CULTURE
CAMEROUN : Une belle légende contée par Wazal Ayissi.
Entre les ciseaux et la plume, Wazal Ayissi ne fait pas de différence. Son inspiration débordante l’amène à l’écriture, il nous conte l’histoire du roi Wazalion au Royaume Wazalvilles.
Les extraits :
Il était une fois, à l’extrême Nord du Cameroun, vivait le roi Wazalion au Royaume Wazalvilles. Wazalvilles était un village calme, paisible, où la sagesse de ses anciens permettait d’assurer la pérennité du village. Pour tout visiteur extérieur, il donnait l’impression d’un village robuste, difficile à conquérir. Ses murs anciens laissaient paraître les différentes et nombreuses batailles déjà menées, et reflétaient une force majestueuse indescriptible. Le roi Wazalion était un homme d’une grande sagesse, patience et intelligence. Doux dans ses actes et ses paroles, il disposait d’une puissance et d’une maturité redoutables qui forçaient le respect. Aimé de tous, il n’hésitait pas à partir au combat afin de protéger ses terres et répondre aux besoins de son peuple. C’est lors d’une embuscade que le bon roi Wazalion trouva la mort : le village avait été pris d’assaut. Wazalion cacha son épouse et son fils dans une cave secrète afin de les mettre à l’abri. Puis il réunit ses armées pour protéger le village. A l’aide de son armure et de son épée Wazall’âme, le roi Wazalion accompagné de ses soldats et de son fidèle ami Bantoutator se lancèrent dans un combat sanglant au cours duquel le roi perdit la vie. Bantoutator ayant échappé à la mort promit de venger la mort de son ami Wazallion.
A sa mort il laissa derrière lui un fils, Wazal, qui signifie « lion, roi de la jungle ».
Un jour les wazalciens et wazalgeois du village se réunirent pour nommer le nouveau chef du village.
Comme le prédisait la prophétie, le courageux guerrier qui porterait ce titre serait assigné à la lourde et honorable tâche de protéger la terre des ancêtres et le secret de son « trésor » LE WAZALIANE, du nom de la grand-mère de Wazal. Wazaliane était l’épouse de Wazalking, fidèle et toujours à ses côtés. C’était une femme sage, née de la tribu Margeritator, seule de cette tribu née sans marguerite sur sa tête. Après sa mort, le roi Wazalking, par respect et par amour pour son épouse, voulut lui rendre hommage. Il décida de planter une marguerite sur sa tombe. Six mois plus tard, surpris de découvrir un parterre de fleurs sublimes, il demanda aux villageois d’en faire la récolte. Les fleurs étaient mélangées avec le sang de la reine. Ils créèrent alors une fibre transformée en fil tissé, utilisé pour la fabrication du tissu que les rois et wazalciens portent aujourd’hui. En hommage à l’épouse de Wazalking, ce tissu fut appelé WAZALIANE : tissu magique très précieux, qui signifie « plus riche », recherché et convoité par tous les villages voisins. Ce tissu procurait la sagesse et la protection à qui le revêtait. Pour le décorer, il suffisait de prononcer un mot magique « wazalkaliflagilistik » que le roi Wazal connaissait : des messages géométriques et codés de Paix, Modernité, Fécondité apparaissaient alors.
Porter le tissu Wazaliane n’était pas un acte anodin ; en effet, l’étoffe servait également à fabriquer les costumes du roi et les tuniques des Wazalciens, en revanche les Wazalgeois n’y avaient pas accès.
A l’issue du conseil des Wazalciens et Wazalgeois,, fils du roi Wazalion fut naturellement nommé Roi de Wazalville.
Le roi Wazal aimait voyager et partir à la découverte d’autres mondes ; c’était quelqu’un de réfléchi et très curieux. Il était passionné par l’art et la nature. Au retour de chaque voyage, il rapportait des provisions à ses serviteurs.
« Si pour le roi ses journées se déroulaient paisiblement, comme habituellement, en revanche ses nuits devinrent de plus en plus agitées. Des rêves étranges de pouvoirs occultes, de guerre, d’incendie, d’attaque de son royaume venaient hanter son sommeil. »
Un jour, revenant d’un voyage épuisant, il décida d’aller se ressourcer dans les terres de ses ancêtres. Après quelques heures de marche, il entendit soudainement, et venant de très loin, un écho. Curieux il continua de marcher quand tout à coup l’écho retentit, et cette fois de façon plus audible :
Wazal fils de Wazalion, j’ai un message pour toi. Je suis ton Ancêtre, souverain de la cité des anciens, premier roi de Wazalville, gardien, conseiller et protecteur, connu par tes pères sous le nom de Wazaldringo.
Le roi, surpris, sursauta, mais l’Ancêtre lui parla d’une voix calme :
– N’aie crainte, je suis là pour te livrer un message de la part des Ancêtres ; Wazalville est en danger.
– Je ne crains rien et je n’ai de leçons, à recevoir de personne ! Wazalville est un village paisible, j’en suis le roi incontesté. Nul ne viendra troubler notre quiétude.
– Je te demande de me faire confiance et de m’écouter. L’heure est grave. Ne t’obstine pas, ne te crois pas invincible et capable de faire abstraction du conseil de tes ancêtres.
– Je connais parfaitement l’histoire de mes ancêtres, tu es un imposteur et je te demande maintenant de retourner d’où tu viens.
– Soit ! Fais comme il te semble ! Sache que si tu le souhaites vraiment, il te suffira de m’appeler dans tes songes pour entendre le message de tes Ancêtres.
Wazal n’eut pas le temps de répondre, la Voix s’était évaporée. Quelque peu perturbé par l’Intrus mais néanmoins courroucé, il reprit son chemin pour retourner au village. Il ne fit part à personne de cette « rencontre » et pensa vite oublier la « mésaventure ».
« Cette huile est le symbole de la puissance de ton père, tu dois la récupérer. Pour cela, tu devras nager jusqu’au milieu du lac Tchad, un des plus grands lacs du monde et dont les eaux sont douces. »
Si pour le roi ses journées se déroulaient paisiblement, comme habituellement, en revanche ses nuits devinrent de plus en plus agitées. Des rêves étranges de pouvoirs occultes, de guerre, d’incendie, d’attaque de son royaume venaient hanter son sommeil. Pour fuir ces cauchemars, le roi se mit à veiller, mais sans pour autant faire de lien avec sa rencontre avec Wazaldringo. Après dix nuits d’insomnie, exténué, il alla voir les anciens pour trouver la clef de ses songes. Un des anciens qui possédait un don de clairvoyance perçut tout de suite la situation de Wazal. Il ne lui donna qu’un conseil : faire appel, dans ses songes, à Wazaldringo. Wazal, furieux, repartit obstiné et bien décidé à se débrouiller seul car même les anciens ne lui faisaient pas confiance ! Il lui fallut encore une semaine de veille pour entrevoir la nécessité d’écouter les anciens et de solliciter Wazaldringo. Il était exténué, irritable, son esprit était confus, son entourage ne le reconnaissait plus !
Humblement, il implora Wazaldringo, il lui assura être prêt à recevoir ses conseils pour protéger son peuple. Alors, la Voix de l’Ancêtre revint la nuit suivante pour lui conter ses enseignements :
– Je suis venu t’enseigner comment entrer en possession de tes pouvoirs
– Mais de quels pouvoirs parles-tu ? Est-ce en lien avec les menaces sur Wazalville ?
– Tu dois protéger ton village comme tes ancêtres l’ont toujours fait ainsi que l’étoffe précieuse wazaliane que tu portes.
– Mais je suis un voyageur, je ne suis pas digne d’être un héros !
– Tu es le digne fils de Wazalion, donc tu es digne de ta mission et de ce que l’on attend de toi, selon la prophétie.
Ils conversèrent longuement, la confiance s’installa et l’Ancêtre lui conta la prophétie :
« Juste avant de mourir, ton père Wazalion a demandé à ne pas être enterré. Les wazalciens ont respecté son vœu et ils eurent l’idée, afin de le protéger, de conserver son corps au creux d’un moabi, appelé arbre de vie. C’est un arbre rare et sacré. Mais après quelques semaines, un jour que les anciens vinrent se recueillir sous l’arbre, ils eurent la surprise de découvrir à la place du corps du roi, une huile de couleur fauve, rappelant la couleur du pelage du lion, mélangée à la sève de l’arbre. Les anciens se réunirent plusieurs fois afin de réfléchir à l’utilisation de cette huile et sur mes conseils, ils décidèrent de verser l’huile dans la rivière qui coule le long de la terre de tes ancêtres. Lors de leur concertation, j’ai signé un pacte avec eux afin que personne ne s’aperçoive de la disparition de la tête de Wazalion.
Cette huile est le symbole de la puissance de ton père, tu dois la récupérer. Pour cela, tu devras nager jusqu’au milieu du lac Tchad, un des plus grands lacs du monde et dont les eaux sont douces ; tu verras alors une tâche ayant la couleur du lion. Tu plongeras au milieu de cette tâche d’huile et la magie opèrera alors : tu auras des cheveux nattés en forme de queue de lion et une épée gravée sur le haut du dos, il s’agit de l’épée Wazall’âme, qui signifie respect, puissance et créativité. Grâce à cette épée, qui se transmet de père en fils, tu possèderas le pouvoir, la force, le courage et la rapidité de mille lions.
Je dois te conter encore l’histoire de cette huile magique : le père de Wazalion, ton grand-père Wazalking, était guérisseur. Il savait composer de savants mélanges de potions afin de guérir les siens. Dans un village lointain, vivaient deux tribus, les mécanikators, et les futurators : on les appelait ainsi car leurs armures étaient fabriquées à l’aide de pièces mécaniques de moteur, un mélange de mécanique gladiateur et terminator. Un jour, les mécanikators alliés avec les futurators ont lancé une attaque contre le village de Wazalville car ils souhaitaient récupérer la racine du tissu protecteur. Afin de protéger son village, ton grand-père élaborait un mélange de toutes les herbes et huiles qui se trouvaient dans sa cave. Il souhaitait aussi multiplier ses forces. Avant de tester sa potion, il fallait la laisser mijoter doucement. Il s’éloigna quelque temps de la cave. Mais ton père, qui rentrait de voyage alla directement voir son père à la cave ; trouvant une marmite entrain de bouillir, curieux du contenu, il goûta sans réfléchir à la potion. Aussitôt, Wazalion se mit à tousser puis il ressentit un malaise. Après quelques minutes il se ressaisit et se leva. Mais quand il regarda autour de lui, il découvrit avec effroi le sol à deux mètres de son corps : il planait !!! Il tenta en vain d’appeler son père : aucun son ne sortait de sa gorge. Son père, loin d’imaginer le retour de son fils, mais cependant doté d’un sixième sens s’enquit auprès d’un serviteur afin de vérifier son intuition : son fils, de retour en effet et le cherchant, s’était rendu à la cave !
« Aussitôt les espions prirent la route vers la tribu des Mékanikators afin de faire le compte-rendu de leur mission. »
Ton grand-père Wazalking, se souvenant subitement qu’il avait laissé la marmite sur le feu, se rendit aussitôt à la cave. Il trouva son fils qui planait dans les airs, à dix mètres du sol. Il fit reculer au fond de la pièce son serviteur puis il prononça une formule magique : il utilisa trois lettres « wzl » pour communiquer avec les ancêtres. Trois minutes plus tard, Wazalion sortit de son emprise et atterrit, ébaubi, sur un banc. Wazalking le confia au serviteur afin de l’emmener dans sa chambre. Il prit le temps d’éteindre soigneusement le feu et de ranger la cave. Wazalion, dans son sommeil entra en communication avec sa défunte mère Wazaliane. Elle lui annonça la mort prochaine de son père et qu’il en serait le successeur. Elle lui expliqua également qu’il devrait se rendre en haut du Mont Cameroun, appelé Montagne des dieux afin de rencontrer le Bantoutator, guerrier Bantou qui a combattu aux côtés du roi, afin de récupérer ses pouvoirs et d’apprendre à les maîtriser.
De la même façon pour toi, après avoir récupéré les pouvoirs de ton père, tu devras retourner au village, et afin de prendre les bonnes décisions, tu devras toujours être en harmonie avec les wazalciens pour prendre soin du peuple. En effet, les wazalciens sont les Sages du village, ne l’oublie jamais, même si tu es le roi, leur sagesse est incontournable.
Mais avant cette première épreuve, je dois te livrer encore un autre secret.
– Mais, fais donc, allons-y !
– Tu as un petit frère Wazalstyle
– Un frère ! Mais je suis fils unique !
– Il a été conçu hors mariage ; il a toujours vécu à Wazalville. Il a hérité d’un don de créateur : c’est lui qui a confectionné toutes les tuniques et vestes du village, ainsi que celle que tu portes aujourd’hui. La couronne ne l’a jamais intéressé.
– Où est-il ?
– Les Mécanikators alliés aux Futurators, l’ont pris en otage lors de la dernière attaque contre Wazalville.
– Mais que cherchent-ils, que veulent-ils ?
– Ils utilisent ses dons afin de gagner des concours face aux autres créateurs. Il est maintenu attaché par des chaines aux poignets avec des électrodes sur le corps et sur le crâne.
– Et surtout, ils cherchent à conjurer la prédiction entrevue par Futurator : leur perte lors de la prochaine attaque. Ils veulent donc s’emparer de la racine du tissu Wazaliane et avoir ainsi tous les pouvoirs pour être à la tête de tous les empires.
Ta première mission sera de sauver ton frère.
– Mais comment le pourrais-je, je ne le connais pas ?
– Wazalstyle a le crâne nu et sur le haut un « W »
Détailler l’histoire du frère : il a deux dons dont un qu’il ignore
Préciser l’alliance obligatoire des deux frères (l’un ne peut réussir sans l’autre)
Les premiers entraînements commencèrent pour Wazal car Wazaldringo voulait qu’il soit prêt pour l’ultime combat. Ils décidèrent d’apprendre tous les rudiments, et charges attribuées à un roi. Il travaillait dur, était aussi à l’écoute et ne se laissait distraire par personne. Excepté par cette jeune femme qui entrait au palais avec sa mère, la servante qui accomplissait des tâches ménagères du feu roi Wazalion. Appelée Eliane, elle venait souvent aider sa mère. Wazal était attiré par elle, mais n’osait pas le lui dire, ni même se l’avouer. Un jour à son réveil alors qu’il faisait le tour de son royaume il entendit les cris d’une jeune fille et de plusieurs hommes. Il se précipita au palais et ouvrit la chambre d’où venaient les cris : Il vit deux hommes autour de la jeune servante.
– Qui êtes-vous, que lui voulez-vous ?
– De quoi te mêles-tu jeune homme ? Nous avons ordre de la capturer.
La jeunesse fille, leste et rapide comme l’éclair, profitant de l’irruption de Wazal, donna un coup de pied au premier homme mais le deuxième se précipita sur elle et en profita pour lui fixer une puce sur l’épaule. Elle dut les maîtriser sans même l’aide du roi. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, le tour était joué. Aussitôt après elle s’en prit à Wazal :
– Deux hommes veulent me kidnapper, et toi tu converses avec eux, au lieu de me venir en aide. Sache que je n’ai peur de personne ni de rien. On m’appelle la Rebelle !
– Tu as raison je te présente mes excuses, mais qui t’a appris à te battre ? J’aime ta façon de te battre. Mais que faisais-tu dans la chambre seule, sans ta mère ?
– Quand ma mère n’est pas là je la remplace.
– Et les hommes tu les connais ?
– Non !
Le roi appela les gardes pour aller à la recherche des deux hommes afin de les enfermer. Mais ils étaient déjà bien loin et les gardes revinrent bredouille.
Aussitôt les espions prirent la route vers la tribu des Mékanikators afin de faire le compte-rendu de leur mission. Les mécanikators et Futurators les attendaient avec impatience et espéraient des bonnes nouvelles. Les espions humiliés et honteux de leur échec face à une femme, rapportèrent une histoire des faits, quelque peu transformée : ils n’avaient pas pu capturer Eliane car le jeune roi avait surgi et tout mis en œuvre pour les en empêcher. Après un long et rude combat, ils avaient dû prendre la fuite, non sans avoir auparavant installé la puce sur l’épaule de la jeune fille. Les mékanicators, furieux de cette défaite, brûlèrent leurs oreilles, et ils se concertèrent avec les Futurators en vue d’échafauder un nouveau plan.
Le quotidien des Wazalgeois :
Parmi les wazalgeois il y avait quelques soldats du roi wazal ; ils passaient beaucoup de leur temps libre à jouer au rugby. C’étaient des hommes robustes, ils aimaient les sports qui faisaient appel à la force physique. En guise de maillot, ils revêtaient des tuniques pour jouer au rugby et également afin de plaire aux femmes. Ils avaient créé une technique de jeu unique et très particulière. Le roi prenait beaucoup de plaisir à les regarder jouer, perché sur la tribune avec quelques wazalciens. C’était aussi l’occasion pour lui de choisir les meilleurs soldats.
Certains wazalgeois aimaient cultiver, pêcher et chasser
Wazaldringo : l’Ancêtre
Wazalking : père de Wazalion
Wazalion : Fils de Wazalking et père de Wazal et Wazalstyle
Wazal : fils du roi Wazalion
Wazalcien : les anciens
Wazalstyle : demi-frère de wazal
Wazallionne (née …) : femme de Wazal
Wazall’âme : épée de Wazal
Wazaliane : épouse de Wazalking et mère de Wazalion – tissu protecteur et magique
Mécanikators : tribus voisines – hommes avec un mélange de mécanique gladiateur et terminator
Futurator : tribus voisines : des méchants
Margeritator : femme mi humaine mi fleur inspirée d’une fleur marguerite
Toureiffelysée : un mélange de tour Eiffel et de champ Elysées
wazalkaliflagilistik : mot magique pour faire apparaître des dessins géométriques
Une
Les tribus : Mécanikator
Futurator
Toureiffelysée
Margueritator
BEAUTÉ
FRANCE – Raïssa Dora : Du combat contre le SOPK à la création d’une marque dédiée au bien-être féminin
Diagnostiquée à l’âge de 12 ans d’un syndrome des ovaires polykystiques, Raïssa Dora a longtemps dû composer avec des douleurs menstruelles invalidantes, une prise de poids, une forte pilosité et une perte de cheveux. Cette Française d’origine camerounaise a puisé dans son expérience personnelle la force de créer une marque consacrée au bien-être des femmes. Aujourd’hui, son entreprise revendique plus de 30 000 commandes et porte un message essentiel : écouter son corps, consulter et ne jamais banaliser sa souffrance.

Derrière la cheffe d’entreprise se trouve d’abord une jeune femme joyeuse, curieuse et passionnée par les voyages, la lecture et les rencontres. Pourtant, une épreuve survenue au début de son adolescence a profondément influencé son parcours. À 12 ans, alors qu’elle vient d’avoir ses premières règles, son cycle s’interrompt brutalement. Sa mère, elle-même atteinte du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), l’emmène consulter un gynécologue. Le diagnostic est posé. Malgré son jeune âge, Raïssa Dora comprend rapidement que ce syndrome hormonal pourra avoir des répercussions sur sa future vie de femme.
Des symptômes apparus progressivement
Les premières manifestations du SOPK se traduisent par de très fortes douleurs menstruelles. Pendant les trois premiers jours de ses règles, la jeune fille peine parfois à sortir de son lit et à se rendre à l’école. En grandissant, d’autres symptômes apparaissent : une pilosité de plus en plus importante, une fatigue inexpliquée, une prise de poids malgré une activité sportive régulière, puis une perte de cheveux au niveau des tempes et du milieu du crâne. Une consultation auprès d’un endocrinologue révèle également une hyperandrogénie, c’est-à-dire un excès d’hormones androgènes. Celle-ci permet notamment d’expliquer certains changements corporels, comme la pilosité, la chute des cheveux ou encore une prise de masse musculaire très rapide. « J’ai grandi avec cette sensation d’être différente des autres femmes », confie-t-elle. À l’école, elle parvient encore à gérer certaines absences. Mais son entrée dans la vie professionnelle rend la situation plus délicate. Comment expliquer à son responsable que les douleurs sont parfois si fortes qu’elles l’empêchent de se lever ? Avec une responsable femme, la parole lui semble généralement plus facile. Face à un manager homme, elle éprouve parfois le sentiment de devoir exposer une partie extrêmement intime de sa vie. Désireuse de faire ses preuves, elle préfère d’abord se cacher et inventer des excuses pour justifier certaines absences. Jusqu’au jour où elle décide de ne plus avoir honte. Lorsqu’elle rejoint une nouvelle entreprise, elle choisit désormais d’expliquer clairement qu’elle souffre du SOPK et que ce syndrome peut provoquer des douleurs menstruelles particulièrement invalidantes. Cette situation l’amènera également à privilégier, lorsque cela est possible, des emplois autorisant le télétravail.

Chercher des solutions pour améliorer son quotidien
Refusant de subir ses symptômes sans tenter de mieux les comprendre, Raïssa Dora commence à effectuer ses propres recherches. Elle s’intéresse notamment à certaines plantes traditionnellement utilisées pour le confort menstruel, comme les feuilles de framboisier ou la cannelle. Elle prépare alors ses propres mélanges et modifie progressivement certaines habitudes, notamment en réduisant sa consommation de sucre à l’approche de ses règles. Elle affirme avoir constaté une diminution progressive de la durée de ses douleurs. Cette expérience fait naître une interrogation : pourquoi les femmes souffrant du SOPK se voient-elles souvent proposer une réponse identique alors que leurs symptômes et leurs besoins peuvent être très différents ? Raïssa Dora précise toutefois que les changements alimentaires, la micronutrition ou les compléments alimentaires ne doivent pas remplacer une prise en charge médicale. Chaque femme doit bénéficier d’un accompagnement adapté à sa situation et éviter l’automédication.
D’un témoignage personnel à un projet entrepreneurial
Au départ, sa démarche n’a aucune ambition commerciale. En créant ses réseaux sociaux, Raïssa Dora souhaite simplement ouvrir une sorte de journal personnel dans lequel elle pourrait raconter son quotidien : celui d’une jeune femme confrontée aux douleurs, à la pilosité et aux transformations de son corps. Elle découvre rapidement que son histoire fait écho à celle de nombreuses femmes. En France, les témoignages autour du SOPK sont encore peu visibles, notamment chez les femmes noires. Au cours de ses recherches, elle trouve davantage de contenus provenant des États-Unis que de récits auxquels les femmes françaises pourraient facilement s’identifier. « Je me suis dit que je pouvais peut-être être l’une de celles qui allaient prendre la parole », raconte-t-elle. Son expérience personnelle devient alors le point de départ d’un projet entrepreneurial. Elle contacte plusieurs laboratoires afin d’étudier la possibilité de développer un premier complément alimentaire. Elle ne dispose pas de moyens considérables ni d’une grande structure pour la soutenir. Son principal argument reste son propre parcours. Plusieurs laboratoires refusent sa proposition. L’un d’eux, touché par son histoire, accepte finalement de l’accompagner dans la conception de son premier produit.

Une voiture vendue pour financer son premier produit
Créer un complément alimentaire nécessite de définir un objectif, de travailler sur une formule, de sélectionner les matières premières et d’effectuer différents contrôles de qualité, de pureté et de conformité. Le produit doit également respecter la réglementation avant sa mise sur le marché. Pour financer cette première production, les économies de Raïssa Dora ne suffisent pas. Elle prend alors une décision importante : vendre sa voiture. Le montant de la vente correspond, à l’euro près, à la somme qui lui manque pour lancer son premier complément alimentaire. « J’ai appelé ma mère en tremblant. Je lui ai dit : “Maman, devine combien vaut ma voiture ? C’est exactement le prix dont j’ai besoin !” » Après avoir effectué le virement, son compte bancaire se retrouve presque à zéro. Elle a tout misé sur son projet. « Finalement, cela a été l’une des meilleures décisions de ma vie », estime-t-elle aujourd’hui. L’entrepreneuriat ne lui était cependant pas totalement étranger. Raïssa Dora avait créé sa première entreprise dès 2016. Son entourage la connaissait déjà comme une femme entreprenante, toujours prête à imaginer de nouveaux projets. Mais la santé et le bien-être des femmes représentent la première cause pour laquelle elle accepte de s’exposer personnellement et de parler sans tabou.
Le SOPK ne se résume pas à la fertilité
À travers sa prise de parole, Raïssa Dora souhaite surtout déconstruire une idée reçue : le syndrome des ovaires polykystiques ne concerne pas uniquement les ovaires ou la possibilité d’avoir un enfant. Certaines femmes souffrent d’acné, d’une prise de poids difficile à maîtriser, de troubles du sommeil ou de l’humeur. D’autres vivent très difficilement la pilosité ou la perte de leurs cheveux. Toutes ne souhaitent d’ailleurs pas nécessairement avoir des enfants, mais leurs symptômes peuvent malgré tout dégrader considérablement leur qualité de vie. « Réduire le SOPK à un problème de fertilité peut avoir des conséquences sur la manière dont les patientes sont prises en charge », prévient-elle. L’accompagnement doit donc considérer la femme dans sa globalité. Selon la situation, il peut associer un suivi gynécologique ou endocrinologique, un accompagnement psychologique, des conseils nutritionnels et une activité physique adaptée. Raïssa Dora souhaite également sensibiliser les hommes. Une épouse, une sœur, une fille, une collègue ou une amie peut souffrir de douleurs menstruelles invalidantes sans parvenir à en parler. « Ce ne sont pas simplement de petites douleurs au ventre. Les règles et la santé menstruelle sont de véritables sujets de société », insiste-t-elle.
SOPK, fibromes et anémie : écouter la souffrance des femmes
Au contact de sa communauté, la fondatrice découvre également que certaines femmes cumulent plusieurs pathologies ou troubles gynécologiques. Une même patiente peut notamment être concernée par le SOPK, l’endométriose ou des fibromes. Ces derniers sont des tumeurs bénignes qui se développent au niveau de l’utérus. Selon leur nombre, leur taille ou leur localisation, ils peuvent notamment provoquer des règles très abondantes, des saignements prolongés, des douleurs ou une pression sur la vessie. Pour Raïssa Dora, la prise en charge ne doit pas uniquement être pensée autour d’un éventuel désir d’enfant. Elle doit aussi chercher à améliorer la qualité de vie des femmes et à prendre leur douleur au sérieux. Les saignements abondants peuvent par ailleurs favoriser une carence en fer, voire une anémie. Une fatigue inhabituelle ou persistante ne doit donc pas être banalisée. « Faites vos bilans, consultez et ne banalisez pas une fatigue persistante », recommande-t-elle. Elle rappelle qu’une anémie nécessite une véritable prise en charge médicale. Les compléments alimentaires ou les mesures d’accompagnement ne peuvent se substituer à un diagnostic, à des analyses sanguines et au traitement prescrit par un professionnel de santé.

La naturopathie en complément du suivi médical
Devenue naturopathe, Raïssa Dora définit son rôle comme celui d’une accompagnante et d’une personne capable d’orienter les femmes vers les professionnels compétents. Elle recueille des informations sur leurs habitudes de vie et peut proposer des conseils en matière d’alimentation, d’hygiène de vie ou de micronutrition, tout en restant dans les limites de son champ de compétences. Certaines femmes arrivent après un parcours médical éprouvant et voient parfois la naturopathie comme leur dernier espoir. Une situation qui implique, selon elle, une grande responsabilité. « Notre rôle est aussi de les réconcilier avec le corps médical », souligne-t-elle. Lorsqu’une femme a besoin d’un psychologue, d’un médecin, d’un gynécologue ou d’un autre spécialiste, elle doit être orientée. Raïssa Dora indique ainsi collaborer avec différents professionnels, parmi lesquels des gynécologues, des sexologues, des diététiciens et des spécialistes de la nutrition. Son message reste sans ambiguïté : « Il ne faut pas abandonner le suivi médical. »
Une alimentation adaptée à chaque femme
L’alimentation occupe également une place importante dans son approche, sans qu’il soit question de désigner certains aliments comme des ennemis. Raïssa Dora met en garde contre la reproduction automatique de régimes alimentaires popularisés sur Internet. Les aliments présentés comme indispensables ne conviennent pas forcément aux habitudes, à la culture ou aux besoins de chaque personne. Elle-même s’est tournée vers des recettes et des produits culturellement plus proches de ses origines camerounaises. En adaptant progressivement son alimentation, elle affirme avoir observé des changements sur son poids et son cycle menstruel. Son principe est simple : mieux manger, comprendre ce qui convient à son propre organisme et se faire accompagner par un professionnel lorsque cela est nécessaire. Supprimer arbitrairement des aliments ou des groupes alimentaires entiers peut en effet provoquer des déséquilibres.
Plus de 30 000 commandes
Ce qui devait être au départ un simple espace de témoignage a progressivement pris une dimension internationale. La marque Raïssa Dora revendique aujourd’hui plus de 30 000 commandes enregistrées sur son site Internet, un cap salué par la remise d’un trophée Shopify. Ce chiffre ne permet toutefois pas de mesurer précisément le nombre de personnes touchées par ses contenus, ses accompagnements ou ses produits, notamment à l’international. Pour sa fondatrice, cette évolution confirme surtout que les femmes avaient besoin d’un espace dans lequel elles pourraient parler de leur corps et de leur santé sans honte.
Briser les tabous autour de la santé féminine
Ce 12 septembre, Raïssa Dora et son équipe organisent un événement à La Cigale, à Paris. Le choix de cette salle prestigieuse est symbolique : la santé des femmes ne doit plus être reléguée au second plan ni considérée comme un sujet embarrassant. Fibromes, règles, anémie, fertilité et infertilité, y compris masculine, doivent pouvoir être abordés ouvertement et en présence de professionnels. Des initiatives sont également développées sur le continent africain. Après une conférence organisée le 5 septembre avec une association, un brunch avec Raïssa Dora est notamment prévu en Côte d’Ivoire. L’objectif demeure le même : créer des espaces où les femmes peuvent s’informer, partager leurs expériences, poser leurs questions et parler librement de leur santé. À celles qui sentent que quelque chose ne va pas dans leur corps, mais qui peinent encore à obtenir des réponses, Raïssa Dora adresse un message de persévérance : « Faites-vous confiance. Vous connaissez votre corps. Si vous sentez que quelque chose ne va pas, n’ignorez pas ce signal. Consultez et, si nécessaire, demandez plusieurs avis jusqu’à trouver le professionnel de santé qui prendra le temps de vous écouter. Il ne faut pas abandonner. »
CULTURE
RD CONGO – DRC Fashion Week : La SAPE conquiert Kinshasa et réinvente l’élégance congolaise
La sixième édition de la DRC Fashion Week a transformé Kinshasa en véritable capitale de l’élégance congolaise en mettant à l’honneur la SAPE, mouvement culturel emblématique partagé par la République démocratique du Congo et la République du Congo. Créateurs, mannequins et passionnés de mode ont investi les podiums pour revisiter un patrimoine vestimentaire devenu au fil des décennies un marqueur fort de l’identité congolaise.
À travers les différentes collections présentées, les stylistes ont proposé une lecture contemporaine de l’univers des « ambianceurs et personnes élégantes ». Costumes structurés, associations de couleurs audacieuses, accessoires raffinés et silhouettes inspirées du dandysme ont rythmé les présentations, avec une volonté commune : inscrire l’héritage de la SAPE dans les tendances actuelles tout en préservant son identité.
Parmi les temps forts de cette édition, la collection de Kevin Toundwa a particulièrement retenu l’attention. Le créateur a choisi de rendre hommage à plusieurs grandes figures associées à la culture vestimentaire et musicale congolaise, notamment Papa Wemba et Rafa Bounzeki. À travers cette démarche, il entend rappeler l’influence de ces personnalités sur plusieurs générations et transmettre leur héritage à une nouvelle génération de créateurs.
La manifestation a également servi de trait d’union entre Kinshasa et Brazzaville. De part et d’autre du fleuve Congo, la SAPE constitue un élément important du patrimoine culturel et populaire. Sa présence au cœur de la Fashion Week illustre ainsi les passerelles qui existent entre les deux capitales et la capacité de la mode à renforcer les échanges culturels.
Pour les professionnels du secteur, cette dynamique dépasse largement la question de l’apparence. La SAPE représente également un espace d’expression, de créativité et d’affirmation identitaire. En la faisant entrer dans un événement consacré à la mode contemporaine, les organisateurs cherchent à démontrer que ce patrimoine peut encore nourrir l’innovation et favoriser l’émergence de nouvelles signatures artistiques.
La DRC Fashion Week poursuit par ailleurs son ambition de devenir une plateforme de promotion des talents congolais. Après avoir exploré lors de précédentes éditions l’artisanat et la diversité culturelle du pays, l’événement s’est cette fois appuyé sur la SAPE pour mettre en lumière les créateurs, les mannequins et les entrepreneurs qui participent à la structuration de la filière.
Car derrière les défilés et les créations, l’industrie de la mode congolaise reste confrontée à des défis importants. Le financement des jeunes marques, l’accès aux matières premières, la formation spécialisée et l’ouverture vers les marchés internationaux figurent parmi les principaux enjeux auxquels les professionnels doivent répondre.
En plaçant la SAPE au centre de cette sixième édition, la DRC Fashion Week entend donc transformer un héritage culturel en opportunité économique. La manifestation veut favoriser les collaborations entre mode, musique et culture, tout en offrant davantage de visibilité aux talents locaux. À Kinshasa, l’élégance devient ainsi un outil de transmission, mais aussi un vecteur de créativité, d’entrepreneuriat et de rayonnement culturel.
CULTURE
TUNISIE – Patrimoine mondial : Sidi Bou Saïd décroche la consécration de l’Unesco
Sidi Bou Saïd confirme son statut de joyau touristique tunisien. Depuis son inscription récente au patrimoine mondial de l’Unesco, le célèbre village perché au nord de Tunis connaît un regain d’intérêt auprès des visiteurs, venus découvrir ou redécouvrir un site dont la réputation dépasse depuis longtemps les frontières de la Tunisie.
Avec ses maisons blanchies à la chaux, ses portes et fenêtres bleues, ses passages étroits et sa vue spectaculaire sur la Méditerranée, Sidi Bou Saïd offre un décor devenu emblématique du pays. Dans les ruelles, les touristes se succèdent entre les boutiques d’artisanat, les ateliers d’artistes et les commerces proposant céramiques, tableaux et autres objets inspirés du patrimoine local.

Pour les habitants, cette reconnaissance internationale vient confirmer une évidence : leur village possède une identité exceptionnelle. Aymen Ghamrasni, passionné par l’histoire de Sidi Bou Saïd, souligne l’attachement des résidents à ce cadre unique, où le patrimoine fait partie intégrante de la vie quotidienne. Même une pause autour d’un bambalouni, célèbre beignet traditionnel tunisien, devient ici une expérience associée à l’identité du lieu.
La notoriété du village séduit également une clientèle internationale. Des visiteurs venus du Moyen-Orient notamment voient désormais Sidi Bou Saïd comme une étape incontournable lors d’un séjour en Tunisie. Son architecture caractéristique, dominée par le bleu et le blanc, ainsi que son environnement méditerranéen contribuent largement à son attractivité.

Derrière cette identité architecturale se trouve également une histoire spirituelle ancienne. La localité porte le nom d’Abou Saïd al-Baji, figure soufie du XIIIe siècle, dont le sanctuaire demeure l’un des marqueurs historiques du village. La dimension religieuse, l’architecture traditionnelle et le paysage méditerranéen se combinent ainsi pour donner au site son caractère singulier.
L’entrée sur la Liste du patrimoine mondial représente cependant bien davantage qu’un label touristique. Cette reconnaissance implique une responsabilité accrue pour les autorités tunisiennes en matière de conservation. Les sites inscrits par l’Unesco sont considérés comme présentant une valeur universelle exceptionnelle et peuvent bénéficier de dispositifs d’accompagnement, notamment dans les domaines de la préservation, de la formation et de l’expertise technique.

La décision a été prise lors de la session du Comité du patrimoine mondial organisée à Busan, en Corée du Sud. Plusieurs autres lieux remarquables ont également rejoint la Liste, parmi lesquels les anciennes capitales japonaises d’Asuka et de Fujiwara. Le paysage migratoire de Boma-Badingilo, au Soudan du Sud, a lui aussi été distingué. Cette dernière inscription constitue une première pour le pays au patrimoine mondial.
Pour la Tunisie, la consécration de Sidi Bou Saïd vient donc renforcer la visibilité internationale d’une destination déjà incontournable. Mais cette nouvelle reconnaissance s’accompagne d’un défi majeur : préserver l’authenticité du village face à l’augmentation de sa fréquentation, protéger son architecture et son environnement et permettre aux générations futures de bénéficier à leur tour de ce patrimoine exceptionnel.
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