de cette opération, les personnes intéressées avaient été invitées à s’inscrire entre le 1er et le 30 septembre auprès de plusieurs structures de santé, dont l’Hôpital militaire d’Abidjan et des centres médicaux relevant des forces de sécurité ivoiriennes.

Les premiers bénéficiaires saluent la qualité de l’accueil et des équipements disponibles à bord. Kassoum Azoumana, venu effectuer plusieurs examens, explique avoir découvert l’initiative avant de décider d’en profiter. Il se dit particulièrement impressionné par la disponibilité du personnel médical et par la qualité du matériel utilisé.

Au-delà des consultations, cette mission permet également de détecter certaines pathologies nécessitant une prise en charge complémentaire. Sonian Magouba, l’un des patients reçus par les équipes chinoises, a ainsi appris qu’il souffrait d’une cataracte. Toutefois, son hypertension artérielle ne lui permet pas, dans l’immédiat, de subir une intervention chirurgicale. Il devra d’abord retourner auprès de son médecin traitant afin de stabiliser sa tension et d’envisager la suite de son traitement.

L’opération est organisée par l’Association des ressortissants chinois en Côte d’Ivoire, en collaboration avec la marine chinoise. Elle s’inscrit dans la dynamique de coopération entre Abidjan et Pékin, notamment dans le secteur de la santé, où les initiatives médicales constituent un levier de rapprochement entre les deux pays.

Pour les responsables ivoiriens, cette escale illustre également le rôle de la diplomatie navale dans le renforcement des relations avec les États africains. Le vice-amiral Célestin N’guessan Kouame, chef d’état-major de la marine ivoirienne, souligne que ces missions permettent de mettre en avant une dimension humanitaire de la présence maritime chinoise dans le golfe de Guinée, au-delà des seules activités militaires.

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MALI – Après un décès lors d’un contrôle, des violences secouent une localité de Koulikoro

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La tension est montée d’un cran dans une localité de la région de Koulikoro, au Mali, après la mort par balle d’un jeune homme employé comme gardien sur un site d’orpaillage. Le drame, survenu dans la soirée du dimanche 11 octobre 2026, a provoqué le lendemain des manifestations qui ont dégénéré en violences, selon plusieurs sources locales citées par Radio France internationale (RFI).

D’après les témoignages recueillis auprès de notables, de ressortissants de la zone et de spécialistes du suivi sécuritaire, la victime, âgée d’une trentaine d’années, circulait à moto avec une passagère alors qu’elle se rendait à son lieu de travail. Des policiers auraient tenté de procéder à un contrôle. Certaines sources évoquent un différend lié à la vignette du véhicule.

Le conducteur aurait refusé de s’arrêter, entraînant une escalade de la situation. Les agents auraient alors ouvert le feu, touchant mortellement le jeune homme. Sa passagère, blessée au cours de l’incident, a été évacuée vers Bamako pour recevoir des soins. Les circonstances précises de l’intervention policière n’ont pas encore été officiellement établies.

Le lendemain, lundi 12 octobre, la colère d’une partie de la population s’est exprimée dans la rue. Des manifestants ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une nouvelle bavure policière. Des groupes ont parcouru les rues, incendié des objets et perturbé les activités habituelles. Le marché hebdomadaire n’a pas pu se tenir et plusieurs commerçants ont préféré fermer leurs boutiques.

Face aux protestations, les forces de police sont intervenues et auraient procédé à des tirs de sommation. Plusieurs sources font état de blessés parmi les personnes présentes. Certaines évoquent également un second décès et de nombreuses interpellations, mais ces informations n’ont pas pu être confirmées de manière indépendante.

Cet épisode intervient quelques jours après un autre drame survenu le dimanche 4 octobre à Dialakorodji, près de Kati, dans la région de Koulikoro. Un homme y avait perdu la vie après avoir été renversé par un véhicule de police, dans des circonstances liées, selon les informations rapportées, à un refus d’obtempérer alors qu’il circulait dans un cortège de mariage.

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CÔTE D’IVOIRE – Affaire Sébastien Dano Djédjé : L’opposant placé sous contrôle judiciaire

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Sébastien Dano Djédjé, président du Conseil stratégique et politique du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), fondé par l’ancien chef de l’État Laurent Gbagbo, fait désormais l’objet d’une procédure judiciaire portant sur plusieurs chefs d’accusation. Entendu le lundi 12 octobre 2026 par les autorités judiciaires à Abidjan, l’opposant a été mis en examen pour environ 17 infractions présumées, parmi lesquelles figurent notamment le meurtre et l’atteinte à la sûreté de l’État. À l’issue de son audition, il a été placé sous contrôle judiciaire.

L’information a été communiquée par son avocate, Me Roselyne Serikpa, à l’Agence France-Presse (AFP). Selon la défense, l’ancien ministre avait été convoqué devant les autorités judiciaires dans le cadre d’une procédure conduite par la section antiterroriste. Les charges évoquées comprennent également le vol, la destruction de biens publics et la participation à une manifestation interdite.

D’après son conseil, une partie des faits reprochés serait liée aux violences survenues pendant la période de l’élection présidentielle d’octobre 2025. L’avocate a toutefois indiqué ne pas disposer de précisions supplémentaires sur l’ensemble des éléments retenus contre son client.

Le contrôle judiciaire auquel Sébastien Dano Djédjé est soumis comporte notamment des restrictions concernant ses déplacements à l’étranger. Il ne peut quitter le territoire ivoirien sans l’autorisation des autorités compétentes. Son avocate conteste les conditions de la procédure et dénonce ce qu’elle considère comme une violation des règles applicables aux anciens membres du gouvernement.

Sollicité par l’AFP, le procureur de la République, Oumar Braman Koné, n’avait pas réagi dans l’immédiat aux déclarations de la défense.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte de procédures judiciaires visant plusieurs responsables du PPA-CI. À la mi-septembre, Justin Koné Katinan, vice-président du parti, avait été placé en détention provisoire après l’ouverture d’une information judiciaire portant notamment sur des accusations liées aux troubles de la période électorale de 2025. Damana Pickass, autre cadre important de la formation politique, est également détenu depuis novembre dans un dossier comportant des accusations d’actes terroristes.

Au cours des derniers mois, plusieurs dizaines de militants et de responsables de l’opposition ont été arrêtés ou placés en détention, certains ayant depuis recouvré la liberté. Les autorités ivoiriennes soutiennent, pour leur part, que les procédures engagées ne sont pas motivées par l’appartenance politique des personnes concernées.

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