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CULTURE

CAMEROUN : Une belle légende contée par Wazal Ayissi.

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Entre les ciseaux et la plume, Wazal Ayissi ne fait pas de différence. Son inspiration débordante l’amène à l’écriture, il nous conte l’histoire du roi Wazalion au Royaume Wazalvilles.

Les extraits :

Il était une fois, à l’extrême Nord du Cameroun, vivait le roi Wazalion au Royaume Wazalvilles. Wazalvilles était un village calme, paisible, où la sagesse de ses anciens permettait d’assurer la pérennité du village. Pour tout visiteur extérieur, il donnait l’impression d’un village robuste, difficile à conquérir. Ses murs anciens laissaient paraître les différentes et nombreuses batailles déjà menées, et reflétaient une force majestueuse indescriptible. Le roi Wazalion était un homme d’une grande sagesse, patience et intelligence. Doux dans ses actes et ses paroles, il disposait d’une puissance et d’une maturité redoutables qui forçaient le respect. Aimé de tous, il n’hésitait pas à partir au combat afin de protéger ses terres et répondre aux besoins de son peuple. C’est lors d’une embuscade que le bon roi Wazalion trouva la mort : le village avait été pris d’assaut. Wazalion cacha son épouse et son fils dans une cave secrète afin de les mettre à l’abri. Puis il réunit ses armées pour protéger le village. A l’aide de son armure et de son épée Wazall’âme, le roi Wazalion accompagné de ses soldats et de son fidèle ami Bantoutator se lancèrent dans un combat sanglant au cours duquel le roi perdit la vie. Bantoutator ayant échappé à la mort promit de venger la mort de son ami Wazallion.

A sa mort il laissa derrière lui un fils, Wazal, qui signifie « lion, roi de la jungle ».

Un jour les wazalciens et wazalgeois du village se réunirent pour nommer le nouveau chef du village.

Comme le prédisait la prophétie, le courageux guerrier qui porterait ce titre serait assigné à la lourde et honorable tâche de protéger la terre des ancêtres et le secret de son « trésor » LE WAZALIANE, du nom de la grand-mère de Wazal. Wazaliane était l’épouse de Wazalking, fidèle et toujours à ses côtés. C’était une femme sage, née de la tribu Margeritator, seule de cette tribu née sans marguerite sur sa tête. Après sa mort, le roi Wazalking, par respect et par amour pour son épouse, voulut lui rendre hommage. Il décida de planter une marguerite sur sa tombe. Six mois plus tard, surpris de découvrir un parterre de fleurs sublimes, il demanda aux villageois d’en faire la récolte. Les fleurs étaient mélangées avec le sang de la reine. Ils créèrent alors une fibre transformée en fil tissé, utilisé pour la fabrication du tissu que les rois et wazalciens portent aujourd’hui. En hommage à l’épouse de Wazalking, ce tissu fut appelé WAZALIANE : tissu magique très précieux, qui signifie « plus riche », recherché et convoité par tous les villages voisins. Ce tissu procurait la sagesse et la protection à qui le revêtait. Pour le décorer, il suffisait de prononcer un mot magique « wazalkaliflagilistik » que le roi Wazal connaissait : des messages géométriques et codés de Paix, Modernité, Fécondité apparaissaient alors.

Porter le tissu Wazaliane n’était pas un acte anodin ; en effet, l’étoffe servait également à fabriquer les costumes du roi et les tuniques des Wazalciens, en revanche les Wazalgeois n’y avaient pas accès.

A l’issue du conseil des Wazalciens et Wazalgeois,, fils du roi Wazalion fut naturellement nommé Roi de Wazalville.

Le roi Wazal aimait voyager et partir à la découverte d’autres mondes ; c’était quelqu’un de réfléchi et très curieux. Il était passionné par l’art et la nature. Au retour de chaque voyage, il rapportait des provisions à ses serviteurs.

« Si pour le roi ses journées se déroulaient paisiblement, comme habituellement, en revanche ses nuits devinrent de plus en plus agitées. Des rêves étranges de pouvoirs occultes, de guerre, d’incendie, d’attaque de son royaume venaient hanter son sommeil. »

Un jour, revenant d’un voyage épuisant, il décida d’aller se ressourcer dans les terres de ses ancêtres. Après quelques heures de marche, il entendit soudainement, et venant de très loin, un écho. Curieux il continua de marcher quand tout à coup l’écho retentit, et cette fois de façon plus audible :
Wazal fils de Wazalion, j’ai un message pour toi. Je suis ton Ancêtre, souverain de la cité des anciens, premier roi de Wazalville, gardien, conseiller et protecteur, connu par tes pères sous le nom de Wazaldringo.

Le roi, surpris, sursauta, mais l’Ancêtre lui parla d’une voix calme :

– N’aie crainte, je suis là pour te livrer un message de la part des Ancêtres ; Wazalville est en danger.

– Je ne crains rien et je n’ai de leçons, à recevoir de personne ! Wazalville est un village paisible, j’en suis le roi incontesté. Nul ne viendra troubler notre quiétude.

– Je te demande de me faire confiance et de m’écouter. L’heure est grave. Ne t’obstine pas, ne te crois pas invincible et capable de faire abstraction du conseil de tes ancêtres.

– Je connais parfaitement l’histoire de mes ancêtres, tu es un imposteur et je te demande maintenant de retourner d’où tu viens.

– Soit ! Fais comme il te semble ! Sache que si tu le souhaites vraiment, il te suffira de m’appeler dans tes songes pour entendre le message de tes Ancêtres.

Wazal n’eut pas le temps de répondre, la Voix s’était évaporée. Quelque peu perturbé par l’Intrus mais néanmoins courroucé, il reprit son chemin pour retourner au village. Il ne fit part à personne de cette « rencontre » et pensa vite oublier la « mésaventure ».

« Cette huile est le symbole de la puissance de ton père, tu dois la récupérer. Pour cela, tu devras nager jusqu’au milieu du lac Tchad, un des plus grands lacs du monde et dont les eaux sont douces. »

Si pour le roi ses journées se déroulaient paisiblement, comme habituellement, en revanche ses nuits devinrent de plus en plus agitées. Des rêves étranges de pouvoirs occultes, de guerre, d’incendie, d’attaque de son royaume venaient hanter son sommeil. Pour fuir ces cauchemars, le roi se mit à veiller, mais sans pour autant faire de lien avec sa rencontre avec Wazaldringo. Après dix nuits d’insomnie, exténué, il alla voir les anciens pour trouver la clef de ses songes. Un des anciens qui possédait un don de clairvoyance perçut tout de suite la situation de Wazal. Il ne lui donna qu’un conseil : faire appel, dans ses songes, à Wazaldringo. Wazal, furieux, repartit obstiné et bien décidé à se débrouiller seul car même les anciens ne lui faisaient pas confiance ! Il lui fallut encore une semaine de veille pour entrevoir la nécessité d’écouter les anciens et de solliciter Wazaldringo. Il était exténué, irritable, son esprit était confus, son entourage ne le reconnaissait plus !

Humblement, il implora Wazaldringo, il lui assura être prêt à recevoir ses conseils pour protéger son peuple. Alors, la Voix de l’Ancêtre revint la nuit suivante pour lui conter ses enseignements :

– Je suis venu t’enseigner comment entrer en possession de tes pouvoirs

– Mais de quels pouvoirs parles-tu ? Est-ce en lien avec les menaces sur Wazalville ?

– Tu dois protéger ton village comme tes ancêtres l’ont toujours fait ainsi que l’étoffe précieuse wazaliane que tu portes.

– Mais je suis un voyageur, je ne suis pas digne d’être un héros !

– Tu es le digne fils de Wazalion, donc tu es digne de ta mission et de ce que l’on attend de toi, selon la prophétie.

Ils conversèrent longuement, la confiance s’installa et l’Ancêtre lui conta la prophétie :

« Juste avant de mourir, ton père Wazalion a demandé à ne pas être enterré. Les wazalciens ont respecté son vœu et ils eurent l’idée, afin de le protéger, de conserver son corps au creux d’un moabi, appelé arbre de vie. C’est un arbre rare et sacré. Mais après quelques semaines, un jour que les anciens vinrent se recueillir sous l’arbre, ils eurent la surprise de découvrir à la place du corps du roi, une huile de couleur fauve, rappelant la couleur du pelage du lion, mélangée à la sève de l’arbre. Les anciens se réunirent plusieurs fois afin de réfléchir à l’utilisation de cette huile et sur mes conseils, ils décidèrent de verser l’huile dans la rivière qui coule le long de la terre de tes ancêtres. Lors de leur concertation, j’ai signé un pacte avec eux afin que personne ne s’aperçoive de la disparition de la tête de Wazalion.

Cette huile est le symbole de la puissance de ton père, tu dois la récupérer. Pour cela, tu devras nager jusqu’au milieu du lac Tchad, un des plus grands lacs du monde et dont les eaux sont douces ; tu verras alors une tâche ayant la couleur du lion. Tu plongeras au milieu de cette tâche d’huile et la magie opèrera alors : tu auras des cheveux nattés en forme de queue de lion et une épée gravée sur le haut du dos, il s’agit de l’épée Wazall’âme, qui signifie respect, puissance et créativité. Grâce à cette épée, qui se transmet de père en fils, tu possèderas le pouvoir, la force, le courage et la rapidité de mille lions.

Je dois te conter encore l’histoire de cette huile magique : le père de Wazalion, ton grand-père Wazalking, était guérisseur. Il savait composer de savants mélanges de potions afin de guérir les siens. Dans un village lointain, vivaient deux tribus, les mécanikators, et les futurators : on les appelait ainsi car leurs armures étaient fabriquées à l’aide de pièces mécaniques de moteur, un mélange de mécanique gladiateur et terminator. Un jour, les mécanikators alliés avec les futurators ont lancé une attaque contre le village de Wazalville car ils souhaitaient récupérer la racine du tissu protecteur. Afin de protéger son village, ton grand-père élaborait un mélange de toutes les herbes et huiles qui se trouvaient dans sa cave. Il souhaitait aussi multiplier ses forces. Avant de tester sa potion, il fallait la laisser mijoter doucement. Il s’éloigna quelque temps de la cave. Mais ton père, qui rentrait de voyage alla directement voir son père à la cave ; trouvant une marmite entrain de bouillir, curieux du contenu, il goûta sans réfléchir à la potion. Aussitôt, Wazalion se mit à tousser puis il ressentit un malaise. Après quelques minutes il se ressaisit et se leva. Mais quand il regarda autour de lui, il découvrit avec effroi le sol à deux mètres de son corps : il planait !!! Il tenta en vain d’appeler son père : aucun son ne sortait de sa gorge. Son père, loin d’imaginer le retour de son fils, mais cependant doté d’un sixième sens s’enquit auprès d’un serviteur afin de vérifier son intuition : son fils, de retour en effet et le cherchant, s’était rendu à la cave !

« Aussitôt les espions prirent la route vers la tribu des Mékanikators afin de faire le compte-rendu de leur mission. »

Ton grand-père Wazalking, se souvenant subitement qu’il avait laissé la marmite sur le feu, se rendit aussitôt à la cave. Il trouva son fils qui planait dans les airs, à dix mètres du sol. Il fit reculer au fond de la pièce son serviteur puis il prononça une formule magique : il utilisa trois lettres « wzl » pour communiquer avec les ancêtres. Trois minutes plus tard, Wazalion sortit de son emprise et atterrit, ébaubi, sur un banc. Wazalking le confia au serviteur afin de l’emmener dans sa chambre. Il prit le temps d’éteindre soigneusement le feu et de ranger la cave. Wazalion, dans son sommeil entra en communication avec sa défunte mère Wazaliane. Elle lui annonça la mort prochaine de son père et qu’il en serait le successeur. Elle lui expliqua également qu’il devrait se rendre en haut du Mont Cameroun, appelé Montagne des dieux afin de rencontrer le Bantoutator, guerrier Bantou qui a combattu aux côtés du roi, afin de récupérer ses pouvoirs et d’apprendre à les maîtriser.

De la même façon pour toi, après avoir récupéré les pouvoirs de ton père, tu devras retourner au village, et afin de prendre les bonnes décisions, tu devras toujours être en harmonie avec les wazalciens pour prendre soin du peuple. En effet, les wazalciens sont les Sages du village, ne l’oublie jamais, même si tu es le roi, leur sagesse est incontournable.

Mais avant cette première épreuve, je dois te livrer encore un autre secret.
– Mais, fais donc, allons-y !
– Tu as un petit frère Wazalstyle
– Un frère ! Mais je suis fils unique !
– Il a été conçu hors mariage ; il a toujours vécu à Wazalville. Il a hérité d’un don de créateur : c’est lui qui a confectionné toutes les tuniques et vestes du village, ainsi que celle que tu portes aujourd’hui. La couronne ne l’a jamais intéressé.
– Où est-il ?
– Les Mécanikators alliés aux Futurators, l’ont pris en otage lors de la dernière attaque contre Wazalville.
– Mais que cherchent-ils, que veulent-ils ?
– Ils utilisent ses dons afin de gagner des concours face aux autres créateurs. Il est maintenu attaché par des chaines aux poignets avec des électrodes sur le corps et sur le crâne.
– Et surtout, ils cherchent à conjurer la prédiction entrevue par Futurator : leur perte lors de la prochaine attaque. Ils veulent donc s’emparer de la racine du tissu Wazaliane et avoir ainsi tous les pouvoirs pour être à la tête de tous les empires.

Ta première mission sera de sauver ton frère.
– Mais comment le pourrais-je, je ne le connais pas ?
– Wazalstyle a le crâne nu et sur le haut un « W »
Détailler l’histoire du frère : il a deux dons dont un qu’il ignore
Préciser l’alliance obligatoire des deux frères (l’un ne peut réussir sans l’autre)
Les premiers entraînements commencèrent pour Wazal car Wazaldringo voulait qu’il soit prêt pour l’ultime combat. Ils décidèrent d’apprendre tous les rudiments, et charges attribuées à un roi. Il travaillait dur, était aussi à l’écoute et ne se laissait distraire par personne. Excepté par cette jeune femme qui entrait au palais avec sa mère, la servante qui accomplissait des tâches ménagères du feu roi Wazalion. Appelée Eliane, elle venait souvent aider sa mère. Wazal était attiré par elle, mais n’osait pas le lui dire, ni même se l’avouer. Un jour à son réveil alors qu’il faisait le tour de son royaume il entendit les cris d’une jeune fille et de plusieurs hommes. Il se précipita au palais et ouvrit la chambre d’où venaient les cris : Il vit deux hommes autour de la jeune servante.
– Qui êtes-vous, que lui voulez-vous ?
– De quoi te mêles-tu jeune homme ? Nous avons ordre de la capturer.
La jeunesse fille, leste et rapide comme l’éclair, profitant de l’irruption de Wazal, donna un coup de pied au premier homme mais le deuxième se précipita sur elle et en profita pour lui fixer une puce sur l’épaule. Elle dut les maîtriser sans même l’aide du roi. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, le tour était joué. Aussitôt après elle s’en prit à Wazal :
– Deux hommes veulent me kidnapper, et toi tu converses avec eux, au lieu de me venir en aide. Sache que je n’ai peur de personne ni de rien. On m’appelle la Rebelle !
– Tu as raison je te présente mes excuses, mais qui t’a appris à te battre ? J’aime ta façon de te battre. Mais que faisais-tu dans la chambre seule, sans ta mère ?
– Quand ma mère n’est pas là je la remplace.
– Et les hommes tu les connais ?
– Non !

Le roi appela les gardes pour aller à la recherche des deux hommes afin de les enfermer. Mais ils étaient déjà bien loin et les gardes revinrent bredouille.

Aussitôt les espions prirent la route vers la tribu des Mékanikators afin de faire le compte-rendu de leur mission. Les mécanikators et Futurators les attendaient avec impatience et espéraient des bonnes nouvelles. Les espions humiliés et honteux de leur échec face à une femme, rapportèrent une histoire des faits, quelque peu transformée : ils n’avaient pas pu capturer Eliane car le jeune roi avait surgi et tout mis en œuvre pour les en empêcher. Après un long et rude combat, ils avaient dû prendre la fuite, non sans avoir auparavant installé la puce sur l’épaule de la jeune fille. Les mékanicators, furieux de cette défaite, brûlèrent leurs oreilles, et ils se concertèrent avec les Futurators en vue d’échafauder un nouveau plan.

Le quotidien des Wazalgeois :

Parmi les wazalgeois il y avait quelques soldats du roi wazal ; ils passaient beaucoup de leur temps libre à jouer au rugby. C’étaient des hommes robustes, ils aimaient les sports qui faisaient appel à la force physique. En guise de maillot, ils revêtaient des tuniques pour jouer au rugby et également afin de plaire aux femmes. Ils avaient créé une technique de jeu unique et très particulière. Le roi prenait beaucoup de plaisir à les regarder jouer, perché sur la tribune avec quelques wazalciens. C’était aussi l’occasion pour lui de choisir les meilleurs soldats.

Certains wazalgeois aimaient cultiver, pêcher et chasser

Wazaldringo : l’Ancêtre

Wazalking : père de Wazalion

Wazalion : Fils de Wazalking et père de Wazal et Wazalstyle

Wazal : fils du roi Wazalion

Wazalcien : les anciens

Wazalstyle : demi-frère de wazal

Wazallionne (née …) : femme de Wazal

Wazall’âme : épée de Wazal

Wazaliane : épouse de Wazalking et mère de Wazalion – tissu protecteur et magique

Mécanikators : tribus voisines – hommes avec un mélange de mécanique gladiateur et terminator

Futurator : tribus voisines : des méchants

Margeritator : femme mi humaine mi fleur inspirée d’une fleur marguerite

Toureiffelysée : un mélange de tour Eiffel et de champ Elysées

wazalkaliflagilistik : mot magique pour faire apparaître des dessins géométriques

Une
Les tribus : Mécanikator

Futurator

Toureiffelysée

Margueritator

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CULTURE

NIGÉRIA/FRANCE – « Lagos Feat Paris » : Wale Gbadamosi Oyekanmi veut faire de la culture un pont économique entre la France et le Nigeria

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Du 6 au 11 décembre 2026, Lagos accueillera la première édition de « Lagos Feat Paris », un festival consacré aux collaborations musicales et culturelles entre artistes français et nigérians. À l’origine de cette initiative, l’entrepreneur franco-nigérian Wale Gbadamosi Oyekanmi ambitionne de dépasser le cadre du spectacle pour favoriser la création musicale, la transmission des compétences et l’emploi local. Rencontré à Paris, il présente les ambitions d’un projet qui entend rapprocher deux écosystèmes culturels parmi les plus dynamiques de leurs régions.


Entre Paris et Lagos, les échanges culturels se multiplient, portés notamment par le succès international de l’afrobeats, les collaborations musicales et l’intérêt croissant pour les industries créatives africaines. Mais comment transformer cette dynamique artistique en partenariats durables, capables de générer de nouvelles productions, des compétences et des retombées économiques ? C’est tout l’enjeu de « Lagos Feat Paris », un festival imaginé par Wale Gbadamosi Oyekanmi, entrepreneur franco-nigérian installé depuis un an et demi au Nigeria après avoir passé l’essentiel de sa vie à Paris. Pour lui, ce projet est d’abord une manière de réunir deux univers qui ont façonné son identité. D’un côté, le Nigeria, pays d’origine de ses parents et puissance culturelle africaine ; de l’autre, Paris, où il a grandi et construit son parcours. « Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de créer des ponts entre ces deux mondes-là, qui ne se connaissent pas assez, à part dans le domaine de la musique et du cinéma », explique-t-il.


Au-delà de cette dimension personnelle, l’initiative s’inscrit dans un contexte de rapprochement culturel et économique entre la France et le Nigeria. L’entrepreneur souhaite s’appuyer sur cette dynamique pour encourager de nouvelles formes de coopération, fondées sur la création commune plutôt que sur la simple circulation des artistes.


Six jours pour créer, produire et faire rayonner les talents
Prévue du 6 au 11 décembre 2026 à Lagos, la première édition réunira des artistes français et nigérians autour d’un programme associant résidences de création, rencontres professionnelles, formation et spectacles. L’objectif n’est pas uniquement de présenter au public des artistes déjà connus, mais de leur permettre de travailler ensemble et de produire de nouvelles œuvres. Pendant trois jours, des musiciens et producteurs issus des deux pays partageront des sessions de studio afin de développer des compositions originales. Ces créations pourront ensuite être diffusées sur les marchés internationaux. « Ils vont créer ensemble de la musique, ensemble de nouvelles propriétés intellectuelles qu’ils vont ensuite publier et exporter », précise le fondateur. Le festival culminera le 11 décembre avec un grand concert de trois heures, qui doit réunir des artistes nigérians et français. Selon l’organisateur, le spectacle sera filmé et diffusé à la télévision ainsi que sur les plateformes numériques, afin de toucher un public au-delà des frontières du Nigeria. La programmation artistique complète doit être dévoilée prochainement.


Lagos, capitale de la création et carrefour des influences
Le choix de Lagos comme point de départ de cette initiative ne doit rien au hasard. Métropole économique du Nigeria, la ville occupe une place centrale dans le développement des musiques urbaines africaines et de l’industrie cinématographique Nollywood. Son dynamisme attire artistes, producteurs, entrepreneurs et investisseurs culturels. Pour Wale Gbadamosi Oyekanmi, qui revendique également son héritage yoruba, Lagos représente un espace privilégié de création et de transmission. « Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de créer ce pont-là entre ces deux mondes. Entre Lagos, l’énergie, la jeunesse, la créativité et l’héritage de la France », souligne-t-il. Cette rencontre entre les deux villes doit permettre aux artistes français de mieux connaître le marché nigérian, tout en offrant aux talents locaux de nouvelles possibilités de visibilité dans l’espace francophone. Le projet entend ainsi dépasser les frontières linguistiques qui structurent encore largement les échanges culturels africains. Il s’adresse notamment à des artistes français issus de la diaspora africaine, dont les parcours et les influences musicales témoignent déjà de la circulation des cultures entre plusieurs continents.


Former 30 femmes et créer 200 emplois : l’ambition économique du festival
L’un des aspects les plus significatifs du projet concerne ses retombées économiques et sociales. Pour cette première édition, les organisateurs affichent un objectif de 200 emplois directs et de formation de 30 femmes aux métiers de la musique. Un partenariat avec Audio Girls Africa doit notamment permettre à de jeunes professionnelles nigérianes de participer à des sessions de formation et de collaboration avec les équipes artistiques françaises. L’ambition est de favoriser une transmission réciproque des compétences, plutôt qu’un transfert de savoir-faire à sens unique. « Ce qui nous intéresse, c’est que le savoir-faire français soit transmis aux jeunes productrices nigérianes et que les jeunes productrices nigérianes […] leur apprennent aussi leurs compétences », explique Wale Gbadamosi Oyekanmi. Cette approche traduit une volonté de reconnaître l’expertise des professionnels africains, particulièrement dans les domaines de la production musicale et des sonorités contemporaines qui contribuent aujourd’hui au rayonnement international de la musique nigériane.


Au-delà des concerts, l’organisation du festival devrait également mobiliser des métiers liés à la production audiovisuelle, à la logistique, à la communication et à l’accueil du public. Les 200 emplois annoncés constituent, à ce stade, un objectif fixé par les organisateurs pour cette première édition.


La diaspora, au-delà des transferts d’argent
Pour le fondateur de « Lagos Feat Paris », le festival porte aussi une réflexion sur le rôle économique et culturel des diasporas africaines. Longtemps abordée principalement sous l’angle des transferts financiers vers les pays d’origine, leur contribution peut également prendre la forme d’investissements, de création d’entreprises, de transmission de compétences et de développement de projets structurants. « Je crois beaucoup à la puissance de la diversité », affirme-t-il. L’entrepreneur estime que les Africains de la diaspora, après avoir bénéficié d’opportunités professionnelles à l’étranger, peuvent contribuer au développement de nouveaux écosystèmes économiques sur le continent. Dans cette perspective, la culture apparaît comme un secteur susceptible de créer des emplois tout en renforçant les liens entre les communautés. Le festival entend démontrer que les initiatives culturelles peuvent aussi devenir des projets entrepreneuriaux, avec des objectifs économiques mesurables.


Le soutien annoncé de plusieurs acteurs de l’industrie musicale
Le projet bénéficie, selon son fondateur, d’un accueil favorable auprès de plusieurs acteurs majeurs de l’industrie musicale nigériane. Wale Gbadamosi Oyekanmi évoque notamment des échanges avec l’entourage de Wizkid et les équipes de Davido, ainsi que des partenariats avec Sony Music, The Orchard et Mavin Records, label associé à des artistes comme Rema et Ayra Starr. Ces soutiens témoignent, selon lui, de l’intérêt suscité par une initiative destinée à renforcer les collaborations entre les industries musicales française et nigériane. L’organisateur souligne toutefois que l’engagement de ces acteurs ne signifie pas nécessairement leur présence sur scène lors du festival. L’enjeu est aussi de bénéficier de leur connaissance du marché, de leurs réseaux professionnels et de leur expérience dans le développement international des artistes.


Un festival ouvert au public et tourné vers l’international
L’accessibilité constitue un autre volet du projet. Prévu sur Lagos Island, dans un espace muséal et culturel, l’événement entend accueillir des publics issus de différents milieux sociaux. Les organisateurs annoncent la mise à disposition de places gratuites et des aménagements pour les personnes à mobilité réduite. Pour encourager les déplacements internationaux, Wale Gbadamosi Oyekanmi indique également qu’Air France accompagne l’initiative avec une réduction annoncée de 10 % sur les voyages liés au festival. Les spectateurs qui ne pourront pas se rendre à Lagos devraient pouvoir suivre une partie des manifestations à distance, grâce aux retransmissions télévisées et numériques. Cette stratégie de diffusion répond à une ambition plus large : faire connaître Lagos comme destination culturelle, encourager le tourisme et renforcer l’attractivité internationale des industries créatives nigérianes.


Vers une coopération culturelle d’égal à égal
Au-delà de la programmation artistique, « Lagos Feat Paris » défend une certaine conception de la coopération internationale. Pour son fondateur, les partenariats doivent reposer sur la coconstruction, la reconnaissance des compétences locales et la réciprocité des bénéfices. Cette philosophie concerne aussi bien les artistes que les institutions, les entreprises partenaires et les communautés mobilisées autour du festival. « Ce qui nous intéresse, c’est de coconstruire avec l’ensemble des partenaires », insiste-t-il. L’entrepreneur évoque notamment l’accompagnement de l’Institut français, les échanges avec les acteurs institutionnels et les chambres de commerce, ainsi que la mobilisation de communautés franco-nigérianes. En choisissant Lagos pour accueillir les sessions de création et la production des nouvelles œuvres, le festival entend également contribuer à renforcer les capacités de production sur place.


À terme, ses organisateurs espèrent inscrire l’événement dans la durée et développer une deuxième édition plus ambitieuse. Reste à mesurer, à l’issue de cette première expérience, sa capacité à concrétiser les objectifs annoncés en matière d’emploi, de formation et de création musicale. Dans un contexte où les industries culturelles africaines gagnent en visibilité internationale, « Lagos Feat Paris » entend ainsi défendre une conviction : la culture peut devenir un instrument de coopération économique, de transmission des savoir-faire et de création de valeur, au bénéfice des artistes et des territoires.

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CINÉMA

BENIN – La série Jimmy Boris : L’Afrique tient son héros d’espionnage

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Cette série Jimmy Boris s’impose comme une fresque romanesque de l’espionnage contemporain. Six titres sont déjà parus Panique à Cotonou, La vengeance d’Aïcha Kadhafi, Coup d’État au Gabon, Une taupe à l’Élysée, La vengeance de Poutine et tout récemment La conspiration des Anges.

Le fil rouge de cette série ? Jimmy Boris, ancien des services secrets béninois passé à la DGSE. Quadragénaire athlétique de signe taureau, esthète raffiné, amateur de thé à la vanille et de la bonne gastronomie. Ses missions l’entraînent au cœur des grandes secousses géopolitiques de la planète. À ses côtés, sa fiancée Eva Randet, métisse franco-malgache, apparaît parfois comme un contrepoint à ses aventures.

Chaque roman s’ancre dans une actualité brûlante. Dans Panique à Cotonou, Jimmy Boris affronte la menace de la secte Boko Haram décidée à frapper les intérêts français au Bénin. Cette intrigue, entièrement réécrite, vient d’être republiée sous le titre de La conspiration des anges. La vengeance d’Aïcha Kadhafi met en scène la fille aînée du dictateur libyen, commanditaire de tueurs cherchant à venger la mort de son père à Paris. Avec Une taupe à l’Élysée, l’espion Jimmy Boris plonge dans les arcanes du pouvoir français, après l’assassinat d’un conseiller présidentiel, révélant une infiltration au sommet de l’État. Coup d’État au Gabon déplace l’action à Libreville, sur fond de putsch militaire et de trafic de fausse monnaie. Jimmy Boris infiltre les cercles du pouvoir gabonais, où s’entrecroisent ambitions locales et influences étrangères avides de contrôler la succession présidentielle.

La vengeance de Poutine, variante contemporaine de la guerre froide, est sans doute le numéro le plus abouti (pour l’instant). Il s’inspire de l’affaire des Mistral non livrés à la Russie en 2014 : prétexte à un récit haletant où Boris traque un maître-espion russe à Paris, au milieu d’un vaste complot ourdi par le Kremlin.

Les romans de cette série Jimmy Boris sont bien décrits et s’inscrivent dans une veine immersive voire hyperréaliste. Comme dans la scène du début de La vengeance de Poutine : « … Le conseiller du président Macron se retourne vivement… Son cœur bat si fort qu’il lui semble accroché à ses oreilles. Son cigare glisse de ses doigts brutalement agités par un tremblement… » Il en est de même de la scène de l’attentat au début de La vengeance d’Aïcha Kadhafi : L’agent de sécurité se trouve à trois mètres. Jamila al Nabil sourit et murmure : ’’Afin que soit vengé Mouammar Kadhafi.’’ Puis elle déclenche sa charge explosive. Le bruit d’apocalypse n’est pas encore parvenu à ses tympans que la terroriste est transformée en chaleur et lumière…»

Entre géopolitique et action, Mouftaou Badarou impose une plume singulière et prometteuse, qui fait dire à certains qu’il est le Gérard de Villiers africain. On ne sait pas quels sommets il atteindra. Mais, à en croire les critiques, il continue de monter dans l’estime des amateurs de romans d’espionnage.

La conspiration des anges, éd. Licht, septembre 2026, 170 p.,16€
Disponible sur Amazon, fnac.com, editions-llicht.com, eyrolles.com, cultura.com

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CINÉMA

MAROC – Festival de Salé : Les femmes au cœur de la 19e édition

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Depuis plus de deux décennies, le Festival international du film de femmes de Salé s’impose comme un rendez-vous consacré à la visibilité des femmes dans le septième art marocain. Pour sa 19e édition, la manifestation poursuit cette orientation en mettant notamment l’accent sur les conditions d’accès aux financements, les opportunités professionnelles et la place accordée aux femmes dans l’industrie cinématographique.

Pendant plusieurs jours, actrices, réalisatrices et professionnelles du secteur se sont retrouvées à Salé autour d’une programmation destinée à mettre en avant leurs parcours et leurs créations. La présence féminine occupe également une place importante sur le tapis rouge, devenu l’un des temps forts du festival.

Pour l’actrice marocaine Bouchra Ahrich, cette manifestation contribue à défendre la cause des femmes à travers les œuvres sélectionnées, mais aussi par la visibilité accordée aux professionnelles du cinéma. Le festival entend ainsi créer un espace de rencontres et de débats autour de la représentation des femmes et de leur contribution à la création cinématographique.

Cette édition est également marquée par une nouveauté destinée à rapprocher les œuvres du public marocain. Pour la première fois, les films présentés sont sous-titrés en arabe, une initiative qui doit faciliter leur compréhension par un public plus large.

Le festival a par ailleurs rendu hommage à plusieurs figures du cinéma pour l’ensemble de leur carrière. Parmi les personnalités distinguées figure le réalisateur Mohammed Abderrahman Tazi, premier homme à recevoir un trophée du Festival de Salé. Après plus de soixante ans consacrés au cinéma, le cinéaste marocain a accueilli cette reconnaissance comme une distinction importante dans son parcours.

Mohammed Abderrahman Tazi estime par ailleurs que le cinéma doit contribuer à montrer les différentes réalités vécues par les femmes au Maroc. Il souligne également l’importance du dialogue entre réalisateurs et réalisatrices dans un secteur où les regards et les expériences peuvent contribuer à enrichir les productions.

La compétition officielle propose cette année neuf longs métrages dans la catégorie fiction. Parmi les réalisatrices présentes figure la scénariste et cinéaste Baro Orokiatou, venue présenter son film « Burnikabe ». Sa participation s’inscrit dans la volonté du festival de donner davantage de visibilité aux créations portées par des femmes et de permettre au public de découvrir des approches cinématographiques différentes.

Au-delà de la compétition, le rendez-vous constitue également un espace de rencontres pour les professionnels du secteur. Producteurs, réalisateurs et acteurs du cinéma africain peuvent y découvrir de nouveaux talents et repérer des œuvres susceptibles d’être programmées dans d’autres manifestations du continent, notamment au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, le FESPACO.

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