CULTURE
SENEGAL : Ashley Mayer, la plus sénégalaise des américaines.
Quand on est née aux Etats-Unis, être américaine de naissance et être amoureuse du Sénégal, le pays de la Téranga, il faut s’appeler Ashley Mayer. Ashley Mayer est notre toubab nationale, elle sait préparer du thieb-djeun, elle sait faire des boules avec la main pour manger son thieb, bien sûr ! Elle sait danser le ventilateur, plus encore, elle sait aussi danser le mbalakh. Elle porte des « dial-dialy », manie la langue de Lat Dior avec art et chante comme une griotte traditionnelle. Pour tout vous dire, c’est une sénégalais incarnée. Rencontre avec cette artiste qui sait mélanger l’Amérique et le Sénégal dans une même entité .
Comment êtes-vous arrivée à la musique et la chanson ?
Je chantais depuis toujours. Lorsque j’étais plus jeune, j’ai gagné de nombreuses compétitions, remporté de nombreux prix et bourses grâce à mon chant et les gens m’ont souvent dit que Dieu m’avait accordé un talent particulier. J’ai chanté divers genres de musique, du classique au jazz. À l’université j’ai découvert la musique africaine en entendant accidentellement le résonnement de tambours Ewe du Ghana émanant d’une salle de classe de la section musique. Sur le pas de cette porte, j’ai eu l’impression d’être trans-figurée. Mon corps entier s’est allumé comme une ampoule et j’ai compris que je venais de trouver ma vocation. J’ai pris des cours pendant deux ans avec le grand joueur de tambours CK Ladzekpo. Lorsque j’ai fini mes études universitaires en Californie, j’ai déménagé à Londres, à la recherche de musique africaine et ai depuis continué à collaborer avec des musiciens, danseurs et percussionnistes africains. J’étais sous le label Virgin pour mes deux premiers albums et ai récemment enregistré mon cinquième opus « Amina) – réalisé par André Manga, à Dakar (Sénégal) avec Les Super Étoiles et à Los Angeles avec de merveilleux musiciens de world et jazz. Alors que ma recherche d’un joli langage collaboratif entre des mélodies occidentales, des paroles en anglais et la musique ouest-africaine a été ma passion pendant plus de vingt ans, avec le temps je me suis focalisée tout particulièrement sur la musique mbalax du Sénégal.
Comment vous définissez-vous en tant qu’artiste ?
Il est plus facile de dire tout simplement, “Je suis une artiste” et de laisser cette phrase englober les différentes facettes de ce que je fais. Bien que je sois avant tout une chanteuse, j’écris aussi mes propres chansons, compose pour d’autres artistes et danse le sabar. À cause de mes collaborations avec Youssou N’Dour (j’ai co-écrit sa chanson Boul Bayekou et dansé pour lui à Sorano et Bercy en 2008), beaucoup de sénégalais dans le monde entier me connaissent en tant que danseuse, ce qui me fait sourire. J’ai eu l’énorme chance de pouvoir apprendre avec d’excellents professeurs sénégalais tels que Mareme Faye (djembé) et Aziz Faye (sabar) pendant de nombreuses années. Cependant, mon principal mode d’expression artistique est le chant.En fin de compte, mon rêve est de créer des spectacles qui reflètent ma voix, mes chansons, la connexion de la musique avec le mbalax et la danse sabar. J’ai maintenant des musiciens à Londres, Paris, Los Angeles, Paris, Montréal, New York et Dakar et voudrais en particulier faire une tournée avec mon groupe sénégalais. Lorsqu’ils jouent mes morceaux mbalax, j’ai envie de m’évanouir de joie. Il y a tellement de talent digne de la scène internationale à Dakar.
Pour vous c’est quoi une bonne musique ?
La “bonne musique” est quelque chose de différent pour chacun. J’aime à quel point ceci est subjectif. Chaque personne a ses préférences et aversions individuelles et la musique préférée de l’un peut rendre l’autre fou. Comme beaucoup de person-nes aujourd’hui, je suis éclectique. J’aime tout du classique à la pop, du jazz à la folk, du hip hop à la musique africaine, mais ma passion est le mbalax. Il y a une complexité rythmique, une fougue et une beauté dans le mbalax qui me donnent de l’énergie, de l’inspiration et de la JOIE. Youssou N’Dour et les Super Étoiles sont mon groupe préféré depuis plus de vingt ans. Ils sont un mélange magique de musiciens. La voix de Youssou et son oreille pour des mélodies irrésistibles, le tama bouillonnant d’Assane Thiam, la brilliance musicale de Habib Faye, le jeu coloré et vif de Jimi Mbaye, l’humour et la fougue de Mbaye Dieye Faye, les arrangements frénétiques de Ibou Cissé au clavier, Pape Ngom – guitare rythmique constante, Abdoulaye Lô maîtrisant la batterie avec une telle finesse, et le dialogue entre eux tous. Il est incroyable de penser à quel point j’adore leur musique alors que je ne saisis pas leurs mots. Je suis impatiente d’apprendre le wolof pour pouvoir comprendre cette partie aussi !
Comment s’est faite votre rencontre avec le Sénégal?
J’ai rencontré Youssou pour la première fois à Paris en 1998 alors qu’il enregistrait The Lion. Nous avons partagé la même maison de disque (Virgin) et j’ai eu le même manager que lui Peter Gabriel. Après cela, les années ont passé et nos chemins se sont croisés plusieurs fois. J’ai co-écrit une chanson appelée “Boul Bayekou” pour son album Alsaama Day en 2007. Cette même année j’ai fait une surprise au groupe en performant un solo de danse sabar pendant leur concert à Los Angeles. Youssou m’a alors généreusement fait venir à Dakar pour répéter avec ses danseurs pendant deux semaines et j’ai dansé pour ses concerts à Sorano et Bercy en 2008. Plus tard, cette année, j’ai passé un mois chez Jimi Mbaye où nous avons enregistré mon 5ème CD, AMINA, avec Jimi, Assane, Abdoulaye Lo, Thio Mbaye, et Birame Dieng. Il a été réalisé par bassiste camerounais André Manga, et peaufiné ici à Los Angeles. Depuis lors, j’ai voyagé à Dakar plusieurs fois pour tourner des vidéos et faire des spectacles. J’y ai à présent un groupe de musiciens merveilleux et espère les emmener en Europe pour faire quelques concerts lors de festivals. Il y a tellement de talent au Sénégal…. Senegal dieum kanam! (Sénégal en avant ! )
Pourquoi en tant qu’américaine, c’est important pour vous de chanter en Wolof ?
Chaque fois que je suis au Sénégal, je suis impressionnée par la fierté des sénégalais envers leur culture, malgré le fait que les médias internationaux les bombarde continuellement avec des images et messages leur disant qu’ils sont marginaux. Les informations et feuilletons télévisés reflètent un monde qui est matériellement plus riche que le leur et promeut l’idée que tout est mieux Là-Bas. Je me rappelle avoir pleuré un jour à Médina en voyant des jeunes filles sénégalaises contempler une vidéo de Beyoncé. La peau de Beyoncé était éclairée de manière à faire apparaître sa peau plus claire qu’elle ne l’est en réalité et son tissage était blond et lisse. Il s’agit de problèmes trop compliqués pour être abordés ici mais j’aime le fait que, malgré toutes ces images, les sénégalais s’estiment et s’aiment beaucoup. L’amour qu’ils portent à leur culture, leur beauté, leur langue, humour, familles et traditions. Ceci a beaucoup de pouvoir et est capital. Alors que la plupart de ma musique est en anglais, je suis impatiente de pouvoir chanter plus souvent en wolof. Non seulement parce que, comme l’italien, c’est une belle et riche langue qui “a un goût agréable dans la bouche”, mais aussi pour offrir une alternative contre le modèle Occident-Comme-Culture-Dominante. Pourquoi ne pas dessiner la carte du monde avec l’Afrique au centre pour une fois ?
Quels thèmes abordez-vous dans vos chansons ?
Mes chansons sont comme des histoires… j’ai hérité cela de la tradition narrative du côté irlandais/anglais de la famille de mon père. Bien que certaines parlent directement d’une émotion ou croyance, la plupart raconte une histoire qui à son tour illumine une leçon personnelle apprise ou un voyage spirituel.

BEAUTÉ
FRANCE – Raïssa Dora : Du combat contre le SOPK à la création d’une marque dédiée au bien-être féminin
Diagnostiquée à l’âge de 12 ans d’un syndrome des ovaires polykystiques, Raïssa Dora a longtemps dû composer avec des douleurs menstruelles invalidantes, une prise de poids, une forte pilosité et une perte de cheveux. Cette Française d’origine camerounaise a puisé dans son expérience personnelle la force de créer une marque consacrée au bien-être des femmes. Aujourd’hui, son entreprise revendique plus de 30 000 commandes et porte un message essentiel : écouter son corps, consulter et ne jamais banaliser sa souffrance.

Derrière la cheffe d’entreprise se trouve d’abord une jeune femme joyeuse, curieuse et passionnée par les voyages, la lecture et les rencontres. Pourtant, une épreuve survenue au début de son adolescence a profondément influencé son parcours. À 12 ans, alors qu’elle vient d’avoir ses premières règles, son cycle s’interrompt brutalement. Sa mère, elle-même atteinte du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), l’emmène consulter un gynécologue. Le diagnostic est posé. Malgré son jeune âge, Raïssa Dora comprend rapidement que ce syndrome hormonal pourra avoir des répercussions sur sa future vie de femme.
Des symptômes apparus progressivement
Les premières manifestations du SOPK se traduisent par de très fortes douleurs menstruelles. Pendant les trois premiers jours de ses règles, la jeune fille peine parfois à sortir de son lit et à se rendre à l’école. En grandissant, d’autres symptômes apparaissent : une pilosité de plus en plus importante, une fatigue inexpliquée, une prise de poids malgré une activité sportive régulière, puis une perte de cheveux au niveau des tempes et du milieu du crâne. Une consultation auprès d’un endocrinologue révèle également une hyperandrogénie, c’est-à-dire un excès d’hormones androgènes. Celle-ci permet notamment d’expliquer certains changements corporels, comme la pilosité, la chute des cheveux ou encore une prise de masse musculaire très rapide. « J’ai grandi avec cette sensation d’être différente des autres femmes », confie-t-elle. À l’école, elle parvient encore à gérer certaines absences. Mais son entrée dans la vie professionnelle rend la situation plus délicate. Comment expliquer à son responsable que les douleurs sont parfois si fortes qu’elles l’empêchent de se lever ? Avec une responsable femme, la parole lui semble généralement plus facile. Face à un manager homme, elle éprouve parfois le sentiment de devoir exposer une partie extrêmement intime de sa vie. Désireuse de faire ses preuves, elle préfère d’abord se cacher et inventer des excuses pour justifier certaines absences. Jusqu’au jour où elle décide de ne plus avoir honte. Lorsqu’elle rejoint une nouvelle entreprise, elle choisit désormais d’expliquer clairement qu’elle souffre du SOPK et que ce syndrome peut provoquer des douleurs menstruelles particulièrement invalidantes. Cette situation l’amènera également à privilégier, lorsque cela est possible, des emplois autorisant le télétravail.

Chercher des solutions pour améliorer son quotidien
Refusant de subir ses symptômes sans tenter de mieux les comprendre, Raïssa Dora commence à effectuer ses propres recherches. Elle s’intéresse notamment à certaines plantes traditionnellement utilisées pour le confort menstruel, comme les feuilles de framboisier ou la cannelle. Elle prépare alors ses propres mélanges et modifie progressivement certaines habitudes, notamment en réduisant sa consommation de sucre à l’approche de ses règles. Elle affirme avoir constaté une diminution progressive de la durée de ses douleurs. Cette expérience fait naître une interrogation : pourquoi les femmes souffrant du SOPK se voient-elles souvent proposer une réponse identique alors que leurs symptômes et leurs besoins peuvent être très différents ? Raïssa Dora précise toutefois que les changements alimentaires, la micronutrition ou les compléments alimentaires ne doivent pas remplacer une prise en charge médicale. Chaque femme doit bénéficier d’un accompagnement adapté à sa situation et éviter l’automédication.
D’un témoignage personnel à un projet entrepreneurial
Au départ, sa démarche n’a aucune ambition commerciale. En créant ses réseaux sociaux, Raïssa Dora souhaite simplement ouvrir une sorte de journal personnel dans lequel elle pourrait raconter son quotidien : celui d’une jeune femme confrontée aux douleurs, à la pilosité et aux transformations de son corps. Elle découvre rapidement que son histoire fait écho à celle de nombreuses femmes. En France, les témoignages autour du SOPK sont encore peu visibles, notamment chez les femmes noires. Au cours de ses recherches, elle trouve davantage de contenus provenant des États-Unis que de récits auxquels les femmes françaises pourraient facilement s’identifier. « Je me suis dit que je pouvais peut-être être l’une de celles qui allaient prendre la parole », raconte-t-elle. Son expérience personnelle devient alors le point de départ d’un projet entrepreneurial. Elle contacte plusieurs laboratoires afin d’étudier la possibilité de développer un premier complément alimentaire. Elle ne dispose pas de moyens considérables ni d’une grande structure pour la soutenir. Son principal argument reste son propre parcours. Plusieurs laboratoires refusent sa proposition. L’un d’eux, touché par son histoire, accepte finalement de l’accompagner dans la conception de son premier produit.

Une voiture vendue pour financer son premier produit
Créer un complément alimentaire nécessite de définir un objectif, de travailler sur une formule, de sélectionner les matières premières et d’effectuer différents contrôles de qualité, de pureté et de conformité. Le produit doit également respecter la réglementation avant sa mise sur le marché. Pour financer cette première production, les économies de Raïssa Dora ne suffisent pas. Elle prend alors une décision importante : vendre sa voiture. Le montant de la vente correspond, à l’euro près, à la somme qui lui manque pour lancer son premier complément alimentaire. « J’ai appelé ma mère en tremblant. Je lui ai dit : “Maman, devine combien vaut ma voiture ? C’est exactement le prix dont j’ai besoin !” » Après avoir effectué le virement, son compte bancaire se retrouve presque à zéro. Elle a tout misé sur son projet. « Finalement, cela a été l’une des meilleures décisions de ma vie », estime-t-elle aujourd’hui. L’entrepreneuriat ne lui était cependant pas totalement étranger. Raïssa Dora avait créé sa première entreprise dès 2016. Son entourage la connaissait déjà comme une femme entreprenante, toujours prête à imaginer de nouveaux projets. Mais la santé et le bien-être des femmes représentent la première cause pour laquelle elle accepte de s’exposer personnellement et de parler sans tabou.
Le SOPK ne se résume pas à la fertilité
À travers sa prise de parole, Raïssa Dora souhaite surtout déconstruire une idée reçue : le syndrome des ovaires polykystiques ne concerne pas uniquement les ovaires ou la possibilité d’avoir un enfant. Certaines femmes souffrent d’acné, d’une prise de poids difficile à maîtriser, de troubles du sommeil ou de l’humeur. D’autres vivent très difficilement la pilosité ou la perte de leurs cheveux. Toutes ne souhaitent d’ailleurs pas nécessairement avoir des enfants, mais leurs symptômes peuvent malgré tout dégrader considérablement leur qualité de vie. « Réduire le SOPK à un problème de fertilité peut avoir des conséquences sur la manière dont les patientes sont prises en charge », prévient-elle. L’accompagnement doit donc considérer la femme dans sa globalité. Selon la situation, il peut associer un suivi gynécologique ou endocrinologique, un accompagnement psychologique, des conseils nutritionnels et une activité physique adaptée. Raïssa Dora souhaite également sensibiliser les hommes. Une épouse, une sœur, une fille, une collègue ou une amie peut souffrir de douleurs menstruelles invalidantes sans parvenir à en parler. « Ce ne sont pas simplement de petites douleurs au ventre. Les règles et la santé menstruelle sont de véritables sujets de société », insiste-t-elle.
SOPK, fibromes et anémie : écouter la souffrance des femmes
Au contact de sa communauté, la fondatrice découvre également que certaines femmes cumulent plusieurs pathologies ou troubles gynécologiques. Une même patiente peut notamment être concernée par le SOPK, l’endométriose ou des fibromes. Ces derniers sont des tumeurs bénignes qui se développent au niveau de l’utérus. Selon leur nombre, leur taille ou leur localisation, ils peuvent notamment provoquer des règles très abondantes, des saignements prolongés, des douleurs ou une pression sur la vessie. Pour Raïssa Dora, la prise en charge ne doit pas uniquement être pensée autour d’un éventuel désir d’enfant. Elle doit aussi chercher à améliorer la qualité de vie des femmes et à prendre leur douleur au sérieux. Les saignements abondants peuvent par ailleurs favoriser une carence en fer, voire une anémie. Une fatigue inhabituelle ou persistante ne doit donc pas être banalisée. « Faites vos bilans, consultez et ne banalisez pas une fatigue persistante », recommande-t-elle. Elle rappelle qu’une anémie nécessite une véritable prise en charge médicale. Les compléments alimentaires ou les mesures d’accompagnement ne peuvent se substituer à un diagnostic, à des analyses sanguines et au traitement prescrit par un professionnel de santé.

La naturopathie en complément du suivi médical
Devenue naturopathe, Raïssa Dora définit son rôle comme celui d’une accompagnante et d’une personne capable d’orienter les femmes vers les professionnels compétents. Elle recueille des informations sur leurs habitudes de vie et peut proposer des conseils en matière d’alimentation, d’hygiène de vie ou de micronutrition, tout en restant dans les limites de son champ de compétences. Certaines femmes arrivent après un parcours médical éprouvant et voient parfois la naturopathie comme leur dernier espoir. Une situation qui implique, selon elle, une grande responsabilité. « Notre rôle est aussi de les réconcilier avec le corps médical », souligne-t-elle. Lorsqu’une femme a besoin d’un psychologue, d’un médecin, d’un gynécologue ou d’un autre spécialiste, elle doit être orientée. Raïssa Dora indique ainsi collaborer avec différents professionnels, parmi lesquels des gynécologues, des sexologues, des diététiciens et des spécialistes de la nutrition. Son message reste sans ambiguïté : « Il ne faut pas abandonner le suivi médical. »
Une alimentation adaptée à chaque femme
L’alimentation occupe également une place importante dans son approche, sans qu’il soit question de désigner certains aliments comme des ennemis. Raïssa Dora met en garde contre la reproduction automatique de régimes alimentaires popularisés sur Internet. Les aliments présentés comme indispensables ne conviennent pas forcément aux habitudes, à la culture ou aux besoins de chaque personne. Elle-même s’est tournée vers des recettes et des produits culturellement plus proches de ses origines camerounaises. En adaptant progressivement son alimentation, elle affirme avoir observé des changements sur son poids et son cycle menstruel. Son principe est simple : mieux manger, comprendre ce qui convient à son propre organisme et se faire accompagner par un professionnel lorsque cela est nécessaire. Supprimer arbitrairement des aliments ou des groupes alimentaires entiers peut en effet provoquer des déséquilibres.
Plus de 30 000 commandes
Ce qui devait être au départ un simple espace de témoignage a progressivement pris une dimension internationale. La marque Raïssa Dora revendique aujourd’hui plus de 30 000 commandes enregistrées sur son site Internet, un cap salué par la remise d’un trophée Shopify. Ce chiffre ne permet toutefois pas de mesurer précisément le nombre de personnes touchées par ses contenus, ses accompagnements ou ses produits, notamment à l’international. Pour sa fondatrice, cette évolution confirme surtout que les femmes avaient besoin d’un espace dans lequel elles pourraient parler de leur corps et de leur santé sans honte.
Briser les tabous autour de la santé féminine
Ce 12 septembre, Raïssa Dora et son équipe organisent un événement à La Cigale, à Paris. Le choix de cette salle prestigieuse est symbolique : la santé des femmes ne doit plus être reléguée au second plan ni considérée comme un sujet embarrassant. Fibromes, règles, anémie, fertilité et infertilité, y compris masculine, doivent pouvoir être abordés ouvertement et en présence de professionnels. Des initiatives sont également développées sur le continent africain. Après une conférence organisée le 5 septembre avec une association, un brunch avec Raïssa Dora est notamment prévu en Côte d’Ivoire. L’objectif demeure le même : créer des espaces où les femmes peuvent s’informer, partager leurs expériences, poser leurs questions et parler librement de leur santé. À celles qui sentent que quelque chose ne va pas dans leur corps, mais qui peinent encore à obtenir des réponses, Raïssa Dora adresse un message de persévérance : « Faites-vous confiance. Vous connaissez votre corps. Si vous sentez que quelque chose ne va pas, n’ignorez pas ce signal. Consultez et, si nécessaire, demandez plusieurs avis jusqu’à trouver le professionnel de santé qui prendra le temps de vous écouter. Il ne faut pas abandonner. »
CULTURE
RD CONGO – DRC Fashion Week : La SAPE conquiert Kinshasa et réinvente l’élégance congolaise
La sixième édition de la DRC Fashion Week a transformé Kinshasa en véritable capitale de l’élégance congolaise en mettant à l’honneur la SAPE, mouvement culturel emblématique partagé par la République démocratique du Congo et la République du Congo. Créateurs, mannequins et passionnés de mode ont investi les podiums pour revisiter un patrimoine vestimentaire devenu au fil des décennies un marqueur fort de l’identité congolaise.
À travers les différentes collections présentées, les stylistes ont proposé une lecture contemporaine de l’univers des « ambianceurs et personnes élégantes ». Costumes structurés, associations de couleurs audacieuses, accessoires raffinés et silhouettes inspirées du dandysme ont rythmé les présentations, avec une volonté commune : inscrire l’héritage de la SAPE dans les tendances actuelles tout en préservant son identité.
Parmi les temps forts de cette édition, la collection de Kevin Toundwa a particulièrement retenu l’attention. Le créateur a choisi de rendre hommage à plusieurs grandes figures associées à la culture vestimentaire et musicale congolaise, notamment Papa Wemba et Rafa Bounzeki. À travers cette démarche, il entend rappeler l’influence de ces personnalités sur plusieurs générations et transmettre leur héritage à une nouvelle génération de créateurs.
La manifestation a également servi de trait d’union entre Kinshasa et Brazzaville. De part et d’autre du fleuve Congo, la SAPE constitue un élément important du patrimoine culturel et populaire. Sa présence au cœur de la Fashion Week illustre ainsi les passerelles qui existent entre les deux capitales et la capacité de la mode à renforcer les échanges culturels.
Pour les professionnels du secteur, cette dynamique dépasse largement la question de l’apparence. La SAPE représente également un espace d’expression, de créativité et d’affirmation identitaire. En la faisant entrer dans un événement consacré à la mode contemporaine, les organisateurs cherchent à démontrer que ce patrimoine peut encore nourrir l’innovation et favoriser l’émergence de nouvelles signatures artistiques.
La DRC Fashion Week poursuit par ailleurs son ambition de devenir une plateforme de promotion des talents congolais. Après avoir exploré lors de précédentes éditions l’artisanat et la diversité culturelle du pays, l’événement s’est cette fois appuyé sur la SAPE pour mettre en lumière les créateurs, les mannequins et les entrepreneurs qui participent à la structuration de la filière.
Car derrière les défilés et les créations, l’industrie de la mode congolaise reste confrontée à des défis importants. Le financement des jeunes marques, l’accès aux matières premières, la formation spécialisée et l’ouverture vers les marchés internationaux figurent parmi les principaux enjeux auxquels les professionnels doivent répondre.
En plaçant la SAPE au centre de cette sixième édition, la DRC Fashion Week entend donc transformer un héritage culturel en opportunité économique. La manifestation veut favoriser les collaborations entre mode, musique et culture, tout en offrant davantage de visibilité aux talents locaux. À Kinshasa, l’élégance devient ainsi un outil de transmission, mais aussi un vecteur de créativité, d’entrepreneuriat et de rayonnement culturel.
CULTURE
TUNISIE – Patrimoine mondial : Sidi Bou Saïd décroche la consécration de l’Unesco
Sidi Bou Saïd confirme son statut de joyau touristique tunisien. Depuis son inscription récente au patrimoine mondial de l’Unesco, le célèbre village perché au nord de Tunis connaît un regain d’intérêt auprès des visiteurs, venus découvrir ou redécouvrir un site dont la réputation dépasse depuis longtemps les frontières de la Tunisie.
Avec ses maisons blanchies à la chaux, ses portes et fenêtres bleues, ses passages étroits et sa vue spectaculaire sur la Méditerranée, Sidi Bou Saïd offre un décor devenu emblématique du pays. Dans les ruelles, les touristes se succèdent entre les boutiques d’artisanat, les ateliers d’artistes et les commerces proposant céramiques, tableaux et autres objets inspirés du patrimoine local.

Pour les habitants, cette reconnaissance internationale vient confirmer une évidence : leur village possède une identité exceptionnelle. Aymen Ghamrasni, passionné par l’histoire de Sidi Bou Saïd, souligne l’attachement des résidents à ce cadre unique, où le patrimoine fait partie intégrante de la vie quotidienne. Même une pause autour d’un bambalouni, célèbre beignet traditionnel tunisien, devient ici une expérience associée à l’identité du lieu.
La notoriété du village séduit également une clientèle internationale. Des visiteurs venus du Moyen-Orient notamment voient désormais Sidi Bou Saïd comme une étape incontournable lors d’un séjour en Tunisie. Son architecture caractéristique, dominée par le bleu et le blanc, ainsi que son environnement méditerranéen contribuent largement à son attractivité.

Derrière cette identité architecturale se trouve également une histoire spirituelle ancienne. La localité porte le nom d’Abou Saïd al-Baji, figure soufie du XIIIe siècle, dont le sanctuaire demeure l’un des marqueurs historiques du village. La dimension religieuse, l’architecture traditionnelle et le paysage méditerranéen se combinent ainsi pour donner au site son caractère singulier.
L’entrée sur la Liste du patrimoine mondial représente cependant bien davantage qu’un label touristique. Cette reconnaissance implique une responsabilité accrue pour les autorités tunisiennes en matière de conservation. Les sites inscrits par l’Unesco sont considérés comme présentant une valeur universelle exceptionnelle et peuvent bénéficier de dispositifs d’accompagnement, notamment dans les domaines de la préservation, de la formation et de l’expertise technique.

La décision a été prise lors de la session du Comité du patrimoine mondial organisée à Busan, en Corée du Sud. Plusieurs autres lieux remarquables ont également rejoint la Liste, parmi lesquels les anciennes capitales japonaises d’Asuka et de Fujiwara. Le paysage migratoire de Boma-Badingilo, au Soudan du Sud, a lui aussi été distingué. Cette dernière inscription constitue une première pour le pays au patrimoine mondial.
Pour la Tunisie, la consécration de Sidi Bou Saïd vient donc renforcer la visibilité internationale d’une destination déjà incontournable. Mais cette nouvelle reconnaissance s’accompagne d’un défi majeur : préserver l’authenticité du village face à l’augmentation de sa fréquentation, protéger son architecture et son environnement et permettre aux générations futures de bénéficier à leur tour de ce patrimoine exceptionnel.
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