ECONOMIE
ALGÉRIE – Le pays dixième producteur mondial de gaz et le quatrième exportateur de gaz
L’Algérie est le dixième producteur mondial de gaz et le quatrième exportateur de gaz, et seules la Russie et la Norvège fournissaient déjà plus d’énergie à l’Europe, c’est ce quon peut retenir d’un communiqué rendu public. L’on apprend que la plupart des flux de l’Algérie vers le continent sont acheminés par navire-citerne vers des usines de gaz naturel liquéfié (GNL) en France ou par gazoduc vers l’Espagne, le Portugal et l’Italie. Plus précisément, le gazoduc Maghreb-Europe transporte le gaz naturel algérien à travers le Maroc jusqu’en Espagne, où il est connecté aux réseaux gaziers espagnol et portugais, tandis que le gazoduc transméditerranéen transporte le gaz de l’Algérie vers la Sicile et l’Italie en passant par la Tunisie. En 2022, l’Espagne et l’Italie ont chacune satisfait un quart de leur demande annuelle de gaz à partir de l’Algérie, et l’Italie recevra encore plus de gaz de l’Algérie cette année, pour un total de 25 milliards de mètres cubes (mmc).
Ses relations d’approvisionnement avec les États-Unis et la Chine ont beaucoup à voir avec cette position, mais c’est la dépendance croissante de l’Europe à l’égard de l’énergie algérienne – le pétrole comme le gaz – qui a contribué à briser le marasme économique de l’Algérie, un marasme provoqué par la pandémie et le choc pétrolier qui s’en est suivi. La Chambre africaine de l’énergie (AEC) examine les forces qui façonnent l’industrie énergétique algérienne dans son nouveau rapport intitulé « State of African Energy Q1 2023 Report » (Rapport sur l’état de l’énergie en Afrique au 1er trimestre 2023).
Les voies du potentiel
Le pétrole et le gaz dominent l’économie algérienne ; le secteur représente près d’un cinquième du PIB. Bien que cela signifie que la nation et ses dépenses sociales sont vulnérables à la volatilité du marché, le rebond des prix de l’énergie après la pandémie et l’invasion a contribué à financer une hausse de l’exploration, de la production et de l’exportation d’hydrocarbures.
La compagnie pétrolière nationale (CPN) Sonatrach, qui contrôle environ 80 % de la production pétrolière et gazière du pays, a déclaré qu’environ deux tiers du territoire algérien restent sous-développés ou inexplorés et estime qu’il y a 100 découvertes non exploitées – des circonstances prometteuses étant donné que beaucoup de ses bassins de production sont matures ou en déclin. Sous la direction de son PDG Toufik Hakkar, la compagnie a mis en place un plan quinquennal de 40 milliards de dollars pour tirer parti du potentiel en amont et en aval. Sur ce montant total, environ trois quarts, soit 30 milliards de dollars, sont destinés à l’exploration et à la production. L’investissement dans l’exploration porte déjà ses fruits, une bonne nouvelle quand on sait que l’Algérie n’a pas connu d’augmentation de ses réserves d’hydrocarbures depuis 2010.
Au cours du seul premier trimestre 2022, Sonatrach a fait six découvertes d’hydrocarbures dans le Sahara algérien, ce qui porte à 41 le nombre total de découvertes depuis 2020. Parmi les découvertes les plus récentes, on trouve du condensat de gaz dans deux réservoirs du bassin d’Illizi, près de la frontière libyenne, un potentiel gazier dans un réservoir du bassin de Béchar, dans le nord-ouest de l’Algérie, et du pétrole brut dans la région nord du bassin de Berkine, une découverte faite en partenariat avec la compagnie pétrolière italienne Eni, qui est présente en Algérie depuis 1981 et qui est la plus grande compagnie pétrolière internationale (IOC) opérant dans ce pays.
Toutefois, aucune de ces découvertes ne s’est approchée, en termes d’ampleur, de la découverte massive réalisée près du champ géant de Hassi R’Mel et de ses infrastructures. Il s’agit de la plus grande découverte de gaz en Algérie depuis deux décennies, et l’on pense qu’elle contient jusqu’à 12 trillions de pieds cubes de réserves. La Sonatrach en accélère le développement dans l’espoir que la production ne remplacera pas seulement le gaz russe pour l’Europe, mais qu’elle renforcera également le régime financier chancelant de l’Algérie.
Dans un entretien par courriel avec S&P Global, M. Hakkar a déclaré que la société « prévoit d’approvisionner le marché du gaz avec plus de 110 milliards de m3 par an jusqu’en 2027 pour répondre à la demande intérieure et à la demande d’exportation ».
Nouvelles lois, nouveaux partenaires
Outre Eni, Sonatrach a établi des partenariats avec d’autres grands groupes internationaux, dont l’américain Occidental, le français TotalEnergies et le chinois Sinopec. Selon l’Association du commerce international, plus de deux douzaines de sociétés pétrolières internationales travaillent actuellement sur plus de 30 projets importants en Algérie.
Bon nombre de ces accords ont été conclus à la suite de l’adoption de la loi algérienne sur les hydrocarbures en décembre 2019, qui a mis fin à une décennie de dommages causés par des réglementations antérieures qui imposaient des taxes élevées aux compagnies pétrolières étrangères et rendaient le partage des contrats avec Sonatrach peu attrayant, voire non rentable.
En revanche, la nouvelle loi, qui vise à créer un environnement favorable aux investissements étrangers, réduit les taux d’imposition, supprime les droits de douane et les taxes sur les équipements d’exploration et de production importés dans le pays et améliore les conditions réglementaires. Elle a également confié à Sonatrach tous les pouvoirs relatifs aux contrats du secteur pétrolier et gazier du pays, éliminant ainsi l’ancien régulateur contractuel, ALNAFT. Les nouvelles règles permettent également à une compagnie pétrolière internationale de conclure l’un des trois types de contrats suivants : un accord de participation, un accord de partage de la production ou un accord de service de risque. Auparavant, les CIO ne pouvaient conclure qu’un système dépassé de partage de la production.
Un avenir incertain ?
De toute évidence, les nouvelles découvertes et les réformes réglementaires sont d’excellentes nouvelles pour l’Algérie et son économie – et, potentiellement, pour une Europe qui tente de se sevrer de l’énergie russe.
Mais il est trop tôt pour savoir quel en sera l’impact durable. Par exemple, le rapport « The State of African Energy Q1 2023 Report » décrit comment les réductions de production de l’OPEP+ ont affecté l’Algérie, qui a rejoint l’OPEP en 1969 et considère qu’il est de son devoir de suivre les directives de l’organisation en matière de plafonnement des quotas.
ECONOMIE
MAROC – Mohamed Hakim Belkadi : Penser le Maroc de 2030 comme le prototype du Maroc de 2050
Architecte, urbaniste et expert judiciaire, Mohamed Hakim Belkadi vient d’être nommé Global SDG Advisor auprès d’UNAccc World. À travers la Théorie de l’Intrication Systémique Urbaine (TISU®), qu’il a développée, il propose une nouvelle manière de concevoir les territoires : non plus comme une juxtaposition de secteurs, mais comme des systèmes dont l’eau, l’énergie, la mobilité, l’économie et l’urbanisation sont profondément interdépendantes. À l’approche de la Coupe du monde 2030, il invite le Maroc à inscrire ses grands investissements dans une vision allant bien au-delà de l’événement.
Diplômé de l’École d’architecture de Strasbourg et expert judiciaire près des juridictions de Casablanca, Mohamed Hakim Belkadi a construit son parcours à la croisée de plusieurs disciplines : l’architecture, l’urbanisme, l’aménagement territorial, l’expertise et, plus récemment, l’intelligence artificielle appliquée aux systèmes urbains. Au fil de son expérience, il a acquis une conviction : aucun projet territorial ne peut plus être étudié isolément. Une nouvelle route ne transforme pas seulement les déplacements. Elle agit également sur le foncier, l’immobilier, les flux économiques, les besoins énergétiques, la consommation d’eau et le développement de nouvelles zones urbaines. De ce constat est née la Théorie de l’Intrication Systémique Urbaine, ou TISU®, une méthode destinée à analyser les interactions qui façonnent un territoire et à anticiper les conséquences parfois invisibles d’une décision publique.

Une nomination placée sous le signe de la responsabilité
La nomination de Mohamed Hakim Belkadi comme Global SDG Advisor auprès d’UNAccc World vient donner une nouvelle dimension à ses travaux. L’architecte la considère moins comme une consécration personnelle que comme une responsabilité. Sa mission consistera notamment à apporter une lecture systémique des Objectifs de développement durable, à identifier les liens entre les politiques publiques et à rapprocher les ambitions internationales des réalités territoriales. Les 17 Objectifs de développement durable sont généralement présentés séparément. Pourtant, leur mise en œuvre révèle de multiples dépendances. L’accès à l’eau influence l’agriculture, la santé, l’urbanisation et l’économie. L’énergie intervient dans le fonctionnement des infrastructures, des transports, des industries et des systèmes de dessalement. Quant à la qualité des institutions, elle détermine la capacité d’un pays à coordonner l’ensemble de ces politiques. « Il ne s’agit pas de remplacer les institutions ou les décideurs, mais de leur donner une capacité supplémentaire : voir plus tôt, comprendre plus largement et décider avec une meilleure connaissance des conséquences possibles », explique Mohamed Hakim Belkadi. Sa nomination ouvre également la TISU® à la discussion internationale. Mais son concepteur refuse d’y voir l’aboutissement de son travail. Une théorie territoriale, rappelle-t-il, n’acquiert une véritable valeur que lorsqu’elle est confrontée au réel, testée, discutée et améliorée.
Les ODD envisagés comme un réseau
Dans le contexte marocain, Mohamed Hakim Belkadi identifie plusieurs Objectifs de développement durable jouant un rôle déterminant : l’accès à l’eau, l’énergie, les infrastructures et l’innovation, les villes durables, l’action climatique, ainsi que la gouvernance et la solidité des institutions. Il ne souhaite cependant pas établir une hiérarchie rigide entre les 17 objectifs. « Je les considère comme un réseau », précise-t-il. Certains objectifs constituent néanmoins ce qu’il appelle des « infrastructures de résilience ». Leur fragilisation peut en effet déstabiliser l’ensemble du système territorial. Une pénurie d’eau peut affecter l’agriculture, la production industrielle, l’emploi et l’attractivité de certains territoires. Une rupture énergétique peut interrompre les transports, les services urbains ou le fonctionnement d’équipements stratégiques. La priorité ne consiste donc pas seulement à atteindre chaque objectif séparément, mais à comprendre leurs effets réciproques et leurs capacités à s’amplifier.
Le territoire, un système d’interactions
La notion d’« intrication territoriale » se trouve au cœur de la TISU®. Elle désigne les interactions permanentes entre les différents éléments d’un territoire. Lorsqu’une décision est prise dans un secteur, elle peut produire des effets immédiats ou différés dans plusieurs autres domaines. La création d’une infrastructure de transport peut, par exemple, accroître la valeur des terrains environnants, attirer de nouveaux habitants, modifier les flux commerciaux et augmenter les besoins en eau et en énergie. À l’inverse, une tension sur la ressource hydrique peut entraîner une baisse de la production agricole, une diminution des revenus, une évolution des flux logistiques et, à terme, une transformation des trajectoires d’urbanisation. La difficulté réside dans le décalage entre le fonctionnement réel des territoires et l’organisation des administrations. Ces dernières sont le plus souvent structurées par secteurs, tandis que les territoires ne connaissent pas de frontière entre l’eau, l’énergie, la mobilité, l’économie ou l’urbanisme.

La TISU® propose ainsi de représenter le territoire comme un ensemble de nœuds, de flux, de dépendances, de rétroactions et de vulnérabilités. Avant toute décision, il faudrait pouvoir déterminer les secteurs qu’elle affectera, la vitesse de propagation de ses effets et les conséquences d’éventuelles perturbations simultanées.
Le Cortex Territorial®, un outil pour anticiper
Pour rendre cette approche opérationnelle, Mohamed Hakim Belkadi propose la création d’un Cortex Territorial®. Celui-ci ne serait ni un simple logiciel ni un tableau de bord, mais une véritable « infrastructure cognitive territoriale ». Son rôle serait de recueillir, structurer et croiser des données provenant de plusieurs secteurs : eau, énergie, transports, foncier, urbanisation, infrastructures, environnement, économie ou risques climatiques. La valeur de cet outil ne résiderait pas uniquement dans la quantité de données disponibles, mais dans sa capacité à faire apparaître leurs relations. Une baisse des réserves d’eau pourrait, par exemple, fragiliser l’agriculture, diminuer les revenus, perturber les flux logistiques et exercer de nouvelles pressions sur certaines zones urbaines.
Le Cortex Territorial® chercherait à repérer ces chaînes de conséquences avant qu’elles ne se transforment en crises. Son fonctionnement nécessiterait une gouvernance interinstitutionnelle réunissant, selon le territoire concerné, les administrations centrales, les collectivités, les établissements publics, les opérateurs d’infrastructures critiques, les acteurs économiques, les universités et les centres de recherche. Cette coopération ne signifierait toutefois pas que chaque acteur aurait accès à toutes les informations. Les droits d’accès devraient être précisément encadrés selon les responsabilités de chaque institution.
Casablanca–Benslimane comme laboratoire
La région Casablanca–Benslimane pourrait constituer un terrain d’expérimentation privilégié pour la TISU®. Elle concentre en effet des activités urbaines, industrielles, agricoles, logistiques, énergétiques et environnementales. L’analyse devrait notamment porter sur les ressources et les consommations d’eau, les réseaux énergétiques, les mobilités quotidiennes, les flux logistiques, les infrastructures industrielles et portuaires, l’évolution du foncier, les zones agricoles, les espaces environnementaux sensibles et les risques climatiques. L’objectif serait d’observer les interactions entre ces données. Où l’urbanisation progresse-t-elle par rapport aux capacités des réseaux d’eau et d’énergie ? Quels secteurs économiques seraient les plus fragilisés par une rupture d’approvisionnement ? Certaines infrastructures concentrent-elles trop de dépendances ? Quels projets risquent d’enfermer le territoire dans des choix difficiles à modifier à long terme ? Pour Mohamed Hakim Belkadi, Casablanca–Benslimane pourrait ainsi devenir un laboratoire marocain de l’intelligence territoriale systémique.
Une intelligence artificielle qui éclaire sans décider
Dans le modèle TISU-AI, l’intelligence artificielle n’est pas présentée comme le cœur de la théorie, mais comme son « accélérateur computationnel ». La TISU® apporte la grille de lecture. L’IA permet, quant à elle, d’analyser une quantité de données et de relations qu’un être humain ne pourrait traiter simultanément. Elle peut participer à la structuration des informations, détecter des anomalies et des signaux faibles, identifier certaines corrélations et simuler différents scénarios. L’objectif n’est pas de demander à une machine quelle décision doit être prise. Il s’agit plutôt de déterminer quels scénarios sont envisageables, quelles pourraient être leurs conséquences, quels risques ils comportent et quelles décisions permettraient de préserver le plus grand nombre d’options pour l’avenir. « L’IA ne doit pas devenir une boîte noire qui décide à la place du décideur. Elle doit rester un système d’aide à la décision explicable, traçable et contrôlable », insiste l’architecte. La responsabilité finale doit ainsi demeurer humaine, politique et institutionnelle.
La souveraineté des données, enjeu stratégique
L’utilisation de données territoriales sensibles soulève nécessairement des questions de souveraineté, de confidentialité et de cybersécurité. Mohamed Hakim Belkadi considère la donnée territoriale comme une infrastructure stratégique. Il faut donc pouvoir déterminer qui la produit, qui la détient, qui peut y accéder, dans quel objectif et pendant combien de temps. Le système devrait reposer sur une segmentation des données, des habilitations précisément définies, le chiffrement des informations, la traçabilité des accès et la séparation des environnements sensibles. Le Cortex Territorial® ne devrait surtout pas devenir un point unique de défaillance. Une architecture excessivement centralisée pourrait permettre à une cyberattaque de perturber plusieurs infrastructures critiques en même temps. Mohamed Hakim Belkadi défend donc une organisation distribuée et résiliente. La souveraineté numérique ne consiste pas uniquement à conserver les données au Maroc. Elle implique également de maîtriser leur cycle de vie, leur architecture, leurs usages, les modèles d’intelligence artificielle qui les exploitent et les décisions qui peuvent en découler.
Apprendre aussi des erreurs
Autre proposition importante : la création d’un Registre des Échecs TISU®. Contrairement à ce que son nom pourrait suggérer, cet outil n’aurait pas pour vocation de rechercher ou de sanctionner des responsables. Il constituerait une mémoire institutionnelle des projets, des décisions, des prévisions erronées, des hypothèses démenties par les faits et des signaux d’alerte insuffisamment pris en compte. « Un système qui ne mémorise que ses réussites ne devient jamais véritablement intelligent », observe Mohamed Hakim Belkadi. Ce registre permettrait de comparer les prévisions aux conséquences réellement observées, d’améliorer les modèles et d’éviter que plusieurs générations administratives ne reproduisent les mêmes erreurs. Cette mémoire constituerait ainsi une forme de « capital cognitif territorial ».
Anticiper la propagation des crises
La TISU® pourrait également servir à analyser la propagation d’une crise touchant une infrastructure stratégique comme le complexe portuaire de Tanger Med. En cas de panne énergétique, il ne suffirait pas d’étudier uniquement le fonctionnement du port. Il faudrait examiner l’ensemble de ses dépendances : les chaînes logistiques, les entreprises, les réseaux routiers et ferroviaires, les transporteurs, les industries et leurs approvisionnements. Une perturbation locale peut ainsi provoquer une succession d’effets en cascade à l’échelle du territoire et de l’économie. La même logique s’applique aux cyberattaques. Une intrusion peut commencer dans un système informatique apparemment secondaire avant d’atteindre une infrastructure critique à travers les réseaux, les prestataires ou les chaînes opérationnelles. L’analyse systémique chercherait donc à identifier les points de départ possibles, les chemins de propagation, la vitesse de diffusion de la crise, les mécanismes capables de l’absorber et les points sur lesquels intervenir pour la contenir.
L’eau, l’énergie et le climat au cœur des vulnérabilités
Mohamed Hakim Belkadi identifie trois vulnérabilités prioritaires pour le Maroc : la sécurité hydrique, les infrastructures critiques et l’urbanisation face au changement climatique. L’eau conditionne la vie des populations, mais aussi l’agriculture, l’industrie, l’énergie et la préservation de l’environnement. Les infrastructures critiques assurent, de leur côté, la continuité des activités économiques et des services essentiels. Quant aux villes, elles concentrent les habitants, les investissements, les activités et, par conséquent, les risques. La menace s’accroît lorsque ces vulnérabilités se combinent. Une sécheresse peut augmenter les besoins énergétiques nécessaires au traitement, au transport ou au dessalement de l’eau. Une panne électrique peut ensuite perturber les installations hydriques. Parallèlement, une urbanisation rapide augmente la demande en eau, en énergie et en mobilité. Si le Maroc a progressé dans la prise en compte de la relation entre eau et énergie, Mohamed Hakim Belkadi estime qu’un changement de paradigme reste nécessaire. Les deux domaines sont encore trop souvent abordés comme des politiques séparées, alors qu’ils forment une véritable boucle d’interdépendance.
Coupe du monde 2030 : une occasion historique, mais aussi un défi
La Coupe du monde 2030 accélère les investissements marocains dans les transports, le tourisme, les infrastructures et les équipements urbains. Pour Mohamed Hakim Belkadi, cette dynamique représente une occasion exceptionnelle de moderniser le pays et de renforcer son attractivité. Elle comporte cependant un risque : que la vitesse d’exécution dépasse la capacité d’anticiper les conséquences à long terme. Une route influence durablement l’urbanisation. Un stade transforme les flux de personnes. Un aéroport renforce l’attractivité d’une région. Une zone touristique génère de nouveaux besoins en eau, en énergie, en transports et en logements. La véritable question est donc de savoir ce que deviendront ces investissements en 2040, 2050 ou 2060. « Il faut accélérer l’exécution, mais ralentir les décisions qui risquent de verrouiller le futur », résume-t-il. Cette prudence ne signifie pas qu’il faille multiplier les procédures ou retarder les chantiers. Au contraire, l’utilisation de la donnée, de la modélisation et de l’intelligence artificielle pourrait réduire le temps nécessaire pour parvenir à une décision réellement éclairée.
Faire de 2030 le prototype du Maroc de 2050
Pour Mohamed Hakim Belkadi, l’année 2030 ne doit pas être envisagée comme une destination, mais comme un laboratoire. Les infrastructures construites à l’occasion de la Coupe du monde doivent constituer les premières briques d’un système territorial capable de fonctionner pendant plusieurs décennies. Les nouveaux quartiers, les équipements publics, les réseaux énergétiques, les solutions de mobilité et les dispositifs de gestion de l’eau devront être observés, mesurés et améliorés. « 2030 doit être l’expérience, 2040 la consolidation et 2050 la maturité du système », affirme-t-il. Cette vision permettrait au Maroc de sortir d’une planification centrée sur le prochain grand projet pour construire une véritable continuité entre plusieurs horizons.
Vers un État territorial augmenté
À l’horizon 2040, Mohamed Hakim Belkadi imagine un État marocain capable non seulement de gérer, mais aussi de prévoir, de simuler et d’apprendre. Chaque territoire pourrait disposer d’une représentation numérique dynamique de ses ressources, de ses infrastructures, de ses flux et de ses vulnérabilités. Les décisions les plus importantes pourraient être testées virtuellement avant leur mise en œuvre. L’eau, l’énergie, la mobilité, l’urbanisation et l’environnement seraient analysés simultanément. L’État conserverait aussi la mémoire de ses décisions, de ses hypothèses, de ses réussites et de ses erreurs afin de développer des politiques publiques véritablement apprenantes. Il ne s’agirait cependant pas de bâtir un État automatisé, gouverné par des algorithmes, mais un « État augmenté », dans lequel l’intelligence artificielle renforcerait la capacité de compréhension des décideurs sans supprimer leur responsabilité.
Grâce à son expérience des grands projets, à ses infrastructures et aux défis auxquels il est confronté, le Maroc pourrait devenir un laboratoire africain de la planification territoriale systémique. Les modèles qui y seraient expérimentés pourraient ensuite être adaptés à d’autres pays du continent confrontés au stress hydrique, à l’urbanisation rapide, à la transition énergétique et au changement climatique. Mohamed Hakim Belkadi résume sa vision en une phrase : « Le Maroc de demain ne sera pas seulement celui qui construira les infrastructures du futur ; ce sera celui qui saura comprendre les interactions entre ses territoires, anticiper leurs transformations et apprendre de ses propres décisions. » Pour le concepteur de la TISU®, l’enjeu dépasse donc largement la préparation d’un événement sportif. Il s’agit de profiter de l’élan de 2030 pour préparer une nouvelle génération de gouvernance territoriale, plus éclairée, plus souveraine et plus résiliente.
BANQUE
NIGERIA – Dangote prépare une introduction en Bourse historique à près de 1,6 milliard de dollars
La raffinerie Dangote se rapproche d’une opération financière historique sur le marché nigérian. Le groupe a officiellement engagé le processus de son introduction en Bourse avec la signature, lundi, des documents nécessaires en présence de ses conseillers et des différents intervenants chargés de l’opération.
Prévue entre le 14 septembre et le 13 octobre, l’offre publique doit porter sur 4,1 milliards d’actions proposées à 525 nairas l’unité. Sur la base de cette offre initiale, la transaction pourrait générer environ 2 150 milliards de nairas, soit près de 1,6 milliard de dollars.
Le groupe pourrait toutefois augmenter le volume proposé si la demande des investisseurs dépasse les prévisions. Jusqu’à 30 % d’actions supplémentaires pourraient ainsi être mises sur le marché, sous réserve de l’autorisation des autorités compétentes. Une telle opération placerait cette introduction parmi les plus importantes jamais enregistrées sur le continent africain.
Au-delà de son poids financier, cette entrée en Bourse constitue un moment stratégique pour la raffinerie et pour la place financière nigériane. Implantée à proximité de Lagos, l’installation représente un investissement estimé à environ 20 milliards de dollars. Avec une capacité actuelle pouvant atteindre 700 000 barils de pétrole par jour, elle s’est imposée comme un acteur majeur du secteur énergétique national.
Son fonctionnement a progressivement modifié l’approvisionnement en carburants du Nigeria, en permettant au premier producteur de pétrole d’Afrique de réduire sa dépendance aux importations de produits raffinés. Une partie de sa production est également destinée aux marchés extérieurs. La raffinerie exporte notamment du kérosène vers plusieurs destinations africaines ainsi que vers certains marchés européens.
L’opération boursière doit également accompagner une nouvelle phase de développement industriel. Dangote prévoit d’augmenter considérablement les capacités du site afin de parvenir, à terme, à une production de 1,4 million de barils par jour. Cette expansion nécessitera d’importants financements, alors que la société bénéficie déjà d’un engagement d’investissement de 400 millions de dollars.
Derrière ce projet se trouve le groupe fondé par Aliko Dangote, figure majeure du patronat nigérian et considéré comme l’homme le plus riche d’Afrique. Son conglomérat possède des activités dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment le ciment et le sucre, avant de s’imposer également dans l’industrie pétrolière.
Lors de la cérémonie marquant la signature des documents de l’opération, Aliko Dangote a réaffirmé ses ambitions pour son complexe industriel. Le milliardaire nigérian entend poursuivre son expansion et vise à terme un objectif particulièrement ambitieux : faire de la raffinerie Dangote la plus grande installation de raffinage pétrolier au monde.
AGRICULTURE
CÔTE D’IVOIRE – Le prix du cacao reste à 1 200 FCFA, les producteurs déçus
La Côte d’Ivoire maintient le prix du cacao à 1 200 francs CFA le kilogramme pour la nouvelle campagne principale. Le gouvernement a choisi de reconduire le même tarif que celui appliqué lors de la campagne intermédiaire de mars, une décision qui ne répond pas aux attentes de nombreux producteurs.
Le prix bord champ concerne le cacao répondant aux normes de qualité, notamment en matière de fermentation, de séchage et de tri. Cette annonce intervient alors que la filière traverse une période particulièrement délicate, marquée par les fluctuations du marché et les difficultés économiques rencontrées par les planteurs.
Chez certains producteurs, l’absence de revalorisation est accueillie avec déception. Après les évolutions des cours internationaux et les charges qui pèsent sur les exploitations, plusieurs acteurs de la filière espéraient une augmentation significative du revenu versé aux producteurs.
Thibaut Yoro, producteur de cacao et responsable syndical agricole, affirme que les planteurs espéraient un prix compris entre 1 800 et 2 000 francs CFA le kilogramme. « C’était l’espoir. Malheureusement, il est toujours maintenu à 1 200 », déplore-t-il.
Les organisations professionnelles affichent toutefois des réactions plus nuancées. Obed Blonde Doua, vice-président de l’Organisation interprofessionnelle agricole, estime que les producteurs auraient préféré un tarif pouvant atteindre 1 500 francs CFA le kilogramme, tout en prenant acte de la décision annoncée par les autorités.
Le choix du gouvernement intervient dans une filière stratégique pour l’économie ivoirienne. Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire dépend largement de cette activité, qui fait vivre directement ou indirectement des millions de personnes.
La détermination du prix bord champ constitue donc un exercice particulièrement sensible pour les autorités. Il s’agit de garantir une rémunération suffisante aux producteurs tout en tenant compte des réalités du marché international et des équilibres économiques de l’ensemble de la chaîne cacao.
Avec le maintien du prix à 1 200 francs CFA, le gouvernement privilégie ainsi la stabilité du tarif, mais prend le risque de décevoir une partie des planteurs qui espéraient bénéficier davantage des conditions du marché.
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