CULTURE
CÔTE D’IVOIRE – Gauz’ écrit pour la parole à travers Cocoaïans, une nation au chocolat
Parmi la foule d’œuvres littéraires qui inondent les librairies à cette rentrée, celle qu’on vous annonce va faire sensation. Il risque de vous foutre un very bad trip patriotique. Je ne sais pas combien de temps ça lui a pris pour « cuisiner » cette dope, mais je peux vous l’assurer : c’est de la bonne… Foi de junky ! Un moment de défonce euphorique et joyeuse : du rire étouffé à l’explosion de larmes.
Désormais, la tablette de chocolat Lidl n’aura plus le même goût sur votre langue. De la production de la fève de cacao au Sud à la vente de la tablette de chocolat vendu chez Lidl par le Nord, il y a tout un multivers. Du producteur black crève-la-faim au consommateur blanc friqué, Gauz’, – c’est son nom de plume, sinon à l’état civil il se nomme Armand Patrick Gbaka-Brédé – en véritable spécialiste agronome-confiseur, détaille dans Cocoaïans… Non. Il ne détaille pas, il dresse un portrait en millefeuille du cacao dans tous ses états.
Cette œuvre aurait dû s’intituler : L’amer arrière-goût du chocolat
Gauz’ nous en avertit dans « Pour commencer… », – un joli rail de cocoaïans aux allures d’un avant-propos à renifler –, comme pour dire que « toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite » : « Sa dernière phrase je l’ai prise en pleine tête. Une punchline, littéralement une phrase qui cogne ! Mon voyage au pays des Cocoaïans a commencé là. Alain m’a prêté le nom, je l’ai rempli de mon imaginaire. » Pourtant chacun sait « que c’est ça qui est ça ». « Techniquement », c’est bien joué.

Je me demande si un résumé est ici nécessaire. Quand on a bien bossé les manuels d’histoire au programme dans les établissements primaires et secondaires, on s’en sort facilement. 1908. Travail forcé. Début du deuxième âge colonial. Le système de pillages des produits coloniaux se fait moins systématique. Naissance d’une bourgeoisie agraire. Grand’pa et d’autres paysans acceptent de cultiver la « plante amère » ? Les syndicalistes (agriculteurs) tapent du poing sur la table. Les Soleils des indépendances. On a sorti les casseroles : charivari des petits dioula pendant une éclipse lunaire ; le chat aurait attrapé la lune. Un président historien est arrêté chez lui par des forces impérialistes. Tout ceci mis dans une grande machine à concher.
Cocoaïans est une œuvre d’érudition. L’auteur est remonté aux sources, a compulsé toute la littérature autour du cacao, cette culture coloniale, qui deviendra 2031, le fer de la lance d’une nation chocolat. C’est une absolue nécessité pour tout étudiant en histoire ou en économie internationale de se procurer ce livre. Tout l’univers de ce récit est bâti autour de documents scientifiques, d’archives nationales.
Le cacao, comme thème central, a été le prétexte pour Gauz’ d’ébaucher ses idées marxistes au vitriol. Il attaque de front l’économie dite libre-échangiste tout en pointant du doigt l’état d’insécurité et de vulnérabilité des agriculteurs. Il dénonce la mainmise des puissances étrangères sur les économies africaines. Gauz’ touche ici au caractère discriminatoire des échanges commerciaux transatlantiques et fustige la très controversée rhétorique commerciale le «libre-échange». En effet, le producteur africain vend sa fève à des confiseries occidentales qui la transforment et reviennent vendre le même produit fini à 100, 200, 2000 fois le prix d’achat de la matière première.
Dans un univers où la fantaisie se mêle à la vérité, sans jamais se laisser corrompre, Gauz’ place le curseur sur la forte dépendance technologique des producteurs africains vis-à-vis des exportateurs, des grandes confiseries européennes. L’auteur de Black Manoo a érigé sa tendance à l’ironie et en punchlines en système. L’ironie est une constante dans l’œuvre de Gauz’. Un style réactionnaire, ironique et monstrueusement oral. Un roman écrit pour la parole. Son gimmick, c’est les punchlines incisives.
Avant que mon pénis de sang ne regagne sa taille naine après s’être dopé à cette came littéraire, je tiens à lâcher une dernière giclée acidulée. À la volée. J’espère que ça ne va pas retomber sur ma face de rat. Je le dis tout de go : je n’aime pas le style de Gauz’. Cette intrigue originale, assez neuve et audacieuse, aurait pû être embellie dans un style ornemental. Mais Gauz’ est un réfractaire, une vraie tête à clashs, un réactionnaire toujours shooté à bonne – fève. Encore une fois, il abuse d’inventions langagières à vous faire choper une céphalée dans quand vous avez eu le malheur de ne pas être né ivoirien. Vanhouan !
CULTURE
SÉNÉGAL – OUMY dévoile « Fleur d’Hibiscus », un EP entre introspection et ouverture internationale
Le label DD Records a officialisé, ce 3 juillet 2026 à Dakar, la sortie de Fleur d’Hibiscus, le nouvel EP de l’artiste sénégalaise OUMY, désormais disponible sur les principales plateformes de streaming et de téléchargement.
Avec ce projet de sept titres — Sama Khol, Motto, Addiction, No Bayi, 4 Avril 1960, Sur les plages de Saly et Fleur d’Hibiscus — la chanteuse propose une œuvre introspective, articulée autour d’un processus de reconstruction personnelle et d’affirmation identitaire.
Selon le communiqué du label, cet EP met en lumière « le parcours d’une femme qui se reconstruit », en valorisant des thématiques telles que l’amour de soi, la résilience et l’attachement aux racines culturelles.
Sur le plan musical, OUMY amorce une évolution notable en intégrant de nouvelles influences sonores, tout en conservant une base artistique ancrée dans les rythmes sénégalais. Ce positionnement hybride vise à toucher un public élargi, dans une approche à la fois moderne et orientée vers l’international.

Le projet est produit par Conscious Music Group, que l’artiste a récemment intégré, et distribué par Warner Music Africa. Il résulte également d’une collaboration entre des équipes basées au Sénégal et des partenaires installés en France, illustrant une stratégie de développement transnational.
Cette sortie s’inscrit dans une dynamique de tournée déjà amorcée en Europe et au Royaume-Uni, confirmant l’ambition de l’artiste de promouvoir la musique sénégalaise sur la scène internationale.
CULTURE
MAROC – Festival Gnaoua : Un pont entre traditions et modernité
À Essaouira, la 27ᵉ édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde s’est ouverte comme le veut la tradition par la grande parade des confréries, un moment emblématique qui transforme les ruelles de la médina en une scène vivante de rythmes et de couleurs.
Porté par les maâlems venus de tout le Maroc, cet événement s’impose, année après année, comme un carrefour incontournable des musiques du monde, réunissant plus de 300 000 festivaliers pour cette édition.
Pour Neila Tazi, fondatrice du festival, cette rencontre artistique dépasse la simple célébration musicale. Elle s’inscrit dans une démarche de réhabilitation d’une mémoire africaine longtemps marginalisée, celle de la culture Gnaoua, héritière de l’histoire des populations subsahariennes et de leurs descendants.
Parmi les temps forts, le retour sur scène du bassiste camerounais Richard Bona a marqué les esprits, attirant une foule impressionnante sur la scène Moulay Hassan. L’artiste a souligné les liens profonds qui unissent les musiques africaines, au-delà de leurs expressions régionales, à travers une grammaire rythmique commune.
Le festival a également mis en lumière les nouvelles générations, à l’image du maâlem Mehdi Qamoum, qui a proposé une création originale en collaboration avec le Harlem Spirit of Gospel, illustrant la rencontre entre traditions gnaoua et gospel, deux formes musicales issues de racines spirituelles et historiques proches.
Au fil des années, Essaouira s’est affirmée comme un véritable laboratoire artistique où les traditions africaines dialoguent avec les influences du monde entier. Une dynamique qui conforte le rôle du festival en tant que plateforme de création, de transmission et de valorisation des patrimoines culturels.
Cette 27ᵉ édition confirme ainsi la vitalité d’un rendez-vous unique, tourné vers l’avenir, et déjà attendu pour poursuivre cette aventure musicale en 2027.
CINÉMA
SÉNÉGAL – Cannes : Mia Guissé célèbre Coumba Gawlo comme ambassadrice
a présence de Coumba Gawlo au Festival de Cannes dépasse le simple cadre d’une apparition sur tapis rouge. Elle s’inscrit, aux yeux de Mia Guissé, dans une logique plus profonde de représentation culturelle et d’affirmation identitaire.
En réaction à cette participation, Mia Guissé a choisi d’adopter une lecture valorisante, mettant en avant la portée symbolique de cette visibilité internationale. Dans son message, elle souligne moins l’événement en lui-même que ce qu’il incarne : une vitrine du Sénégal à l’échelle mondiale, portée par une artiste dont le parcours fait désormais figure de référence.
Une présence interprétée comme un acte de représentation
Loin de réduire cette apparition à une exposition médiatique, Mia Guissé y voit un acte de projection culturelle. Elle décrit Coumba Gawlo comme une incarnation de l’élégance et de la beauté noire, mais surtout comme une ambassadrice d’un héritage artistique sénégalais sur une scène internationale prestigieuse.
Cette lecture repositionne le rôle des artistes dans des espaces comme Cannes : au-delà du spectacle, ils deviennent des vecteurs d’image et d’influence, capables de traduire une identité nationale à travers leur posture et leur trajectoire.
Une reconnaissance intergénérationnelle assumée
Le message de Mia Guissé s’inscrit également dans une logique de transmission. En saluant le parcours de Coumba Gawlo, qu’elle qualifie de « légende vivante », elle met en lumière une continuité entre générations d’artistes sénégalaises.
Cette reconnaissance dépasse l’hommage ponctuel : elle traduit une volonté de valoriser des trajectoires inspirantes, perçues comme des repères dans un environnement artistique en constante évolution. Le succès individuel devient alors un levier collectif, nourrissant l’ambition des nouvelles figures de la scène musicale.
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