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CULTURE

CAMEROUN : Binda Ngazolo conte l’histoire des ancêtres.

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Le conteur-comédien-metteur-en-scène franco-camerounais, Binda Ngazolo enivre ses locuteurs de sa sagesse et de ses proverbes puisés dans le bas-fond de cette chaleureuse Afrique. En voyant sa dégaine, on pense plus tôt à un basketteur américain bien dans sa peau prêt à relever tous les défis sur le terrain, mais non, c’est tout simplement avec la voix et sur scène, que ce conteur nous invite au voyage.

Un passé présent

Binda Ngazolo se considère comme un passeur, un diseur, un raconteur, un transmetteur, dont la fonction essentielle est de se réapproprier et de restituer ce qui lui a été transmis. Il tient cet art de sa grand-mère qui l’a initié à l’art de raconter. « Ma grand-mère c’est la racine qui nourrit mon imaginaire. C’est le socle de la structuration de ma pensée. C’est elle qui conte à travers moi. ». Cette dame lui a légué cet héritage qui l’a guidé et qui continue de le guider aujourd’hui encore sur tous les podiums internationaux. Originaire de Mbalmayo à 20 kilomètres de Yaoundé, la ville natale du renommé écrivain camerounais Mongo Béti, il est resté 20 ans en Côte d’Ivoire avant de s’installer en France depuis 5 ans. Binda Ngazolo reste profondément enraciné de l’imaginaire de ses ancêtres « BETI » origine ethnique dont est issu sa mamie. La culture Béti est partagée entre le centre et sud du Cameroun mais aussi par la Guinée Equatorial et le nord du Gabon peuples de Fangs et de Ndoumou. Cette culture dédiée, est un moyen artistique que Binda Ngazolo use pour répandre cette richesse. « La transmission se fait de générations en générations afin que ce patrimoine ne tombe pas dans l’oubli. » explique-t-il. Selon lui, la culture se résume à notre identité, notre originalité qui nous différencie des autres. Elle nous sert de repère quelque soit le lieu et le temps de notre existence. Binda Ngazolo pratique la technique du « MINKANA », terme qui désigne ce qu’on appelait en France au moyen âge, les « chantes-fables » et dans l’Afrique ancienne la « Tradition Orale » : ces contes dits et chantés. Considérée à l’époque comme une pratique démocratique populaire, cette formule a perdu de sa valeur ou de son usage à cause de l’urbanisation et de l’avènement de la télévision et de tous ces médias modernes incontrôlables dans nos sociétés actuelles.

binda-credit-photo-patrick-sagnes « Le Minkana c’est à la fois les chantes-fables, les contes, les proverbes ou les devinettes. C’est notre imaginaire à nous. Une source de toutes les formes d’écriture. Il ne peut pas y avoir d’écriture sans oralité. Le livre tout seul est un objet mort. La preuve, pour traduire ou transmettre ce qui est écrit dans un livre il faut qu’un être humain le  lise. L’oralité est pour moi est la base de toute forme d’éducation. Au commencement, était le verbe, n’est-ce-pas ! », lance-t-il avec un éclat de rire. Selon lui, la culture Béti est non seule cette possibilité de transmettre par le biais de la parole mais une source nourricière, dans la quelle, il puise la force de la parole. Il part de cette racine humaine spécifique, pour s’enrichir au contact des autres humains. « La culture BETI est une culture de femmes et d’hommes libres dans leurs pensées, leurs manières de dire et de partager leurs expériences de vies. » Cette emprunte se retrouve totalement dans son expression artistique. « Dans le système éducatif BETI, le conte est un outil pédagogique essentiel. Mes propos sont ainsi prioritairement orientés vers la jeunesse à partir de la maternelle.».

Une inspiration d’humain à humain

Pour Binda Ngazolo, partager avec les autres humains se fait avec un grand « P », et c’est ce qu’il aime. L’existence humaine est tout simplement la source d’inspiration dans son art. « En ce qui me concerne, l’existence humaine se résumerait à une histoire à raconter. » précise-t-il. Raconter est une manière naturelle pour lui de transmettre les expériences « des vies », d’une génération à une autre. Ses thèmes sont axés sur les relations qui existent entre les Hommes eux-mêmes et celles existant entre eux et la nature dans laquelle ils vivent faisant appel aux autres êtres indispensables pour leur existence.

Ni conteur tradition, ni conteur moderne

Binda Ngazolo ne se définit ni comme un conteur traditionnel ni comme un conteur moderne, mais comme un conteur tout court. Sa démarche s’inscrit dans le conte intemporel et universel. « Les expériences de vie d’hier nous éclairent aujourd’hui et nous permettent de nous projeter dans le futur. », lâche-t-il. Le conteur qu’il est, sait allier la douceur des mots à la force du regard. Sa technique théâtrale au sens strict du terme, s’inscrit dans la manière dont le porteur de parole est perçu dans la culture béti comme il aime le dire. Il incarne à la fois le narrateur et tous les personnages de son conte, avec le soutien de son public qui est une partie prenante dans ce moment de partage. A chacun de ses représentations, Binda Ngazolo lance une invitation obligatoire au voyage. Le public  réceptif et actif, constitue un partenaire de jeu qui le soutient en faisant les chœurs dans la dynamique d’appels-réponses. Zee, la panthère, Kubu, la poule, Zoa l’éléphant, Kulu la tortue, Ebgeme, le lion de la Téranga ou le lion Indomptable, sont ses personnages spiegels, drôles, autoritaires, incarnés dans des histoires pleines de leçon de vie et de morale qui amènent dès fois le spectateur à se poser les questions lui-même et à trouver la conclusion appropriée selon les situations.binda-ngazolo-2-credit-phot-luc-clave

Binda Ngazolo sait aussi naviguer entre la langue Béti et le français qu’il maîtrise et puis un dialogue s’installe du début à la fin du spectacle. Ses thèmes sont très variés et s’adaptent au temps et à l’époque actuelle. Avec une voix de velours par moment ou une voix qui gronde, qui saute, qui tacle, qui émeut ou qui chante, c’est toute une histoire que Binda Ngazolo transmet avec force. Toute cette flopée de mots est accompagnée par la « Kalimba », un instrument à pouce emprisonné habillement entre ses mains. Et puis des vérités Binda Ngazolo en a plein dans la bouche. Il lui arrive de prendre des positions à travers ses spectacles « Durant 50 ans, on a tellement dit des choses sur l’Afrique qu’il me semblait nécessaire de raconter l’Afrique à ma façon. L’Afrique racontée par les Africains, c’est nécessaire. C’est ce que j’essaie de faire avec mes contes. ». Un conteur conscient alors, qui veut à tout prix que l’Afrique reste la marque indélébile dans l’esprit de ses spectateurs d’un jour.

Transmettre à la nouvelle génération

En dehors du côté ludique de ses spectacles, Binda Ngazolo qui se produit beaucoup à Paris, à Bruxelles, en Belgique, en Suisse, en Allemagne ou au Luxembourg, a à chaque passage scénique un message à passer surtout à la jeune génération. « Je veux que les français d’origine se fassent une idée de leur racine et de ce que le culte de l’imaginaire a apporté à la grande Afrique et au monde à travers les mythes, les légendes, les contes, etc. Les parents doivent veiller à ceux leurs enfants nés en Europe soient au diapason de leur culture d’origine. Le respect des cultures, des valeurs, c’est important pour moi en tant que conteur et surtout de transcender toute cette bâtisse en perdition. »

Globe-trotter infatiguable

Binda Ngazolo a été partout en Afrique en dehors de l’Europe. Ce globe-trotter a rencontré des « Humains » comme il aime les nommés, qui lui ont ouverts leur cœur et qui ont partagé avec lui des moments d’humanité. Depuis quelques années, il réalise des projets avec la mise en place de nouvelle poésie urbaine en Afrique précisément dans sa deuxième ville d’adoption, Abidjan. Son pari fut de réunir des jeunes désœuvrés pour les fédérer autour d’une même passion. Selon lui le conte est une forme de poésie orale qui appartient à la même famille que le « slam » dont les jeunes maitrisent au même titre que le sketch ou le rap, des matières urbaines de « dire » les expériences de la vie contemporaines. « Dans la culture BETI, le verbe « ALE NLAN » qui se traduit par « raconter une histoire » et intègre tous les Arts de la Parole à l’occurrence le slam. » précise-t-il. Transmettre en s’adaptant aux exigences des générations qui se renouvèlent, demeure en lui comme une philosophie de vie. Binda Ngazolo a voulu ainsi « orienter les projecteurs » vers les jeunes nés en ville, dont l’imaginaire a été essentiellement nourri par la télévision et les films de « série B » et qui n’avaient de la culture traditionnelle africaine qu’un écho lointain. Il s’agissait là, pour lui de les écouter et de leur permettre de raconter la ville, leur vie au quotidien avec leurs propres mots et selon leur ressentiment. Cette réflexion a abouti à la création du Collectif VOGGO SUTRA (Vagabonds Sauvés), composé de jeunes conteurs et de slameurs. Un signe d’engagement ou un amour qu’il transmet. « La parole d’hier trouve ainsi un prolongement dans la parole urbaine.» confirme-t-il.

Binda Ngazolo était invité au festival des Arts Nègres de Dakar au mois de décembre 2010. Il est en train de préparer son prochain spectacle et travaille actuelle pour la sortie audio de son premier conte avec la collaboration du Producteur Kerry Mvie. Il reviendra nous conter la vie avec sagesse.

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CULTURE

CÔTE D’IVOIRE – Valérie Ka : « La mode africaine est un véritable business, pas seulement un spectacle »

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Après une édition 2026 d’Africa Fashion Up organisée le 26 juin au musée du Quai Branly à Paris, Valérie Ka défend une ambition qui dépasse les podiums : faire émerger des marques africaines capables de s’imposer sur les marchés internationaux. Pour la fondatrice de l’événement, le talent des créateurs ne fait aucun doute. Le véritable défi réside dans leur accès au financement, aux infrastructures de production et aux réseaux de distribution.

La créativité africaine s’affirme depuis plusieurs années sur les podiums internationaux, dans les collections de grandes maisons et jusque dans les garde-robes de célébrités. Pourtant, derrière cette visibilité grandissante, une difficulté persiste : peu de marques africaines bénéficient encore d’une reconnaissance internationale à la hauteur de leur potentiel créatif. C’est précisément ce déséquilibre que Valérie Ka entend corriger à travers Africa Fashion Up, une initiative destinée à promouvoir les créateurs africains et à les accompagner dans le développement de leurs entreprises. Rencontrée après l’édition 2026 de l’événement, organisée le 26 juin au musée du Quai Branly à Paris, elle revient sur les retombées de cette manifestation, mais surtout sur les obstacles qui freinent encore l’émergence de grandes marques africaines. « Quand vous regardez la Fashion Week à Paris, il n’y avait pas vraiment d’événements dédiés à la diversité. Pour moi, il était important qu’il y ait un événement qui représente l’excellence africaine à Paris lors de la Fashion Week », explique-t-elle.

De la visibilité parisienne aux opportunités internationales
Pour sa fondatrice, Africa Fashion Up a d’abord été conçu comme une vitrine de l’excellence créative africaine dans l’une des principales capitales mondiales de la mode. L’édition 2026 aurait suscité, selon elle, un important intérêt médiatique et professionnel, avec des retombées qui dépassent désormais les frontières françaises. Plusieurs créateurs ayant participé à l’événement ont notamment reçu des invitations pour présenter leurs collections dans d’autres manifestations internationales, en Afrique du Sud, au Mozambique et aux États-Unis. Une dynamique qui témoigne de l’intérêt croissant pour les signatures africaines, mais aussi de la nécessité de leur offrir des plateformes capables de faciliter leur accès aux marchés. Pour Valérie Ka, le problème ne réside pas dans l’absence de talents. Les créateurs africains produisent des collections qui circulent déjà à travers le monde, parfois portées par des personnalités internationales. Mais leur identité commerciale demeure souvent insuffisamment visible. « De nos jours, on est en 2026 et on n’est pas capable de citer une grande marque africaine », observe-t-elle, regrettant que le nom des créateurs soit encore trop rarement associé à leurs réalisations. L’enjeu est donc de faire passer les marques africaines d’une reconnaissance essentiellement artistique à une véritable identification commerciale.

Transformer la visibilité en ventes
Si les défilés constituent un outil de promotion important, ils ne représentent qu’une étape dans le développement d’une marque. Pour Valérie Ka, la visibilité doit déboucher sur des commandes, des débouchés commerciaux et une relation durable avec les acheteurs. C’est dans cette perspective qu’Africa Fashion Up a développé des initiatives de commercialisation, notamment avec les Galeries Lafayette à Paris. Les créateurs accompagnés ont ainsi pu présenter et vendre leurs collections dans un environnement commercial fréquenté par une clientèle internationale. Selon la fondatrice, ces opérations leur ont permis de rencontrer de nouveaux consommateurs et d’accéder à des circuits de distribution auxquels ils n’avaient pas nécessairement accès auparavant. Mais vendre dans un grand magasin exige aussi de maîtriser les contraintes du commerce international : disponibilité des produits, gestion des stocks, diversité des tailles et des couleurs, identification des articles et respect des procédures logistiques. Autant d’exigences qui peuvent constituer des obstacles pour de jeunes marques, même lorsque leur créativité est reconnue. « Quand on demande à un créateur de pouvoir avoir une quantité de différentes tailles, de différentes couleurs, des QR codes, EAN et tout ça, ce sont des informations qu’ils n’ont pas », explique-t-elle. Ces difficultés illustrent, selon elle, la nécessité d’un accompagnement professionnel qui dépasse largement l’organisation de défilés.

Le financement, principal frein à l’essor des marques africaines
Après près de six années d’expérience auprès des créateurs, Valérie Ka identifie clairement le principal obstacle à leur développement : l’insuffisance des financements et des capacités de production. « Ce qui manquerait vraiment aux créateurs, vu l’expérience qu’on a eue avec eux depuis bientôt six ans, c’est le financement. Ils ont besoin d’être financés, ils ont besoin d’être accompagnés. » Le problème devient particulièrement visible lorsqu’une marque reçoit une commande importante. Un créateur peut disposer d’une collection appréciée par les professionnels, sans être en mesure de produire plusieurs centaines de pièces dans les délais exigés. L’absence d’usines adaptées, de capacités industrielles suffisantes ou de structures d’accompagnement limite alors les possibilités de croissance. Pour la fondatrice d’Africa Fashion Up, cette situation souligne la nécessité de développer de véritables écosystèmes de production textile sur le continent. La création de marques internationales ne peut reposer uniquement sur le talent individuel des stylistes. Elle suppose également des investissements dans les ateliers, les équipements, la formation et les réseaux de distribution.

Former les créateurs aux exigences du marché international
Africa Fashion Up entend répondre à une partie de ces besoins à travers un programme d’accompagnement associant plusieurs partenaires. Valérie Ka évoque notamment une collaboration avec HEC Paris pour la formation à l’entrepreneuriat et au développement des entreprises. L’objectif est d’aider les créateurs à mieux structurer leur activité, à construire un modèle économique viable et à préparer leur croissance. L’initiative travaille également, selon sa fondatrice, avec Balenciaga sur les questions de communication, de positionnement des marques et de reconnaissance internationale. L’accompagnement porte enfin sur la distribution, afin de familiariser les créateurs avec les pratiques et les exigences des enseignes commerciales. Cette démarche vise à transformer des talents créatifs en entrepreneurs capables de gérer une marque, de négocier avec des acheteurs et de répondre à la demande. Car, pour Valérie Ka, la reconnaissance internationale passe aussi par la professionnalisation des structures. Une marque doit pouvoir garantir la qualité de ses produits, leur disponibilité et la continuité de sa production pour s’installer durablement sur un marché.

Un appel aux gouvernements africains : considérer la mode comme une industrie
Au-delà de l’accompagnement des créateurs, Valérie Ka interpelle les pouvoirs publics africains sur la place accordée à la mode dans les politiques économiques. Elle regrette que ce secteur soit encore trop souvent perçu comme une activité essentiellement artistique ou événementielle, alors qu’il représente un potentiel de création de richesse et d’emplois. « Malheureusement, encore en Afrique, quand on pense à la mode, on pense que c’est du show, c’est du spectacle, alors que c’est un vrai business. » Pour illustrer son propos, elle cite les grandes entreprises internationales du luxe, dont la puissance économique repose notamment sur la commercialisation de vêtements, de chaussures et d’accessoires. La mode constitue ainsi une chaîne de valeur qui mobilise de nombreux métiers, depuis la conception et la production jusqu’à la logistique, au marketing et à la distribution. Selon elle, les gouvernements africains devraient davantage investir dans les infrastructures nécessaires au développement de cette industrie. Elle appelle notamment à soutenir la formation, l’accompagnement entrepreneurial et la création d’unités de production locales. Son objectif n’est pas simplement d’obtenir davantage de financements pour organiser des événements, mais de contribuer à structurer un secteur capable de générer une activité économique durable. Elle cite l’Afrique du Sud et l’Algérie parmi les pays dont les initiatives dans le domaine de la mode peuvent inspirer d’autres marchés, notamment en Afrique francophone.

Produire en Afrique pour créer de la valeur sur le continent
La question de la production locale occupe une place centrale dans la vision de Valérie Ka. Pour elle, l’émergence de grandes marques africaines dépendra largement de la capacité du continent à développer ses propres infrastructures industrielles. Produire localement permettrait non seulement de mieux maîtriser les coûts et les délais, mais également de favoriser l’emploi et de renforcer les compétences professionnelles.

Les retombées économiques dépasseraient alors les seuls créateurs de mode. Artisans, ateliers de confection, fournisseurs de matières premières, transporteurs, distributeurs et prestataires de services pourraient bénéficier du développement de cette industrie. « Produire localement, créer son entreprise, ça permet de pouvoir développer tout un écosystème derrière », souligne-t-elle. Cette approche rejoint les réflexions plus larges sur la transformation locale et la création de valeur ajoutée dans les économies africaines. Elle pose également la question de la capacité des marques du continent à maîtriser l’ensemble de leur chaîne de production, plutôt que de dépendre principalement de structures situées à l’étranger.

Faire émerger de grandes marques africaines de luxe
Pour les prochaines années, Valérie Ka nourrit une ambition qui dépasse le rayonnement parisien d’Africa Fashion Up. Elle souhaite voir l’initiative se développer davantage sur le continent africain et contribuer à l’émergence de marques capables de rivaliser sur les marchés internationaux. Son rêve est de voir un jour les consommateurs identifier spontanément de grandes signatures africaines dans les domaines du prêt-à-porter, de la maroquinerie, des chaussures et des accessoires. Une ambition qu’elle estime réalisable, à condition de réunir les financements et les dispositifs d’accompagnement nécessaires. « Mon rêve vraiment, ce que j’aimerais plus tard, c’est qu’on puisse retrouver de grandes marques de luxe africaines », confie-t-elle. Pour la fondatrice d’Africa Fashion Up, le continent possède déjà les talents, les savoir-faire et la créativité nécessaires. Le défi consiste désormais à transformer ce potentiel en entreprises structurées, capables de produire à grande échelle, de conquérir des marchés et de bâtir une notoriété durable. Au-delà des podiums et des collections, l’avenir de la mode africaine se jouera donc aussi dans les ateliers, les usines, les écoles de formation et les réseaux de distribution. Car l’enjeu n’est plus seulement de faire admirer la créativité africaine, mais de lui donner les moyens de devenir une véritable puissance économique.

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CULTURE

NIGÉRIA/FRANCE – « Lagos Feat Paris » : Wale Gbadamosi Oyekanmi veut faire de la culture un pont économique entre la France et le Nigeria

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Du 6 au 11 décembre 2026, Lagos accueillera la première édition de « Lagos Feat Paris », un festival consacré aux collaborations musicales et culturelles entre artistes français et nigérians. À l’origine de cette initiative, l’entrepreneur franco-nigérian Wale Gbadamosi Oyekanmi ambitionne de dépasser le cadre du spectacle pour favoriser la création musicale, la transmission des compétences et l’emploi local. Rencontré à Paris, il présente les ambitions d’un projet qui entend rapprocher deux écosystèmes culturels parmi les plus dynamiques de leurs régions.


Entre Paris et Lagos, les échanges culturels se multiplient, portés notamment par le succès international de l’afrobeats, les collaborations musicales et l’intérêt croissant pour les industries créatives africaines. Mais comment transformer cette dynamique artistique en partenariats durables, capables de générer de nouvelles productions, des compétences et des retombées économiques ? C’est tout l’enjeu de « Lagos Feat Paris », un festival imaginé par Wale Gbadamosi Oyekanmi, entrepreneur franco-nigérian installé depuis un an et demi au Nigeria après avoir passé l’essentiel de sa vie à Paris. Pour lui, ce projet est d’abord une manière de réunir deux univers qui ont façonné son identité. D’un côté, le Nigeria, pays d’origine de ses parents et puissance culturelle africaine ; de l’autre, Paris, où il a grandi et construit son parcours. « Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de créer des ponts entre ces deux mondes-là, qui ne se connaissent pas assez, à part dans le domaine de la musique et du cinéma », explique-t-il.


Au-delà de cette dimension personnelle, l’initiative s’inscrit dans un contexte de rapprochement culturel et économique entre la France et le Nigeria. L’entrepreneur souhaite s’appuyer sur cette dynamique pour encourager de nouvelles formes de coopération, fondées sur la création commune plutôt que sur la simple circulation des artistes.


Six jours pour créer, produire et faire rayonner les talents
Prévue du 6 au 11 décembre 2026 à Lagos, la première édition réunira des artistes français et nigérians autour d’un programme associant résidences de création, rencontres professionnelles, formation et spectacles. L’objectif n’est pas uniquement de présenter au public des artistes déjà connus, mais de leur permettre de travailler ensemble et de produire de nouvelles œuvres. Pendant trois jours, des musiciens et producteurs issus des deux pays partageront des sessions de studio afin de développer des compositions originales. Ces créations pourront ensuite être diffusées sur les marchés internationaux. « Ils vont créer ensemble de la musique, ensemble de nouvelles propriétés intellectuelles qu’ils vont ensuite publier et exporter », précise le fondateur. Le festival culminera le 11 décembre avec un grand concert de trois heures, qui doit réunir des artistes nigérians et français. Selon l’organisateur, le spectacle sera filmé et diffusé à la télévision ainsi que sur les plateformes numériques, afin de toucher un public au-delà des frontières du Nigeria. La programmation artistique complète doit être dévoilée prochainement.


Lagos, capitale de la création et carrefour des influences
Le choix de Lagos comme point de départ de cette initiative ne doit rien au hasard. Métropole économique du Nigeria, la ville occupe une place centrale dans le développement des musiques urbaines africaines et de l’industrie cinématographique Nollywood. Son dynamisme attire artistes, producteurs, entrepreneurs et investisseurs culturels. Pour Wale Gbadamosi Oyekanmi, qui revendique également son héritage yoruba, Lagos représente un espace privilégié de création et de transmission. « Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de créer ce pont-là entre ces deux mondes. Entre Lagos, l’énergie, la jeunesse, la créativité et l’héritage de la France », souligne-t-il. Cette rencontre entre les deux villes doit permettre aux artistes français de mieux connaître le marché nigérian, tout en offrant aux talents locaux de nouvelles possibilités de visibilité dans l’espace francophone. Le projet entend ainsi dépasser les frontières linguistiques qui structurent encore largement les échanges culturels africains. Il s’adresse notamment à des artistes français issus de la diaspora africaine, dont les parcours et les influences musicales témoignent déjà de la circulation des cultures entre plusieurs continents.


Former 30 femmes et créer 200 emplois : l’ambition économique du festival
L’un des aspects les plus significatifs du projet concerne ses retombées économiques et sociales. Pour cette première édition, les organisateurs affichent un objectif de 200 emplois directs et de formation de 30 femmes aux métiers de la musique. Un partenariat avec Audio Girls Africa doit notamment permettre à de jeunes professionnelles nigérianes de participer à des sessions de formation et de collaboration avec les équipes artistiques françaises. L’ambition est de favoriser une transmission réciproque des compétences, plutôt qu’un transfert de savoir-faire à sens unique. « Ce qui nous intéresse, c’est que le savoir-faire français soit transmis aux jeunes productrices nigérianes et que les jeunes productrices nigérianes […] leur apprennent aussi leurs compétences », explique Wale Gbadamosi Oyekanmi. Cette approche traduit une volonté de reconnaître l’expertise des professionnels africains, particulièrement dans les domaines de la production musicale et des sonorités contemporaines qui contribuent aujourd’hui au rayonnement international de la musique nigériane.


Au-delà des concerts, l’organisation du festival devrait également mobiliser des métiers liés à la production audiovisuelle, à la logistique, à la communication et à l’accueil du public. Les 200 emplois annoncés constituent, à ce stade, un objectif fixé par les organisateurs pour cette première édition.


La diaspora, au-delà des transferts d’argent
Pour le fondateur de « Lagos Feat Paris », le festival porte aussi une réflexion sur le rôle économique et culturel des diasporas africaines. Longtemps abordée principalement sous l’angle des transferts financiers vers les pays d’origine, leur contribution peut également prendre la forme d’investissements, de création d’entreprises, de transmission de compétences et de développement de projets structurants. « Je crois beaucoup à la puissance de la diversité », affirme-t-il. L’entrepreneur estime que les Africains de la diaspora, après avoir bénéficié d’opportunités professionnelles à l’étranger, peuvent contribuer au développement de nouveaux écosystèmes économiques sur le continent. Dans cette perspective, la culture apparaît comme un secteur susceptible de créer des emplois tout en renforçant les liens entre les communautés. Le festival entend démontrer que les initiatives culturelles peuvent aussi devenir des projets entrepreneuriaux, avec des objectifs économiques mesurables.


Le soutien annoncé de plusieurs acteurs de l’industrie musicale
Le projet bénéficie, selon son fondateur, d’un accueil favorable auprès de plusieurs acteurs majeurs de l’industrie musicale nigériane. Wale Gbadamosi Oyekanmi évoque notamment des échanges avec l’entourage de Wizkid et les équipes de Davido, ainsi que des partenariats avec Sony Music, The Orchard et Mavin Records, label associé à des artistes comme Rema et Ayra Starr. Ces soutiens témoignent, selon lui, de l’intérêt suscité par une initiative destinée à renforcer les collaborations entre les industries musicales française et nigériane. L’organisateur souligne toutefois que l’engagement de ces acteurs ne signifie pas nécessairement leur présence sur scène lors du festival. L’enjeu est aussi de bénéficier de leur connaissance du marché, de leurs réseaux professionnels et de leur expérience dans le développement international des artistes.


Un festival ouvert au public et tourné vers l’international
L’accessibilité constitue un autre volet du projet. Prévu sur Lagos Island, dans un espace muséal et culturel, l’événement entend accueillir des publics issus de différents milieux sociaux. Les organisateurs annoncent la mise à disposition de places gratuites et des aménagements pour les personnes à mobilité réduite. Pour encourager les déplacements internationaux, Wale Gbadamosi Oyekanmi indique également qu’Air France accompagne l’initiative avec une réduction annoncée de 10 % sur les voyages liés au festival. Les spectateurs qui ne pourront pas se rendre à Lagos devraient pouvoir suivre une partie des manifestations à distance, grâce aux retransmissions télévisées et numériques. Cette stratégie de diffusion répond à une ambition plus large : faire connaître Lagos comme destination culturelle, encourager le tourisme et renforcer l’attractivité internationale des industries créatives nigérianes.


Vers une coopération culturelle d’égal à égal
Au-delà de la programmation artistique, « Lagos Feat Paris » défend une certaine conception de la coopération internationale. Pour son fondateur, les partenariats doivent reposer sur la coconstruction, la reconnaissance des compétences locales et la réciprocité des bénéfices. Cette philosophie concerne aussi bien les artistes que les institutions, les entreprises partenaires et les communautés mobilisées autour du festival. « Ce qui nous intéresse, c’est de coconstruire avec l’ensemble des partenaires », insiste-t-il. L’entrepreneur évoque notamment l’accompagnement de l’Institut français, les échanges avec les acteurs institutionnels et les chambres de commerce, ainsi que la mobilisation de communautés franco-nigérianes. En choisissant Lagos pour accueillir les sessions de création et la production des nouvelles œuvres, le festival entend également contribuer à renforcer les capacités de production sur place.


À terme, ses organisateurs espèrent inscrire l’événement dans la durée et développer une deuxième édition plus ambitieuse. Reste à mesurer, à l’issue de cette première expérience, sa capacité à concrétiser les objectifs annoncés en matière d’emploi, de formation et de création musicale. Dans un contexte où les industries culturelles africaines gagnent en visibilité internationale, « Lagos Feat Paris » entend ainsi défendre une conviction : la culture peut devenir un instrument de coopération économique, de transmission des savoir-faire et de création de valeur, au bénéfice des artistes et des territoires.

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CINÉMA

BENIN – La série Jimmy Boris : L’Afrique tient son héros d’espionnage

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Cette série Jimmy Boris s’impose comme une fresque romanesque de l’espionnage contemporain. Six titres sont déjà parus Panique à Cotonou, La vengeance d’Aïcha Kadhafi, Coup d’État au Gabon, Une taupe à l’Élysée, La vengeance de Poutine et tout récemment La conspiration des Anges.

Le fil rouge de cette série ? Jimmy Boris, ancien des services secrets béninois passé à la DGSE. Quadragénaire athlétique de signe taureau, esthète raffiné, amateur de thé à la vanille et de la bonne gastronomie. Ses missions l’entraînent au cœur des grandes secousses géopolitiques de la planète. À ses côtés, sa fiancée Eva Randet, métisse franco-malgache, apparaît parfois comme un contrepoint à ses aventures.

Chaque roman s’ancre dans une actualité brûlante. Dans Panique à Cotonou, Jimmy Boris affronte la menace de la secte Boko Haram décidée à frapper les intérêts français au Bénin. Cette intrigue, entièrement réécrite, vient d’être republiée sous le titre de La conspiration des anges. La vengeance d’Aïcha Kadhafi met en scène la fille aînée du dictateur libyen, commanditaire de tueurs cherchant à venger la mort de son père à Paris. Avec Une taupe à l’Élysée, l’espion Jimmy Boris plonge dans les arcanes du pouvoir français, après l’assassinat d’un conseiller présidentiel, révélant une infiltration au sommet de l’État. Coup d’État au Gabon déplace l’action à Libreville, sur fond de putsch militaire et de trafic de fausse monnaie. Jimmy Boris infiltre les cercles du pouvoir gabonais, où s’entrecroisent ambitions locales et influences étrangères avides de contrôler la succession présidentielle.

La vengeance de Poutine, variante contemporaine de la guerre froide, est sans doute le numéro le plus abouti (pour l’instant). Il s’inspire de l’affaire des Mistral non livrés à la Russie en 2014 : prétexte à un récit haletant où Boris traque un maître-espion russe à Paris, au milieu d’un vaste complot ourdi par le Kremlin.

Les romans de cette série Jimmy Boris sont bien décrits et s’inscrivent dans une veine immersive voire hyperréaliste. Comme dans la scène du début de La vengeance de Poutine : « … Le conseiller du président Macron se retourne vivement… Son cœur bat si fort qu’il lui semble accroché à ses oreilles. Son cigare glisse de ses doigts brutalement agités par un tremblement… » Il en est de même de la scène de l’attentat au début de La vengeance d’Aïcha Kadhafi : L’agent de sécurité se trouve à trois mètres. Jamila al Nabil sourit et murmure : ’’Afin que soit vengé Mouammar Kadhafi.’’ Puis elle déclenche sa charge explosive. Le bruit d’apocalypse n’est pas encore parvenu à ses tympans que la terroriste est transformée en chaleur et lumière…»

Entre géopolitique et action, Mouftaou Badarou impose une plume singulière et prometteuse, qui fait dire à certains qu’il est le Gérard de Villiers africain. On ne sait pas quels sommets il atteindra. Mais, à en croire les critiques, il continue de monter dans l’estime des amateurs de romans d’espionnage.

La conspiration des anges, éd. Licht, septembre 2026, 170 p.,16€
Disponible sur Amazon, fnac.com, editions-llicht.com, eyrolles.com, cultura.com

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