AFRIQUE DE L’EST
SOUDAN : L’ancien président Omar El Béchir condamné pour corruption.
Renversé au mois d’avril 2019 à la suite d’un mouvement populaire d’envergure, l’ancien président soudanais Omar El Béchir a été condamné à deux ans de résidence surveillée au centre correctionnel ce samedi 14 décembre par le tribunal de Khartoum.
Après 30 ans passés à la tête du Soudan, Omar El Béchir a été destitué par l’armée sous la pression d’un mouvement de contestation. Depuis lors, il est poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation dont le plus remarquable est celui lié à la corruption. En effet, depuis le mois d’août 2019, il est jugé par le tribunal spécial pour possession illégale de fonds perçus de l’Arabie Saoudite.
Au delà de sa condamnation ce samedi 14 décembre 2019 pour deux ans de résidence surveillée, les 6,9 millions d’euros retrouvés au domicile de l’ancien président seront confisqués. Pour se défendre, Omar El Béchir a précisé que cette somme n’était pas pour lui mais c’était un don de l’Etat saoudien.
A rappeler que l’ancien président soudanais est aussi poursuivi par la Cour Pénale Internationale (CPI) pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour le conflit au Darfour qui a fait près de 300.000 morts selon l’ONU.
AFRIQUE
OUGANDA – Peter Elwelu arrêté pour des soupçons d’activités visant à déstabiliser le pays
Les autorités ougandaises ont procédé à l’arrestation de Peter Elwelu, ancien chef d’état-major adjoint de l’armée et ex-conseiller présidentiel. L’ancien haut responsable militaire est soupçonné d’avoir participé à des opérations visant à déstabiliser le pays, selon les informations communiquées par l’armée.
Le porte-parole militaire par intérim, Chris Magezi, a annoncé que Peter Elwelu avait été interpellé lundi soir. Présenté par les autorités comme un officier ayant rompu avec l’institution militaire, il devrait prochainement être présenté devant la justice. Cette arrestation survient après la décision du chef des forces de défense, Muhoozi Kainerugaba, de lui retirer son grade de lieutenant-général pour le rétrograder au rang de simple soldat.
D’après les éléments avancés par l’armée, les opérations menées dans le cadre de cette affaire ont permis de saisir quinze armes à feu, des tenues militaires ainsi que deux véhicules. Peter Elwelu est notamment soupçonné d’avoir constitué un stock d’armes et préparé des actions subversives dans la région du Teso, à l’est du pays. Une vingtaine d’anciens militaires présentés comme proches de lui auraient également été arrêtés.
L’ancien officier n’a, pour l’heure, fait aucune déclaration publique concernant les accusations portées contre lui. Son épouse, Patricia Apolot, a cependant contesté les soupçons des autorités et défendu son mari, qu’elle présente comme innocent. Elle assure notamment qu’il n’a jamais eu l’intention de prendre les armes contre l’Ouganda.
Le parcours de Peter Elwelu reste marqué par plusieurs épisodes controversés. En 2016, il avait dirigé l’opération militaire contre le palais du roi du Rwenzururu, dans le cadre d’une intervention visant un mouvement accusé de séparatisme. Cette offensive avait fait de nombreuses victimes et suscité de vives réactions.
Après cette opération, il avait poursuivi son ascension au sein de la hiérarchie militaire, jusqu’à occuper le poste de chef adjoint des forces de défense. Il avait ensuite rejoint l’entourage présidentiel en qualité de conseiller.
Son parcours avait également été marqué par des sanctions américaines. En mai 2024, Washington avait pris des mesures à son encontre pour des violations présumées des droits humains, notamment des exécutions extrajudiciaires imputées aux forces gouvernementales. Peter Elwelu avait quitté l’armée en août 2025, après avoir été admis à la retraite.
AFRIQUE
TANZANIE – Un an après les violences électorales, les familles des victimes réclament justice
La Tanzanie commémore le premier anniversaire des violences qui ont suivi l’élection présidentielle du 29 octobre 2025, dans un contexte toujours marqué par de profondes divisions politiques. À Dar es Salaam, des messes ont été célébrées par l’Église catholique en mémoire des personnes tuées lors de la répression des manifestations qui avaient éclaté après le scrutin.
Le bilan humain demeure au cœur d’une vive controverse. Une commission mise en place par les autorités tanzaniennes recense 518 morts. L’opposition et plusieurs organisations de défense des droits humains avancent toutefois des estimations bien plus élevées, évoquant plusieurs milliers de victimes. Les divergences autour de ces chiffres alimentent les demandes de transparence et d’établissement des responsabilités.
Les troubles avaient éclaté à la suite de la réélection de la présidente Samia Suluhu Hassan, créditée d’environ 98 % des suffrages. Le scrutin avait été vivement contesté, notamment en raison de l’exclusion d’une partie importante de l’opposition, suscitant des interrogations sur les conditions dans lesquelles l’élection s’était déroulée.
Pour marquer cette date, le principal parti d’opposition, Chadema, a décrété sept jours de deuil. Cette initiative vise à honorer la mémoire des disparus et à maintenir l’attention sur les conséquences des violences qui ont secoué le pays.
Les organisations de défense des droits humains continuent, de leur côté, de dénoncer les arrestations qu’elles jugent arbitraires ainsi que les procédures engagées contre des personnes critiques à l’égard du pouvoir. Elles réclament davantage de garanties pour les libertés publiques et une clarification des circonstances entourant la répression des manifestations.
Le dossier de l’opposant Tundu Lissu constitue un autre point de crispation. Poursuivi pour trahison, il attend un verdict annoncé pour le 6 novembre. Son procès, suivi de près par l’opposition et les défenseurs des droits humains, renforce les inquiétudes concernant l’espace politique et judiciaire en Tanzanie.
Un an après les événements, les appels au dialogue et à la réconciliation se multiplient. Mais pour de nombreuses familles endeuillées, l’apaisement reste difficile tant que les circonstances des décès ne sont pas pleinement établies et que les responsabilités n’ont pas été éclaircies. La question de la justice demeure ainsi au centre des attentes, dans un pays toujours confronté aux séquelles de cette crise politique.
AFRIQUE
SOUDAN DU SUD – Joseph Lagu, héros de l’indépendance, s’éteint à 94 ans
Le Soudan du Sud a décrété un deuil national après la disparition de Joseph Lagu, survenue mardi à l’âge de 94 ans. Figure historique de la lutte pour l’émancipation du pays, cet ancien chef rebelle a consacré une grande partie de sa vie au combat contre le pouvoir central soudanais. Il restera notamment connu pour avoir affirmé avoir commencé cette lutte avec une simple machette pour seule arme.
Devenu indépendant en 2011, après plusieurs décennies de conflit avec le Soudan, le plus jeune État du monde rend hommage à l’un des hommes qui ont marqué les premières heures de sa résistance armée. Joseph Lagu fut, en 1963, l’un des fondateurs du mouvement Anyanya, première organisation armée à s’opposer au gouvernement soudanais. Parmi les combattants placés sous son commandement figurait notamment Salva Kiir, aujourd’hui président du Soudan du Sud.
À l’annonce de son décès, le chef de l’État a appelé la population à honorer non seulement la mémoire du disparu, mais aussi l’ensemble de son parcours. Salva Kiir a souligné que Joseph Lagu avait vécu suffisamment longtemps pour assister à la naissance du pays pour lequel il s’était battu.
Le rôle de l’ancien chef rebelle ne s’est pas limité au terrain militaire. En 1972, il participa aux négociations qui mirent fin à la première guerre civile soudanaise, un conflit meurtrier auquel sont attribuées environ 500 000 victimes. Cet accord avait permis au Sud d’obtenir un statut d’autonomie régionale au sein du Soudan.
Joseph Lagu poursuivit ensuite sa carrière dans les institutions politiques et diplomatiques. Il occupa notamment le poste de deuxième vice-président du Soudan avant de représenter ce pays auprès des Nations unies en qualité de représentant permanent. Salva Kiir a salué la mémoire d’un militaire, diplomate et homme d’État dont l’engagement a profondément marqué l’histoire sud-soudanaise.
Le deuil national restera en vigueur jusqu’aux funérailles, dont la date n’a pas encore été annoncée.
Dans un entretien accordé à l’Agence France-Presse en 2011, peu avant le référendum qui devait conduire à l’indépendance du Soudan du Sud, Joseph Lagu était revenu sur les débuts difficiles de la rébellion. Il racontait que les premiers combattants disposaient de moyens extrêmement limités, avec seulement quelques fusils pour lancer leur mouvement. Lui-même, disait-il, n’avait qu’une machette.
Malgré cette faiblesse matérielle, les insurgés étaient convaincus de la légitimité de leur cause. Joseph Lagu avait expliqué avoir reçu une première livraison d’armes en provenance du Congo, avant de bénéficier du soutien d’Israël. Cette coopération s’inscrivait notamment dans le contexte des tensions régionales consécutives à la guerre des Six Jours de 1967, au cours de laquelle le Soudan avait soutenu l’Égypte.
L’ancien dirigeant avait également raconté comment il avait sollicité l’aide du gouvernement israélien dans une lettre adressée au Premier ministre de l’époque. Il avait alors présenté la lutte des rebelles sud-soudanais comme un moyen d’affaiblir les forces soudanaises susceptibles de soutenir l’Égypte.
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